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 Lyon/femme calcinée: le frère en examen


Un jeune homme de 17 ans, soupçonné d'avoir tué sa soeur pour des raisons "d'ordre familial" avant de brûler son corps dans la cave d'une cité d'Oullins, dans la banlieue de Lyon, a été mis en examen jeudi et écroué pour "homicide volontaire", a-t-on appris de source judiciaire.

Le jeune Mohammed a été interpellé parce qu'il présentait de "sérieuses brûlures" aux jambes, pour lesquelles il avait des "explications farfelues", selon la même source.

Le corps calciné de sa soeur de 22 ans avait été découvert le 1er juillet par des pompiers qui intervenaient sur un incendie volontaire dans une cave.

La tête de la victime était recouverte d'un sac en plastique et un tuyau d'arrosage était enroulé autour de son corps, accréditant la thèse d'un homicide.

"Le mobile est pour l'instant assez obscur", a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête, évoquant "une famille avec des valeurs religieuses". Selon cette source, le jeune Mohammed, décrit comme un garçon "violent" et "religieux", n'aurait pas accepté le mode de vie de sa soeur aînée.

Le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud, a quant à lui appelé à la plus grande prudence quant aux hypothèses concernant le mobile, l'adolescent niant toujours les faits après 48 heures de garde à vue et assurant s'être brûlé les jambes lors d'un barbecue.

"Il est dès lors prématuré, vu son absence de déclarations, d'échafauder une quelconque hypothèse sur les mobiles... Rien ne permet de soutenir en l'état qu'il puisse y avoir une connotation religieuse", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'autopsie du corps a révélé que la victime avait eu un récent rapport sexuel avec son petit ami. Entendu par les enquêteurs de la police judiciaire de Lyon, ce dernier avait toutefois été écarté de tout soupçon.

Dans un communiqué, l'organisation Ni putes ni soumises s'est dite jeudi "horrifiée" par ce drame "qui démontre qu'aujourd'hui encore, on peut brûler une jeune fille dans l'indifférence générale".

Le mouvement, né après la mort de Sohanne, 17 ans, retrouvée brûlée vive dans un local à poubelles à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 2002, "demande à ce que toute la lumière soit faite sur ce drame et envisage toute initiative pour dénoncer, une fois de plus, le machisme et la dégradation de la condition des femmes dans les quartiers".

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Sarkozy se voit à l'Élysée pour encore «sept ans et demi»

Sophie Huet et Bruno Jeudy
08/07/2009 | Mise à jour : 16:23
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Nicolas Sarkozy à l'Élysée, le 22 juin dernier.
Nicolas Sarkozy à l'Élysée, le 22 juin dernier. Crédits photo : Abaca

Le chef de l'État a mis en garde l'UMP contre toute tentative de division.

«C'est le plus bel avenir que je vous donne.» Mardi, devant les députés UMP invités à l'Élysée, Nicolas Sarkozy s'est déjà projeté vers la prochaine présidentielle. Et certains élus ont vu dans ses propos un acte implicite de candidature en 2012. «Au pire ou au mieux, vous en avez encore pour sept ans et demi avec moi !», a-t-il lancé, après avoir dressé un bilan flatteur de son action. Il s'est félicité d'avoir pris «la décision la plus démocratique et la plus importante de (son) quinquennat» : la limitation à deux mandats consécutifs de président de la République.

«Donc, il faudra un candidat. C'est la survie du parti. C'est le plus bel avenir que je vous donne», a-t-il poursuivi. «En 2012, il n'y aura pas de privilège pour le président sortant. Ceux qui veulent le pouvoir, qu'ils le prennent dans leur famille politique. Pas dans la division.» Certains députés UMP, Patrick Balkany en tête, ont cru comprendre qu'il y aurait des primaires en 2012. «Pas du tout», a corrigé l'Élysée dans la journée.

«La marque UMP»

Très en verve, Nicolas Sarkozy s'est réjoui de «faire la course en tête depuis 2002 car, a-t-il dit, j'ai toujours une idée d'avance». Au premier rang desquelles l'ouverture dont il a longuement célébré les mérites. «Il faut mobiliser les électeurs tout en démobilisant les adversaires. Toute la stratégie de l'ouverture est là (…). Je sais que ça vous gêne, l'ouverture, mais je dois vous mener à la victoire.»

Tirant le bilan des européennes, il s'en est pris au président du MoDem, François Bayrou. «Regardez Bayrou, lorsqu'on se laisse emporter par la haine et qu'on est tout seul, on se trompe.» Jugeant la gauche «sectaire», il a crûment déclaré : «On a bouffé la crédibilité de la gauche sur l'écologie, idem sur l'ouverture, idem sur la culture !» Au passage, il s'est offert le luxe de se moquer des réactions provoquées par son interview au Nouvel Obs : «Moi ce n'est pas par plaisir que je parle au Nouvel Obs. En tout cas, je sais être généreux puisque grâce à moi, ils ont doublé leurs ventes !»

Après le succès de l'UMP aux européennes, il a mis le cap sur les régionales de 2010 et demandé aux élus de faire confiance à la «marque UMP». Dans la foulée, il les a mis en garde contre un excès de confiance : «La défaite favorise les divisions et le succès favorise l'arrogance. Les Français sont régicides. À la minute où ils nous donnent le succès, ils veulent nous le retirer. Les régionales seront capitales.» Sarkozy a aussi promis de poursuivre les réformes. Citant pêle-mêle la réforme des collectivités territoriales, la taxe carbone et «l'histoire du dimanche», selon sa formule (lire ci-dessous).

«Chirac a été impeccable»

Une fois n'est pas coutume, Nicolas Sarkozy a dit deux fois du bien de Jacques Chirac. Se réjouissant de la défaite de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, le président a estimé que «Jacques Chirac a toujours été impeccable» vis-à-vis à du FN. Ce qui a fait sourire les chiraquiens Jean-François Copé et François Baroin. «Quand Chirac s'est retrouvé au second tour face à Le Pen (en 2002), la gauche a voté pour lui. Quand la fille Le Pen est face à un candidat divers gauche, on n'hésite pas une seconde», a-t-il martelé. Plus tard, le président a à nouveau rendu hommage à Jacques Chirac, fondateur de l'UMP. «Il a voulu mettre fin aux sectes», a-t-il rappelé en forme d'avertissement.

Répondant à une question de Jacques-Alain Bénisti (Val-de-Marne) au nom des centristes de l'UMP, le président a rétorqué : «Si vous voulez recréer vos sous-groupes je serai contre car c'est la mort pour vous.» Et il a enfoncé le clou : «Au PS, ils ont les grands éléphants, les petits éléphants et les hippopotames. À l'UMP, on a réussi à faire disparaître les chapelles, les sectes et les sous-sectes !»

Interrogé par Jean Leonetti sur l'emprunt national, le président a souligné : «Je ne cherche pas à faire un emprunt Sarkozy. Quant à l'emprunt obligatoire, pfff ! Je ne vais pas punir les gens.» Médusés par l'énergie de leur chef, les députés ont quand même pesté contre la pauvreté du buffet.

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Kiarostami fait sa révolution en tournant un film en Italie avec Juliette Binoche
LE MONDE | 04.07.09 | 15h16  •  Mis à jour le 04.07.09 | 15h16
Lucignano (Italie) Envoyé spécial


oin de la répression qui frappe son pays, Abbas Kiarostami - le plus célèbre cinéaste iranien, un des plus grands au monde - se trouve en Italie, où il tourne depuis début juin un film intitulé Copie conforme, avec Juliette Binoche. Ce hasard est comme le symbole d'une prise de distance, à commencer avec lui-même, puisque ce projet marque une sorte de révolution dans son cinéma.

Continuateur du néoréalisme italien, Abbas Kiarostami, Palme d'or à Cannes avec Le Goût de la cerise (1997), fabrique depuis trente ans de la poésie et du trouble avec le réel, sans scénario ni acteur professionnel. En 2007, il annonce ce surprenant projet : une fiction sur la rencontre d'un homme et d'une femme en Italie, avec un casting international. Juliette Binoche, qui connaît le cinéaste depuis de nombreuses années, se souvient que tout s'est fait simplement : "Il m'a invitée à Téhéran, puis il m'a raconté une histoire personnelle, et il m'a dit que c'était celle du film. J'ai signé le contrat dans sa voiture. C'est un des rôles les plus mystérieux que j'aie eu à interpréter."

Pourquoi cette soudaine mutation du cinéaste ? Hommage au Voyage en Italie de Rossellini, film charnière lui aussi ? Désir de renouvellement ? Retrait stratégique du territoire iranien ? Sans doute tout cela à la fois. "Avec mes derniers films, Ten, Five et Shirin, j'étais arrivé au bout de quelque chose. Je ne pouvais que me répéter. Le passage à un niveau plus professionnel peut m'être d'un grand profit, même si je n'entends pas pour autant rompre avec mon idée du cinéma."

Les changements sont pourtant lourds. Tournage à l'étranger, incursion dans le romanesque du couple, écriture d'un scénario, présence d'une équipe conséquente, budget conséquent, travail avec des acteurs. Le producteur Marin Karmitz réunit, avec l'aide de France 3, de Canal+ et de l'Italien Angelo Barbagallo, coproducteur de Nanni Moretti, 4 millions d'euros.

Un scénario d'une soixantaine de pages a convaincu les partenaires. Placé sous le signe du vrai et du faux, le récit évoque l'arrivée en Italie d'un écrivain anglo-saxon, venu présenter son nouveau livre - un essai un peu provocateur sur les notions d'original et de copie. Cet homme va vivre une étrange aventure avec une femme qui le séduit en prétendant qu'ils ont été mariés.

Kiarostami adore l'Italie. La production choisit pour cadre Lucignano, en Toscane. Cette paisible petite ville, située à une heure de Florence, associe deux traits rares : elle est préservée de l'industrialisation mais aussi du tourisme.

Retardé en raison de la recherche du rôle masculin (Robert De Niro, Sami Frey, François Cluzet ont été notamment pressentis), le tournage débute le 8 juin. Non sans que le maître iranien n'ait déjà écorné le contrat en engageant l'Anglais William Shimell pour le rôle masculin. En fait de star de cinéma, ce baryton d'opéra, qui a chanté dans le Cosi fan tutte de Mozart monté par Kiarostami à Aix-en-Provence en 2008, est un acteur tout ce qu'il y a de plus novice, qui n'en "revient toujours pas d'être là pour vivre cette incroyable expérience".

Deux journées passées sur place, les 29 et 30 juin, sont suffisantes pour constater que tout le tournage est imprévisible et mystérieusement inspiré. Une sorte de destruction gracieuse du plan de travail. Ainsi deux jours sont dédiés à la réalisation d'un plan-séquence de dix minutes seulement : les deux personnages débouchent d'une ruelle puis se chamaillent sur la place centrale de la ville, à l'ombre d'une vraie église baroque et d'une fausse sculpture dans le style antique.

Le nombre de prises est incalculable, tout comme les variations introduites au fur et à mesure par le metteur en scène : dialogues, figurants, décors, mouvements, positions de la caméra, et jusqu'à la présence d'une fleur dans le champ. Tout fait l'objet d'une constante et minutieuse remise sur le métier.

La sérénité qui règne sur le plateau est d'autant plus miraculeuse que le dispositif est surréel : un chef opérateur italien, un preneur de son français, des acteurs de nationalités différentes, des dialogues qui passent de l'anglais au français ou à l'italien, une partie de la ville qui assiste, bon enfant, au tournage, et Kiarostami l'oeil rivé à son écran de contrôle, comme un peintre à sa toile.

Pour ce qui est des dialogues, il ne les écoute même pas, cette tâche étant confiée à une "oreille" franco-iranienne, l'exceptionnelle Massoumeh Lahidji, qui a par ailleurs pour rude besogne d'expliquer à qui de droit des décisions de mise en scène, dont la signification reste généralement impénétrable.

"Il a horreur - dit-elle - de tout ce qui peut être prédéterminé. Il ne répond donc jamais aux questions fermées. On ne sait jamais ce qui nous attend dans la minute qui suit, et encore moins pour le lendemain. D'une manière générale, il justifie ses décisions par le sentiment de la justesse, connu de lui seul."

Olivier Hespel, l'ingénieur du son, l'avoue : "Je n'ai jamais travaillé comme ça, c'est un peu rude mais c'est fascinant. Il est à la fois intuitif et sibyllin, on est en pleine philosophie orientale." Ce qui n'empêche pas Kiarostami d'être un bourreau de travail, puisqu'il monte son film, tourné en numérique, quasiment en temps réel, durant la nuit, en compagnie de son fils Bahman. Le résultat ne devrait pas tarder à être découvert.


Jacques Mandelbaum

Abbas Kiarostami : "Je veux tourner dans mon pays"
LE MONDE | 04.07.09 | 15h16

bbas Kiarostami a toujours eu pour règle de ne pas s'exprimer sur la situation politique iranienne. Sans doute voulait-il préserver la marge de liberté dont il jouissait encore, dans un pays où il habite toujours. Sans doute estimait-il aussi que la liberté de son cinéma parlait pour lui. Les lignes qui suivent, extraites de l'entretien que nous avons pu mener avec lui lors de son tournage en Italie, montrent que la donne a désormais changé. Elles constituent la première réaction du cinéaste, qui se trouve en Italie depuis le 8 juin, aux événements qui touchent son pays depuis l'élection présidentielle du 12 juin.

Comment envisagez-vous votre retour ainsi que la poursuite de votre activité en Iran ? La situation politique est telle que la possibilité même d'y travailler paraît très compromise. Et je ne sais pas, franchement, si ça sera possible à l'avenir. Nous sommes ici informés tous les jours, par Internet, des événements qui ont lieu en Iran. Ce qui nous parvient de la violence de la répression donne l'impression qu'une page vient d'être tournée, sans retour. Pour ce qui me concerne, tout ce que je sais, c'est que je veux retourner à Téhéran, que mon désir est de tourner des films dans mon pays. J'ai été jusqu'à présent un citoyen très conciliant, dans la mesure où l'on ne montre plus mes films en Iran depuis douze ans. Si la situation devait encore empirer, si l'on me privait de mes droits, une chose est certaine, c'est que je ne renoncerai jamais à mon métier.

La tournure des événements est-elle une surprise pour vous ? La contestation ne l'a pas été, mais la réaction de l'Etat, qui se retourne de cette manière contre les citoyens, l'est sans aucun doute. Elle est pour moi incompréhensible et augure du pire. Tout indique que la répression va devenir de plus en plus féroce.

Comment comprenez-vous ces événements ? Je ne suis pas un analyste politique. Je constate, comme tout le monde, une réalité : une grande partie de la population, parmi laquelle une majorité de jeunes, est descendue dans la rue et a ouvert les bras devant les balles. Ça ne s'était jamais vu en Iran, même durant la révolution de 1979. C'est un mouvement totalement inédit. Il y a là une évidence de la révolte populaire et une jeunesse furieuse, qui se sacrifie au nom de la liberté qu'on lui refuse.


Propos recueillis par J. Ma.


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"Bécon-les-Bruyères", d'Emmanuel Bove : un monde à sa porte
LE MONDE DES LIVRES | 02.07.09 | 11h53


uand la littérature s'écarte du roman sans renoncer au récit, elle jouit d'une distance nouvelle face au monde. Plus près des choses, elle se contente d'être un simple instrument d'enregistrement, comme un oeil mécanique au milieu de la vie. Aujourd'hui, ce parti pris, de Georges Perec (citons par exemple sa Tentative d'épuisement d'un lieu parisien) à Jean Rolin et ses Zones, n'est pas révolutionnaire, mais lorsque Emmanuel Bove publie en 1927 Bécon-les-Bruyères, sa démarche est singulière. Elle annonce un genre nouveau : celui de la littérature documentaire.

A l'origine, c'est un texte de commande pour une collection, "Portraits de la France", dans laquelle Paul Morand s'intéressa à Toulon et André Maurois, à Rouen. Au regard de ces villes, le choix d'Emmanuel Bove peut sembler bien incongru.

Quand l'ouvrage paraît, l'écrivain a 29 ans. Il a déjà publié deux livres - Mes amis et Armand - qui l'ont immédiatement distingué. Lorsqu'on lui propose d'écrire ce récit de voyage, Emmanuel Bove habite à Courbevoie, en banlieue parisienne. Il n'ira pas plus loin. À l'exotisme de la littérature d'évasion, il préfère opposer un regard simple sur un lieu sans qualité.

Car Bécon-les-Bruyères "existe à peine". C'est le nom d'un lieu-dit à cheval sur les communes de Courbevoie et d'Asnières. L'anti- "ville tentaculaire", où tout est normal. Mais cette banalité ne rebute pas Bove. En la traversant, il se livre à une minutieuse description pour une enquête sans énigme : on n'y trouvera aucun scoop, nulle révélation spectaculaire, mais une suite de faits recueillis comme des vieux instantanés.

Bécon-les-Bruyères est au ras des pâquerettes. Tout y est morne, désert, comme si la vie s'en était retirée. En s'y perdant, l'oeil de Bove enregistre les signes de cette désolation. Il remarque tantôt une boîte aux lettres (abandonnée ?) à laquelle on ne confierait pas son courrier, ou plus loin encore, un sac mystérieux, charrié par la Seine, et qui cristallise toute la mélancolie des environs.

A travers l'évocation de cette banlieue et de son no man's land, il décrit un monde abîmé dans lequel la communauté humaine semble être disjointe, et bien mal à l'aise avec son territoire. On devine alors l'imminence d'un sentiment qui sera au coeur des thématiques littéraires de l'après-guerre : celui de l'étrangeté.

Le désenchantement culmine quand le marcheur, soucieux de trouver un réconfort spirituel, traverse un cimetière à Asnières. Mais la mémoire des humains y est absente : les tombes n'accueillent que les chiens. Cependant, ce lieu ne l'accable pas, il comprend que la dérision est la meilleure manière de supporter un monde où la place de l'homme n'est peut-être plus garantie : "Boby, Daisy, vous dormez ici depuis 1905. Mais qu'est devenue votre maîtresse, et cette peau d'ours blanc, et cette table légère sur lesquelles on vous a photographiés ?"


BÉCON-LES-BRUYÈRES d'Emmanuel Bove. Postface de Jean-Luc Bitton. Ed. Cent pages, 64 p., 10 €.


Amaury da Cunha

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Reportage
Maisons-cages à louer à Hongkong
LE MONDE | 03.07.09 | 14h01  •  Mis à jour le 03.07.09 | 20h48
HONGKONG CORRESPONDANCE


'anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine, le 1er juillet 1997, est devenu l'occasion officielle, depuis 2003, de manifester son mécontentement au gouvernement de la région administrative spéciale de Hongkong. Ce jour-là, Paul Pak, la cinquantaine, quitte la "cage" dans laquelle il vit à Tsim Sha Tsui et rejoint la marche qui traverse le centre de Hongkong, sous la bannière de l'ONG Soco, qui se bat inlassablement pour la cause des pauvres, des nouveaux migrants, des mal-logés. "Trop chaud, pas d'air conditionné, trop sale et trop cher. Beaucoup de puces et d'insectes qui vous mordent", résume-t-il à propos de son logement où, ajoute un autre : "Donald Tsang (le chef de l'exécutif hongkongais) ne tiendrait pas cinq minutes."

La pérennité des maisons-cages de Hongkong dans un territoire où le PNB par habitant est supérieur à celui de la Suisse reste, pour certains une énigme, pour d'autres un scandale...

L'entrée est sale et exiguë, comme dans tous les immeubles de ce quartier populaire. Vieille porte en ferraille, peinte et repeinte, cachée dans le mur décrépi, entre un chariot de vente ambulante de brochettes et un présentoir de DVD qui ont cannibalisé le trottoir. Le mur est tapissé de boîtes aux lettres métalliques déglinguées et de compteurs électriques camouflés par des années de poussière. Au-dessus de tout cela, quelques caractères chinois, peints en rouge à même le mur, proposent des "logements à louer" au septième étage. Sept étages donc, de marches usées, inégales. Au fond d'un long couloir, une salle-dortoir accueille une demi-douzaine de lits superposés, grillagés sur l'extérieur, avec une petite porte-fenêtre sur la "façade" du lit-maison. Le grillage protège contre le vol, et permet d'accrocher des cintres et des sacs plastique, autant de rangements pratiques et nécessaires quand on vit dans moins de deux mètres carrés...

Derrière un pan de tissu, Yau Kwei Neng se repose. En guise de présentation, il tend sa carte d'identité. Il est né le 19 décembre 1941, a quitté la Chine continentale pour travailler sur des chantiers à Hongkong jusqu'à ce qu'un cancer l'empêche de continuer. Il a finalement toujours vécu ici, sans jamais réunir assez d'argent pour faire venir sa femme et ses deux enfants, laissés à moins de cent kilomètres, mais qu'il n'a jamais revus. Rentrer en Chine ? Peut-être. "Quand (il sera) vieux."

Chaque matin, à 5 heures, il descend dans la rue prendre un bol de thé et des raviolis vapeur. Il s'occupe lui-même de son dîner : il y a un réchaud sur la terrasse du toit. Et le défi quotidien, c'est ce long moment entre les raviolis vapeur du matin et le dîner du soir. L'allocation de 2 000 dollars de Hongkong (200 euros) par mois que donne le gouvernement aux personnes âgées ne lui permet pas de manger trois repas par jour, une fois payé son "loyer" (1 500 dollars de Hongkong, 150 euros).

A propos de ses conditions de vie humiliantes, qu'il a toujours crues provisoires, il affirme que la promiscuité qu'impose ce type de logement n'est "pas naturelle". Il y a eu des disputes dans le passé. Un homme a failli se faire tuer. Mais, aujourd'hui, tout le monde est "ami". L'état des toilettes (un trou dans une minuscule pièce sans lumière) n'est "pas bien", dit-il sobrement, en ajoutant s'y être "habitué". Yau Kwei Neng s'occupe en recopiant des caractères chinois dont il a oublié la signification sur les pages d'un cahier, qu'il efface quand elles sont pleines. Le bruit de la rue ? Cela ne le dérange pas, il est un peu dur d'oreille. Son souci, hormis les puces, c'est qu'en 2008 le sac de riz est passé de 30 à 50 dollars.

Dans un lit du bas, catégorie la plus prisée, car on peut ranger ses affaires en dessous, un autre occupant brave l'obscurité du lieu en tentant de lire "de la philosophie et de l'histoire", à travers d'épaisses lunettes. Il voudrait en savoir plus sur le président français, qui l'intrigue. Arrive Wu So chiu, ancienne occupante, qui était la seule femme du dortoir et qui revient dîner ou faire une partie de cartes avec ses compagnons d'infortune. Elle a obtenu un logement plus décent à présent, mais elle s'ennuie parfois toute seule...

Les maisons-cages sont apparues dans les années 1950 comme mode de logement provisoire pour la main-d'oeuvre immigrée. Ho Hei Wah, le directeur de l'ONG Soco, a présenté un dossier aux Nations unies. Le Conseil économique et social des Nations unies (CESCR) a, à maintes reprises, estimé que "les maisons-cages sont un affront à la dignité humaine" et jugé "inacceptable l'inaction du gouvernement de Hongkong en dépit des ressources financières abondantes à sa disposition".

La disparité des niveaux de vie s'aggrave d'année en année à Hongkong. Le rattachement à la Chine n'y a rien changé. Les acteurs sociaux s'accordent à dire que seul l'avènement d'une "vraie" démocratie pourrait s'attaquer à ce problème. Sous le mandat de Tung Chee Hwa, chef de l'exécutif de 1997 à 2005, une politique du logement claire s'était pourtant amorcée : 50 000 logements sociaux par an, entre 1997 et 2004. Mais ces initiatives sociales ont effrayé les Hongkongais propriétaires, dont la richesse principale est souvent leur logement.

C'est donc sous la pression populaire que le gouvernement a cessé d'aider les pauvres, pour éviter d'appauvrir les riches... "Beaucoup de gens pensent désormais inutile de faire la demande d'un logement social. Certains ont vu indiqué sur le reçu de leur dossier : "Vingt ans d'attente". Alors à quoi bon ?", indique Ho.

D'après les chiffres officiels, il n'y aurait plus que trente maisons-cages dans Hongkong. Le gouvernement y contrôle le niveau d'hygiène et les précautions anti-incendie. Mais on joue sur les mots, car le gouvernement a défini les maisons-cages à partir de douze locataires par pièce, et les tenanciers ont vite compris les avantages de renoncer au douzième client. "Cette mesure a fait empirer la situation, car si un tenancier réduit son nombre de locataires comme le recommande le gouvernement, il n'est plus soumis aux contrôles associés aux maisons-cages", nous explique Soco.

Les occupants, ici, sont plutôt des "nouveaux migrants", arrivés de la Chine continentale depuis quelques années, et qui croient à leur tour à l'eldorado hongkongais. Officiellement, plus de 100 000 personnes sont ainsi "mal logées".


Florence de Changy

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Minc et Guaino, mauvaise foi siamoise

DESINTOX

Les deux conseillers de Nicolas Sarkozy ont estimé en choeur que la décision du Conseil constitutionnel retoquant la loi Hadopi revenait à placer l'accès à Internet au dessus de l'eau ou de l'électricité. Grosse intox.

188 réactions

Par CÉDRIC MATHIOT

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. (Philippe Wojazer/Reuters)

Intox

Le 10 juin, la loi Hadopi a reçu une belle claque du Conseil constitutionnel, qui l’a privée du dernier étage de sa «riposte graduée», soit la possibilité pour l’autorité administrative de couper l’accès à Internet des «pirates récidivistes». Une décision qui a visiblement agacé l’Elysée, et conduit les conseillers du Président à cogiter pour pondre un argumentaire de défense. C’est Henri Guaino, conseiller (officiel) de Nicolas Sarkozy, qui a tiré le premier, à propos de la décision des Sages : «A titre personnel, je trouve assez curieux que le droit d’accès à Internet soit plus fortement défendu que le droit d’accès à l’eau ou à l’électricité. On peut couper l’eau et l’électricité à n’importe qui très facilement. Mais l’accès au réseau internet, c’est une violation des droits de l’homme et - rendez-vous compte ! - de la Déclaration de 1789, dont vous vous souvenez d’ailleurs qu’Internet était une préoccupation de ses rédacteurs.» Mot pour mot, ou presque, Alain Minc, conseiller (officieux) du même Sarkozy, a repris l’argument, le 24 juin sur BFM TV. Le Conseil constitutionnel a pris sa décision «au nom de principes que je trouve bizarres», s’est étonné Minc. «Je viens de découvrir que le droit d’accès à Internet est un droit plus essentiel que le droit d’accès à l’eau, à l’électricité ou au gaz. Je me demande s’il n’y a pas eu lieu, chez ces messieurs un peu assis, une espèce de coup de jeune ou de jeunisme bizarre.»

Désintox

Une sottise a beau être énoncée par deux personnes, cela n’en fait pas une vérité. «Cette affirmation est une énormité juridique», estime Gilles Guglielmi, professeur à l’université Paris-II Panthéon-Assas (1). Avant de parler d’eau et d’électricité, regardons d’abord la décision du Conseil constitutionnel sur Internet. Les Sages, se référant à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 , ont estimé que le droit à la libre communication des pensées et des opinions impliquait aujourd’hui la liberté d’accéder aux services du Net. Ils s’appuient sur le «développement généralisé des services de communication au public en ligne» et «l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions». C’est à ce titre qu’ils insistent sur le fait que «les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées». Et c’est à ce titre qu’ils considèrent que l’accès à Internet ne peut donc être restreint ou empêché par une simple autorité administrative, comme la loi Hadopi le prévoyait.

Mais il faut avoir la mauvaise fois du mauvais perdant pour affirmer que cette décision place le droit d’accès à Internet au-dessus de l’accès à l’eau ou l’électricité. Ces derniers sont eux-mêmes, rappelle Gilles Guglielmi, garantis par la Constitution. «Il existe un droit constitutionnel aux moyens d’existence.» L’affirmation d’Henri Guaino selon laquelle «il est très facile de couper l’eau ou l’électricité de n’importe qui» est particulièrement grossière. Plusieurs textes - dont certains très récents - encadrent ces services. L’article L115-3 du code de l’action sociale et des familles précise : «Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, au regard notamment de son patrimoine, de l’insuffisance de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité pour disposer de la fourniture d’eau, d’énergie et de services téléphoniques dans son logement.» La loi sur l’eau de décembre 2006 postule que «l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous». Le décret du 13 août 2008 a homogénéisé les protections dont bénéficient les consommateurs dans le cadre des coupures d’eau, d’électricité ou de gaz (délais minimums avant coupures, courriers de relance obligatoires, saisine des services sociaux, etc). Autant de pare-feu qui n’existent pas pour Internet (et la décision du Conseil constitutionnel n’y change rien) : n’importe quel fournisseur d’accès Internet peut et pourra couper son haut débit à un mauvais payeur. Et facilement. L’avocat blogueur Maître Eolas (2), qui avait le premier réagi à cette fantasque déclaration de Guaino, avait décerné au conseiller sarkozien un prix Busiris (récompensant les âneries juridiques énoncées par nos gouvernants). Un trophée qu’il pourra donc partager avec Alain Minc.

(1) http://guglielmi.fr/

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Bernard Zekri aux «Inrockuptibles»

Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts

Selon nos informations, Bernard Zekri, ancien directeur de la rédaction d’i-télé et actuellement à la tête de Flab, la filiale de production interne de Canal+ (l’Edition spéciale, Canal Football Club) va rejoindre les Inrockuptibles à la tête de la rédaction, même si Christian Fevret, actuel directeur de la publication et de la rédaction restera à son poste. Pour l’heure, rien n’est encore signé, mais l’affaire devrait être conclue rapidement.

D’ici là, le rachat des Inrockuptibles par Matthieu Pigasse, banquier d’affaires et vice-président de Lazard Europe, devrait être également bouclé. Il est actuellement en voie de finalisation, et le projet a été présenté, selon la lettre professionnelle Presse News, ces derniers jours aux délégués du personnel, en attendant d’être soumis prochainement pour avis au comité d’entreprise.

Créé en 1986 et édité par les Editions indépendantes, l’hebdomadaire a été vendu à 39112 exemplaires en 2008 (chiffres OJD), en baisse de 1,98% par rapport à 2007.

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Sulukule, saccagé par la rénovation urbaine

Créé le 02.07.09 à 03h04 | Mis à jour le 02.07.09 à 03h04  | 0

Une maison, cinq tas de pierres, une maison, cinq tas de pierres... Et du linge qui sèche entre deux murs en ruines : voilà ce qui reste du quartier rom de Sulukule, au nord-ouest du centre-ville d'Istanbul. Au pied des murailles byzantines classées Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, la petite ville tzigane a été comme bombardée par un projet de rénovation urbaine.

« Le gouvernement et la ville veulent faire de la gentrification, ils veulent changer les gens pour y mettre à la place des classes plus aisées, et plus proches du pouvoir », explique Funda Oral, de la Sulukule Platformu. Car Sulukule était comme un îlot bohème au coeur de la cité. Cinq mille personnes y vivaient de musique et d'animation pour les fêtes de famille. « Les Stambouliotes venaient y passer du bon temps, et cela assurait un revenu aux Roms », raconte Funda Oral. Ces familles étaient parmi les plus anciennes de la ville : « C'est la première installation des tsiganes en Europe, il y a mille ans », assure Sükrü Pündük, chef de la communauté.

Les maisons n'avaient pas le confort moderne. Du coup, le prix au mètre carré équivalait, au début des années 2000, au dixième du prix pratiqué ailleurs à Istanbul. De quoi exciter la convoitise de la municipalité et des investisseurs. « Ils proposent aux familles de racheter leur maison, ils en expulsent ceux qui sont locataires», raconte Funda Oral. « Nous, les Roms, avons l'habitude d'être opprimés, déplacés, rejetés, explique Sükrü Pündük. On ne s'est pas battus, on résiste en musique. » Environ trois cents familles ont accepté d'être relogées à 40 kilomètres au nord d'Istanbul. Deux ans plus tard, « il en reste une vingtaine, pas plus », selon Korhan Gümüs, urbaniste. Petit à petit, tout le monde est revenu dans les environs de Sulukule. Mais pas sur place, puisque leur maison a disparu. « La municipalité a signé un accord avec un promotteur pour revendre les parcelles au plus offrant. Dans le meilleur des cas, le prix payé au propriétaire rom n'excède pas le quart du prix de vente final... », s'insurge Funda Oral. Saisie par les ONG, l'Unesco a indiqué la semaine dernière que le traitement réservé à Sulukule exposait Istanbul au risque de se voir retirer son classement au patrimoine mondial de l'humanité. « Sulukule est à jamais détruite, prévient Korhan Gümüs. Mais cela restera toujours comme une déchirure dans la ville. »

www.sulukulegunlugu.blogspot.com et à la Maison Folie de Moulins jusqu'au 12 juillet.


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Nouvelle polémique pour American Apparel

Après le litige qui l'a opposé à Woody Allen, American Apparel se retrouve éclaboussé par un nouveau scandale sur fond d'immigration.

Dov Charney, patron d'American Apparel et roi des cools, avait pris fait et cause depuis peu pour une réforme plus souple des lois sur l'immigration aux Etats-Unis. A croire que le bonhomme était irréprochable sur le sujet.

Mais voila que le Wall Street Journal rapporte aujourd'hui une information plutôt compromettante pour l'ami Dov. Selon le quotidien économique, une mission d'inspection des services de l'immigration aurait identifié près de 1600 travailleurs illégaux dans les entrepôts du détaillant basé à Los Angeles.


Réagissant à la publication de cette information, la direction d'American Apparel a indiqué que ses employés qui se trouveraient dans l'impossibilité de fournir des papiers valables aux autorités seraient renvoyés sur le champs. Sûre d'elle, la marque branchée à souligné que d'éventuels départs au seins de ses effectifs n'affecterait en aucun cas sa production.


Ce qui est sûr, c'est que la firme californienne et son exubérant patron Dov Charney se retrouve une fois de plus au cœur de la polémique après le conflit qui les avait opposé il y a quelques semaines au réalisateur Woody Allen. Un différend dont l'issue avait contraint American Apparel à verser 5 millions de dollars au réalisateur pour utilisation abusive de son image

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Isabelle Huppert faite officier de la Légion d'honneur par Sarkozy

 
 
Isabelle Huppert a été faite mercredi officier de la Légion d'honneur par le président Nicolas Sarkozy, qui a salué en elle "une comédienne accomplie" et "perfectionniste" au "caractère bien trempé".

"Vous disparaissez dans vos personnages, vous épousez les rêves les plus fous des plus grands cinéastes, des plus grands dramaturges, vous êtes les personnages qu'on vous demande d'incarner", a dit M.

Sarkozy à l'actrice.
Rendant hommage à son "caractère bien trempé", le président a ajouté : "vous avez pris votre destin en main et vous ne l'avez jamais laissé vous échapper. On peut dire que vous êtes l'auteur, la réalisatrice, l'actrice, de votre carrière (...) Vous êtes perfectionniste".
"Je voudrais dire à quel point la France s'enorgueillit de vous compter parmi ses plus grandes actrices, ses plus talentueuses comédiennes et l'une des meilleures ambassadrices de sa culture et de sa langue, dans le monde entier", a également affirmé le chef de l'Etat.
Sobre dans une robe noire sans manches, la comédienne était entourée de son époux et de ses trois enfants. Parmi les quelque dizaines d'amis présents, figuraient le cinéaste Claude Lanzmann, l'ancien ministre Thierry Breton ainsi que Pierre Bergé, cofondateur de la maison de haute couture Yves Saint-Laurent.
Isabelle Huppert a présidé le dernier Festival de Cannes. Elle recevra un "Globe de cristal" lors du Festival international du film de Karlovy Vary, en République tchèque, qui se tiendra du 3 au 11 juillet.

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À Vénissieux, terre d'expansion de la burqa

Par Cécilia Gabizon, envoyée spéciale à Vénissieux, Cécilia Gabizon
30/06/2009 | Mise à jour : 21:52
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Une femme en burqa dans le quartier Belsunce, à Marseille.
Une femme en burqa dans le quartier Belsunce, à Marseille. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

REPORTAGE - Dans cette ville de la banlieue lyonnaise, le port du voile intégral se développe sur les visages féminins en même temps que s'ancre le rigorisme religieux.

«Vénissieux, c'est le pays de la burqa !», s'esclaffe Mourad, 19 ans, tandis que passe un couple : lui, barbe et petit calot ; elle, toute en noire «ensevelie». Dans les allées du vaste marché de la cité des Minguettes, elles ne sont qu'une poignée, ce jour-là, à porter le voile intégral. Un mot d'ordre est passé pour qu'elles se fassent discrètes. Les religieux essaient d'éteindre le feu. «D'habitude, on en voit une trentaine», raconte Corinne, qui vend des légumes. Au total, dans cette banlieue de 60 000 habitants mitoyenne de Lyon, elles seraient «plus d'une centaine», selon le maire communiste André Gérin. Une des concentrations les plus importantes de France. «La burqa est la pointe de l'iceberg. Dans certains quartiers, toutes les relations entre hommes femmes sont sous surveillance. L'islamisme nous menace réellement», explique l'élu, comme pour justifier le séisme qu'il a provoqué en réclamant une commission d'enquête parlementaire. Un pavé, un testament aussi. Après vingt-cinq ans de règne sur une ville autrefois érigée autour des industries de la région, le maire a décidé de passer la main avant la fin de son mandat. C'était la semaine dernière. Avant de partir, il a voulu alerter la République sur «l'intégrisme qui gangrène sa ville, et bien d'autres régions de France».

Incidents quotidiens aux guichets de la mairie

L'islam est probablement la première religion à Vénissieux, où plus de la moitié de la population est d'origine étrangère, principalement maghrébine selon Gérin. Et la plupart des salles de prières incrustées en bas des tours sont salafistes. Chaque jour, s'y diffuse un islam rigoriste. Près de la mosquée Essalem, bungalow enchâssé dans les bâtiments HLM, des adolescents commentent. «Une femme ne peut pas être près d'un homme sans que Sheitan (satan) ne rôde», dit un garçon. Son frère accompagne son épouse «partout». Dans la rue, les femmes portant le niqab - voile noir intégral - circulent presque sans choquer. Beaucoup les connaissent. Elles ont grandi dans le quartier. Elles ne se heurtent aux règles de la République qu'aux guichets de la mairie. «Les incidents sont quotidiens», se lamente Hélène Mexis. Responsable de toutes les formalités administratives à Vénissieux, elle est en première ligne. Pour le renouvellement de la carte d'identité ou du passeport, la photo tête nue entraîne de violentes protestations : «Ils nous accusent de racisme, nous menacent de représailles.» Certaines femmes refusent finalement de se découvrir. Elles restent sans pièce d'identité. Mais c'est à l'occasion du dépôt des dossiers de mariage que les agents sont confrontés «à des hommes qui, bien souvent, monopolisent la parole et refusent que leur future compagne ne se découvre». Or les textes sont clairs : les fonctionnaires doivent vérifier l'identité des futurs conjoints et mener l'entretien à visage découvert pour mieux cerner si l'union n'est ni contrainte ni feinte. Enfin, la célébration doit se dérouler tête nue. De quoi crisper les obsédés de la règle islamique, des immigrées, mais surtout des «Françaises, souvent jeunes et d'origine maghrébine, ainsi que des converties, comme les maris», précise Hélène Mexis. Sans oublier les sans-papiers, car certaines unions sont arrangées par des gourous religieux entre les deux rives de la Méditerranée.

Les enfants de ces couples sont, pour certains, scolarisés dans les écoles de la ville. Chaque directeur gère ses «mères en burqa». «J'en ai deux, je reconnais l'une à ses yeux que je distingue à travers la fente et l'autre à sa silhouette», assure la responsable de la maternelle Jean-Moulin. «La mienne se découvrait dans la classe quand on parlait de sa fille», se souvient une institutrice de l'école Léo-Lagrange, qui apparemment ne veut exclure personne. «Vous savez, on a aussi des parents ivres. On fait avec. Ce qui compte, c'est l'élève», ajoute-t-elle. Des fillettes à la féminité en sursis. Dans la cour, l'institutrice les entend souvent évoquer ces «jupes et dos nus qu'elles ne mettront bientôt plus. Elles ont une conscience aiguë de leur condition». Partout, la pression religieuse s'accroît et prend dans ses filets des enfants toujours plus jeunes. Directrice de l'école primaire Charles-Perrault depuis treize ans, Patricia Truong a vu les voiles fleurir. Presque la moitié des mères vont tête couverte tandis que les djellabas uniformisent les silhouettes. Les femmes sous burqa restent rares et Patricia Truong exige qu'elles se dévoilent pour vérifier leur identité avant de remettre un enfant. Mais «la question religieuse dépasse la burqa et s'avère très prégnante à l'école maternelle et élémentaire», s'inquiète-t-elle. Certains petits font le ramadan qui n'est pourtant pas prescrit aux enfants. «J'appelle systématiquement les parents pour expliquer que le jeûne est incompatible avec les activités scolaires», dit-elle. Beaucoup d'élèves boudent la cantine pour des raisons religieuses. La mairie a refusé la viande hallal, mais propose du poisson deux jours par semaine. «Les élèves sont beaucoup plus nombreux ces jours-là», confirme Bernard Curtet, directeur de l'école élémentaire Jean-Moulin. Jeudi, il y avait exceptionnellement du porc, mais les trois quarts des inscrits ont demandé le menu de substitution à l'école Charles-Perrault. Même ainsi, «on a des enfants en maternelle qui refusent de manger des carottes, car elles n'ont pas été égorgées !», raconte Patricia Truong. En primaire, le cours de biologie sur la reproduction est parfois contesté. «L'obscurantisme progresse», constate-t-elle.

Une contre-offensive municipale tardive

C'est pourtant de Vénissieux que partit «La Marche des Beurs» en 1983. Après une bavure, quelques fils d'immigrés mettent le cap vers la capitale pour enrayer la violence, et clamer leur désir d'être «des Français à part entière». À l'arrivée, ils sont 100 000 venus dire à la société française, autant qu'à leurs parents, qu'ils vont rester en France, qu'ils veulent s'intégrer, qu'ils réclament l'égalité. La gauche fraîchement arrivée au pouvoir donnera la carte de séjour de dix ans aux immigrés. L'égalité attendra. L'amertume gagne, l'islam aussi. Des prêcheurs sillonnent les banlieues dans le Rhône. Mais c'est à Vénissieux que se tient le premier congrès de l'Union des jeunes musulmans (UJM) en 1992. Inspirés par les Frères musulmans et Tariq Ramadan, les leaders relisent les injustices sociales à l'aune du mépris racial, du rejet de l'islam. Des animateurs, des éducateurs, des médiateurs, des professeurs de sport sortent de la pépinière UJM et relaient depuis ces années ce message. Dans les années 1990, des hommes vérifient parfois les cabas des ménagères pour traquer le jambon. On refuse des femmes aux enterrements. Il faudra l'expulsion de l'imam salafiste Bouziane, en 2002, pour déclencher la contre-offensive municipale. Deux projets de mosquée hors des caves sont en cours. Les relations avec les communautés musulmanes traditionnelles ont été renforcées. Sans stopper l'expansion des salafistes à ce jour.

«Apporter une réponse religieuse à ces dérives»

Partout en France, le nombre de femmes «ninja» suit une courbe «exponentielle», selon l'imam de Guyancourt (Yvelines), Abdelali Mamoun. Des communautés prospèrent en région parisienne. À Trappes, aux Mureaux, à Mantes, Argenteuil, Stains, Nanterre, Sartrouville, mais aussi Puteaux, Grigny, Évry ou encore Longjumeau et, désormais, dans des zones plus rurales. «Il faut apporter une réponse religieuse à ces dérives, prévient Abdelali Mamoun. Même si ces salafistes ne sont pas djihadistes, ils haïssent l'Occident, ils crachent sur les koufars, les infidèles, mais profitent de tous les avantages sociaux de la France. Sans s'installer sur une terre musulmane comme le veut pourtant leur doctrine. Leur duplicité nuit aux Français de confession musulmane.» Une position que partage Mustapha Ghouila, président de l'Association nationale des élus de banlieue, qui a grandi à Vénissieux : «On ne peut pas tourner le dos à la France, à ses traditions, en provoquant ainsi en burqa.»

Si le front antiburqa est large, certains ne voudraient pas «qu'un voile, même intégral, masque le fléau du chômage et la précarité». Parmi les Français de confession musulmane, beaucoup «sentent même une forme de solidarité avec celles qui portent le niqab, explique Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman du Rhône, non pour défendre leur tenue, mais par réflexe identitaire.» Parmi la jeunesse, toutefois, subsiste une relative indifférence devant ces voiles qui ont recouvert tant de têtes. Un «chacun fait ce qui lui plaît», version islamique, que résume Nizar : «Si la femme veut burquer, elle burque. Si elle ne veut pas, elle ne burque pas !» Des mots et un ton légers en décalage avec l'inquiétude grandissante que manifestent des élus devant un phénomène difficile à maîtriser. 

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Changer le rapport de l'homme à la nature n'est qu'un début, par Edgar Morin

Le succès Vert, en France, aux élections européennes ne doit être ni surestimé ni sous-estimé. Il ne doit pas être surestimé, car il résulte en partie de la carence du Parti socialiste, de la faible crédibilité du MoDem et des petites formations de gauche. Il ne doit pas être sous-estimé, car il témoigne aussi du progrès politique de la conscience écologique dans notre pays.

Mais ce qui demeure insuffisant, c'est la conscience de la relation entre politique et écologie. Certes, très justement, Daniel Cohn-Bendit parle au nom d'une écologie politique. Mais il ne suffit pas d'introduire la politique dans l'écologie ; il faut aussi introduire l'écologie dans la politique. En effet, les problèmes de la justice, de l'Etat, de l'égalité, des relations sociales, échappent à l'écologie. Une politique qui n'engloberait pas l'écologie serait mutilée, mais une politique qui se réduirait à l'écologie serait également mutilée.

L'écologie a le mérite de nous amener à modifier notre pensée et notre action sur la nature. Certes, cette modification est loin d'être accomplie. A la vision d'un univers d'objets que l'homme est destiné à manipuler et à asservir ne s'est pas encore vraiment substituée la vision d'une nature vivante dont il faut respecter les régulations et les diversités.

A la vision d'un homme "sur-naturel" ne s'est pas encore substituée la vision de notre interdépendance complexe avec le monde vivant, dont la mort signifierait notre mort. L'écologie politique a de plus le mérite de nous amener à modifier notre pensée et notre action sur la société et sur nous-mêmes.

En effet, toute politique écologique a deux faces, l'une tournée vers la nature, l'autre vers la société. Ainsi, la politique qui vise à remplacer les énergies fossiles polluantes par des énergies propres est en même temps un aspect d'une politique de santé, d'hygiène, de qualité de la vie. La politique des économies d'énergie est en même temps un aspect d'une politique évitant les dilapidations et luttant contre les intoxications consuméristes des classes moyennes.

La politique faisant régresser l'agriculture et l'élevage industrialisés, et par là dépolluant les nappes phréatiques, détoxiquant l'alimentation animale viciée d'hormones et d'antibiotiques, l'alimentation végétale imprégnée de pesticides et d'herbicides, serait en même temps une politique d'hygiène et de santé publiques, de qualité des aliments et de qualité de la vie. La politique visant à dépolluer les villes, les enveloppant d'une ceinture de parkings, développant les transports publics électriques, piétonnisant les centres historiques, contribuerait fortement à une réhumanisation des villes, laquelle comporterait en outre la réintroduction de la mixité sociale en supprimant les ghettos sociaux, y compris les ghettos de luxe pour privilégiés.

En fait, il y a déjà dans la deuxième face de l'écologie politique une part économique et sociale (dont les grands travaux nécessaires au développement d'une économie verte, y compris la construction de parkings autour des villes). Il y a aussi quelque chose de plus profond, qui ne se trouve encore dans un aucun programme politique, c'est la nécessité positive de changer nos vies, non seulement dans le sens de la sobriété, mais surtout dans le sens de la qualité et de la poésie de la vie.

Mais cette deuxième face n'est pas encore assez développée dans l'écologie politique.

Tout d'abord, celle-ci n'a pas assimilé le second message, de fait complémentaire, formulé à la même époque que le message écologique, au début des années 1970, celui d'Ivan Illitch. Celui-ci avait formulé une critique originale de notre civilisation, montrant combien un mal-être psychique accompagnait les progrès du bien-être matériel, comment l'hyperspécialisation dans l'éducation ou la médecine produisait de nouveaux aveuglements, combien il était nécessaire de régénérer les relations humaines dans ce qu'il appelait la convivialité. Alors que le message écologique pénétrait lentement la conscience politique, le message illitchien restait confiné.

C'est que les dégradations du monde extérieur devenaient de plus en plus visibles, alors que les dégradations psychiques semblaient relever de la vie privée et demeuraient invisibles à la conscience politique. Le mal-être psychique relevait et relève encore des médecines, somnifères, antidépresseurs, psychothérapies, psychanalyses, gourous, mais n'est pas perçu comme un effet de civilisation.

Le calcul appliqué à tous les aspects de la vie humaine occulte ce qui ne peut être calculé, c'est-à-dire la souffrance, le bonheur, la joie, l'amour, bref, ce qui est important dans nos vies et qui semble extra-social, purement personnel. Toutes les solutions envisagées sont quantitatives : croissance économique, croissance du PIB. Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l'immense besoin d'amour de l'espèce humaine perdue dans le cosmos ?

Une politique intégrant l'écologie dans l'ensemble du problème humain affronterait les problèmes que posent les effets négatifs, de plus en plus importants par rapport aux effets positifs, des développements de notre civilisation, dont la dégradation des solidarités, ce qui nous ferait comprendre que l'instauration de nouvelles solidarités est un aspect capital d'une politique de civilisation.

L'écologie politique ne saurait s'isoler. Elle peut et doit s'enraciner dans les principes des politiques émancipatrices qui ont animé les idéologies républicaine, socialiste puis communiste, et qui ont irrigué la conscience civique du peuple de gauche en France. Ainsi, l'écologie politique pourrait entrer dans une grande politique régénérée, et contribuer à la régénérer.

Une grande politique régénérée s'impose d'autant plus que le Parti socialiste est incapable de sortir de sa crise. Il s'enferme dans une alternative stérile entre deux remèdes antagonistes. Le premier est la "modernisation" (c'est-à-dire le ralliement aux solutions techno-libérales), alors que la modernité est en crise dans le monde. L'autre remède, le gauchissement, est incapable de formuler un modèle de société. Le gauchisme aujourd'hui souffre d'un révolutionnarisme privé de révolution. Il dénonce justement l'économie néolibérale et les déchaînements du capitalisme, mais il est incapable d'énoncer une alternative. Le terme de "parti anticapitaliste" trahit cette carence.

Si l'écologie politique porte sa vérité et ses insuffisances, les partis de gauche portent, chacun à leur façon, leurs vérités, leurs erreurs et leurs carences. Tous devraient se décomposer pour se recomposer dans une force politique régénérée qui pourrait ouvrir des voies. La voie économique serait celle d'une économie plurielle. La voie sociale serait celle de la régression des inégalités, de la débureaucratisation des organisations publiques et privées, de l'instauration des solidarités. La voie pédagogique serait celle d'une réforme cognitive, qui permettrait de relier les connaissances, plus que jamais morcelées et disjointes, afin de traiter les problèmes fondamentaux et globaux de notre temps.

La voie existentielle serait celle d'une réforme de vie, où viendrait à la conscience ce qui est obscurément ressenti par chacun, que l'amour et la compréhension sont les biens les plus précieux pour un être humain et que l'important est de vivre poétiquement, c'est-à-dire dans l'épanouissement de soi, la communion et la ferveur.

Et s'il est vrai que le cours de notre civilisation, devenue mondialisée, conduit à l'abîme et qu'il nous faut changer de voie, toutes ces voies nouvelles devraient pouvoir converger pour constituer une grande voie qui conduirait mieux qu'à une révolution, à une métamorphose. Car, quand un système n'est pas capable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désintègre, soit il produit un métasystême plus riche, capable de les traiter : il se métamorphose.

L'inséparabilité de l'idée du cheminement réformateur et d'une métamorphose permettrait de concilier l'aspiration réformatrice et l'aspiration révolutionnaire. Elle permettrait la résurrection de l'espérance sans laquelle aucune politique de salut n'est possible.

Nous ne sommes même pas au commencement de la régénération politique. Mais l'écologie politique pourrait amorcer et animer le commencement d'un commencement.


Edgar Morin est sociologue, auteur notamment de "Pour entrer dans le XXIe siècle" (Seuil, 2004).

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Il va à Las Vegas défier Bruel au poker

Après avoir gagné son ticket d’entrée sur Internet, Gabriel Gouttière va s’envoler pour les Etats-Unis afin de participer au Championnat du monde de poker.


 
 
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Adeline Daboval | 29.06.2009, 07h00
 

Vendredi 3 juillet, 7 000 joueurs s’aligneront pour le Championnat du monde de poker à Las Vegas. Parmi eux, des pointures internationales comme Johnny Chan ou Gus Hansen, des stars comme Patrick Bruel ou Vikash Dhorasoo. Mais aussi un jeune habitant d’Esquennoy : Gabriel Gouttière, 31 ans. « J’ai gagné ma participation sur le site de poker en ligne Winamax. Ça me paie l’inscription au tournoi de 10 000 $ ainsi que 3 500 $ pour la réservation de mon séjour. Le Main Event à Las Vegas, c’est vraiment l’épreuve mythique : tous les pros seront réunis, le gros gratin, c’est vraiment énorme. »
Pour la première fois, Gabriel va affronter les joueurs qu’ils voient d’habitude dans les magazines. D’où un peu de stress… « Mon objectif, ce serait au moins de passer le premier jour, confie Gabriel. J’arrive avec quelques jours d’avance pour me familiariser avec les tables de poker, la manipulation des jetons, des cartes, les tells, c’est-à-dire les mimiques des joueurs. C’est un véritable baptême du feu. »

12 millions de dollars pour le vainqueur du tournoi


Car si Gabriel est un joueur de poker professionnel depuis peu, il dispute pour l’instant toutes ses parties en ligne. « J’ai juste fait quelques petites parties live entre amis. » Mais selon lui, il aura autant de chances qu’un vrai pro du tapis vert. « La profession nous sous-estime de moins en moins. En live, on voit vingt-cinq mains (NDLR : un ensemble de deux cartes) par heure. On line, on voit jusqu’à 80 mains par heure. On a plus d’entraînement et ça oblige aussi à une réflexion plus rapide. »
Gabriel espère que le jeu va changer sa vie financièrement. Aide-comptable à Breteuil puis licencié, intérimaire ensuite, il mise tout sur le poker. Il s’occupe de sa petite fille le jour et la nuit il joue en ligne jusqu’à 4 ou 5 heures du matin. Sa compagne, Sophie, attend leur deuxième enfant qui doit naître mi-juillet. « On espère que ce ne sera pas pendant Las Vegas. Mais peut-être que je reviendrai avec un joli cadeau de naissance. » Le vainqueur du tournoi repart avec 12 millions de dollars, les joueurs qui auront passé la quatrième journée avec 150 000 dollars…

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 Somalie: un homme lapidé à mort

AFP
28/06/2009 | Mise à jour : 14:54
Des insurgés islamistes encagoulés ont lapidé à mort aujourd'hui un homme accusé de viol et de meurtre, devant plus de 1.000 personnes, au sud de la capitale somalienne Mogadiscio, ont rapporté des responsables et des témoins.

Mohamed Mohamoud Abdi "était accusé du viol et du meurtre d'une jeune fille de 18 ans en mai dernier", a expliqué un responsable local des shebab, un des principaux groupes de l'insurrection islamiste en Somalie, Sheikh Mohamed Saleban. Le tribunal islamique mis en place par le mouvement radical à Wanlaweyn (90 km au sud de Mogadiscio) "l'a jugé coupable", a-t-il ajouté.

"Dix hommes masqués membres des forces des shebab l'ont lapidé à mort devant tout le monde. Ils avaient creusé un trou, où ils l'ont enterré jusqu'au cou, avant de lui lancer des pierres", a décrit un témoin, Abdullahi Husein. "C'était un homme marié, et c'est pourquoi la cour l'a condamné à la lapidation à mort", a expliqué le responsable des shebab précisant qu'un viol n'était puni que du fouet.

En octobre 2008, une adolescente de 13 ans avait ainsi été enterrée vivante jusqu'au cou puis lapidée à mort par 50 hommes à Kismayo, la plus grande ville portuaire du sud somalien. Elle avait été jugée coupable d'adultère par un tribunal islamique après avoir rapporté aux autorités son viol par trois hommes.

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Des Roms expulsés de leur squat

Publié le vendredi 26 juin 2009 à 08H34

Ils vivaient depuis de longs mois dans ce squat juste en face du Dock des suds à Marseille. Et ils pensaient que rien ne pouvait leur arriver. Mais hier matin, ils ont vu débarquer une bonne quinzaine de policiers.

La cinquantaine de Roms, parmi laquelle de nombreuses personnes âgées et des enfants, a alors été contrainte de quitter le squat. "Ce soir, on dormira tous dans la rue" expliquait l'un d'entre eux.

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Victimes de violences racistes, des Roms sont contraints de quitter l'Irlande du Nord
LE MONDE | 25.06.09 | 15h20  •  Mis à jour le 25.06.09 | 15h21
LONDRES CORRESPONDANTE

epuis le début de la semaine, ils sont déjà vingt-cinq à être rentrés dans leur pays d'origine, la Roumanie. D'ici à ce week-end, ils seront cent. Des Roms qui étaient venus en Irlande du Nord pour mieux vivre et qui aujourd'hui veulent fuir les violences racistes.

Ils vivaient tous dans un quartier du sud de Belfast, une zone populaire à dominante protestante où les loyers sont restés abordables et où les immigrés tentent souvent de s'installer. Les uns vendaient des journaux dans la rue, les autres lavaient des voitures, des petits boulots qui leur permettaient de survivre. La semaine dernière, certains ont vu leurs maisons attaquées à coups de briques. D'autres ont reçu dans leurs boîtes aux lettres des extraits de Mein Kampf ou ont été menacés verbalement. Apeurés, ils se sont réfugiés une nuit dans une église - qui a depuis été vandalisée - avant d'être pris en charge par l'Etat et mis à l'abri dans des logements tenus secrets.

"Seuls quatorze d'entre eux ont choisi de rester", a regretté Margaret Ritchie, ministre au développement social d'Irlande du Nord. C'est le contribuable qui va payer leur retour, alors que Bucarest, où ils ne seront pas accueillis à bras ouverts, n'était pas prête à les aider financièrement. "Cela ne fait aucun doute, il y a dans notre société des bigots racistes et sectaires", juge Martin McGuinness, vice premier ministre d'Irlande du Nord. Anne Lo, une Chinoise qui vit depuis trente-deux ans en Irlande du Nord et qui est depuis 2007 le premier député issu d'une minorité ethnique à siéger à l'Assemblée nord-irlandaise, en sait quelque chose : durant sa campagne, elle a dû affronter des insultes nombreuses et répétées sur ses origines.

"Nous ne sommes pas une société raciste", veut croire Mme Ritchie. Toujours est-il que les incidents envers les étrangers se multiplient. Lundi, une famille polonaise avec un enfant de 4 ans a quitté son domicile à Moygashel (comté de Tyrone) après que des briques eurent été lancées sur la maison et que deux voitures eurent été détruites. A quelques kilomètres de là, des Lituaniens ont également été attaqués. Ce qui est arrivé aux Roumains ces derniers jours est loin d'être une exception. "Mais d'habitude, c'est une ou deux familles qui rentrent dans leur pays. Là, c'est cent individus", ajoute Neil Jarman, qui dirige l'Institute for Conflict Research à Belfast et qui a publié de nombreux rapports sur le racisme dans son pays. Sur les douze derniers mois, l'Irlande du Nord a recensé plus de 1 000 incidents racistes, contre 453 cinq ans plus tôt et 41 en 1996, quand la statistique a été créée.

Depuis que les protestants et les catholiques ont fait la paix, en 1998, l'immigration, réduite à peu de chose durant les trente ans de "troubles", a repris. Avec l'élargissement de l'Union européenne à l'est, Belfast a vu affluer des dizaines de milliers de personnes. Sur une population de 1,75 million, on estime aujourd'hui à 30 000 le nombre de Polonais. Les Roumains seraient 2 320. A titre de comparaison, les Chinois, qui jusque-là représentaient la première communauté étrangère en Irlande du Nord, ne sont que 4 200.

Mais cet afflux, rendu encore plus difficile à absorber par la récession qui sévit, n'explique pas tout. "Il y a urgence à construire une société plus ouverte. Nous vivons chacun dans notre coin. Nous sommes éduqués chacun dans notre coin", juge Mme Ritchie. Au-delà du "racisme standard", explique M. Jarman, l'Ulster a une "culture du sectarisme", héritée de son histoire et de ses luttes intestines entre communautés religieuses. "Pendant des décennies, les gens se sont regroupés entre communautés du même bord. Les protestants d'un côté, les catholiques de l'autre. Surtout dans les zones populaires", explique-t-il. Se sont ainsi créées des poches monoculturelles où la différence n'a pas bonne presse. Quelle qu'elle soit.

C'est ce que confirme une enquête publiée, mercredi 23 juin, par la commission pour l'égalité en Irlande du Nord, selon laquelle le racisme et l'homophobie ont progressé en Ulster ces dernières années. Ainsi, 23 % des personnes interrogées jugeraient problématique de vivre à côté d'un homosexuel ou d'un bisexuel, contre 15 % en 2005. Et 51 % d'entre elles ne s'imaginent pas avoir pour voisin un Gitan, contre 41 % en 2005. La religion, en revanche, n'est un facteur de gêne que pour 6 % des sondés. "C'est réconfortant. Mais il ne faut pas en déduire que le sectarisme n'est plus un sujet en Irlande du Nord, prévient Bob Collins, le président de la commission, nous savons que c'est faux. Nous savons aussi que les modes de comportement peuvent se reproduire."


Virginie Malingre

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Iran : les femmes en première ligne de la contestation
LEMONDE.FR | 26.06.09 | 20h32  •  Mis à jour le 26.06.09 | 20h44


es images du mouvement de contestation iranien depuis le 12 juin ont montré que beaucoup de femmes avaient participé aux manifestations. Elles avaient déjà participé activement à la campagne électorale dans un pays où, juridiquement, elles ne valent que la moitié d'un homme. Le temps de la rébellion symbolique qui passait par les vêtements ou le maquillage est révolu.

Les témoins sur place le font remarquer, les femmes étaient présentes – presque d'égal à égal – avec les jeunes hommes lors des manifestations, même quand celles-ci prenaient un tour violent. Par exemple en ramassant des pierres à jeter, même lorsque les forces de sécurité ont employé des armes à feu pour réprimer les protestations.

Déjà, durant la campagne électorale, les Iraniennes avaient pris un rôle qu'elles n'avaient jamais joué jusque-là. La femme de Mir Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard, a tenu ses propres meetings et s'est montrée main dans la main avec son mari, un geste rare en Iran. L'épouse de Mehdi Karoubi, Fatemeh, avait fait de même. Elle est d'ailleurs une des figures du féminisme iranien et dirige un magazine féminin. Son mari était allé plus loin que Moussavi dans ses propositions en faveur des femmes en proposant l'interdiction de la polygamie. De nombreux observateurs pensaient que, quoi qu'il arrive après l'élection, ce mouvement jouerait un rôle favorable aux droits des femmes.

DES DEMI-CITOYENNES

Les femmes avaient déjà joué un rôle lors de la révolution constitutionnelle de 1906 à 1911 et pendant la révolution islamique de 1979. Mais elles restaient minoritaires. Désormais elles sont nombreuses à descendre dans les rues. Cette évolution apparaît comme le miroir des évolutions de la condition des femmes depuis une vingtaine d'années en Iran. Notamment grâce à l'éducation. Elles y ont accès à parité avec les hommes et sont même majoritaires au moment de l'entrée à l'université, selon Farhad Khosrokhavar, directeur d'études à l'EHESS et chercheur au Centre d'analyse et d'intervention sociologiques. L'Iran est aussi un des seuls pays du Proche-Orient où les femmes sont représentées au Parlement, même si elles font partie du camp conservateur et ne revendiquent donc pas de droits supplémentaires.

Mais leur position toujours inférieure a alimenté un fort désir de changement. "Il y a une disparité grandissante entre leur condition juridique et la réalité de leur évolution au sein de la société", souligne Farhad Khosrokhavar. "Sur le plan culturel, elles sont de plus en plus présentes mais elles sont toujours très handicapées par le système juridique iranien."

Leur crispation s'est concentrée sur la personne de Mahmoud Ahmadinejad. "Aux yeux des jeunes filles des grandes et moyennes villes d'Iran, il représente le système de la police des mœurs qu'elles détestent. Il y a donc un antagonisme personnalisé envers lui", estime Farhad Khosrokhavar. Un point de vue partagée par la prix Nobel de la paix iranienne Shirin Ebadi : "A la racine des troubles actuels, il y a le mécontentement et la frustration face à une détresse qui date d'avant l'élection", a-t-elle déclaré dès les premiers temps du mouvement de contestation. "La présence des femmes est proéminente [dans les manifestations] parce qu'elles sont la catégorie la plus mécontente de la société."

LE CHANGEMENT QUOI QU'IL ARRIVE

Selon des témoins, elles ont été une cible délibérée pour les milices bassidjis. Elles sont tombées aux côtés des hommes et ont contribué à la médiatisation du mouvement. Surtout après la mort de Neda Agha Soltan, présentée comme la première femme-martyr du mouvement après que la vidéo de sa mort a fait le tour d'Internet.

Quel que soit le président qui sortira des événements actuels en Iran, le sort des femmes pourrait en être modifié. D'aucuns craignent un violent retour en arrière si Ahmadinejad conserve le pouvoir, son premier mandat ayant été marqué par de nouvelles restrictions des droits des femmes. Mais selon le chercheur Farhad Khosrokhavar, "la cassure s'est effectuée à parité". "Pour que les droits des femmes évoluent, il faudra qu'elles revendiquent leurs droits. Mais le premier pas est franchi. L'égalité totale est encore loin, mais symboliquement quelque chose s'est produit qui pourrait faire bouger l'ensemble du système."


Antonin Sabot avec AP

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«Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers»

Evacués de force mercredi de la Bourse du travail à Paris par la CGT qui voulait récupérer ses locaux, 200 travailleurs en situation irrégulière campent sur le trottoir.

CORDÉLIA BONAL

Jeudi devant la Bourse du travail, dans le IIIe arrondissement à Paris.

Jeudi devant la Bourse du travail, dans le IIIe arrondissement à Paris. (CB)

Un semblant de calme est revenu autour de la Bourse du travail ce jeudi à Paris, après la violente évacuation la veille des occupants par le service d'ordre de la CGT. Les sans-papiers délogés, au nombre de 200 environ, ont passé la nuit sur le bout de trottoir où ils ont échoué avec matelas et couvertures, et ne comptent pas en bouger pour le moment.

Ce matin, personne n'est parti travailler, tous s'en tiennent au mot d'odre: ne pas bouger tant que les demandes de régularisations déposées par le collectif (750 dossiers déposés à ce jour à la préfecture, 1200 au ministère) n'avanceront pas. En attendant, on s'organise, sous l'œil de quelques policiers. Des chaises, réchauds, radios ont rejoints le fatras de sacs et matelas. Voisins et associations passent discuter, dire leur colère, distribuer pain et bouteilles d'eau. Sur le trottoir d'en face, quelques cafetiers ouvrent l'accès à leurs toilettes.

Travailleurs isolés en situation irrégulière, originaires d'Afrique pour la grande majorité, les occupants avaient investi il y a 14 mois la Bourse du travail, bâtiment appartenant à la ville de Paris mais géré par plusieurs syndicats, dont la CGT.  L'occupation avait été décidée après le refus par la préfecture de police de Paris de recevoir 1.000 dossiers que le collectif, la CSP 75 (coordination de sans-papiers) voulait voir traiter, la préfecture renvoyant vers la CGT.

«Bandits»

«On est en France depuis des années, on travaille, on cotise, nos grands-parents se sont battus pour la France», énumère Keita, intérimaire dans le bâtiment grâce à de faux papiers, comme beaucoup ici. «Alors on ne bougera pas de ce trottoir. Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers.»

Depuis hier, les deux accès au bâtiment sont bloqués: grilles baissées côté boulevard, porte close côté rue, qui s'ouvre de temps à autre pour laisser passer une poignée de responsables syndicaux venus reprendre possession des locaux. Entre le collectif de sans-papiers et les membres de la CGT, on évite soigneusement tout contact.

«La CGT ? C'est des bandits!», s'insurge Keita. Même colère chez Anzoumane Sissoko, délégué du collectif, la CSP 75: «Nous ne voulons plus avoir affaire à eux. Après ce qu'ils nous ont fait hier, venir comme ça nous taper et nous asperger de gaz lacrymogène, ça suffit comme ça.» Au lendemain de l'évacuation, Sissoko compte les absents: «six blessés» et «quatre interpellés». Chiffres qui n'ont pas été confirmés ce jeudi par la préfecture.

«Violence injustifiable»

Après l'épisode violent de la veille, associations et partis ont condamné, plus ou moins fermement, la décision de la CGT, syndicat qui se pose par ailleurs régulièrement en intermédiaire pour le dépôt de dossiers de régularisations de travailleurs. Pour France Terre d'asile, «la CGT, avec cette intervention, qu’elle l’ait souhaité ou non, indique clairement qu’elle change de logiciel en se recentrant sur sa "clientèle" habituelle. Nous devons veiller collectivement (...) à ne pas laisser la division et le rejet de l’autre se propager».

Le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) «dénonce la brutalité de la CGT et demande au gouvernement des actions concrètes pour faciliter une sortie de crise de manière plus humaine», tandis que les Verts s'élèvent contre une «violence injustifiable».

Droit au logement, qui s'était «désolidarisé de l'occupation de la Bourse par les sans papiers motivée par des considérations peu crédibles», dénonce néanmoins la méthode, «expéditive».

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Aux portes de Paris, des «déplacés» roms menacés d'expulsion

REPORTAGE

120 Roms, sans aire d'accueil fixe depuis l'incendie qui a fait disparaître le hangar où ils logeaient, sont menacés d'être expulsés de leur campement actuel par la préfecture de Saint-Denis. Sans solution de relogement.

Julien LALOYE

Le camp des

Le camp des "déplacés" roms, le long des quais de Saint-Ouen (Le Parisien/Nathalie Perrier)

Leur nouvelle «terre d'accueil» est presque invisible pour la population des alentours. On y accède par une petite porte dérobée, qui ouvrait auparavant sur une décharge sauvage, située en contrebas de l'autoroute qui traverse la banlieue parisienne à hauteur de Saint-Denis, le long des quais de Saint-Ouen.

Sept tentes y sont plantées, accompagnées d'un espace de consultation médicale, quatre toilettes «chimiques» et quelques jerricans d'eau potable, le tout apporté par l'association Médecins du Monde. Soit un camp de «déplacés» en plein région parisienne, séparé d'un tas d'ordure à peine déblayé par un mince filet de sécurité orange qui fait le tour des habitations.

Traqués par les forces de l'ordre

Ils sont 120 Roms à vivre là, dont une quarantaine d'enfants et trois nouveaux-nés âgés de deux semaines. Pour ces familles installées depuis plusieurs années en Ile-de-France, le pire a commencé il y a un mois.

Le 23 mai, le hangar de Bobigny où ils avaient trouvé refuge prend feu, détruisant toutes les habitations et emportant un enfant d'une dizaine d'années dans le brasier. Relogés d'urgence dans un gymnase de la ville, ils sont expulsés par les forces de l'ordre trois jours plus tard.

Pour ceux qui n'ont pas été convaincus par l'aide au retour (un aller simple «offert» pour la Roumanie), le harcèlement des autorités continue. Dépourvus de «tous leurs biens ou papiers d'identité» à cause de l'incendie, ils sont exclus dans la foulée d'un hangar désaffecté de Gennevilliers, avant de trouver grâce à Médecins du Monde leur hébergement de fortune actuel. Qui pourrait ne pas durer très longtemps.

Médecins du monde assigné en justice

En effet, et ce pour la première fois de son existence, l'association a été assignée en justice par la préfecture de Saint-Denis pour «occupation d'un terrain sous la propriété de l'Etat». Le tribunal de Grande instance de Bobigny devrait donner sa réponse vendredi matin. Une «pénalisation de l'action associative» qu'ont tenu à dénoncer Médecins du monde, le Secours catholique et la fondation Abbé Pierre, impliqués dans l'aide quotidienne aux déplacés.

Olivier Bernard, président de Médecins du monde, «s'en prend à l'absurdité de la puissance publique», coupable «d'expulser les gens du voyage de lieux en lieux sans jamais proposer d'alternative durable». Dans le viseur, le non respect de la loi du 5 juillet 2000, qui oblige dans les textes chaque département à prévoir une aire d'accueil pour les gens du voyage.

Quand on lui demande quelle sera son attitude en cas de décision défavorable du TGI de Bobigny, il hausse les épaules. «La vocation d'une ONG n'est pas de se mettre hors-la-loi. On démontera les tentes et paiera l'amende, s'il y en a une». La vraie bataille de Médecins du monde n'est pas judiciaire. Elle réside plutôt «dans le développement d'une solidarité régionale et d'une vraie prise en compte du problème des Roms».

Des conditions de vie très précaires

Car ces derniers ne tiennent pas particulièrement à ce campement provisoire. Ce qu'ils veulent, c'est «arrêter d'être déstabilisés et traînés d'un lieu à un autre», explique Constantin, qui affirme avoir déjà été expulsé «sept ou huit fois» des logements qu'il occupait avec sa famille, depuis qu'il est arrivé en France, il y a trois ans.

Ce père de quatre enfants «veut que les jeunes roms aient la même chance que les autres, qu'ils soient scolarisés durablement au même endroit». Pour l'instant ils bénéficient d'un coup de main financier de la directrice d'une école voisine, qui participe au paiement des billets de transport.

Radu, lui, voudrait bien «travailler et ne plus se contenter de ramasser des bouts de ferrailles» clandestinement. Mariana, sa femme, responsable de la cusine collective, en a marre que ses enfants «se mettent à courir dans tous les sens, complètement affolés» dès qu'il voient un policier. Sans parler du manque d'intimité, des lessives dans l'eau de la Seine et du bruit de l'autoroute mitoyenne.

Une table ronde dans les cartons

Ils se déclarent «habitués» à ces conditions de vie difficiles, mais tous attendent que la préfecture de Saint-Denis, à l'origine des ces «déménagements forcés», accède enfin à la demande des associations de convoquer une table ronde avec tous les acteurs concernés par le sujet (villes, départements Région).

Une réunion est prévue le 10 juillet prochain, pour «faire le point» sur la situation. Bernard Moriot, responsable des missions Roms à MDM, veut que le département prenne modèle sur les «villages d'insertion», tel que celui proposé par la ville nouvelle de Sénart: «Trois étapes suffisent pour normaliser la situation. Régularisation, accès à l'école et au travail, puis relogement. Tous ceux qui arrivent jusque là s'intégrent parfaitement dans la société française. Quand on leur donne une chance».

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Les Roms chassés de la médiathèque

Immigration Le campement a été « nettoyé » hier dans la matinée.

Encore occupé dimanche, le campement de la médiathèque a été vidé hier matin. Photo archives DDM, Michel Viala.
Encore occupé dimanche, le campement de la médiathèque a été vidé hier matin. Photo archives DDM, Michel Viala.
Encore occupé dimanche, le campement de la médiathèque a été vidé hier matin. Photo archives DDM, Michel Viala.

VIDEO - -DIAPORAMA - À défaut de régler le problème des Roms cherchant en France de quoi échapper à la misère dans leurs pays d'origine, la préfecture l'a déporté. En Roumanie. Vendredi, le tribunal d'instance accédait à la demande de la Communauté urbaine du Grand Toulouse en ordonnant le départ des Roms de la médiathèque (lire « La Dépêche du Midi » du samedi 20 juin). Hier, le campement de fortune a été démantelé et le site, devant l'immeuble en travaux qui accueillera les bureaux de la future Communauté urbaine, passé au Kärcher.

Hier toujours, deux premiers avions spéciaux ont décollé pour la Roumanie avec à leur bord un premier contingent de Roms. Demain mercredi, un troisième avion sera affrété à destination de Timisoara où ils seront laissés à plus de 150 kilomètres de leurs villes d'origine, Alba Iulia et Blaj, pour la plupart. Selon la préfecture, 18 personnes dont 2 enfants sont concernés. « On ne les renvoie pas, ils veulent repartir », explique Françoise Souliman, secrétaire générale de la préfecture. Et aucun ne pourra bénéficier de l'aide au retour humanitaire. « Sur les 16 adultes, 5 en ont déjà bénéficié ; les 11 autres ne peuvent y prétendre parce qu'ils sont en France depuis moins de trois mois. Mercredi, nous leur avons donné rendez-vous à une heure donnée en un lieu donné. Ils prendront un bus jusqu'à l'aéroport, avec de la nourriture pour le voyage ».

La préfecture évite ainsi une procédure d'Obligation de quitter le territoire (OQTF), susceptible de recours impliquant des délais avant l'expulsion. Elle évite également l'aide au retour humanitaire et les mesures qui y sont associées. Bordée par une circulaire de 2006, l'aide au retour humanitaire prévoit notamment une somme de 300 € par adulte et 100 € par enfant, ainsi que la prise en charge des frais d'hébergement et de repas dans l'attente du départ, et le transport jusqu'à la destination finale à l'intérieur du pays de retour. Entre autres (lire sur le site de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, www.ofii.fr).

Comme l'a dénoncé un collectif d'une quinzaine d'associations suite à l'expulsion de Roms en région parisienne il y a deux ans, la liberté de circulation dont jouissent en théorie les ressortissants de l'Union européenne - à laquelle appartient la Roumanie depuis 2007 - achoppe sur une toute autre réalité.