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Eco-Terre
Bill Gates, un super-VRP au côté de Delanoë
Nouvelles technologies. Le cofondateur de Microsoft a signé hier un partenariat numérique avec la Ville de Paris.
FRANÇOIS MEURISSE
QUOTIDIEN : mercredi 30 janvier 2008

«C’est comme un accord de paix», sourit Bertrand Delanoë devant Bill Gates, quelques secondes avant la signature d’un partenariat numérique entre la Ville de Paris et Microsoft hier matin. C’est assurément une plaisanterie, car entre le maire de la capitale et le cofondateur du géant informatique, le temps est au beau fixe. Le premier est «fier» d’accueillir le second qui «a fait progresser la connaissance, le dynamisme économique et les valeurs»… et qui multiplie les sourires entendus. Objectifs de la convention signée à l’Hôtel de Ville : lutter contre l’exclusion sociale et la fracture numérique d’abord ; favoriser l’innovation ensuite.

«Pas compris». Concrètement, il s’agit d’aider au retour à l’emploi d’une centaine de personnes, informaticiens au chômage et jeunes qui seront initiés aux joies de l’informatique par Microsoft. Et de former des animateurs numériques «là où sont accueillis les plus exclus», selon Delanoë, c’est-à-dire les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Un autre projet, Porte de Montreuil, qui mêle sport réel et sport sur console (Xbox, ça va sans dire), a aussi été développé par les équipes de Microsoft et de la Ville de Paris. Mais Delanoë l’avoue : «Bill Gates et moi, on n’a pas totalement compris ce que c’était !»

Côté innovation, 40 start-up parisiennes dans les domaines du design numérique et de la protection de l’environnement seront épaulées chaque année, contre 20 pour le moment. Et Microsoft fournira conseils, formations et contacts internationaux. Toujours aussi à l’aise dans son numéro de VRP, Bill Gates a tenu à rappeler que l’édition 2008 de la Imagine Cup se tiendrait en juillet à Paris. Imagine Cup ? Une compétition organisée par son entreprise qui réunit lycéens et étudiants du monde entier, lesquels s’affrontent dans neuf catégories «numériques» : logiciels, jeux vidéo, photos, etc. Bref, du solidaire, de l’innovant et du fun.

Aucun nuage n’est venu assombrir cette entente parfaite, malgré les questions d’un journaliste sur la situation de quasi-monople de Microsoft et le lancement d’une nouvelle enquête de la Commission européenne, et le coup porté aux logiciels libres par ce partenariat. «Je garde une totale indépendance dans mes orientations, a déclaré Bertrand Delanoë. Je suis aussi pour permettre le développement du logiciel libre.»

Futur retraité. Pourtant, selon Maurice Ronai, délégué aux nouvelles technologies au Parti socialiste, ce partenariat est un recul. «Cela n’apporte pas grand-chose à la Ville de Paris, rien à Bertrand Delanoë qui est déjà connu à l’international, mais beaucoup à Microsoft qui souffre d’une crise de légitimité, surtout dans le secteur public. Delanoë aurait pu s’en passer !»

Le discours tout en rondeur, Bill Gates précise, lui, comme souvent, que nombre de logiciels libres tournent avec Windows. Futur retraité - il n’aura plus d’emploi à temps plein à partir du 1er juillet et se concentrera quasi exclusivement à sa fondation -, il prouve encore qu’il sait parfaitement manier business et philanthropie.


http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/306906.FR.php
© Libération

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Critique
"No Country for Old Men" : dans le désert du Texas, les frères Coen lâchent un ange exterminateur
LE MONDE | 22.01.08 | 15h53 • Mis à jour le 22.01.08 | 15h53

herchez "Chigurh" sur Google, et le seul que vous trouverez s'appelle Anton. Il n'existe pas d'autre humain de ce nom que celui qui hante les plaines du Texas et le film des frères Coen après avoir ensanglanté le roman de Cormac McCarthy.

C'est donc le romancier qui a trouvé ce nom arbitraire sans étymologie, un simple assemblage de lettres, qui ne sert qu'à désigner le mal absolu, sous sa forme humaine. Ce sont les frères Coen qui ont inventé sa coupe de cheveux, entre Moyen Age et les Beatles sur la pochette de Rubber Soul. Mais, à la place des frais minois, il y a le masque de Javier Bardem et son regard vide. Il est - incarner serait ici un verbe trop humain - Anton Chigurh, sa coiffure imbécile et son arme d'élection, un pistolet pneumatique destiné aux animaux d'abattoir. Ça vous fait rire ? Attendez de voir le film, il vous glacera le sang. Fidèles à la colère prophétique de McCarthy, les Coen ont fait passer leur ironie à l'arrière-plan pour mettre en scène une espèce de genèse du mal contemporain.

Ecrit en 2005, tourné l'année suivante, No Country for Old Men (disponible en France chez Points) se passe en 1980. C'est l'année où l'on solde les espérances des deux décennies précédentes, celle de l'élection de Ronald Reagan. Sur une succession de plans de désert (images belles et lucides de Roger Deakins), la voix du shérif Ed Thom Bell (Tommy Lee Jones) se lamente sur son pays. Il parle d'un jeune homme qu'il a accompagné jusqu'à la chaise électrique, mort sans crainte ni remords.

Puis un policier arrête Chigurh, l'homme à l'étrange coiffure. Il lui passe les menottes et le mène jusqu'au poste. Là, l'homme décapite presque le policier en l'étranglant avec la chaîne des menottes. Dans le même désert, Llewelyn Moss (Josh Brolin) chasse l'antilope. Poursuivant une bête blessée, il découvre des voitures, des cadavres, de l'héroïne et une valise pleine d'argent dont il s'empare. C'est justement cette valise que Chigurh est chargé de retrouver.

UNE DÉCONTRACTION MUSCLÉE

L'ange exterminateur jonche les paysages (déserts et villes du sud-ouest des Etats-Unis) de cadavres. Le shérif Bell comprend la nature hors du commun de l'assassin, sans pouvoir l'arrêter, alors que Moss est convaincu d'être plus malin et croit pouvoir sauver sa femme, Carla Jean (l'actrice écossaise Kelly MacDonald, dont la stature ne cesse de croître au long du film).

Depuis Sang pour sang, les frères Coen ont exploré les recoins les plus obscurs du film noir. C'est une autre langue maternelle pour eux, qu'ils maîtrisent sans même s'en rendre compte. Tout ce qui est affaire d'armes à feu, de poursuite, d'embuscade est ici mené avec une décontraction musclée qui fait peur, parce qu'on y trouve comme l'écho de la facilité à tuer d'Anton Chigurh.

No Country for Old Men semble durer bien moins que ses deux heures. Tout va si vite (les frères ont monté eux-mêmes leur film, sous leur pseudonyme habituel, Roderick Jaynes), tout est montré avec une clarté saisissante. On a envie de décrire en détail le piège que Moss croit tendre à Chigurh dans un hôtel, mais ce serait idiot : cette affaire d'ombres portées, de craquements de parquet, il faut la voir dans sa terrible simplicité.

UN DIEU DE LA MORT

Mais No Country for Old Men n'est pas seulement un grand moment de virtuosité efficace. Dès le début du film, on s'aperçoit que la mise en oeuvre à plein régime de la mécanique du film noir produit une étrange vapeur, qui manquait ces derniers temps aux films des frères Coen.

Elle émane de la prétention de Chigurh à être plus qu'un tueur, un dieu de la mort qui décide de l'heure et du lieu. Elle vient du découragement croissant du shérif Bell, et des désillusions de Llewelyn Moss, qui croyait être plus malin que le diable.

Elle vient du poids d'une histoire centenaire. Archéologue et chantre de la violence en son pays (voir son très beau Méridien de sang), Cormac McCarthy en connaît les cours, les plus souterrains. Dans ce roman, il jette un pont entre les derniers éclats des guerres indiennes (l'histoire que raconte l'oncle du shérif) et les premières escarmouches du trafic de drogue organisé par-dessus le rio Bravo.

Au-delà de cet héritage sanglant, la formidable figure d'Anton Chigurh fait planer la menace d'un mal absolu, imprévisible, qui surgit dans la vie des humains ordinaires. Javier Bardem endosse cet habit avec une résolution effrayante, dont il ne dévie jamais. Face à lui, bons, brutes et truands sont tous égaux, tous mortels.
Film américain de Joel et Ethan Coen avec Tommy Lee Jones, Josh Brolin, Javier Bardem, Kelly MacDonald. (2 h 02.)


Thomas Sotinel
L'avis du "Monde"

EXCELLENT


Article paru dans l'édition du 23.01.08


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Article interactif
Crise des "subprimes" : le point de vue de deux économistes
LEMONDE.FR | 17.08.07 | 16h20 • Mis à jour le 17.08.07 | 18h04

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[-] fermer "Quelles sont les causes de la crise des "subprimes" ?"
Quelles sont les causes de la crise des "subprimes" ?

Elie Cohen est directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d'analyse économique (CAE) auprès du premier ministre. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Le Nouvel Age du capitalisme : bulles, krachs et rebonds, chez Fayard.

Augustin Landier est spécialiste de la finance, maître de conférence à la New York University, et coauteur du Grand Méchant Marché, chez Flammarion.

Elie Cohen : La crise actuelle, née de l'effondrement du marché immobilier américain après une hausse continue des prix de l'immobilier pendant plusieurs années, suit les changements successifs de la Banque centrale dans sa politique de fixation des taux.

Quand les prix baissent, que les taux montent et que les crédits sont à taux variables, les populations les plus fragiles ne peuvent plus assumer la charge de leur dette. Elles font défaut, leur bien est vendu, accélérant encore la baisse des prix immobiliers. Mais la crise des "subprimes" vient en fait d'une politique de monétisation des actifs par titrisation des crédits immobiliers. Le mécanisme est le suivant : les banques cèdent à des investisseurs spécialisés des paquets de crédits. Ces investisseurs émettent des obligations et ces obligations sont ensuite vendues à différents investisseurs et c'est ainsi qu'un mauvais risque immobilier peut se retrouver dans une sicav de trésorerie.

La crise actuelle a donc démarré dans l'immobilier américain, puis elle s'est diffusée au marché du crédit "subprime", puis elle a contaminé les marchés financiers à risque, avant d'atteindre le marché monétaire avec la crise de liquidité qu'on a connue vendredi 10 août. C'est en fait une crise de la finance globale dérégulée.

Augustin Landier : La baisse des prix du marché de l'immobilier et le non-remboursement par les particuliers de leurs prêts immobiliers ont provoqué la crise du marché immobilier américain. Cette crise a entraîné une revalorisation à la baisse d'un certain nombre de produits financiers qui comprenaient des "subprimes", c'est-à-dire des prêts assez risqués accordés à des particuliers.


[-] fermer " Les banques centrales ont-elles mal joué leur rôle ?"
Les banques centrales ont-elles mal joué leur rôle ?

Elie Cohen : Les banques centrales ont agi avec la promptitude nécessaire au moment où le risque d'une crise systémique est apparu avec la panne de liquidités observée sur le marché interbancaire la semaine dernière. Depuis, les banques centrales ont mis à disposition des marchés les liquidités nécessaires en veillant toutefois à ce que les acteurs financiers qui avaient pris des risques excessifs payent le prix de leur imprudence.

Il s'agit d'éviter la répétition du scénario de 2000, lorsque les banques centrales avaient inondé les marchés de liquidités en baissant massivement leurs taux, ce qui avait favorisé rapidement la formation de la bulle immobilière qui vient d'éclater. Les banques centrales doivent à la fois injecter la liquidité qui permet d'éviter la crise systémique tout en faisant en sorte que les acteurs aventureux paient le prix de leurs dérives.

Augustin Landier : L'industrie financière, qui a exercé une pression très importante sur les banques centrales pour obtenir une baisse des taux d'intérêt, leur reproche aujourd'hui d'être intervenues trop tard. Mais si les banques centrales intervenaient à la moindre anomalie sur les marchés, leur action serait salutaire à court terme, mais contre-productive à long terme car les acteurs de la finance, tenant pour acquises ces interventions, changeraient leur politique de risque. Les banques en particulier qui ne prendraient plus en compte les scénarios de crise majeure. Or les institutions financières doivent être incitées à maintenir une bonne gestion du risque, c'est ce que les économistes appellent le "hasard moral".

La crise de l'industrie financière ne concerne les banques centrales que si l'impact sur l'ensemble de l'économie est important. Mais pour l'instant, le risque d'une transmission rapide et importante de la crise des "subprimes" à l'économie réelle n'est pas avéré.


[-] fermer "Que peut-on reprocher aux banques et aux institutions financières ?"
Que peut-on reprocher aux banques et aux institutions financières ?

Elie Cohen : Les institutions financières qui ont procédé massivement à la titrisation de créances immobilières ou les institutions qui ont mobilisé massivement de la dette dans des opérations de LBO [leverage buy out - acquisitions à crédit, ou effet de levier, qui permet aux fonds et aux dirigeants de s'enrichir rapidement en faisant rembourser par la société achetée, via de généreux dividendes, l'essentiel du coût de son acquisition] ont pris des risques excessifs qu'elles sont en train de payer.

Les agences de notation (les Moody's ou les Standard and Poor's) qui ont donné un "triple A" (avis très favorable) à des produits de titrisation qui étaient en fait risqués ont induit en erreur des investisseurs crédules. Enfin, les banques commerciales, en finançant généreusement ces acteurs économiques, en les accompagnant dans des opérations de titrisation, et pire encore, en mettant certains de ces produits dans des sicav, ont mal mesuré le risque pris.

Augustin Landier : Elles ont sous-estimé la vitesse à laquelle une crise de liquidités pouvait s'instaurer sur ces produits, rendant leur revente difficile. Je pense que les erreurs d'anticipation les plus dommageables sont moins du côté des banques que des agences de notation qui ont noté des produits financiers risqués comme étant sans risque. Les banques ont exploité cette faille qui leur a permis de vendre en grande quantité ces nouveaux produits.


[-] fermer " A quoi peut-on s'attendre ?"
A quoi peut-on s'attendre ?

Elie Cohen : A partir de maintenant, il faut que tous les acteurs engagés dans ces produits risqués annoncent la hauteur de leurs engagements. Tant qu'on ne prendra pas la mesure de l'importance de ces engagements, il y aura des secousses et des répliques à la crise.

Dans quelques semaines, le marché se reformera et les affaires reprendront comme auparavant. Il y aura des pertes, des faillites, puis les fonds actuellement fermés (par exemple ceux de la BNP fermés pour un mois) rouvriront et susciteront à nouveau des appétits.

Augustin Landier : Dans les semaines à venir, on va enfin savoir quelles sont les banques et les institutions financières qui sont touchées et à quel point elles le sont. Par nature, l'industrie financière est oligopolistique : quelques acteurs majeurs dominent le marché, et ceux qui ont été les moins lucides vont être affaiblis. Il n'est pas souhaitable d'interférer avec ce processus tant que la survie du système financier n'est pas en cause. C'est un moment "darwinien" : les banques qui ont eu des politiques de gestion du risque trop laxistes vont le payer très cher, des institutions prestigieuses vont perdre leur crédibilité (comme par exemple la société de courtage Bear Stearns), et seront peut-être absorbées par d'autres. C'est de la "création destructrice".

Il est intéressant de voir l'arrivée d'un nouveau venu dans l'arène : le système bancaire centralisé chinois qui s'est manifesté sur plusieurs dossiers. Il a investi dans Blackstone avant la crise, chez Barclay's, et a été ensuite mentionné pour venir au secours de Bear Stearns. Injecteur de liquidités, il sera aussi un investisseur majeur.

[-] fermer "Quelles sont les solutions à apporter ?"
Quelles sont les solutions à apporter ?

Elie Cohen : S'agissant de l'avenir, les bons esprits disent qu'il faut plus de transparence et plus de régulation. Mais c'est à peu près ce qu'on dit après chaque crise. L'important est de comprendre ce qui se passe. Nous vivons dans un monde d'innovation financière, qui passe par l'invention de nouveaux produits d'une complexité grandissante. Et les inventeurs de ces produits jouent des différences de réglementation existant dans différents pays et secteurs de marché. Le régulateur court toujours après l'innovation et a toujours un temps de retard. La meilleure preuve, c'est que le rôle des organisations de notation avait déjà été mentionné dans la crise asiatique et dans le scandale Enron.

Il faut bien sûr de la transparence, il faut donc veiller à la bonne information des investisseurs, mais on n'évitera pas la formation de nouvelles bulles et des corrections brutales de marché. Je suis un partisan de la régulation, mais en en connaissant les limites.

Augustin Landier : Ces turbulences ne remettent pas en cause l'idée de marché. Il s'agit de relayer l'information et de lutter contre l'opacité qui plane aujourd'hui sur cette crise. Les régulateurs doivent avant tout intervenir pour coordonner les différents acteurs de l'industrie financière, et limiter les effets de contagion. Un certain nombre de secteurs qui n'étaient pas directement reliés aux "subprimes" ont été touchés par "effet domino".

Il est souhaitable que la lumière se fasse le plus vite possible sur les comptes des différentes banques. L'incertitude concernant l'ampleur des dégâts dans chaque banque accentue inutilement la crise.

Propos recueillis par Anne-Gaëlle Rico et Benoît Vitkine


Entretien
Diao Yi Nan et l'expérience de la mise à mort
LE MONDE | 22.01.08 | 16h06 • Mis à jour le 22.01.08 | 16h06
PÉKIN CORRESPONDANT

epuis longtemps, Diao Yi Nan fait un cauchemar : il rêve qu'il va être exécuté. "Mon film m'a guéri", observe le réalisateur de Train de nuit, l'histoire d'une femme bourreau en mal d'amour dans la province du Shaanxi.

Ce cinéaste, âgé de 39 ans, a poussé l'enquête préliminaire aussi loin que possible pour apporter une touche réaliste aux scènes préfigurant une exécution capitale en Chine. "J'ai réussi à assister à la mise à mort de trois condamnés", raconte-t-il dans une maison de thé de Pékin, une expérience dont il n'est pas sorti indemne.

"Avant, j'avais très peur de la mort, mais au moment de cette exécution, j'ai eu l'impression, brièvement, que vivre ou mourir m'était égal. Depuis, je continue de craindre la mort tout en étant curieux d'elle, un peu comme un enfant qui s'approche du danger. Dans le film, mes personnages font face à la mort à ma place."

Diao Yi Nan a d'abord assisté à la "répétition" de l'exécution, une scène hallucinante qu'il a utilisée dans Train de nuit et où l'on voit les policiers demander au condamné de mimer, en s'agenouillant, les gestes qu'il devra faire avant de se faire tirer une balle dans la nuque, quelques minutes plus tard...

Il a accompagné ensuite pour leur ultime voyage vers le terrain d'exécution trois condamnés cagoulés et leurs bourreaux, des policiers casqués. Durant le trajet, il se souvient que deux des trois hommes étaient silencieux, "comme engourdis" par l'approche de la mort. Le troisième, lui-même un ancien policier, marmonnait d'inaudibles paroles en traversant, pour la dernière fois, son village. "Après chaque exécution, explique le cinéaste, les exécuteurs disposent d'une demi-journée de vacances et bénéficient chaque année de séances de soutien psychologique."

Mais si la peine de mort sert de toile de fond à son film, cet admirateur de Claude Chabrol insiste sur le fait que l'important pour lui est avant tout d'avoir raconté une histoire sur "les sentiments, les envies et le cauchemar d'une femme qui essaie de se réveiller du mauvais rêve de sa vie".

Bruno Philip
Article paru dans l'édition du 23.01.08


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Article interactif
Crise des "subprimes" : le point de vue de deux économistes
LEMONDE.FR | 17.08.07 | 16h20 • Mis à jour le 17.08.07 | 18h04

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Quelles sont les causes de la crise des "subprimes" ?

Elie Cohen est directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d'analyse économique (CAE) auprès du premier ministre. Il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Le Nouvel Age du capitalisme : bulles, krachs et rebonds, chez Fayard.

Augustin Landier est spécialiste de la finance, maître de conférence à la New York University, et coauteur du Grand Méchant Marché, chez Flammarion.

Elie Cohen : La crise actuelle, née de l'effondrement du marché immobilier américain après une hausse continue des prix de l'immobilier pendant plusieurs années, suit les changements successifs de la Banque centrale dans sa politique de fixation des taux.

Quand les prix baissent, que les taux montent et que les crédits sont à taux variables, les populations les plus fragiles ne peuvent plus assumer la charge de leur dette. Elles font défaut, leur bien est vendu, accélérant encore la baisse des prix immobiliers. Mais la crise des "subprimes" vient en fait d'une politique de monétisation des actifs par titrisation des crédits immobiliers. Le mécanisme est le suivant : les banques cèdent à des investisseurs spécialisés des paquets de crédits. Ces investisseurs émettent des obligations et ces obligations sont ensuite vendues à différents investisseurs et c'est ainsi qu'un mauvais risque immobilier peut se retrouver dans une sicav de trésorerie.

La crise actuelle a donc démarré dans l'immobilier américain, puis elle s'est diffusée au marché du crédit "subprime", puis elle a contaminé les marchés financiers à risque, avant d'atteindre le marché monétaire avec la crise de liquidité qu'on a connue vendredi 10 août. C'est en fait une crise de la finance globale dérégulée.

Augustin Landier : La baisse des prix du marché de l'immobilier et le non-remboursement par les particuliers de leurs prêts immobiliers ont provoqué la crise du marché immobilier américain. Cette crise a entraîné une revalorisation à la baisse d'un certain nombre de produits financiers qui comprenaient des "subprimes", c'est-à-dire des prêts assez risqués accordés à des particuliers.


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Les banques centrales ont-elles mal joué leur rôle ?

Elie Cohen : Les banques centrales ont agi avec la promptitude nécessaire au moment où le risque d'une crise systémique est apparu avec la panne de liquidités observée sur le marché interbancaire la semaine dernière. Depuis, les banques centrales ont mis à disposition des marchés les liquidités nécessaires en veillant toutefois à ce que les acteurs financiers qui avaient pris des risques excessifs payent le prix de leur imprudence.

Il s'agit d'éviter la répétition du scénario de 2000, lorsque les banques centrales avaient inondé les marchés de liquidités en baissant massivement leurs taux, ce qui avait favorisé rapidement la formation de la bulle immobilière qui vient d'éclater. Les banques centrales doivent à la fois injecter la liquidité qui permet d'éviter la crise systémique tout en faisant en sorte que les acteurs aventureux paient le prix de leurs dérives.

Augustin Landier : L'industrie financière, qui a exercé une pression très importante sur les banques centrales pour obtenir une baisse des taux d'intérêt, leur reproche aujourd'hui d'être intervenues trop tard. Mais si les banques centrales intervenaient à la moindre anomalie sur les marchés, leur action serait salutaire à court terme, mais contre-productive à long terme car les acteurs de la finance, tenant pour acquises ces interventions, changeraient leur politique de risque. Les banques en particulier qui ne prendraient plus en compte les scénarios de crise majeure. Or les institutions financières doivent être incitées à maintenir une bonne gestion du risque, c'est ce que les économistes appellent le "hasard moral".

La crise de l'industrie financière ne concerne les banques centrales que si l'impact sur l'ensemble de l'économie est important. Mais pour l'instant, le risque d'une transmission rapide et importante de la crise des "subprimes" à l'économie réelle n'est pas avéré.


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Que peut-on reprocher aux banques et aux institutions financières ?

Elie Cohen : Les institutions financières qui ont procédé massivement à la titrisation de créances immobilières ou les institutions qui ont mobilisé massivement de la dette dans des opérations de LBO [leverage buy out - acquisitions à crédit, ou effet de levier, qui permet aux fonds et aux dirigeants de s'enrichir rapidement en faisant rembourser par la société achetée, via de généreux dividendes, l'essentiel du coût de son acquisition] ont pris des risques excessifs qu'elles sont en train de payer.

Les agences de notation (les Moody's ou les Standard and Poor's) qui ont donné un "triple A" (avis très favorable) à des produits de titrisation qui étaient en fait risqués ont induit en erreur des investisseurs crédules. Enfin, les banques commerciales, en finançant généreusement ces acteurs économiques, en les accompagnant dans des opérations de titrisation, et pire encore, en mettant certains de ces produits dans des sicav, ont mal mesuré le risque pris.

Augustin Landier : Elles ont sous-estimé la vitesse à laquelle une crise de liquidités pouvait s'instaurer sur ces produits, rendant leur revente difficile. Je pense que les erreurs d'anticipation les plus dommageables sont moins du côté des banques que des agences de notation qui ont noté des produits financiers risqués comme étant sans risque. Les banques ont exploité cette faille qui leur a permis de vendre en grande quantité ces nouveaux produits.


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A quoi peut-on s'attendre ?

Elie Cohen : A partir de maintenant, il faut que tous les acteurs engagés dans ces produits risqués annoncent la hauteur de leurs engagements. Tant qu'on ne prendra pas la mesure de l'importance de ces engagements, il y aura des secousses et des répliques à la crise.

Dans quelques semaines, le marché se reformera et les affaires reprendront comme auparavant. Il y aura des pertes, des faillites, puis les fonds actuellement fermés (par exemple ceux de la BNP fermés pour un mois) rouvriront et susciteront à nouveau des appétits.

Augustin Landier : Dans les semaines à venir, on va enfin savoir quelles sont les banques et les institutions financières qui sont touchées et à quel point elles le sont. Par nature, l'industrie financière est oligopolistique : quelques acteurs majeurs dominent le marché, et ceux qui ont été les moins lucides vont être affaiblis. Il n'est pas souhaitable d'interférer avec ce processus tant que la survie du système financier n'est pas en cause. C'est un moment "darwinien" : les banques qui ont eu des politiques de gestion du risque trop laxistes vont le payer très cher, des institutions prestigieuses vont perdre leur crédibilité (comme par exemple la société de courtage Bear Stearns), et seront peut-être absorbées par d'autres. C'est de la "création destructrice".

Il est intéressant de voir l'arrivée d'un nouveau venu dans l'arène : le système bancaire centralisé chinois qui s'est manifesté sur plusieurs dossiers. Il a investi dans Blackstone avant la crise, chez Barclay's, et a été ensuite mentionné pour venir au secours de Bear Stearns. Injecteur de liquidités, il sera aussi un investisseur majeur.

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Quelles sont les solutions à apporter ?

Elie Cohen : S'agissant de l'avenir, les bons esprits disent qu'il faut plus de transparence et plus de régulation. Mais c'est à peu près ce qu'on dit après chaque crise. L'important est de comprendre ce qui se passe. Nous vivons dans un monde d'innovation financière, qui passe par l'invention de nouveaux produits d'une complexité grandissante. Et les inventeurs de ces produits jouent des différences de réglementation existant dans différents pays et secteurs de marché. Le régulateur court toujours après l'innovation et a toujours un temps de retard. La meilleure preuve, c'est que le rôle des organisations de notation avait déjà été mentionné dans la crise asiatique et dans le scandale Enron.

Il faut bien sûr de la transparence, il faut donc veiller à la bonne information des investisseurs, mais on n'évitera pas la formation de nouvelles bulles et des corrections brutales de marché. Je suis un partisan de la régulation, mais en en connaissant les limites.

Augustin Landier : Ces turbulences ne remettent pas en cause l'idée de marché. Il s'agit de relayer l'information et de lutter contre l'opacité qui plane aujourd'hui sur cette crise. Les régulateurs doivent avant tout intervenir pour coordonner les différents acteurs de l'industrie financière, et limiter les effets de contagion. Un certain nombre de secteurs qui n'étaient pas directement reliés aux "subprimes" ont été touchés par "effet domino".

Il est souhaitable que la lumière se fasse le plus vite possible sur les comptes des différentes banques. L'incertitude concernant l'ampleur des dégâts dans chaque banque accentue inutilement la crise.

Propos recueillis par Anne-Gaëlle Rico et Benoît Vitkine

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Reportage
L'espérance déçue des Palestiniens de Gaza, traqués par la police égyptienne à Al-Arich
LE MONDE | 29.01.08 | 16h59 • Mis à jour le 29.01.08 | 17h01
AL-ARICH (Egypte) ENVOYÉ SPÉCIAL

a chasse aux Palestiniens a commencé dans les rues du centre d'Al-Arich, cité balnéaire égyptienne. Dans le souk et les rues adjacentes, des forces de police en uniforme et en civil contrôlaient les identités et poursuivaient, lundi 28 janvier, les habitants de la bande de Gaza qui erraient en quête de nourriture et de logement depuis l'ouverture par la force de la frontière, le 23 janvier. Tous ont été embarqués dans des cars et des minibus pour être réexpédiés à la frontière. Difficile d'échapper aux rafles tant la présence policière est importante.

La plupart des magasins ont été fermés sur ordre des autorités afin d'essayer de tarir le flot continu de Palestiniens venus faire leurs emplettes. "C'était comme des sauterelles. Ils ont tout dévalisé. Certains produits sont devenus introuvables", fait remarquer un commerçant. La plupart des stations-service n'ont plus d'essence, et d'interminables queues s'allongent devant celles restées ouvertes. Les jerrycans sont interdits, et les pompistes sont passibles d'amende s'ils outrepassent les ordres de ne pas servir les Palestiniens.

"Même dans les boulangeries, on refuse de nous vendre du pain, dit l'un d'eux. Les Egyptiens veulent nous étrangler après que les Israéliens ont voulu nous étouffer."

Al-Arich est devenue la ville de l'angoisse pour les Palestiniens de Gaza. Après avoir échappé aux check-points qui jalonnent la route principale par les pistes du désert, ils se sont échoués dans cette ville en état de siège, transformée en port d'une espérance déçue. Impossible d'aller plus loin. Même les marchandises ne parviennent plus dans ce cul-de-sac du Sinaï, car elles sont bloquées à Ismaïlia par décision des autorités égyptiennes, afin de tenter de stopper l'exode d'un peuple aspirant à un peu d'oxygène et de denrées dont il est privé par le blocus israélien.

PASSAGE À TABAC

Certes, la frontière à Rafah est ouverte depuis le 23 janvier, mais elle a seulement reculé de 50 kilomètres. "Les murs de la prison ont été légèrement repoussés", comme le dit un étudiant qui déplore le manque de solidarité des Arabes. Impossible de trouver une chambre dans un hôtel ou les innombrables chalets du bord de mer, vides en cette saison. Des ordres ont été donnés de ne pas loger ceux qui se retrouvent une nouvelle fois comme des réfugiés. Ils dorment où ils peuvent et tentent d'échapper aux forces de sécurité en se cachant. Certains font état de passages à tabac. "Les habitants nous reprochent d'avoir fait monter les prix et d'avoir provoqué une pénurie, mais nous n'y sommes pour rien, protestent des Palestiniens exaspérés. Nous ne voulons que nous ravitailler. Les commerçants n'ont pas à se plaindre. Ce n'est pas une invasion !"

Al-Arich, porte de l'espoir, est devenue le cimetière des illusions. A l'entrée de la ville, plusieurs milliers de personnes ont trouvé refuge dans une rue, transformée en boulevard de l'attente, et dans deux mosquées, l'une pour les femmes et les enfants et l'autre pour les hommes, toutes deux encombrées de valises.

Il y a là des centaines de malades, d'étudiants, de résidents dans des pays étrangers bloqués dans la bande de Gaza depuis le coup de force du Hamas le 15 juin 2007, et qui ont cru qu'ils allaient pouvoir se faire soigner, poursuivre leurs études ou retrouver les leurs. Pas de tampon de sortie, pas de possibilités de se rendre au Caire. Alors, ils attendent, depuis le 23 janvier, que les autorités égyptiennes fassent un geste. Beaucoup ont des visas en règle, les documents médicaux appropriés, des cartes de séjour de pays étrangers valides. Ne manque qu'un coup de tampon égyptien, ce qui les classe parmi les illégaux.

"Je veux seulement aller à l'aéroport pour me rendre en Belgique, sinon je vais manquer le deuxième semestre après avoir manqué le premier. Pourquoi (le président égyptien) Hosni Moubarak ne nous donne-t-il pas cette permission ?", s'inquiète Mohammed.

Pour le moment, la police les tolère. Mais il n'y pas assez de couvertures pour tout le monde. Des malades ont dû être hospitalisés. "Faudra-t-il une révolte, un mort pour que l'on s'inquiète de notre sort", proteste Bassam, rongé par un cancer du pancréas.

Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 30.01.08


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Point de vue
Le pouvoir et le mensonge, par Max Dorra
LE MONDE | 25.01.08 | 14h31


Quand, dans un pays, un certain niveau d'inégalité sociale est atteint qui n'a pas entraîné la prise de conscience attendue - comme lors de l'élection présidentielle de 2007, où une part importante des pauvres a voté à droite -, on peut, à bon droit, se demander si, dans la fabrication de l'opinion, l'influence des médias n'a pas été déterminante.
C'est là maintenant, de toute façon, qu'une certaine réalité se révèle. Lors de débats télévisés par exemple, où, en dehors même du contenu, la musique des paroles, l'attitude, les mimiques, le style du présentateur, si différent selon qu'il s'adresse à un ouvrier ou à un énarque, font réellement vivre à nu, démasquée, comme incarnée, une violence latente qu'on ne peut guère appeler autrement qu'une lutte de classes - concept décidément increvable. Au cours d'une récente émission, un syndicaliste, seul contre tous, était ainsi confronté à une présentatrice habituée des soirées politico-mondaines.

A une époque où les grands médias, court-circuitant le suffrage universel, injectent le virus avant de prendre la température, la détention des moyens de production de l'opinion par une classe dominante est un défi inédit à la démocratie. D'autant plus insidieux que la notion même de "classe", difficile à cerner certes, mais bien dérangeante, est aujourd'hui l'objet d'une véritable omerta, d'une méconnaissance qui a ses modes de production propres.

Le premier de ces modes est celui, bien connu, du bouc émissaire : immigrés, étrangers, juifs, etc., dont la présence est censée expliquer tous les malheurs du monde. Le deuxième consiste à monter en épingle, comme outils de compréhension, d'autres oppositions que les antagonismes sociaux. Les conflits entre nations par exemple, la lutte des générations ou la guerre des sexes.

Il est un troisième moyen pour produire de la méconnaissance : le détournement d'attention, procédé classique des illusionnistes. Le plus flagrant est la place accordée aux faits divers et au sport lors du montage rédactionnel des "journaux d'information". Le plus retors, la personnalisation dépolitisante du politique. Le plus subtil : le brouillage. On sait à quel point les rapports de domination, tant ils s'entrecroisent, peuvent faire vivre les luttes politiques sous la forme d'une relation parent/enfant, masculin/féminin. En avoir ou pas. Car ces différences sont très tôt rencontrées, bien avant l'entrée dans le champ socio-économique qu'elles continueront par la suite de surimpressionner.

REDOUTABLE EFFICACITÉ

L'autre se présente ainsi comme un ensemble de caractéristiques, simultanément, affectivement perçues, où la dimension sociale se fond. Et peut donc se dissimuler. Or, on le sait, le mensonge intimidant accompagne le pouvoir comme l'ombre suit le corps, mensonge qui permet aux puissants de s'attribuer une prétendue légitimité. Et par là d'impressionner, d'infantiliser. Il n'y a pas de servitude volontaire, il n'y a que des déprimes entretenues.

A cet égard, dans une société de spectacle-marchandise où l'on va jusqu'à enseigner "l'art de se vendre" et le culte imbécile de l'évaluation chiffrée, les grands médias sont l'arme absolue. L'intensité émotionnelle de tout débat, l'impact des visages, des regards, donnent au bluff, quel qu'il soit, leurre publicitaire ou politique, une redoutable efficacité.

J'en étais là, lorsque sur un écran de télévision sont apparus les visages d'hommes et de femmes considérés jusque-là comme progressistes et faisant maintenant partie d'un ministère conservateur. Je pense au générique des "Guignols de l'info" : une face étrange, d'innombrables yeux qui s'hypertrophient, se dilatent, se tordent, l'ensemble bougeant de tous côtés, à toute vitesse, avant l'explosion finale.

C'est un singulier malaise en effet que provoque cette collaboration. Car le visage de ces hommes, de ces femmes, on le perçoit comme un accord musical. Un accord douloureux. Une dissonance que résoudrait, apparemment, l'accord de tonalité. Cadence parfaite. Harmonie. "Vous voyez bien, d'anciens progressistes, une femme noire (comme aux Etats-Unis), peuvent être dans le camp des conservateurs. Que l'on cesse de nous rebattre les oreilles avec les clivages ringards !" Et le tour est joué.

C'est faute d'une grille théorique d'interprétation qui lui permette vraiment de démonter les dispositifs truqués que la gauche semble aujourd'hui invertébrée. Ce qu'on attend d'elle : une analyse précise, rigoureuse, démasquant la réalité voilée que l'on nous propose. Encore faudrait-il que cette analyse ne soit pas seulement politique. Ni seulement économique. Car l'enjeu, en fin de compte, est philosophique. Décisif. Un choix de vie.

Max Dorra est écrivain et professeur de médecine à la faculté Paris-Ouest.

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Enquête sur les HLM de Neuilly
LE MONDE 2 | 25.01.08 | 17h01 • Mis à jour le 26.01.08 | 09h17

n collaboration avec les sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot, " Le Monde 2 " s'est intéressé au logement social à Neuilly-sur-Seine, l'une des plus riches communes de france. Hauts fonctionnaires, cadres de l'UMP, membres des clubs parmi les plus sélects, figures du "bottin mondain" et du "who's who", on est loin du profil classique des occupants de HLM. Enquête dans la ville qui, de 1983 à 2002, a été administrée par l'actuel président de la République.

Au château le week-end, en HLM la semaine. Voilà le mode de vie plutôt singulier de certains bénéficiaires de logements sociaux à Neuilly-sur-Seine. Dans cette ville, l'une des plus riches de France, celle-là même qu'a dirigée pendant près de vingt ans (de 1983 à 2002) le président de la République Nicolas Sarkozy, rien, ou presque, ne se passe comme ailleurs. Smicards, foyers monoparentaux, familles nombreuses des classes moyennes : la population habituelle des appartements à loyer plafonné s'enrichit à Neuilly de profils plus inattendus.

Familles nobles, PDG ou hauts responsables de l'administration du département des Hauts-de-Seine, souvent propriétaires de résidences secondaires, parfois même de châteaux en province, bénéficient d'appartements dans le parc social locatif de Neuilly.

Ajoutez à cela des cadres supérieurs d'entreprise, professions libérales, fonctionnaires bien placés de la Ville… Une partie des 954 logements sociaux de Neuilly, recensés comme tels au 1er janvier 2007 au titre de la loi SRU (solidarité et renouvellement urbains), n'est pas attribuée à des familles défavorisées, ou qui n'auraient pas les moyens de louer dans le secteur privé. Mais à des Neuilléens qui, à l'abri du besoin, résident dans ce havre de luxe et de verdure francilien pour un coût inférieur à celui du marché.

"ICI, CE N'EST PAS LA TRANSPARENCE "

A l'origine de cet édifiant constat, en pleine crise du logement, une rencontre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot. Tout juste retraités du Cnrs, les deux sociologues, fins observateurs des us et coutumes de la grande bourgeoisie, viennent de publier Les Ghettos du gotha (Seuil), qui détaille les stratégies de concentration territoriale des plus riches. Ils nous avouent une frustration. S'ils parlent longuement de Neuilly dans leur livre, et de ses rares HLM, ils n'ont pas eu le temps de creuser un aspect crucial : qui en sont les occupants ?

On sait que les logements sociaux ne représentent que 3 % des résidences principales de Neuilly, quand la loi SRU impose un objectif de 20 % à l'horizon 2020, mais on ne sait rien de la population qui y réside. Nous nous associons pour mener l'enquête.

Première étape, conversation avec les élus de l'opposition de gauche. Le tour est vite fait : ils ne sont que trois sur les quarante-cinq membres du conseil municipal. Deux PS, un Vert. Quelle est la liste des HLM de la ville ? Combien y a-t-il d'appartements ? De quel type exact de logements sociaux s'agit-il ? Quelles sont les procédures d'attribution ?… Silence. Rien. Ils n'en savent rien.

"C'est mon cheval de bataille depuis vingt-quatre ans… Et je ne sais toujours rien ! lance, désabusée, Lucienne Buton, élue PS depuis 1983. Ici, ce n'est pas la transparence ! J'ai commencé à poser des questions sur les HLM parce que je voyais partir toutes les classes populaires et moyennes. Je me rendais bien compte que Neuilly devenait de plus en plus un ghetto de riches !"

DES HLM D'UN STANDING CERTAIN

Depuis des années, à chaque conseil municipal, elle revient donc à la charge. Interroge sur le nombre de demandes en attente. Réclame la liste exhaustive des logements HLM existants. Des explications sur le mode de fonctionnement de la Semine, la société d'économie mixte détenue à 80 % par la Ville qui joue ici le rôle d'office HLM, et dont le président est le premier adjoint au maire, en charge du logement.

Qui sont les membres de la commission d'attribution ? Quels sont les critères d'attribution des logements ? Peine perdue. "A la mairie, ils savent que nos demandes sont légitimes. Alors, ils nous disent sans cesse : On vous donnera des listes, des chiffres en fin d'année , mais on ne voit jamais rien venir !", s'agace Thierry Hubert, urbaniste, élu Vert depuis 2001.

Comme Lucienne Buton, il a demandé à siéger à la commission d'attribution ou au conseil d'administration de la Semine. Et a essuyé un refus. Une seule fois, en 1995, l'opposition a eu un droit de regard. Grâce à l'Eglise catholique, qui cédait des terrains à la Ville sous condition que soient bâtis des immeubles à caractère social. Ces logements HLM neufs situés avenue du Roule ont été attribués par une commission dans laquelle siégeait l'opposition. Lucienne Buton tempère : " Nous avons siégé, choisi, mais nous n'avons jamais eu la liste finale des 52 locataires… ".

Nous demandons officiellement à la direction départementale de l'équipement (DDE) des Hauts-de-Seine l'inventaire des logements sociaux de Neuilly établi chaque année dans le cadre de la loi SRU. Après plusieurs semaines d'attente, la responsable du service Habitat nous informe que "ces listes ne font pas l'objet à ce jour d'une publication officielle des services de l'Etat", et nous précise qu'elle n'a pas obtenu l'accord de sa hiérarchie pour nous les fournir. Sur le site Internet des Verts de la ville, une liste apparaît bien : ce sont deux étudiantes qui, en 2006, ont obtenu ce document auprès du service de l'urbanisme de la mairie. " Je pense avoir eu de la chance, explique l'une d'elles. Le fait que ce soit un technicien qui me l'ait fourni et non un élu y a sans doute été pour beaucoup… "

DIX-HUIT ADRESSES HLM, POUR UNE VILLE DE 61 000 HABITANTS

Sur la demande pressante des élus de l'opposition, la direction de l'urbanisme à la mairie, puis la DDE acceptent du bout des lèvres de valider la liste des 937 logements sociaux neuilléens au 1er janvier 2006 (à laquelle se sont ajoutés 17 appartements courant 2006).

Nous démarrons une tournée pédestre avec Monique et Michel Pinçon-Charlot, habitués à arpenter la ville en tous sens depuis vingt ans. Dix-huit adresses HLM, pour une ville de 61 000 habitants. Des immeubles proprets des années 1920, à façades de brique. Des constructions cubiques des années 1960, avec pare-balcons en verre fumé et jardins intérieurs soigneusement entretenus. Et des nouveautés au classicisme de bon aloi : pierre de taille, balcons en fer forgé, entrées en similimarbre, verre et bois clair… Au 39, rue de Villiers, dernier HLM érigé, la façade offre un arrondi qui doit donner du charme aux salons, et même de grandes terrasses à certains étages. "Pour qui ne dispose pas des adresses, relèvent les deux sociologues, la plupart des HLM sont d'un standing qui les rend indécelables, d'autant qu'ils sont dispersés aux quatre coins de la ville."

Lorsque les concierges et les multiples digicodes nous le permettent, lorsqu'une porte s'entrouvre, nous recueillons le patronyme des habitants sur les boîtes aux lettres ou les interphones à noms déroulants. Monique, d'emblée chaleureuse, a l'art de lier conversation avec les gardiennes ; Michel celui de noter sans en avoir l'air. Premières constatations : nous relevons très peu de noms à consonances africaines ou maghrébines, et remarquons quelques sociétés domiciliées dans ces appartements.

La discussion s'engage parfois avec des habitants. Ici des adolescents confient que leur père est gestionnaire de fortune dans une banque suisse. Là une jeune femme, qui avait déjà vécu en HLM avant d'emménager au 28, boulevard du Général-Leclerc, en bord de Seine, n'en revient pas que ses nouveaux voisins soient si "chics" : "C'est agréable, ici ! Il y a même un jardin intérieur… Et dans le parking, les voitures, ce ne sont pas des voitures de HLM !" Nous y pénétrons avec elle. Peugeot 607, Citroën C5, énorme 4 x 4, BMW, coupé Alfa Romeo de collection…

Autre adresse. "Y a-t-il dans votre immeuble des gens que vous ne vous attendriez pas à voir en HLM ? , demande-t-on à une habituée des lieux. Elle éclate de rire. "Pour être honnête, à part deux ou trois personnes, il n'y a que ça ! On est dans un château ici. Il n'y a que des gens qui ont de bonnes positions, qui sont très exigeants. Que des Blancs. Faut dire, c'est relativement cher, faut avoir l'emploi ou la retraite qui va avec l'appartement. Et puis, il faut pouvoir vivre à Neuilly. Moi, pour faire mes courses, je dois prendre la voiture et aller en banlieue ! Expression savoureuse. Neuilly, ce n'est pas la banlieue.

DU WHO'S WHO AU BOTTIN MONDAIN

C'est un monde à part. Avenue du Roule, une gardienne tirée à quatre épingles nous décrit "ses" locataires : "Il y a de tout ici, on a même d'adorables petits Noirs. Des Cap-Verdiens."

L'immeuble, en pierre blanche, est éclairé par des lanternes à l'ancienne et bordé d'une allée plantée d'arbres. "C'est du HLM de Neuilly, justifie-t-elle. Il fallait bien que ça reste dans le cadre !" Sur Internet, l'annuaire nous fournit d'autres noms : aux adresses des HLM, nous retrouvons tous les détenteurs de lignes téléphoniques fixes qui n'ont pas souhaité se dissimuler sur liste rouge. Et grâce au recensement électoral, nous complétons le tableau. Des centaines de noms que nous passons ensuite systématiquement aux filtres du Bottin mondain, l'annuaire de la haute société, du Who's Who, qui inventorie l'élite professionnelle du pays, et des moteurs de recherche du Web.

Résultat : les membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie occupent une part non négligeable des appartements. Dans le parc social neuilléen, nous retrouvons ainsi une trentaine de familles ou de personnalités qui ont confié leur adresse privée au Who's Who ou au Bottin mondain, publications librement accessibles. Dans ce dernier ouvrage, parmi les 1 463 familles mentionnant Neuilly comme lieu de résidence, 21 ont fourni une adresse qui correspond au parc social.

Au total, nous découvrons sept fils ou filles de comtes et de comtesses. Une douzaine de propriétaires de résidence secondaire ("domaine" au Lavandou, "prieuré" en Suisse…), parfois même de plusieurs, ainsi que six membres de familles qui possèdent au moins un château. De fil en aiguille, nous lisons même sur Internet la petite annonce passée en août 2007 par un bénéficiaire de logement social au nom riche de deux particules, qui met en location un appartement dont il est propriétaire au métro Pont-de-Neuilly…

Les cercles les plus prestigieux et fermés sont représentés : membres du Jockey Club, de l'Automobile Club de France, de l'Association sportive du Cercle du bois de Boulogne (pour ce dernier, les droits d'inscription atteignent 8 000 euros, la cotisation annuelle 800 euros). Tout comme les décorés de la Légion d'honneur, de l'Ordre national du mérite, des Palmes académiques. Autre singularité, la présence de dirigeants de société et de cadres supérieurs d'entreprise. A l'instar de Nicolas Arthus-Bertrand, pdg de la société Arthus-Bertrand, fondée en 1803, installée place Saint-Germain-des-Prés, à Paris, qui emploie 280 salariés et a réalisé 24 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2006.

EN TOUTE LÉGALITÉ

Dans les logements sociaux de Neuilly, comptabilisés au titre de la loi SRU, on a encore le loisir de croiser de hauts responsables de chez, entre autres, Nissan, Total ou Veolia environnement, ou de la télévision publique. Une poignée de dirigeants de PME, d'administrateurs de société, de médecins, d'avocats, magistrats, experts-comptables, analystes financiers, inspecteurs des impôts, etc. Un ex-grand secrétaire de la Grande loge nationale française.

On remarque aussi des responsables du conseil général des Hauts-de-Seine et de l'office départemental d'HLM. Comme Hervé Bolze, bras droit du directeur de l'Office, qui fut aussi le directeur de cabinet de Patrick Balkany à la mairie de Levallois. Ou Halina Gruda-Hendzel, actuelle directrice générale adjointe du conseil général. Puis viennent des proches de l'UMP. La responsable de la communication du parti, Sabine Rozier-Deroche. Le trésorier départemental du même parti, Sami Chatila, également conseiller municipal de la majorité à Neuilly. Un ancien conseiller municipal RPR de Neuilly. Et une chargée de mission auprès du chef de cabinet de Nicolas Sarkozy.

"ALEXANDRE VOULAIT ÊTRE À NEUILLY. ET NEUILLY, C'EST CHER"

Dernière découverte, au 18-20, rue Garnier : Alexandre Balkany, qui vient à peine de déménager après sept années de présence dans l'immeuble. Il est le fils d'Isabelle Balkany, actuelle vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine et de Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret, ex-vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine (1982-1988), ex-président de l'office HLM du département (1985-1988) et ami de longue date de Nicolas Sarkozy.

Alexandre dirige une petite société de production audiovisuelle, Kawa productions, qui vend une émission de poker à la chaîne Direct 8, installée à Puteaux et appartenant au groupe Bolloré. En 2004, alors qu'Alexandre Balkany occupait déjà son appartement à loyer plafonné de Neuilly, le conseil municipal de Levallois-Perret lui avait octroyé une indemnité d'éviction de 75 000 euros pour récupérer le local de sa société Netconnect (logiciels informatiques) loué à la municipalité et y réaliser… des logements sociaux.

Nous sollicitons Alexandre, c'est sa mère, Isabelle Balkany, qui nous répond : "Mon fils a eu ce logement en 2000, à 20 ans. Il voulait son indépendance mais ne pouvait pas s'assumer financièrement. Or ce sont bien les revenus personnels du demandeur qui comptent. Nous, nous l'aidions autant que nous pouvions mais à l'époque, nous étions dans une situation professionnelle et financière moins facile. Son père n'était plus ni député ni rien…" Mme Balkany souligne la cherté du loyer payé : 950 euros, charges comprises, pour un 35 mètres carrés. Pourquoi, alors, ne pas avoir cherché dans le secteur privé ou dans une ville voisine ? "Alexandre voulait être à Neuilly. Et Neuilly, c'est cher", rétorque-t-elle.

Pour choquante qu'elle soit, cette situation peut parfaitement être en phase avec la loi. Bien des locataires "sélects" habitent des HLM dont l'attribution n'était soumise à aucune condition de ressources au moment de leur entrée dans les lieux. C'est le cas des ILN (immeubles à loyer normal) qui s'élèvent au 28, boulevard du Général-Leclerc et au 17-23, rue d'Ybry. Propriété de l'office HLM des Hauts-de-Seine jusqu'au début 2007, ces bâtiments ont été cédés à la Semine. Une convention vient d'être signée avec l'Etat et les 212 logements sociaux qui se trouvent à ces deux adresses seront, à l'avenir, loués à des particuliers dont les revenus n'excèdent pas un seuil donné.

"GAGNER SUFFISAMMENT D'ARGENT POUR ENTRER DANS LES LIEUX… "

Mais jusqu'alors les critères de ressources n'entraient pas en ligne de compte bien que ces logements soient recensés au titre de la loi SRU de décembre 2000, supposée "garantir un meilleur respect du droit au logement et de la mixité sociale". Le trésorier de l'UMP des Hauts-de-Seine assure avoir obtenu son logement en 1988, alors qu'il n'exerçait aucune fonction politique, dans des conditions " tout à fait normales ". Idem pour le Pdg d'Arthus-Bertrand : "A l'époque, on ne parlait pas de revenu maximal. Il fallait même gagner suffisamment d'argent pour entrer dans les lieux… " Ou pour Hervé Bolze, de l'office HLM des Hauts-de-Seine." M. Bolze s'est vu attribuer un logement qui n'était soumis à aucune condition de ressources. Rien n'interdisait de le lui louer", fait-on valoir à l'office.

La sociologie du peuplement des HLM neuilléens résulte aussi des techniques de financement du logement social. L'apport du conseil général fait de cet organisme un "réservataire" qui dispose d'un contingent d'appartements. Trente agents du conseil général des Hauts-de-Seine sont donc logés dans le parc social de Neuilly, dont six dans les appartements sociaux les plus haut de gamme. La directrice de la communication de l'UMP, ancienne attachée de presse puis directrice de la communication du conseil général, bénéficie d'un appartement social (de 90 mètres carrés pour 1 150 euros) à ce titre, mais nous avoue s'être parfois "posé la question d'un déménagement

" depuis sa prise de fonctions à l'UMP. En revanche, la directrice générale adjointe du conseil général, Halina Grunda-Hendzel, ex-chef de cabinet de Charles Pasqua lorsqu'il présidait le conseil, est logée en dehors de ce contingent. Elle n'a pas souhaité s'exprimer.

Autre explication : le foncier est rare et cher à Neuilly, comme le rappelle sans cesse la mairie. Les bailleurs en sont donc réduits à acquérir des immeubles anciens du parc privé pour les transformer en HLM. Les locataires en place au moment du rachat ont le droit de rester, même avec des revenus supérieurs aux plafonds, du moment qu'ils s'acquittent d'un surloyer. Cinq adresses HLM de la ville sont concernées. En 2000, par exemple, le bailleur social I3F a acheté à la Caisse nationale d'assurance-vieillesse (Cnav) un ensemble immobilier donnant sur deux rues, au 43, rue de la Ferme et au 125, boulevard du Général-Koenig. Lorsque la transaction a été actée, la plupart des 214 appartements étaient déjà occupés. Il reste encore seize anciens occupants payant un surloyer.

Depuis 2000, 148 nouveaux ménages se sont installés rue de la Ferme et boulevard Koenig, fait-on remarquer chez I3F. La population s'est renouvelée à 70 %, et 20 % des nouveaux habitants bénéficient de l'APL, prestation distribuée aux personnes ayant de faibles revenus. Reste que dans les appartements déclarés sociaux (financés en partie par la mairie, ce qui lui permet d'éviter les pénalités liées à la loi SRU) résident bon nombre d'anciens locataires aisés du secteur privé. Comme ce haut responsable de la télévision publique, originellement locataire du Gan, qui " se tamponne " de voir son appartement figurer dans la liste des logements sociaux de la ville : " Ce ne serait pas normal que pour loger des gens, on en vire d'autres ! " Selon lui, sur la vingtaine d'appartements que compte son immeuble, une moitié est encore occupée par des ex-locataires du privé.

Le maire (UMP) de Neuilly, Louis-Charles Bary, assure au Monde 2 respecter " totalement la loi et les règles d'attribution " : " Nous n'avons jamais donné de logements sociaux à des gens au-dessus des plafonds de ressources. Plafond qui est, au maximum, de 47 000 euros annuels pour un ménage avec enfant. Je le sais puisque quand un logement social appartenant à la ville se libère, ce qui est rare, c'est moi qui l'attribue ! On ne va tout de même pas réunir une commission d'attribution de quatorze personnes pour quelques logements chaque année ! Si les familles déjà installées viennent ensuite à dépasser les plafonds, nous appliquons des surloyers. " Mais en région parisienne, ce supplément de loyer ne comble pas le fossé avec les prix du marché. Insuffisamment dissuasif pour inciter les familles aisées à céder la place.

Certains HLM, remarquons-nous, sont réservés à des clientèles spécifiques et assurément solvables. A Neuilly, 30 % des logements sociaux accueillent des jeunes fonctionnaires (contrôleurs et inspecteurs des impôts) du ministère des finances, des personnes âgées et des handicapés dans des résidences prévues pour eux.

L'élu Vert, Thierry Hubert, nous décrit ce qu'il considère comme autant de stratégies de sélection des bénéficiaires : "On impose aux postulants un critère de cinq années de résidence préalable dans la commune. On ne construit pas n'importe quel type de HLM. On loge en priorité des fonctionnaires de la ville. Et on n'applique pas le plan départemental d'aide au logement des personnes défavorisées, en vertu duquel chaque commune est censée faire un effort en faveur des plus démunis." Ce que reconnaît devant nous le maire d'un simple : "Je n'ai pas les appartements pour les loger."

Bref, poursuit Thierry Hubert, "le premier souci de la mairie n'est pas de mener une politique sociale, de répondre à l'enjeu du logement des personnes sans emploi, des travailleurs précaires, des petits salaires du privé. C'est de ne rien dépenser ! De faire en sorte que les opérations qu'elle est obligée de mener sous la contrainte légale soient rentables. Donc, récemment, ce sont essentiellement des logements PLS, le haut de gamme du HLM, qui ont été livrés. La mairie le justifie en disant qu'avec le prix du foncier, ici, c'est la seule façon d'équilibrer les comptes ".

METTRE "FIN AUX ABUS" ?

Et elle peut faire ce choix en toute légalité. Car pour prendre sous son aile des catégories socioprofessionnelles diverses, ce qui est sa vocation, le monde HLM propose plusieurs types d'habitations, avec des niveaux de loyer et des critères d'éligibilité très différents : PLAI (prêt locatif aidé d'intégration) réservés aux ménages à faibles ressources, PLUS (prêt locatif à usage social) correspondant au " HLM standard " auquel peuvent prétendre les deux tiers de la population, et enfin PLS (prêt locatif social), plutôt dédiés aux catégories sociales intermédiaires.

Les PLS représentent un peu plus du tiers du logement social à Neuilly, alors que les PLAI sont trois fois moins nombreux. Au 39, rue de Villiers par exemple, un F3 en PLS se loue 660 euros (charges comprises), un F4 de 85 mètres carrés, 960 euros. Logements bon marché pour Neuilly, mais inaccessibles aux ménages à faibles ressources.

Le maire, qui parle plus volontiers de "logements familiaux" que de HLM, confirme volontiers cette préférence pour le haut de gamme. "C'est tout à fait normal. Nous faisons en fonction de la population de Neuilly, à laquelle nous donnons la préférence. L'idée, c'est d'abord de faciliter l'accès au logement des jeunes nés ici qui démarrent."

LES NEUILLÉENS PEUVENT ÊTRE TRANQUILLES

Comme ces deux locataires du parc social, filles d'un conseiller-maître à la Cour des comptes, ancien conseiller à la présidence de la République. " Avec ce système de gestion, les Neuilléens peuvent être tranquilles, constatent Monique et Michel Pinçon-Charlot, en sortant du vaste bureau du maire. Dans cette ville, ce n'est pas du parc social que pourra venir le danger de la mixité résidentielle. Les HLM reproduisent, un cran en dessous, la structure sociale de Neuilly. "

A tel point que les ménages démunis s'autocensurent, persuadés qu'il ne sert à rien de déposer une demande de logement à Neuilly. "Il y a bien des petites gens à Neuilly, pour servir la soupe des grands, résume, caustique, Michel Laubier, premier adjoint au maire PC de Nanterre et conseiller général des Hauts-de-Seine. Ils nous écrivent, désespérés. Ils nous disent que ça ne sert à rien de demander un logement à Neuilly, et nous en demandent à nous, à Nanterre."

Le 11 décembre 2007, présentant en Meurthe-et-Moselle son plan logement, le président de la République a exigé que de la "transparence" soit "réintroduite" dans les procédures d'attribution des HLM pour mettre "fin aux abus".

Rappelant que 1,5 million de ménages étaient inscrits sur liste d'attente pour accéder à un HLM et que 400 000 logements sociaux étaient occupés par des ménages dépassant les plafonds de ressources, il a plaidé pour que "le logement social joue à nouveau son rôle d'intégration sociale", précisant que "le parc social [devait] accueillir en priorité ceux dont les revenus ne leur permettent pas d'être logés dans des conditions décentes par le libre jeu du marché". Reste maintenant à savoir si la parole du chef de l'Etat sera suivie d'effets dans son fief.

Interrogé par Le Monde 2, David Martinon, porte-parole de l'Elysée et candidat à la mairie de Neuilly, n'a pas souhaité répondre nos questions.

Pascale Krémer


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Monde
L'Egypte s'organise face à l'afflux des Palestiniens
REUTERS
Des dizaines de camions et de voitures portant des plaques d'immatriculation de Gaza ont franchi samedi la frontière pour aller chercher en Egypte des vivres et du carburant.
AFP
LIBERATION.FR : samedi 26 janvier 2008
L'Egypte a annoncé samedi que sa frontière resterait ouverte aux milliers de Palestiniens qui continuaient, au quatrième jour consécutif, de s'approvisionner sur son territoire en raison du blocus israélien.

"Les Palestiniens continueront de passer jusqu'à ce qu'ils aient satisfait tous leurs besoins en produits divers et en nourriture", a affirmé le gouverneur du Sinaï nord, Ahmed Abdel Hamid, cité par l'agence officielle Mena.
Les forces de sécurité égyptiennes ont reçu l'ordre "de faciliter (leur) passage", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, et en vue de débloquer la situation, les autorités égyptiennes ont annoncé avoir invité, séparément, des délégations de l'Autorité palestinienne et du mouvement rival Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007.
"Une invitation sera adressée à des leaders du Hamas pour se rendre au Caire d'urgence (...) et une autre sera adressée à l'Autorité palestinienne, séparément, afin de discuter des mesures concernant le terminal" de Rafah, a affirmé le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Aboul Gheit.

Situé entre la bande de Gaza et l'Egypte, le point de passage de Rafah est fermé quasiment en permanence depuis juin 2006.
"Il y a une volonté égyptienne de contrôler la frontière et de contrôler l'afflux de Palestiniens", a-t-il affirmé.
"Il y a aussi un désir de rétablir les arrangements qui existaient à la frontière" avant la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, a-t-il ajouté. Selon un accord de 2005, le point de passage de Rafah doit notamment être contrôlé par des observateurs internationaux.
Israël impose depuis le 17 janvier un blocus à la bande de Gaza en représailles aux tirs de roquettes contre son territoire qui a provoqué une pénurie de produits de base et d'essence.

Depuis mercredi, à la faveur de brèches faites dans la clôture frontalière par des hommes armés, des centaines de milliers de Palestiniens se sont rendus en Egypte par Rafah.

Vendredi, les forces de sécurité égyptiennes avaient tenté de reprendre le contrôle de la frontière en en fermant une partie mais des activistes du Hamas avaient ouvert de nouvelles brèches au bulldozer dans le mur de séparation.
Pour la première fois depuis mercredi, des centaines de voitures ont pénétré samedi côté égyptien de Rafah, entièrement embouteillée, grâce à l'ouverture de ces brèches.

Des membres des forces de l'ordre égyptiennes étaient présents à la frontière pour surveiller la circulation sans intervenir. Depuis mercredi, une quarantaine d'entre eux ont été blessés dans cette zone, a-t-on annoncé officiellement.
L'Egypte a toutefois établi des barrages aux sorties égyptiennes de Rafah pour empêcher les véhicules palestiniens de se rendre plus avant dans la péninsule du Sinaï. Ils laissaient cependant les gens se rendre en taxis ou dans des véhicules particuliers jusqu'à la ville d'El-Arich, située à une cinquantaine de kilomètres plus à l'ouest.

Des Egyptiens ont également fait le voyage en sens inverse en voiture pour la première fois depuis plusieurs années, provoquant le grand étonnement des habitants de Gaza.
"Je suis venu faire un peu de commerce ici. C'est la première fois que je vois Gaza de ma vie", a affirmé à l'AFP Rabi Zouhroub, 25 ans.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a de nouveau appelé samedi les groupes armés palestiniens à cesser les tirs de roquettes contre Israël, à l'origine du blocus, tout en accusant ce pays d'infliger une "punition collective" à Gaza.

"Nous disons à ceux qui tirent les roquettes: 'Arrêtez'. Ne leur donnez pas de prétexte et ne montrez pas au monde qu'ils (les Israéliens) sont les victimes", a affirmé M. Abbas lors d'une conférence à Ramallah, en Cisjordanie.
Selon l'armée israélienne, quatre roquettes ont été tirées vendredi et six jeudi, ce qui constitue une nette diminution par rapport aux jours précédant la mis en place du blocus.


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LA CHUTE DE LA MAISON BURTON
PAR ARNAUD BORDAS
25/01/2008 | Mise à jour : 14:40 | Commentaires 10
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Désormais abonné aux succès publics et couvert de louanges, le cinéaste américain n'est plus que l'ombre de lui-même, comme en témoigne son nouveau film. Explications.

C'est sur les bancs du California Institute of the Arts où il étudiait le dessin que Tim Burton prit conscience du caractère profondément original de son style et décida de l'assumer totalement. Le parcours artistique et humain de Burton, sa marginalité, mais aussi sa soif de reconnaissance ne peuvent être compris qu'à l'aune de ce credo : imposer sa différence. Ainsi, au milieu des années 80, employé par Disney comme animateur, il est licencié pour avoir réalisé le moyen-métrage Frankenweenie, démarquage canin du mythe de Frankenstein dont le caractère macabre scandalise le studio aux grandes oreilles. Et Burton de s'envoler vers d'autres cieux. Dans les années qui suivent, le succès fracassant du premier Batman le révèle sur la scène hollywoodienne. Le film n'est pas une réussite artistique totale, le cinéaste se frottant ici pour la première fois à l'exercice de la superproduction, mais il permet à Burton de marquer de sa patte inimitable un blockbuster calibré. Toujours avancer, ne jamais se renier. Fort de cette expérience, le cinéaste aborde la première moitié des années 90 gonflé à bloc et livre coup sur coup ses quatre plus grands films : Edward aux mains d'argent, Batman le défi, L'Etrange Noël de monsieur Jack et Ed Wood. Soit une bouleversante fable sur la monstruosité, un film de super-héros plus proche de Freaks que de Superman, un conte de Noël macabre, et la biographie filmée du plus mauvais cinéaste de tous les temps. Les héros de ces histoires sont tous des monstres (effectifs ou métaphoriques), des individus seuls contre tous, des rêveurs ou des battants qui parviendront eux aussi à affirmer leur différence. En quatre ans, Burton impose ainsi un univers fantasmagorique et poétique, toujours à mi-chemin du conte gothique et du spectacle forain.

Après s'être offert une récréation avec le film de science-fiction loufoque Mars Attacks !, il livre Sleepy Hollow, conte horrifique virevoltant et film-bilan qui opère la synthèse de tous les éléments visuels et thématiques constitutifs de son oeuvre. Désormais, les poupées de monsieur Jack se vendent comme des petits pains, Hollywood produit du Burton sans Burton (Le Grinch) ; bref, Tim Burton est devenu une marque. En plus d'être accepté, le paria a fini par être identifié, copié et reproduit à l'infini. La première réaction ne se fera pas attendre : il accepte une commande, le remake de La Planète des singes, qui lui permet de traiter ses thématiques de prédilection mais en avançant masqué, débarrassé de tout l'attirail visuel qui a fait sa renommée. Le film, maladroit, passe pour un exercice impersonnel, et Burton, victime de son succès, est donc implicitement sommé de retourner à ses « burtonades ». Sans compter que le réalisateur traverse alors une période charnière de sa vie privée : il vient de perdre son père et quitte sa muse, la mannequin et comédienne Lisa Marie, pour l'actrice anglaise Helena Bonham Carter, qui va lui donner son premier enfant. Une période de changements importants qui se traduit par Big Fish, le film de la transition, sorte de best of plutôt mou, ponctué d'aberrations, comme cette morale finale qui désigne la petite maison de banlieue américaine middle class comme l'idéal du bonheur sur Terre (c'est-à-dire le contraire exact d'Edward aux mains d'argent). Les deux films suivants, Charlie et la Chocolaterie et Les Noces funèbres, remakes déviants d'Edward aux mains d'argent et de L'Etrange Noël de monsieur Jack, systématisent cette inversion des thématiques de l'auteur (dans le premier, les enfants turbulents sont punis en étant transformés en monstres !) tout en reprenant des scènes entières de sa filmographie pour mieux les vider de leur sens initial. Désormais socialement et artistiquement installé, Burton accepte de faire ce qu'on attend de lui, c'est-à-dire du Burton labellisé mais creux. Et ça marche ! Les critiques continuent de l'encenser, les récompenses pleuvent et le public lui fait un triomphe (Charlie est son plus gros succès à ce jour).

Aucune raison, donc, de changer une formule qui fonctionne. Son nouveau film, Sweeney Todd *, comédie musicale gore adaptée d'un succès de Broadway, raconte la vengeance sanglante d'un barbier. Un sujet et un traitement suffisamment fantaisistes pour qu'on puisse reconnaître une fois de plus la patte de l'auteur. Mais, encore une fois, un spectacle déprimant tant Burton continue de se renier sans rien proposer de neuf, ressassant les mêmes figures (le générique, déjà repris dans Charlie, le repaire du barbier et son maniement du rasoir sont autant de rappels stériles d'Edward aux mains d'argent) mais sans les transcender. Lent, terne, privé de toute grâce visuelle, Sweeney Todd n'est qu'un simulacre nous renvoyant le reflet déformé et grotesque d'un cinéaste en état de mort artistique. Une dernière preuve ? Son prochain film sera un remake de Frankenweenie... produit par Disney ! Tout est dit.

* Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, comédie musicale horrifique, avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter et Alan Rickman.

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La dame de compagnie était un policier

Un brigadier de police de Strasbourg qui se faisait passer pour une femme auprès d'un octogénaire a été placé en garde à vue et une information judiciaire a été ouverte, a-t-on appris dimanche de source judiciaire.

Selon les Dernières nouvelles d'Alsace (article payant), qui révèle l'affaire dans son édition de dimanche, les faits remontent à 2005, lorsqu'un Strasbourgeois à la recherche d'une dame de compagnie passe une annonce dans la presse locale. L'homme âgé de 81 ans et veuf souhaitait converser avec une femme pour combler ses journées.

Selon le quotidien, l'octogénaire reçoit alors une réponse d'une certaine Dominique affirmant être également veuve et rechercher un peu compagnie. Tous deux se voient alors régulièrement, mais le temps passe et intrigué par le comportement de sa dame de compagnie, il décide de faire appel à un détective pour une enquête.

«Abus de faiblesse»

Les surveillances finissent par révéler que Dominique est un homme qui se déguise avant chaque rencontre. La victime dépose alors plainte au commissariat qui saisit le parquet de Strasbourg.

Interpellé jeudi, le policier âgé de 37 ans a été placé en garde à vue et déféré samedi soir au parquet qui a ouvert une information judiciaire pour «abus de faiblesse», a indiqué la source judiciaire.

Les enquêteurs devront déterminer si l'auteur des faits a abusé des faiblesses du vieil homme. Le policier fait en outre l'objet de mesures disciplinaires et a été suspendu de ses fonctions.


Avec agence

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VARSOVIE, 24 jan 2008 (AFP) - Vingt militaires polonais sont morts dans un

> accident d'un avion de transport EADS Casa, qui s'est écrasé mercredi soir à

> l'atterrissage sur l'aéroport de Miroslawiec dans le nord-ouest du pays, selon

> un bilan définitif annoncé jeudi par le commandant de l'armée de l'Air

> polonaise.

> Le général Andrzej Blasik a présenté à la presse la liste des victimes,

> dont de hauts responsables de l'armée de l'Air polonaise avec le général

> Andrzej Andrzejewski, commandant de la Première brigade aérienne de Swidwin

> (nord-ouest).

> L'avion avait à bord 16 passagers et 4 membres d'équipage. Ils ont tous

> péri dans l'accident.

> Le Premier ministre polonais Donald Tusk et le ministre de la Défense

> Bogdan Klich se sont rendus sur les lieux de l'accident quelques heures après

> la catastrophe.

> Selon le chef du gouvernement, la tragédie de Miroslawiec est la troisième

> plus grande catastrophe d'aviation dans l'histoire de la Pologne.

> M. Tusk a également souligné que, par une tragique ironie du destin, les

> militaires revenaient d'une conférence annuelle sur la sécurité des vols

> organisée par l'Armée de l'air polonaise à Varsovie.

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Reportage
Saint-Denis rongé par les taudis
LE MONDE | 24.01.08 | 14h47 • Mis à jour le 24.01.08 | 14h47

ue Gabriel-Péri, dans le coeur historique de Saint-Denis. De sa boîte aux lettres rouillée, clouée à un mur décrépit, un vieux travailleur migrant extrait une enveloppe au logo de la ville. Déception : la mairie ne lui annonce pas le relogement tant attendu dans un appartement digne de ce nom. Là où il vit, l'eau et le gaz ont été coupés. L'immeuble est détenu pour moitié par un marchand de sommeil qui a cessé de payer ses charges et qui refuse de procéder aux moindres travaux. Il est frappé par toutes les procédures possibles en matière d'habitat indigne (interdiction d'habiter, péril imminent...). Pourtant, une quinzaine de personnes y vivent encore.

Depuis 2004, la communauté d'agglomération de Plaine Commune s'échine à redresser cette copropriété. Son objectif : racheter l'immeuble pour ensuite confier sa réhabilitation à un opérateur privé qui remettra les logements sur le marché à des prix conventionnés. La collectivité est jusqu'ici parvenue à récupérer une petite moitié des appartements à l'amiable auprès de propriétaires désespérés mais se heurte à la mauvaise volonté du marchand de sommeil. Résultat : un dossier qui risque d'être encore bloqué plusieurs années. "Sauf cas dramatique, nous ne relogeons pas les occupants tant que la réhabilitation n'a pas démarré, explique Anne Noël, directrice de l'urbanisme à Saint-Denis pour Plaine Commune. Sinon, des squatteurs viendraient aussitôt prendre leur place et il faudrait aussi les reloger. C'est sans fin."

Dans cette commune populaire de la banlieue parisienne, une telle situation n'est pas exceptionnelle. Façades lézardées, fenêtres murées, porches lourdement étayés ouvrant sur des cours lépreuses : malgré ses rues piétonnes et ses commerces, le centre-ville témoigne d'un habitat dégradé. Le phénomène était connu, pas l'étendue des dégâts.

Selon un rapport alarmant dont Le Monde a pris connaissance, 38 % du parc privé y est "potentiellement indigne". Un ratio spectaculairement élevé si on le compare à celui de l'Ile-de-France (6 %) ou de la Seine-Saint-Denis (10 %). Plus grave, l'étude commandée par Plaine Commune montre que cette situation ne cesse d'empirer. "En dépit de tous les moyens mis en oeuvre, nous perdons du terrain, confirme Stéphane Peu (PCF), vice-président de la collectivité intercommunale. Pour un immeuble qui sort de l'insalubrité, trois y tombent."

Ce centre ancien ne manque pas d'atouts : la basilique, des transports en commun. Mais les appartements y sont exigus (40 m2 en moyenne). Des familles s'y entassent, des travailleurs pauvres les partagent. Quelque 15 % des logements sont suroccupés (4 % en Ile-de-France), un puissant facteur de dégradation.

Surtout, Saint-Denis, très proche de Paris, voit les prix de l'immobilier s'envoler : le coût au mètre carré avoisine les 2 800 euros, un chiffre qui a doublé entre 2002 et 2006. Cette flambée décourage les acquéreurs individuels au profit d'investisseurs. Et parmi eux, de plus en plus de marchands de sommeil ; à la recherche d'une rentabilité immédiate, peu soucieux de la détérioration de leur bien, ils ont noyauté une partie du parc privé du centre-ville, certains que le marché et le manque de HLM leur fourniront toujours des candidats à la location.

Mais les marchands de sommeil ne sont pas seuls en cause. Dans ce centre-ville de 22 000 habitants où un tiers des ménages du parc privé vivent sous le seuil de pauvreté, même les copropriétés classiques partent à la dérive : les travaux ne sont pas faits à temps, des syndics sont défaillants, des lots sont squattés. Conséquence : des fuites d'eau, des rats qui prolifèrent, des enfants souffrant de saturnisme, des planchers qui s'effondrent, des incendies aux conséquences dramatiques.

Ultime paradoxe de cette situation d'urgence, l'architecte des bâtiments de France (ABF) demande à la municipalité la création, dans ce centre-ville dégradé, d'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager, qui va sévèrement encadrer la possibilité de renouveler la ville. "Aujourd'hui, des immeubles dont on ne peut rien faire continuent de s'écrouler parce que l'ABF refuse qu'ils soient détruits. Il faudra une marge de négociation", prévient Stéphane Peu.

Face à un tel tableau, "les services de la ville éprouvent des difficultés pour mettre en oeuvre des solutions", note le rapport. Pas moins de 224 immeubles sont suivis, quelque 400 procédures de péril et d'insalubrité sont engagées dans le centre-ville. Des mesures dont 44 % aboutissent à des interdictions d'habiter. Sans conséquence. "Les procédures ne sont jamais contrôlées, et encore moins sanctionnées par l'Etat", se défend Stéphane Peu. Anne Noël déplore, quant à elle, les délais d'instruction des dossiers par la préfecture (parfois plusieurs années pour une expropriation) pendant lesquels les immeubles continuent de courir à la ruine.

"La ville est arrivée chaque fois un peu trop tard, dans l'urgence, analyse Odile Dubois, du cabinet Guy Taïeb Conseil, qui a corédigé l'étude. Et ils ont beaucoup raisonné bâtiment par bâtiment, sans stratégie globale. Le renouvellement urbain en tissu ancien dégradé, c'est ce qu'il y a de plus difficile. Il faut faire de la dentelle entre démolition, réhabilitation, construction neuve..." C'est d'autant plus difficile que "Saint-Denis a l'apparence d'un centre-ville historique mais n'en a pas la substance physique, observe l'architecte Jean-Patrick Fortin, coauteur du rapport. C'est en grande partie une ville ouvrière du XIXe siècle, avec des parcelles denses, des immeubles mal conçus, des appartements minuscules, très difficiles à transformer."

Les auteurs de l'étude proposeront au printemps une stratégie à la collectivité. Et préconiseront sans doute la création d'une société d'économie mixte pour agir avec des moyens à la hauteur de l'enjeu, comme l'a fait Paris.

Pour ce bastion communiste, ce serait plus qu'un changement de méthode : un changement de culture. Première étape dans cette recherche d'une nouvelle politique, la ville et la communauté d'agglomération organisaient, mardi 22 et mercredi 23 janvier, des tables rondes avec leurs partenaires pour les appeler à l'aide. Plaine Commune consacre aujourd'hui quelque 3 millions d'euros par an à sa politique foncière. Or un immeuble insalubre exproprié coûte plus de 1 million d'euros à la collectivité.

Cependant, avant de définir son projet, la municipalité devra répondre à la question la plus sensible : quelle ville produire ? "Nous voulons sortir de la précarité les familles et les immeubles, pas chasser les populations pauvres", répond Stéphane Peu, pour qui Saint-Denis doit rester "un lieu de diversité et de solidarité". "Nous faisons venir les promoteurs, la construction privée contribue à diversifier l'habitat", assure l'élu. Mais, pour la municipalité, pas question de laisser la ville se boboïser.

L'élue des Verts Maud Lelièvre regrette que la ville ne cherche pas plus à attirer des classes moyennes et supérieures. "La mixité sociale reste taboue ici. On vous accuse chaque fois de vouloir exclure les pauvres. Pourtant, on ne peut pas laisser une ville se transformer en ghetto." Tête de liste aux municipales pour l'UMP, Xavier Ducos-Fonfrede estime, lui, que "la situation est gravissime. Les communistes, en place depuis soixante-trois ans, ne peuvent pas dire : "Ce n'est pas de notre faute"".

"Pour commander un tel document à quelques mois des élections, il faut que nous soyons très inconscients ou très courageux", sourit Stéphane Peu. Avec la sécurité, le logement promet d'être l'enjeu majeur des municipales, dans un climat plus tendu que jamais : le Parti communiste français, qui dirige la ville et l'agglomération, a échoué à conclure une alliance avec ses anciens amis du Parti socialiste.

Grégoire Allix et Emmanuelle Chevallereau
Article paru dans l'édition du 25.01.08

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«Il a failli faire sauter une banque française et il est à la pêche ?! »

(Reuters)
Âgé d’une trentaine d’années, trader en salle des marchés, celui qui a fait perdre à la banque 4,9 milliards d’euros ne s’est pas enrichi. Aujourd’hui libre, personne ne sait où il se trouve.
FRANÇOIS VIGNAL
LIBERATION.FR : jeudi 24 janvier 2008
n ne connaît ni son nom, ni son prénom. Mais, depuis son ordinateur de la salle des marchés, «il a failli faire sauter une des premières banques françaises, et il est à la pêche !» s’exclame un journaliste lors de la conférence de presse donnée par les patrons de la Société générale, Daniel Bouton en tête.
A la pêche, car dans la nature. Le PDG de la banque reconnaît lui-même qu’il ne sait pas «où il est actuellement». Est-il en fuite ? «Je ne sais pas Monsieur». Une plainte est-elle déposée ? «Elle est en cours de dépôt». Mais il n’a «toujours pas été interrogé par la brigade financière.» Uniquement par des dirigeants de la banque, dans la nuit de samedi à dimanche et dimanche.

Les journalistes insistent. Ne fallait-il pas porter plainte tout de suite, qu’il ne puisse pas partir libre ? «On a peut-être commis une erreur là-dessus»…«Mais si jamais il s’enfuit, il sera retrouvé, il n’y a aucun doute», tente de rassurer Daniel Bouton, qui ne sait cependant pas «quel est le délit pénal qu’il a commis.»

Un opérateur de base

L’homme, ou plutôt le jeune homme, n’a qu’«une trentaine d’années». «C’est un opérateur de base dans une salle de marché. Il gérait des petites positions», précise Jean-Pierre Mustier, qui dirige la banque de financement et d’investissement de la Société générale. Un opérateur comme il en existe des dizaines dans les banques.

Détail étonnant, mais d’importance : il ne s’est pas enrichi sur cette fraude. «Il ne semble pas qu’il en ait bénéficié directement. Il faudra savoir s’il a pu en bénéficier indirectement,» souligne Jean-Pierre Mustier.

Salaire de ce trader : «100 000 euros par an avec les bonus». Ça semble beaucoup, mais au regard des échelles de salaires en vigueur dans le milieu, rien d’exceptionnel. Ce trader de base a néanmoins réussi à monter «une gigantesque entreprise de dissimulation» au sein de la banque, comme l’explique Daniel Bouton, qui reconnaît son «intelligence».

Il connaît tous les rouages de la banque

Passé d’abord, lors de son entrée à la banque en 2000, par «le middle et le back office», qui rassemble notamment les services de contrôle de la banque comme le «risque», il rejoint le «front» et la salle des marché en 2005. Il connaissait ainsi tous les rouages du système. Pour mieux le tromper.

Le truc ? S’organiser une «couverture fictive» qu’il «déplace à chacune de ses étapes». «Les positions qu’il a prises en 2007 étaient gagnantes.» Mais pour ne pas se faire repérer, «ces positions étaient annulées par des positions perdantes qui étaient fictives», détaille le PDG. «Il a ainsi trompé successivement toutes les formes de contrôle de la banque». Seule une erreur récemment faite dans ses opérations fictives l’a trahi. C’est vendredi soir que la banque a compris.

«C’est une histoire de fou»

Si, au final, la fraude se termine par 4,9 milliards d’euros de perte, les opérations menées ont permis de gagner «beaucoup, beaucoup» d’argent à un moment, a affirmé en marge de la conférence de presse Philippe Lucas, DG adjoint en charge des gestions d'actifs et des services aux investisseurs.

Les dirigeant de la Société générale ne comprennent tout simplement pas les motivations de ce trader, qui a travaillé seul, affirment-ils. «C’est un acte inexplicable, de malveillance, affirme Jean-Pierre Mustier. Cet individu n’avait pas conscience de ce qu’il faisait». Une sorte de jeu virtuel derrière son ordinateur, «un Second life de la finance» lancera un journaliste.

«C’est l’exemple même du type qui a pété les plombs. Il a eu des problèmes familiaux très importants à un moment, affirme Philippe Collas. Cette histoire, pour un banquier, c’est incompréhensible. C’est du délire, une histoire de fou.»


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Etranglée, Gaza s’enflamme

Marche de protestation devant le terminal de Rafah. (photo Reuters)
Proche-Orient. Des violences ont éclaté à la frontière égyptienne malgré un allégement du blocus.
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN : mercredi 23 janvier 2008
algré l’allégement du blocus de la bande de Gaza par Israël, l’exaspération dans le territoire palestinien a dégénéré, hier matin, en manifestation violente au point de passage de Rafah, à la frontière avec l’Egypte. Le mouvement islamiste Hamas avait organisé une marche de protestation devant le terminal de Rafah, pour demander sa réouverture, contrôlé par des gardes-frontières égyptiens et hermétique depuis le coup de force du Hamas contre le Fatah en juin dernier. Un temps débordées par la foule menaçante et visées par des tirs palestiniens, les forces de l’ordre ont usé de lances à eau puis ont fait feu à balles réelles. Bilan des affrontements : quatre Palestiniens et un policier égyptien blessés. La situation est revenue à la normale dans l’après-midi et l’Egypte a répété son refus d’ouvrir Rafah, craignant un afflux massif de Palestiniens.

Le fonctionnement du terminal de Rafah est régi par un accord international et implique Israël, l’Egypte et l’Union européenne. Or Israël refuse son ouverture depuis juin 2007. Sous la pression de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU prévue hier soir, et des Etats-Unis qui se sont inquiétés d’une possible «crise humanitaire», Israël a autorisé la livraison de 360 000 litres de fioul à l’unique centrale électrique de Gaza, qui fournit un tiers des besoins du territoire. L’électricité, totalement coupée depuis dimanche, a recommencé à fonctionner hier à Gaza, entrecoupée de longs délestages.

Le Hamas a qualifié cet allégement du blocus de «poudre aux yeux» tandis que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’a jugé «insuffisant». Il a demandé la «levée totale» du blocus tout en réclamant l’arrêt des tirs «futiles» de roquettes vers Israël. Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé hier que Gaza restait menacé d’un «effondrement total».

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«Les habitants de Gaza se sentent humiliés»

A l afrontière égyptienne mecredi matin. Reuters.
Chef de mission de Médecins du monde en Palestine, Bruno Vinay indique que l'embargo décrété le 17 janvier par Israël aggrave une situation sanitaire déjà "catastrophique". Entretien.
ARNAUD VAULERIN
LIBERATION.FR : mercredi 23 janvier 2008
Bruno Vinay est le coordonnateur général de la mission Palestine à Gaza pour Médecins du monde. Libération l’a contacté mercredi matin alors que des centaines de Gazaouites manifestaient et quittaient Gaza pour s’approvisionner en marchandises. Il témoigne de la difficulté de fournir les premiers soins.
Comment se traduit concrètement le blocus de Gaza?
Cela fait déjà six mois que Gaza est sous embargo, avec un réel impact sur la santé des Gazaouites. Par exemple, pour procéder à des soins basiques, nous devons disposer d’une liste de 416 médicaments essentiels. Or 105 d’entre eux ne sont plus disponibles à Gaza. Il s’agit d’anesthésiants, d’antibiotiques, de médicaments pour les malades du diabètes, des psychotropes qui sont loin d’être négligeables. Tous les laboratoires d’analyses médicales ont quasiment arrêté de travailler du fait de l’absence de réactifs chimiques utilisés pour l’analyse du sang.

Le blocus décidé le 17 janvier à la suite des attaques de roquettes sur le territoire a aggravé ces manques.…
L’embargo israélien sur le fioul est un peu l’arbre qui cache la forêt. On parle de l’absence de l’électricité à Gaza, des problèmes d’alimentation régulière en eau, mais nous nous trouvons dans une situation de plus en plus catastrophique depuis des semaines. Des machines ne sont pas remplacées car elles sont usées, du petit matériel basique pour la chirurgie est introuvable, des services d’hôpitaux peinent à travailler.

Avez-vous manqué d’eau, d’électricité ces derniers jours?
Nous avons été plongés dans le noir du 18 au 21 janvier. Certes, les hôpitaux ont des générateurs, mais ceux-ci fonctionnent au fioul, qui manque cruellement. Ces générateurs ne sont pas assez puissants pour alimenter un grand bâtiment. Du coup, à l’hôpital central a dû couper l’électricité dans la plupart de ses départements pour permettre le fonctionnement du service de soins intensifs, de la maternité et de la chambre froide pour les morts. Quand les Israéliens ont refourni du fioul (mardi, ndlr), il ne restait plus que 4 heures d’autonomie à l’hôpital central de Gaza.

Avez-vous dû soigner beaucoup de blessés?
Hier (mardi, ndlr), des femmes de Rafah (au sud de la Bande de Gaza) ont voulu passer la frontière avec l’Egypte. Elles ont été blessées par l’armée égyptienne qui les a arrêtées en lançant des gaz et les arrosant avec des jets d’eau. Cela représente au moins 50 personnes.

Quel est l’état d’esprit des habitants de Gaza?
Les gens sont dans la rue et manifestent depuis hier. Il y a de plus en plus de manifestations. Ce matin, le Hamas défilait à vélo pour bien montrer qu’il n’y a plus de fioul. Il y a beaucoup de drapeaux verts (du Hamas) et des étendards palestiniens portés par des groupes d’hommes. Les gens sont plongés dans des difficultés quotidiennes très importantes.
Le bassin des eaux usagées est complètement plein. Il y a quelques jours, la menace terroriste anti-écologique qui prévoyait de déverser ces eaux dans la Méditerranée pour forcer la communauté internationale à prendre conscience et polluer Tel-Aviv a circulé. Il s’est passé la même chose à Rafah. Avant que le mûr soit partiellement détruit ce matin, les rumeurs d’explosions de la frontière ont été évoquées, il y a une semaine. Finalement, ils l’ont fait.
Les habitants de Gaza se sentent humiliés et renvoyés aux années 50 quand ils n’avaient pas d’eau et allait en chercher avec des bidons. Ils n’ont plus de gaz, donc ils ne se lavent plus, ne se chauffent plus. Une forme de résistance s’organise. Ils ont l’habitude.

Cette résistance se manifeste-t-elle à l’encontre des militants et des élus du Hamas?
Je ne le pense pas. Je n’entends pas des voix s’élever contre le Hamas. Tout le monde se sert les coudes. Les tracas quotidiens oblitèrent les discours politiques. Indirectement, j’ai le sentiment même que cela va renforcer une certaine solidarité. D’ailleurs, ce matin, c’est le Hamas qui a fait les 17 points passages dans la clôture entre Gaza et l’Egypte. Les gens se disent que c’est grâce au Hamas qu’ils peuvent passer.

Les Gazaouites gagnent-ils l’Egypte pour fuir ou pour s’approvisionner en marchandises avant de revenir?
Les agences de l’ONU indiquent que les gens reviennent après avoir fait leurs achats, ils seraient plusieurs centaines à franchir la frontière dans l’autre sens. Certains se trouvent à 50 kilomètres au sud de la frontière. Ceux-là pourraient très bien ne pas faire marche arrière.

Quelle est l’ampleur de la hausse des prix depuis l'embargo de Gaza?
Un paquet de cigarette il y a quelques jours coûtait environ 2 dollars, il faut maintenant débourser entre 9 et 12 dollars sur le marché noir. Le prix du pain et de la farine a augmenté de 60% depuis juin 2007. Certains produits ne sont plus du tout accessibles, le lait est hors de prix, les couches pour bébé sont introuvables. Un repas aujourd’hui, c’est très basique, du riz essentiellement.

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Des milliers de Palestiniens pénètrent en Egypte

Des Palestiniens gagnent l'Egypte après que des parties du mur a été détruite mercrredi. Reuters.
La clôture de séparation au sud de la bande de Gaza a été détruite en de multiples endroits pour permettre l'approvisionnement des Gazaouites sous blocus israélien.
LIBÉRATION.FR AVEC SOURCE AFP
LIBERATION.FR : mercredi 23 janvier 2008
es milliers de Palestiniens de la bande de Gaza soumise à un blocus ont pénétré mercredi en Egypte. Une partie de la clôture séparant les deux territoires a été détruite à l'aide d'explosifs et de bulldozers, a indiqué un responsable de la sécurité égyptienne. «Des milliers de Palestiniens sont passés en Egypte à travers les brèches créées par les explosions à la frontière. Ils sont entrés illégalement mais on n’a pas encore décidé que faire d’eux.»

Selon des témoins du côté palestinien de la frontière, ces Palestiniens s’approvisionnent en produits alimentaires dans la ville de Rafah avant de regagner la bande de Gaza. «Ils se rendent à Rafah à pied où ils font des provisions en nourriture, carburant et cigarettes», a confirmé le responsable égyptien de la sécurité sous couvert de l’anonymat. Rafah est située à cheval entre la bande de Gaza et l’Egypte.
Tirs et manifestations
Les quelque 2.000 membres des forces de sécurité égyptiennes déployées à la frontière ne sont pas intervenus, mais la police égyptienne a établi des barrages sur les accès à l’extérieur de Rafah, en particulier sur la route principale menant à el-Arich, la principale ville du Nord Sinaï, a-t-on précisé.
On ignorait dans l’immédiat qui était responsable de ces explosions qui ont continué de retentir jusqu’à 07h45 (heure de Paris) en divers points de la frontière, le long de la ligne dite de Philadelphie, entre la mer Méditerranée et la pointe sud de la bande de Gaza.
Cette entrée massive est survenue au lendemain d’une manifestation organisée par le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007, devant le terminal de Rafah pour protester contre le blocus de la bande de Gaza imposé par Israël. Les forces égyptiennes, tentant de repousser les manifestants, avaient échangé des tirs avec des hommes armés présents parmi les manifestants. Quatre Palestiniens et un garde égyptien ont été blessés par balles.

Coup de force
Les manifestants demandaient aux Egyptiens d’ouvrir le point de passage, fermé quasiment en permanence depuis juin 2006. Depuis le coup de force du Hamas en 2007, le terminal de Rafah est quasiment scellé alors qu’il était devenu l’unique fenêtre vers le monde extérieur pour la bande de Gaza depuis le retrait israélien de 2005.

Le Hamas a appelé lundi la Ligue arabe à «astreindre» l’Egypte à déverrouiller le poste frontière. Depuis le 17 janvier, Israël a imposé un blocus de la bande de Gaza en riposte à la multiplication des tirs de roquettes palestiniennes contre le sud de son territoire. Mardi, devant les critiques de la communauté internationale qui craignait une crise humanitaire dans un territoire pauvre de 1,5 million d’habitants, Israël a desserré son étau autorisant la livraison de 360.000 litres de mazout destinés à l’unique centrale électrique de la bande de Gaza.

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Charlie Wilson, un personnage à la réputation sulfureuse
De notre correspondant à New York Jean-Louis Turlin
11/01/2008 | Mise à jour : 18:28 |
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Charlie Wilson, au côté de sa femme, Barbara, lors de la première mondiale de La Guerre selon Charlie Wilson à Los Angeles, en décembre 2007.
Charlie Wilson, au côté de sa femme, Barbara, lors de la première mondiale de La Guerre selon Charlie Wilson à Los Angeles, en décembre 2007. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
À 74 ans, Charlie Wilson, ancien élu du Texas, avoue avoir eu au cours de sa vie un comportement moins respectable et plus tapageur que son personnage à l'écran.

Tom Hanks donne de Charlie Wilson à l'écran une image « meilleure que je ne le suis en réalité », avouait dernièrement, dans une interview au Hollywood Reporter, l'ancien politicien texan dont le rôle en faveur des moudjahidins afghans a inspiré le film basé sur le livre du même nom (1). Grand buveur et trousseur de jupons devant l'Éternel, le « vrai » Charlie Wilson avait un comportement moins respectable et plus casse-cou que son interprète. La scène d'un accident de la route qu'il avait causé dans un état d'ébriété au volant a notamment été laissée de côté.

Baroudeur de la politique, le personnage n'en partage pas moins avec le héros du film un idéalisme authentique. Ce démocrate inspiré par John Kennedy avait acquis, pendant douze ans à l'Assemblée du Texas, la réputation d'un progressiste impénitent, qu'il s'agisse des questions sociales ou moral