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Une assistante sociale dénonce un Sénégalais sans papiers à la police
LE MONDE | 27.06.08 | 12h19 • Mis à jour le 27.06.08 | 17h37


lle se nomme B. H. et elle s'est rendue, le 10 juin, à 11 h 15, au poste de police, établir un "PV de dénonciation" : "Je suis venue vous dénoncer la situation administrative clandestine d'un ressortissant sénégalais qui vit à Besançon", a-t-elle annoncé au brigadier chef, qui a consigné ses propos.


B. H. est assistante sociale. Dans le cadre de son travail, elle dit avoir rencontré "par hasard", chez une dame dont les quatre enfants bénéficient d'une mesure de protection éducative du juge des enfants, "un individu inconnu". Elle a informé l'homme "qu'il ne pouvait rester à cette adresse, Madame B. vivant dans une situation financière et familiale fragile". Au policier, elle a précisé : "J'ai appris au hasard des discussions qu'il n'avait pas de titre de séjour et vivait de façon clandestine en France, et à la charge de Madame B." Puis elle a dressé un portrait : "C'est un individu de 22 ans, mesurant 1,80 m, portant des lunettes de vue rondes en métal, cheveux crépus très courts, toujours bien habillé, parlant un français très châtié. Il dort le matin jusqu'à 12 heures au moins et sort peu de peur d'être contrôlé par la police. Il arriverait d'Italie." A 11 h 35, B. H. n'avait "rien d'autre à ajouter" ; elle a cosigné le procès-verbal et a quitté le poste de police.

Ce PV, recopié mot à mot (seuls les noms ont été anonymisés), a été publié, mardi 24 juin, sur l'un des blogs les plus lus dans le monde judiciaire, celui de maître Eolas, un avocat qui, pour cet exercice, conserve l'anonymat (Maitre-eolas.fr).

VIOLATION DU SECRET PROFESSIONNEL

Lundi 23 juin, le Sénégalais qui partageait l'appartement de madame B., en réalité son demi-frère, a comparu devant le juge des libertés du tribunal de Besançon, à la demande du préfet qui souhaitait prolonger de quinze jours son placement en centre de rétention. L'homme avait été interpellé après la dénonciation de B. H. Il est de nouveau libre aujourd'hui.

L'histoire a suscité 150 commentaires sur le blog dans la seule après-midi qui a suivi sa mise en ligne. Au coeur de l'affaire : la violation de son secret professionnel par B. H. Plusieurs internautes se sont interrogés. Le séjour irrégulier étant un délit, cette fonctionnaire n'avait-elle pas l'obligation de le dénoncer ? Elle n'avait aucune obligation à agir comme elle l'a fait, et n'encourait aucune sanction, a répondu l'avocat.

Le code de l'action sociale prévoit les cas dans lesquels un professionnel est dispensé de son secret. "La dénonciation d'un sans-papiers ne figure pas parmi ces cas", précise Me Eolas. Par ailleurs, l'article 40 du code de procédure pénale impose aux fonctionnaires de "donner avis sans délai", au procureur de la République - et non à la police -, des crimes ou des délits dont ils auraient connaissance. Mais il écarte les faits connus dans le cadre du secret professionnel. "La raison en est simple, rappelle l'avocat : faites des assistants sociaux des auxiliaires de police, et les familles refuseront de les recevoir ou leur cacheront des informations essentielles."

Me Eolas a cherché en vain d'autres cas de dénonciation spontanée. Jusqu'à présent, c'est l'inverse qui s'est produit : des assistantes sociales ont été poursuivies pour non-dénonciation. À Belfort, en septembre 2007, l'une d'elles fut gardée à vue pendant deux heures parce qu'elle refusait de dénoncer un étranger en situation irrégulière. Le procureur avait classé l'affaire sans suite.


Nathalie Guibert
Article paru dans l'édition du 28.06.08

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Politiques
Bouclier fiscal: l'Etat rembourse 16.000 euros en moyenne
Eric Woerth, ministre du Budget (Reuters).
73% des bénéficiaires du «bouclier fiscal» sont des foyers modestes, affirme le gouvernement. Mais les gros patrimoines sont les vrais bénéficiaires de la mesure, rétorque le Syndicat unifié des impôts.
AFP
LIBERATION.FR : jeudi 26 juin 2008
Près de 15.000 foyers fiscaux ont bénéficié d’un remboursement au titre du «bouclier fiscal» à 60% en vigueur pour 2006, pour un montant moyen de 16.000 euros, même si trois quarts d’entre eux ne sont pas assujettis à l’ISF.
Selon des chiffres communiqués par le ministère du Budget confirmant une information parue dans Le Figaro, le fisc avait reçu au 30 avril 23.159 demandes de remboursement - dont 14.981 ont été acceptées - au titre du «bouclier fiscal» sur les revenus de 2006.

Entré en vigueur en 2007, ce dispositif plafonne à 60% des revenus le niveau des impôts directs, CSG (Contribution sociale généralisée) et CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) comprises. Les contribuables qui s’étaient acquittés d’une somme supérieure pouvaient donc être remboursés de la différence. Le plafond de cette «niche fiscale» a été abaissé à 50% pour 2008 (revenus perçus en 2007) dans le cadre de la loi Tepa votée en juillet dernier, aussi appelée «paquet fiscal».

L’adoption de cette mesure avait suscité une vive polémique, des parlementaires de toutes tendances estimant qu’elle visait principalement les grosses fortunes, candidates potentielles à l’expatriation fiscale. En moyenne, chaque bénéficiaire du «bouclier fiscal» à 60% aura touché un chèque de 16.100 euros, pour un coût budgétaire total de 241 millions d’euros.

Ce montant élevé du remboursement moyen cache évidemment d’importantes disparités: près de 9.300 des demandes acceptées portent ainsi sur des remboursement inférieurs à 800 euros, et 5.700 concernent un montant supérieur.

Selon les profils des bénéficiaires, recensés à la fin février (12.288 au total), 74% avaient un patrimoine inférieur à 750.000 euros, qui correspondait en 2006 au seuil de déclenchement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune). Et 84% avait un revenu fiscal de référence inférieur à 42.000 euros.

En croisant ces données, l’administration fiscale a établi que 73% de ces bénéficiaires du «bouclier fiscal» avaient à la fois un revenu inférieur à 42.000 euros en 2006 et n’étaient pas concernés par l’ISF, pouvant donc être considérés comme des ménages modestes.

«La majorité des bénéficiaires sont effectivement des gens qui n’ont pas de gros revenus, mais en termes de montants remboursés, c’est une minorité de contribuables aisés qui profitent du bouclier fiscal», insiste Vincent Drezet, secrétaire général du Syndicat national unifié des impôts (Snui).

«Une majorité de contribuables aux revenus relativement faibles (pensionnés qui ont hérité d’un patrimoine, commerçants indépendants qui accusent un déficit) auront un faible remboursement. Les gros patrimoines sont les vrais bénéficiaires durables, structurels, de cette mesure, et ils sont en train de réorganiser leur stratégie fiscale» pour optimiser leurs gains, assure M. Drezet.

Selon lui, la «loi Tepa» prévoit un coût budgétaire de 810 millions d’euros pour 235.000 bénéficiaires potentiels du bouclier à 50%.
Parmi ces 235.000 contribuables, 18.000 personnes soumises à l’ISF percevraient à elles seules 564 millions d’euros de remboursement, dont un millier qui se partageraient 250 millions, souligne le responsable du Snui.

Les chiffres définitifs des bénéficiaires du «bouclier fiscal» pour 2008 ne sont pas encore connus.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/335041.FR.php
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Société
A l'audience, Jean Sarkozy prétend ne pas avoir eu d'accident en scooter
Archive (Reuters)
Le fils cadet du président de la République, costume gris et cravate bleue, a de nouveau contesté avoir percuté un automobiliste avec son scooter.
AFP
LIBERATION.FR : mercredi 25 juin 2008
L'automobiliste qui accuse Jean Sarkozy de l'avoir percuté avec son scooter a contesté mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris, l'expertise diligentée par la justice, qui conclut à l'impossibilité de l'accident. D'après l'automobiliste, M'Hamed Bellouti, l'accrochage aurait eu lieu le 14 octobre 2005, place de la Concorde à Paris. Jean Sarkozy aurait percuté à scooter l'arrière de sa BMW, avant de prendre la fuite.
M. Bellouti, 37 ans, et son passager ont réaffirmé mercredi avoir relevé le numéro du deux-roues. Ils ont toutefois reconnu ne pas être en mesure de reconnaître le conducteur du scooter, "un jeune", "imberbe", alors coiffé d'un casque. Après plusieurs tentatives vaines de son assureur pour obtenir de la partie fautive le paiement des réparations, M. Bellouti avait finalement décidé de porter plainte en février 2006. C'est seulement alors qu'il aurait découvert l'identité du propriétaire du scooter.

Son père, propriétaire de la BMW et partie civile au procès, réclame 260,13 euros pour les frais de réparation de la voiture et 4.000 euros de dommages et intérêts.

Mercredi, le fils cadet du président de la République, costume gris et cravate bleue, a de nouveau contesté les faits. "Je n'ai à aucun moment été impliqué dans un accident de circulation", a assuré le jeune homme de 21 ans, affirmant ne "pas avoir l'habitude de (se) cacher ou de (se) dérober". A 16H30, heure des faits, "j'étais vraisemblablement en train de suivre mes cours", a-t-il assuré aux magistrats de la 10e chambre.

Mais les débats de mercredi ont tourné pour l'essentiel autour de l'expertise judiciaire réclamée par le tribunal le 4 décembre, lors d'une première audience. Cette expertise, réalisée par un expert indépendant désigné par le tribunal, parvient quasiment aux mêmes conclusions que celle produite le 4 décembre par l'avocat du prévenu. Toutes deux affirment, au vu des dégâts constatés sur les deux véhicules, que le choc n'a pu avoir lieu, du moins tel que décrit par l'automobiliste.

Après avoir déploré qu'un banal accident de la circulation ait pris de telles proportions, les avocats de M. Bellouti, Mes Christophe Launay et Philippe Lejard, ont regretté le dépôt "hors délai" de cette expertise, mais surtout son caractère "non-contradictoire". "On parle d'une expertise contradictoire, mais l'expert ne m'a jamais laissé l'occasion" de préciser les circonstances de l'accident, a confirmé à la barre M. Bellouti qui, pas plus que Jean Sarkozy, n'a été entendu par l'expert Michel Gilabert. Dénonçant "une atteinte aux droits de la défense", les deux avocats ont demandé au tribunal "de prononcer la nullité de ce rapport" et de diligenter une nouvelle expertise.

Rejetant ces griefs, Me Herzog a pour sa part tenté, documents à l'appui, de démontrer que l'expertise avait été menée normalement et que M. Gilabert avait réalisé "tous les souhaits et desiderata de la partie civile". L'avocat a également relevé le fait qu'entre l'accident d'octobre 2005 et la plainte de février 2006, M. Bellouti avait subi un deuxième accident, "qui concerne également le pare-choc arrière-gauche". Difficile donc, selon lui, de déterminer les dégâts imputables au premier et au second accident. S'appuyant sur l'expertise "dénuée de toute ambiguïté" de M. Gilabert, "remarquable dans sa clarté et dans sa concision", le procureur de la République, Jean-Marc Coquentin, a quant à lui requis la relaxe du prévenu. Le tribunal rendra sa décision le 29 septembre.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/334796.FR.php
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Culture
Madame Sans-Gêne va jouer à la châtelaine
Isabelle Lemesle, nommée à la direction du Centre des monuments nationaux. (DR)
Nommée à la direction du Centre des monuments nationaux, Isabelle Lemesle est surtout réputée pour sa gestion calamiteuse du musée du quai Branly et un comportement baroque.
VINCENT NOCE
QUOTIDIEN : mercredi 25 juin 2008

Le Mont Saint-Michel célèbre son 1300e anniversaire, la Bretagne crachine, la ministre passe en coup de vent. Dans un brouhaha moqueur, une dame au cheveu court se débat avec une sono défectueuse. Le cénacle bruisse, c’est qui ? c’est qui ? Eh bien, c’est Isabelle Lemesle, la nouvelle présidente du Centre des monuments nationaux. Une nomination passée en catimini d’une inconnue du monde culturel. Le Centre est pourtant une institution importante, qui emploie 1500 personnes et gère une centaine de cathédrales, châteaux ou monuments comme l’abbaye du Mont, le Panthéon ou l’Arc de Triomphe. Une institution appelée à affronter une mutation importante avec la décentralisation. A 46 ans, Isabelle Lemesle a remplacé Christophe Vallet, dont l’action a été saluée unanimement. Il a su redonner confiance à un «organisme déboussolé», selon l’expression d’un rapport sénatorial. En 2002, son prédécesseur, issu du cabinet de Jack Lang, avait dû démissionner après les révélations de Libération sur sa gestion arbitraire.

«Vulgarité». Née dans l’ombre de Chirac à la ville de Paris, la carrière d’Isabelle Lemesle se résume au chantier du quai Branly, qu’elle a dirigé cinq ans. Jusqu’à ce que, de guerre lasse, le président de l’établissement obtienne, en 2003, sa «promotion»au Conseil d’Etat.

Le quai Branly, un chantier pharaonique qui a englouti 290 millions d’euros. Mais aussi une des pires dérives pointées dans un récent rapport de la Cour des comptes. Ouvert en 2006, le musée est désormais en vitesse de croisière. Mais il lui faut encore surmonter les aléas d’une naissance au forceps, dont il porte les stigmates dans une muséographie calamiteuse. Un retard de trente mois dans l’ouverture, un dépassement de 40 % du budget : la Cour cite «l’absence de fiabilité dans l’évaluation» des programmes ou encore le manque de maîtrise des «montages juridiques».Isabelle Lemesle avait été missionnée alors que le projet était attaqué de toutes parts. Vue comme l’œil de l’Elysée dans la place, elle a pris la tête d’une citadelle assiégée. A l’intérieur, l’atmosphère était devenue explosive. Une pétition a fini par circuler accusant d’«incompétence, vulgarité et comportement névrotique» une direction contestée. Dans sa lettre de démission, un conservateur, a ainsi dénoncé une «logique infernale d’enfermement» transformant le projet «en machine de guerre contre les scientifiques». Le fait est : ils sont partis l’un après l’autre, amputant le musée de son volet culturel. Et laissant l’enveloppe (l’architecture) tout envahir. Le concepteur du musée, Jacques Kerchache, lui-même n’en supportait plus la direction. Sa mort, en 2001, laissa un vide. Les tensions gauche-droite aidant, le quai Branly était parti pour errer comme un grand vaisseau ivre.

Bouffonnerie. Dans lequel se promenait un chien. Car, c’est une particularité d’Isabelle Lemesle, elle ne se séparait jamais de son labrador. Gras comme un cochon, cette brave bête,du nom de Heurtebise, se baladait partout, les secrétaires étant éventuellement appelées à le garder ou le promener au besoin. Sa propriétaire clamait à la cantonade : «Les gens qui n’aiment pas les animaux ne m’intéressent pas.» Très Madame Sans-Gêne, elle s’est présentée avec son compagnon à une émission de Mireille Dumas, expliquant les soucis que sa présence dans le lit pouvait causer aux amants de passage. Cette bouffonnerie a atteint son apogée quand la patronne a invité par mail le personnel à se présenter chez elle au dixième anniversaire de son chien. «C’était à mon domicile, où je fais ce que je veux», a-t-elle rétorqué à Libération. Quelques semaines plus tôt, des employés avaient essuyé sa furie parce qu’ils avaient tenu un pot dans les couloirs…

A son départ, elle nous disait néanmoins sa «conviction» d’avoir empli sa mission «avec rigueur et en conscience». Nobles exigences qui ne l’ont pas empêché de rendre de menus services… Comme de proposer obligeamment à Bernadette Chirac de faire dresser par ses propres services un plan destiné au chantier de la Maison des adolescents. Un de ses très proches amis, Me Yvon Gouttal, fut aussi employé comme conseiller juridique et avocat par l’établissement. Et quand il installa ses bureaux avenue Ledru-Rollin, il fut demandé aux services du musée de constituer un dossier de réhabilitation des locaux, avec un plan d’architecte. Le président du musée, Stéphane Martin, n’a pas contesté les faits, jugeant simplement que l’assistance à la Maison des adolescents lui semblait normale. Et, pour la complaisance montrée envers l’ami de Lemesle, il n’avait «pas été mis au courant». L’avocat, lui, s’est simplement défendu d’avoir «sollicité» ce service rendu par une administration.

Candide. Une fois de plus, en écartant par surcroît un gestionnaire efficace, l’exécutif prend le risque de donner une image détestable à la pratique des nominations dans la Culture. Le candidat Sarkozy avait pourtant juré de soumettre les nominations à la «transparence» et la «compétence». En l’occurrence, Isabelle Lemesle aurait eu du mal à affronter une mise en concurrence, sur dossier : elle avoue candidement à ses interlocuteurs qu’elle ne connaît pas grand-chose au patrimoine. Et quand la presse l’interroge sur sa vision, elle fait répondre qu’il faudra attendre septembre qu’elle se documente. On aurait pu penser que l’affaire de la villa Médicis allait servir de jurisprudence. En réalité, à moindre bruit, l’exécutif ne se gêne pas pour marcher sur les traces de la vieille Chiraquie.


http://www.liberation.fr/culture/334587.FR.php
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La « Symphonie pastorale »
LE MONDE | 19.06.08 | 12h12 • Mis à jour le 19.06.08 | 12h12

e film très attendu de Jean Delannoy a été présenté hier soir à Cannes. Le public du festival a réservé au metteur en scène de La Symphonie pastorale, oeuvre aussi difficile que belle, une ovation que lui méritent surtout, selon nous, sa probité de réalisateur, le choix qu'il fit d'un sujet a priori sévère, le métier dont il a fait preuve en l'adaptant et la sobriété dépouillée d'artifices de cette adaptation. Cela dit, et à quoi nous souscrivons bien volontiers, La Symphonie pastorale n'a pas fini de susciter maintes discussions, et elle appelle, à notre avis, de sérieuses réserves.


La plus grave concerne l'interprétation de Pierre Blanchar : grandiloquent, les maxillaires contractés, l'oeil d'une fixité de chouette, usant et abusant de procédés, dont l'écran n'a que faire, forçant tous les effets, ne nous faisant grâce ni d'un soupir ni d'un trémolo, visiblement affligé dès le début du film du tour que prendront longtemps après les événements, il passe avec une imperturbable assurance à côté du rôle magnifique qui lui était dévolu.

Autre reproche : il est bien évident que l'oeuvre de Gide, puritaine, austère, boutonnée jusqu'au col, ne se prête guère aux débordements, mais sous la bure des pèlerines battent à se rompre des coeurs dont j'ai parfois vainement tenté de surprendre le rythme au cours d'un film dépouillé à l'excès des signes de cette tension.

Delannoy paraît toujours rester étranger aux scènes qu'il tourne : ce qu'il fait est orthodoxe, consciencieux, mais ne laisse aucune place à la surprise technique ou artistique. Michèle Morgan est bouleversante de simplicité et de foi ; nous ne sommes pas près d'oublier cette silhouette menue ni ses longs yeux d'eau vive où passent des reflets, des images, puis la mort. (24 septembre 1946.)


HENRY MAGNAN

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L'histoire
Il met sa maison, son travail et ses amis aux enchères sur le Net
DR
Pour tirer un trait sur son passé, un Anglais résidant en Australie décide de céder ce qui fait sa vie actuelle au plus offrant. Une proposition de 650.000 dollars australiens (400.000 euros) a déjà été déposée.
AFP
LIBERATION.FR : lundi 23 juin 2008
Comme il veut entamer une nouvelle existence, un homme a mis aux enchères tous ses biens et relations, dimanche sur Internet, s’attirant de nombreuses offres d’enchérisseurs intéressés par sa maison, son travail et ses amis.

Ian Usher, un Britannique de 44 ans immigré en Australie, a eu cette idée après s’être séparé de sa femme, espérant collecter près de 500.000 dollars australiens (300.000 euros).

Dimanche, peu après le début des enchères prévues pour durer sept jours, une première offre de 300.100 dollars a été déposée sur eBay. En fin d’après-midi, une quarantaine d’offres avaient été enregistrées, la dernière atteignant 650.000 dollars australiens (400.000 euros).

«J’ai débouché le champagne à 15 heures quand le seuil des 400.000 dollars a été dépassé», a déclaré Ian Usher.

Ian Usher, qui réside à Perth, a promis de présenter ses amis à celui qui emportera la mise, de lui remettre sa maison d’une valeur de 420.000 dollars australiens et aussi de lui faire partager ses loisirs.

Le gagnant prendra aussi sa place à son travail dans un magasin de tapis, pour deux semaines dans un premier temps et plus si son patron y consent.

De sa vie passée, Ian Usher ne veut conserver que son passeport, son portefeuille et ses vêtements. Il a indiqué ne pas être encore certain de ce qu’il fera après la fin de la vente aux enchères.


http://www.liberation.fr/actualite/instantanes/histoiredujour/334120.FR.php
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"Phénomènes" : terreur dans les bois de Pennsylvanie
LE MONDE | 10.06.08 | 16h03 • Mis à jour le 17.06.08 | 10h58

l existe deux bandes-annonces de Phénomènes, que l'on peut voir sur Internet. L'une, destinée au public familial, montre une horde d'Américains ordinaires perdue au fin fond de la Pennsylvanie, en proie à des dangers mystérieux. L'autre, interdite aux moins de 17 ans, collectionne des situations sanguinolentes - défenestrations, pendaisons, suicides. A l'intersection de ces deux mensonges publicitaires, il y a le nouveau film de M. Night Shyamalan, Phénomènes.

Après quelques tribulations (La Jeune Fille de l'eau, son dernier film, a été un échec), le réalisateur de Sixième sens a décidé de renouer avec le public en lui proposant un produit très prisé ces temps-ci dans les multiplexes : une histoire d'apocalypse et de survivants. M. Night Shyamalan, qui déteste qu'on le confonde avec d'autres cinéastes, a procédé à rebours de ses confrères. Je suis une légende, récent succès planétaire, était une vieille série B gonflée en superproduction par la grâce de Will Smith et d'effets numériques étourdissants.

Phénomènes est un film ambitieux que M. Night Shyamalan a revêtu des atours de la série B. Les deux rôles principaux, un professeur de SVT et son épouse, sont tenus par des acteurs familiers qui sont tout sauf des stars - Mark Wahlberg et Zooey Deschanel. L'image (de Tak Fujimoto) passe du réalisme urbain à une variante intriguante de l'élégie agreste, une fois que les personnages ont fui la ville. Les décors sont naturels, et la menace - contrairement aux vampires qui hantaient Manhattan dans Je suis une légende - reste invisible.

VAGUE DE SUICIDES COLLECTIFS

L'effet final n'est pas enivrant comme le fut jadis le tour de passe-passe de Sixième sens, ni abasourdissant à la manière solennelle d'Incassable. A condition de conserver un peu de fraîcheur d'âme, on trouvera dans Phénomènes l'énergie et le charme désuet des séries B dont Shyamalan se réclame, tout en discernant sous ce vernis un peu écaillé la force de sa mise en scène et - il faut s'y résigner - le sérieux un peu pontifiant de son discours.

Le propos devient clair à peu près au premier tiers du film (par ailleurs d'une brièveté et d'une concision rafraîchissantes). En attendant, on assiste effaré à une vague de suicides collectifs qui se déclare d'abord à Central Park (New York, New York) puis se propage sur toute la Côte est des Etats-Unis. A Philadelphie, Elliot Moore (Wahlberg) attire l'attention de teen-agers très sages sur la mystérieuse disparition de millions d'abeilles lorsque la nouvelle de l'épidémie provoque l'interruption des cours. Avec sa femme Alma, son collègue Julian (John Leguizamo) et Jess, la petite fille de ce dernier, Elliot fuit la ville comme le lui ont recommandé les autorités. A chaque séquence, la cohorte des réfugiés s'amoindrit jusqu'à ce qu'elle soit réduite à son expression cinématographique américaine de base, la famille nucléaire.

Ce qui arrive aux survivants est assez palpitant, jamais terrorisant (contrairement à ce que voudrait faire croire la bande-annonce interdite et destinée aux adolescents), et souvent émouvant. Shyamalan aime à retravailler des motifs qu'il a déjà exploités. On retrouvera des trains, de vieilles maisons qui évoquent la fondation des Etats-Unis, un fonctionnaire naïf qui met bien du temps à comprendre ce qui lui arrive, et des adultes qui ont du mal à protéger leur progéniture des dangers du monde.

Les deux derniers films de Shyamalan - Le Village et La Jeune Fille de l'eau - avaient labouré ce territoire avec une solennité croissante, proclamant à la face du monde l'importance du créateur, au risque du ridicule. Manifestement conscient des périls encourus, l'auteur se plie cette fois allégrement aux règles du cinéma de genre, glisse quelques traits parodiques, et fait avancer Phénomènes à un rythme tel qu'il faudra attendre la fin de la séance et que le taux d'adrénaline soit retombé pour se demander si tout ceci est vraiment sérieux.
Film américain de M. Night Shyamalan avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, John Leguizamo, Ashlyn Sanchez. (1 h 30.)


Thomas Sotinel

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Reportage
Les P. P. chahutent Bordeaux
LE MONDE | 19.06.08 | 16h35 • Mis à jour le 19.06.08 | 16h35
BORDEAUX ENVOYÉE SPÉCIALE


ada ? Pas assez idiot !" Le collectif Présence Panchounette (P. P.) s'est imposé à l'histoire de l'art contemporain par de telles formules à l'emporte-pièce (celle-ci empruntée à l'écrivain Georges Bataille), et il a toujours su se montrer à la hauteur de ce cri de guerre : sa rétrospective proposée par CAPC, le musée d'art contemporain de Bordeaux, le démontre avec brio. Une première pour eux, et un retour sur les lieux du crime : c'est justement dans la capitale girondine que ces drôles de zouaves (ils étaient cinq, six, parfois sept) ont joué leur rôle d'âpres trublions des idées reçues. Poètes radicaux, contempteurs des notions de bon et mauvais goût, explorateurs conceptuels du kitsch... De 1969 à 1990, ils ont essaimé les nains de jardin, imposé le papier peint motif brique (leur signe de reconnaissance) et balancé leurs calembours à la face des mondains de l'art. Pendant vingt et une années mouvementées, séparations et retrouvailles, ils ont posé leur regard iconoclaste sur toutes les images : celles de la modernité et celles de notre quotidien.

"Ils" ? Frédéric Roux, Jean-Yves Gros, Michel Ferrière, Pierre Corcelle, Didier Dumay, puis Jacques Soulillou, Christian Baillet, et d'autres... Voilà pour les présentations. Mais inutile de chercher à savoir qui a fait quoi : chacun noyait son talent dans le collectif, jusqu'à décider, ensemble, de renoncer à tout destin artistique, un sale jour de 1990. Le succès commençait à trop les chatouiller. Ils se sont donc enterrés première classe sous les quelques lignes d'un dernier manifeste paru dans la revue Art Press. Depuis, chacun vaque : apiculteur, écrivain, brocanteur ou journaliste télé.

Dix-huit ans après sa dissolution, le groupe revient en majesté dans la ville qui l'a longtemps négligé. Après lui avoir résisté avec constance, il succombe aujourd'hui à l'appel du CAPC. Mais, ultime coquetterie ou aimable signe de rébellion à l'institution, il a refusé les honneurs de la superbe nef du musée d'art contemporain. Envahissant douze sites, ses membres ont préféré parasiter toute la ville, posant un nain géant sous le nez de la mairie ou un poster sur un grillage. "Panchouniser" Bordeaux : belle revanche pour leur art irrésistiblement foutraque, qui plonge ses racines dans le patois local. Dans le coin, "Choune" signifie sexe féminin, et par extension tout ce qui relève du mignon ; à quoi s'ajoute un "pan" globalisant et païen... La calme cité classique n'en revient toujours pas.

MICROBOMBES ESTHÉTIQUES

Point de départ du parcours au fil des rues, une ample exposition à l'espace Saint-Rémi permet de dresser un état de santé de leur art de ridicules guérilleros : il se porte à merveille. Une roborative dose d'humilité, accompagnée d'un délicieux humour : en un accrochage digne des pires vide-greniers, la recette s'impose toujours. Soulignés par des titres ravageurs écrits sur Post-it, canulars visuels et microbombes esthétiques prolifèrent sans souci d'ordre ou de beauté. Les Panchounette eux-mêmes avaient oublié ces trésors de banalité corrosive.

Un tube de peinture pris dans un piège à souris ; un paysage chinois rehaussé de bigoudis roses ; un John Wayne cerné du mot "dada" multiplié à l'envi... L'accumulation est redoutable. Plus loin, un micronain fait du ski sur un escarpin Jourdan. Un buste grec est posé sur une machine à trancher le jambon. Une niche de chien s'agrémente d'un lustre en cristal, moquette Bauhaus et mini-Pollock pour pimenter l'ambiance. Un bas est cloué sur une planche (bas-relief).

Pourquoi se priver ? Les plus illustres prédécesseurs en prennent pour leur grade. Un tapis à bouclettes est tondu en un carré digne de Malevitch. Les lignes d'un Mondrian se voient affligées d'un nu iconoclaste (Pas de Boogie-Woogie avant huit heures du soir, ou l'union d'Eddy Mitchell à la plus abstraite aridité). Pas plus tendres avec leurs contemporains, les P.P. dessinent Bertrand Lavier et Jean-Marc Bustamante en poules, et miment Nam June Paik, inventeur de l'art vidéo, dans Nam June Paic (un écran télé au fond d'un évier, avec du Paic citron posé à côté...). Pub pour parfum, roman-photo, gondoles 100 % plastique vénitien, Sacha Distel, Fantômas... Telle est la matière première potache que ces autodidactes ont arrachée aux pavillons de banlieue et à leur héritage classe moyenne.

Assailli par tous ces poèmes-objets, on comprend pourquoi ils ont marqué plus d'une génération d'artistes, jusqu'à ce que se dresse autour de Panchounette un véritable culte. Cette constellation qui les entoure, le CAPC l'évoque dans une remarquable exposition parallèle, sous sa nef. Elle n'a heureusement rien d'un autel commémoratif. Pour reprendre l'argot des lascars ici honorés, elle choisit plutôt de faire "pan dans la choune" de tous les défenseurs du bon goût, des certitudes esthétiques et de l'art comme marché. Idiots ? Rien n'est moins sûr.

Présence Panchounette, à l'espace Saint-Rémi, 6, rue Jouannet, et au CAPC, musée d'art contemporain, Entrepôt Lainé, 7, rue Ferrère, Bordeaux (Gironde). Tél. : 05-56-00-81-50. Tous les jours sauf le lundi de 11 heures à 18 heures, jusqu'à 20 heures le mercredi. 5 € et 2,50 €. Jusqu'au 14 septembre.

Emmanuelle Lequeux
P. P., la bio
Le collectif a écrit son autobiographie. En voici des extraits.

1968. Novembre : un graffiti proclame : "Tout est comme avant." Il s'agirait de la première manifestation plastique de P. P.

1972. P. P. se déclare au Journal officiel dans le but avéré d'"encourager les arts, la culture et les loisirs".

1973. Ils s'autoproclament champions du monde de boxe des artistes plasticiens sans que personne n'y trouve à redire. L'historien d'art Jean Clair dit : "Vous êtes les artistes des années 1980."

1977. P. P. fait son irruption sur la scène de l'art officiel, ils exposent à galerie Eric Fabre.

1978. Ils semblent aux portes de la reconnaissance par leurs pairs. Ils rencontrent Daniel Buren, qui leur fait un cours, deux d'entre eux s'endorment, les autres hochent la tête avec commisération et trouvent sa critique limite.

1980. Ils montrent leurs travaux à la galerie Jacques Donguy à Bordeaux. L'invitation trace leur ligne de conduite : "Réussir, de toute façon, est notre échec."

1983. Premier achat institutionnel, le Musée d'art moderne se fend de 9 000 francs (1 372 €) pour acquérir un objet de 1974.

1984. De terroristes post situ, ils passent au statut enviable d'animateurs pour noces et banquets.

1990. Ils tentent le drop du milieu du terrain : devenir un mythe.

Article paru dans l'édition du 20.06.08



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Entretien avec M.KONARE Makan - un des principaux animateurs du combat des travailleurs africains du foyer pour la survie et pour la dignité...

"Je suis le Président de notre association, "Les colocataires de l'Hôtel Marceau", créée en 2006.

Cette année-là, habitants de l'endroit depuis 10 ans, pour la plupart, et venus du MALI, du SENEGAL, ou de MAURITANIE, nous avons passé 12 mois sans électricité...

Depuis 1996, l'ancien propriétaire, un Algérien, qui était dur, a vendu à un Marocain, Monsieur El Jabri, résident dans la commune voisine de Stains. Lui, il a du cœur, et comprend nos problèmes. Mais il semble avoir été "roulé" par le vendeur. Ils sont en procès, je crois."

"Nous payons 335 euros par mois pour les chambres de 11 mètres carrés dans l'état que vous voyez... Nous en sommes venus à faire une longue grève des loyers pour exiger qu'un minimum de travaux de simple hygiène et de sécurité soient entrepris, et les choses se sont compliquées, amenant la coupure d'électricité. Nous avons pris un avocat, nous avons pris tous les contacts, fait toutes les démarches, mairie, préfecture. Nous exigeons que des travaux soient faits de toute urgence, en ce moment nous n'avons même pas l'eau. Nous souhaitons aussi être relogés dans des endoits décents, dans les meilleurs délais. Mais sur toutes les demandes de logement faites depuis plus de 10 ans, seules deux familles ont obetnu un HLM. Pourtant, nous sommes en règle, pour la plupart, et nous gagnons notre vie en travaillant, déclarés, etc..Nous nous efforçons de conserver de bonnes relations avec la municipalité, c'est une affaire de droits humains, de social, ce n'est pas une affaire politique."

Mais chacun se renvoie la balle dans l'iextricable maquis politico-admnistratif où s'englue, d'ordinaire, ce genre d'affaires - alors qu'il s'agit d'être humains, que les enfants se bousillent la santé, comme leurs parents, et que tous sont en danger. "La mairie a bougé, elle a tapé sur la table, la préfecture aussi, et le courant a été rétabli, mais à petite puissance, et ça disjoncte tout le temps. Le disjoncteur se trouve dans le petit café-restaurant, en bas de l'immeuble. Le jour, on peut y aller pour rétablir le courant, la nuit, c'est impossible. Du coup, nous avons dû nous priver de frigos, et nous devons faire les courses d'alimentation tous les jours...Le chauffage électrique n'est plus possible non plus. Nous utilisons les poeles à fuel que vous voyez, avec des réserves de carburant, sous le plancher, des bouteilles de gaz, puisque la cuisinière électrique, elle aussi, fait disjoncter... Si le feu prend, ce sera terrible..."

Le soir, les petites collégiennes n'ont pas d'autre solution que de faire leurs devois à la bougie, sur le matelas souvent unique où dort, comme elle le peut, toute la famille...Si une bougie se renverse...
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C'était il y a plus d'un mois, le 20 décembre 2007.

Dans une alerte "SCOOP MORTEL!" adressée à une liste de 152 journalistes français, de tous les quotidiens, la plupart des magazines, et quelques radios et télés, Le Monde Réel alertait les media sur un "scoop" dont le site se serait, disions-nous, "bien passé":

"A Aubervilliers (93), écrivions-nous, où une affaire du même genre avait fait 5 morts, tous noirs d'Afrique, en 1970, une nouveau scandale de "négriers" mettant en danger, rue du Landy, les familles africaines d'un "hôtel" à l'électricité coupée, devrait attirer l'attention de La Boutin, ou de La Bruni, qui, elle, paraît-il, est progressiste, et a l'occasion de montrer, mais très vite, qu'elle n'est pas une catin, et vaut mieux que la précédente - ou que La Pompadour.
C'est une question de vie ou de mort, et c'est une question d'heures."

Chacun peut lire ou relire - clic ici - l'article publié sur le site.
Dans la "chambre" lépreuse, sans électricité suffisante, donc sans frigo, où il vit avec toute sa famille, dont Atetou, 3 ans (ici), elle aussi chaque jour et chaque nuit en danger d'être asphyxiée par les émanations d'un chauffage de fortune au fuel, ou de périr dans les flammes d'un incendie, qui menace, M.KONARE Makan, jeune travailleur malien, père de famille, et l'un des trois animateurs du Mouvement des Mal Logés du LANDY en lutte, répond à chaque question de façon argumentée, précise, preuves à l'appui, et pièces en main.

- Que s'est-il passé depuis? Pas grand chose...

Sinon, de notre part, un nouveau message, personnalisé et amical, à titre de rappel, deux jours plus tard, le 22 décembre, à TONINO SERAFINI, réceptionnaire, parmi d'autres, du premier envoi collectif. Ce journaliste progressiste, gentil, mais un petit peu dolent, connaissant personnellement un au moins des animateurs du Monde Réel, lui-même ancien de Libé, est en charge, théoriquement, de la rubrique logement de LIBERATION.

La piqûre de rappel n'ayant pas abouti, un troisième message d'alerte était envoyé, le 26 décembre, à deux des principaux dirigeants de LIBE, bien connus de nous, personnellement, avec copie pour info à un délégué syndical de la rédaction, déjà réceptionnaire du premier envoi groupé.

Toujours rien, ni à Libé, ni nulle part - à l'exception du Parisien, dans son édition départementale (93), un bon petit papier, sympa, insuffisant, toutefois, pour que sonne le tocsin chez les confrères...
Fuites d'eau, plafonds pourris qui s'écroulent, électricité défaillante, carreaux cassés, émanations de pétrole...335 euros par mois pour 11 mètres carrés. Après avoir payé dix ans, rubis sur l'ongle, les 86 adultes ont fini par faire la grève des loyers, un an, rendant le scandale public. Travaux, et relogement, décent! - UNE DOUBLE URGENCE, VITALE! -

Entre temps, sur le terrain, que sont devenus les 126 africains toujours en danger de mort de l' "hôtel meublé" du 5 rue Gaétan Lamy, quartier du Landy, AUBERVILLIERS (93) - un taudis insalubre où le pire des drames plane toujours, nuit après nuit, sur 40 petits enfants de deux mois à douze ans, 86 parents vivant en couple et 2 célibataires, les adultes étant, dans leur écrasante majorité, des travailleurs salariés du bâtiment, du nettoyage, de l'hôtellerie, ou de la restauration, parfaitement en règle, demandeurs de logements décents, HLM ou autre, depuis quelquefois 10ans, et capables de peyer un loyer correct pour un logement correct?

-Pour le savoir, Le Monde Réel s'est de nouveau rendu sur place, ce dimanche 3 février 2008, en compagnie de jeunes militants musulmans de l'association "Le 93 au cœur de la République", active auprès des Africains en danger.

"Le 93 au cœur de la République"est né à l'occasion des dernières élections législatives du printemps 2007, où elle a fait un score "canon" sur la commune d'Aubervilliers - regroupant notamment des communistes "purs et durs" à l'ancienne, des jeunes des collèges, et des familles de musulmans de progrès, sous l'impulsion du Président du MRAP, Mouloud Aount, lui-même natif d'Aubervilliers, et proche du PCF, pour en savoir plus CLIC ICI,

- Les habitants de ce taudis indigne d'une République moderne, et d'une commune à majorité de gauche (PCF, PS) dans un département à majorité de gauche, plus particulièrement, nous ont reçus à bras ouvert.

Sous la conduite de KONARE Makan, un jeune père de famille dont la dernière fille, la petite Abibatou,
Abibatou, petite sour d'Atetou, fille de l'amour et du taudis...

née le 20 décembre dernier, à l'hopital, et ramenée aussitôt par sa MAMAN dans la "chambre" de 11 mètres carrés, rongée d'humidité, où vivent ce couple de travailleurs maliens et leurs enfants, nous avons "visité" l'endroit - un vieil hôtel dans un état de ruine et d'abandon effrayant, où l'électricité avait été coupée, au plus froid de décembre, obligeant les familles à se chauffer avec des moyens de fortune, dont des poelles fonctionnant au fuel dégageant une odeur pestilentielle - et cause de la mort, par asphyxie, des 5 victimes de 1970, asphyxiées pendant leur sommeil, dans un établissement du même genre, rue de la Poste, dans un autre quartier d'Aubervilliers
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LA BOMBE NOIRE

D'AUBERVILLIERS

Pas vu à la télé! Mais en video-reportage, ici, si!

Journalistes désabusés, cyniques, ou simplement paresseux, politiciens, et toi, Nicolas MOI-MOI-MOI, regardez ces enfants dans le yeux. Ce soir, ils auront peut-être disparu, dans les flammes qui menacent d'embraser, chaque nuit, le taudis à la Zola du "marchand de sommeil" d'Aubervilliers (93), où une affaire exactement comparable a fait 4 morts, tous noirs, en 1970, soulevant, à l'époque, une émotion considérable...

QUE CEUX QUI ONT DES YEUX POUR VOIR ET DES OREILLES POUR ENTENDRE OBSERVENT CES IMAGES, QU'ILS ECOUTENT CES MOTS SIMPLES, ET, ENFIN, BOUGENT!...

Video 1: ici Video 2: ICI Video 3: ICI Video 4: ici Video 5: ICI

- video 1 ici Video 2: ICI Video 3: ICI Video 4: ici Video 5: ICI

Films réalisés pour Le Monde Réel par "Fehd93", 15 ans, collégien, à l'invitation et sous la conduite amicale des résidents du taudis collectif de la rue Gaétan Lamy, vieux quartier du LANDY, Aubervilliers (93), en compagnie de sa mère (visible sur les image), musulmane de progrès, comme son fils et son mari, candidate aux municipales sur la liste d'union avec les communistes rassemblée par le jeune maire sortant (PCF) d'Aubervilliers (93), Pascal Beaudet, dans une ville objet d'une tentative d'O.P.A. de l'aile droite pro-capitaliste, pro-méricaine, pro-Européenne et pro-israélienne (tendance DSK) du Parti Socialiste, qui multiplie les belles paroles et les promesses en l'air. Y compris aux Maliens mal-logés, qui eux, soutenus par les militants de base du "93 au cœur de la République", auquel plusieurs d'entre eux ont adhéré, négocient en ce moment même avec le maire un plan de relogement et de travaux d'urgence en attendant.

ça vient de m>trong> href="http://209.85.135.104/search?q=cache:Geg4Q653hzoJ:www.lemondereel.fr/chinafrique.html+%22Colocataires+de+l%E2%80%99h%C3%B4tel+Marceau%22&hl=fr&ct=clnk&cd=4&gl=fr&client=firefox-a">là.

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Cinéma
Mythologies de Labarthe
Chapeau. Rencontre avec un cinéaste intempestif et cinéphile impertinent auquel le festival Côté court (93) rend hommage.
Recueilli par PHILIPPE AZOURY et BRUNO ICHER
QUOTIDIEN : mercredi 11 juin 2008

Gitane maïs, chapeau mou «à la Bogey», machine à écrire à portée de main, accent du sud-ouest, André S. Labarthe est le non-cinéaste le plus reconnaissable de la planète. Godard, dans les années 70, disait qu’il lui était plus facile de faire douze heures de programmes pour la télévision qu’un film d’1 h 20. Labarthe, qui a été son acteur (de dos, dans Vivre sa vie), a fait beaucoup mieux : pour avoir oublié de faire un jour son premier «vrai» long métrage, il aura tourné six cents films, série en cours. Pour la télé mais pas que, des documentaires mais pas que, des portraits de cinéastes (…de notre temps), de peintres et de danseuses mais pas que, des mobiles surréalistes mais pas que. Six cents ovnis, de toutes formes et de tous formats, qui, alignés, décrivent une trajectoire faite de rencontres : Cassavetes, Rauschenberg, Carolyn Carlson, Jerry Lewis, Robbe-Grillet, et beaucoup d’autres. A Pantin (93), dans le cadre de la 17e édition de Coté court, jusqu’au 21 juin, on lui rend hommage : comme cinéaste, avec un florilège immanquable. Ruez-vous. D’autant que la manifestation organisée par Jacky Evrard, le délégué général, et Sylvie Pialat, la présidente, a encore une fois une sacrée gueule (www.cotecourt.org).

Dans les librairies, aussi, il est question de Labarthe. Limelight éditions, dont on se réjouit de la résurrection, sort un inédit : Happy end (Accords perdus). Qu’on s’empressera de lire, en gardant en tête qu’André S. Labarthe a commencé aux Cahiers jaunes (à la fin des années 50) où il prophétisa quarante ans avant tout le monde la mort d’un mot : «mise en scène». Rencontre avec un iconoclaste, chez lui, à Paris. Informel et bien, comme d’hab.

Un hommage, vous le vivez comment ?

Franchement, si je me mets à vivre ça, je ne vis plus. Mais sur le plan purement intellectuel, je suis très à l’aise. Là, ça m’intéresse, parce que la sélection mélange les genres. Ça met l’accent sur mon penchant pour l’hétérogène, le disparate. Je ne suis pas juste le type qui a fait, avec Janine Bazin, ne l’oublions pas, Cinéma et Cinéastes de notre temps. Le cinéphile de service, le spécialiste, qu’on m’en garde ! Je ne me sens même pas cinéphile.

Vous avez pourtant connu la cinéphilie classique…

Mais Langlois, ce n’était pas de la cinéphilie, c’était du cinéma vivant, et pas cet amour nécrophile, fétichiste, dont l’émanation première fut la politique des auteurs. Langlois réinterrogeait sans arrêt. Quand il venait présenter un film sur une scène, il ranimait un cadavre, l’exact contraire de la cinéphilie nécrophile. La cinéphilie est une forme d’enterrement du cinéma, les films déjà jugés, aimés, interprétés avant même d’être sortis : Truffaut annonçant en janvier les bons films de l’année sans même les avoir vus, juste sur le nom des cinéastes. C’était aberrant ! Et le pire, c’est qu’il avait raison !

Comment est née l’émission Cinéma de notre temps ?

En 1964, Janine Bazin, après la mort de son mari, André Bazin, cherchait du boulot. Ça a intéressé un type qui était en poste à la télé. L’idée était de faire à la télé cette chose qui à l’époque n’existait que dans les Cahiers du cinéma : les grands entretiens. Il faut se remettre à la place des cinéphiles de l’époque, qui découvraient dans un entretien que Buñuel, pour le dernier plan de Los Olvidados, avait prévu un orchestre de 100 musiciens sur des immeubles en construction pour la scène de la mort de l’aveugle. C’était prodigieux. L’orchestre, dans la version tournée, a disparu. Mais il reste la poule. L’aveugle est par terre, on lui a cassé son tambour et il regarde une poule. C’est la supériorité du spectateur que d’être témoin d’une chose que même les personnages ne peuvent voir.

Buñuel, encore et toujours…

Buñuel et Bataille, oui. J’en tire même des rapprochements. Je suis en train d’adapter le Bleu du ciel, c’est même la première fois de ma vie que je fais un scénario. Il y a une scène avec un grand orchestre, un bois dont sort une automitrailleuse, puis deux, puis trois : l’orchestre est massacré. On assiste à l’agonie des sons, une note qui se casse. C’est une image, je m’en aperçois en vous parlant, qui vient en droite ligne de ces entretiens des Cahiers avec Buñuel, il y a plus de cinquante ans.

Vous aimez vous attaquer à ce qui est réputé infilmable : la peinture, des cinéastes, la danse…

Parce que je crois que j’ai un problème avec l’image. L’image, c’est l’imagerie. Mais le cinéma, ce n’est pas un art de l’image. A part quelques types comme Averty. Il y a quarante ans, le cinéma c’était encore un art de la réalité. Peu à peu, avec tous les moyens, on est arrivé à tout maîtriser et par l’absolue maîtrise commence l’art de l’image. Aujourd’hui il n’y a plus de différence entre un film et un film d’animation. C’est suffisamment truqué pour que l’on obtienne ce qu’on veut.

Paradoxalement, vous n’avez jamais été le défenseur des cinéastes naturalistes : vous leur préfériez Buñuel, Franju ou Antonioni…

Entre les naturalistes, qui ne m’intéressent pas outre mesure, et ceux qui maîtrisent tout, se glissent des cinéastes qui ont soit le goût de l’artifice, soit le goût du hasard, soit le goût de l’accident et ce sont ceux-là qui me font avancer. Quant à mes contradictions, il y a longtemps que je n’essaie plus de les résoudre. Elles m’apportent trop de richesses. Je suis donc contre le naturalisme et je ne crois qu’en un art de la réalité ! Mais la réalité, je l’entends toujours un peu comme les surréalistes : traversée par une vision.

Vous avez fait six cents films, mais pas une seule fiction écrite.

A l’époque de la Nouvelle Vague, où le jeu était très ouvert, Beauregard me disait : «J’attends toujours votre scénario…» Et je disais toujours : «On verra plus tard.» Je croyais qu’on avait changé d’ère pour toujours. Je croyais que j’avais le temps.

Des regrets ?

Aucun. Sinon je me flinguerais. J’ai l’impression d’avoir traversé un territoire accidenté et d’avoir réagi en fonction de ce que je trouvais sur ce terrain que je n’avais pas choisi. Pour des gens comme moi, qui n’ont aucune intention précise, la télévision restait l’idéal. Mais cette absence d’intention, j’en ai fait une loi : dans la réalisation de mes films, l’ennemi numéro 1 reste toujours l’intention. Pourquoi aller là où je sais que je veux aller. Le voyage seul est intéressant.

Même quand vous rencontrez Rauschenberg ?

Mais Rauschenberg, la veille encore je ne savais pas que j’allais le filmer ! J’avais filmé ses tableaux en 35 mm couleurs pour une expo. Quand Rauschenberg arrive, j’ai déjà claqué tout le fric, je ne peux plus filmer qu’en 16 mm noir et blanc. J’improvise… Un matin, on me fixe un rendez-vous, j’installe Rauschenberg, les réglages s’éternisent et, pendant ce temps, un Allemand me pose des questions. Il est piqué de Rauschenberg, il sait tout, je lui demande de faire l’interview et il se lance. C’est de l’impro pure. Le hasard est toujours le mieux possible, mieux en tout cas que le souci de maîtrise.

C’était le cas aussi pour Cinéma, Cinémas ?

A l’intérieur d’un magazine comme celui-là, on avait une liberté folle. A la télévision, si on délimite un cadre, on n’est pas prisonnier. On remplit ce cadre comme on veut. C’est une plus grande liberté que ne m’aurait apportée le cinéma, avec un mode de production classique. Les choses ne préexistaient pas dans Cinéma, Cinémas, avant le tournage, le montage. Par exemple, j’arrive sur le tournage d’I Love You de Ferreri. Soudain, j’observe deux machinos, qui attendent derrière la porte et son signal rouge qui interdit de pénétrer. Ils sont plantés là, mis littéralement à la porte, et ils écoutent le son d’une scène d’amour dont ils sont exclus. Je filme ça, qui parle à mon sens vraiment du cinéma et je ne garde que ça : j’ai trouvé mon angle. J’ai toujours essayé de changer de point de vue pour tuer tout ce qu’on peut attendre du docu sur le cinéma. On glisse de l’imprévu, de l’inconnu dans un cadre sur lequel pèsent beaucoup d’attentes…

Comment est née l’idée des interviews de cinéastes à la table de montage ?

Le premier, Samuel Fuller, a marché, alors on a continué. Sans volonté de pédagogie, même si ça pouvait le devenir : Arthur Penn par exemple, à propos de la fin de son Bonnie and Clyde. Mais si ce n’était qu’une pédagogique froide, universitaire, ça ne suffirait pas. Ce qui m’intéresse, c’est comment il revoit ses images. Parce qu’il les revit.

A propos de l’interview de John Ford, vous aviez dit que retranscrite, elle n’avait aucun intérêt, mais qu’elle est fascinante à regarder…

C’est toute l’histoire de Cinéastes de notre temps. Au début, on montait les sujets sur papier, à partir de l’entretien. Mais il y avait aussi les silences, les regards, plus éloquents parfois que ce qu’ils disaient. Je me suis mis à annoter les transcriptions, comme une partition. Quand un cinéaste jetait un regard de côté, je pouvais balancer un extrait de film comme une image mentale ou un fantasme. J’ai toujours rêvé de filmer un mec qui prendrait une minute de réflexion avant de répondre. Sinon, il y a la technique. Par exemple, pour l’entretien entre Fritz Lang et Jean-Luc Godard, on avait deux caméras. Il fallait déterminer ce qu’on montrait : celui qui parle, celui qui écoute. Or, il y avait toujours une demi-seconde de silence entre les deux. Je me suis dit : et si on doublait les silences ? Les propos n’étaient pas terribles, mais le fait de remettre des silences, cela ajoute de la profondeur. Quelqu’un qui met deux secondes au lieu d’une pour répondre, on le crédite d’une pensée.

Quelques grands souvenirs ?

Je me rappelle d’un truc extraordinaire. J’étais allé au festival de Venise, en 1967 ou 68. On avait organisé un repas filmé avec Janine Bazin, Luigi Chiarini, président du festival, Jean Renoir et Roberto Rossellini. Vittorio Baldi nous a fourni la pellicule, Jean Rouch nous a proposé de faire le son. J’ai entraîné Jean-Louis Comolli. Et on a donné un thème : la culture méditerranéenne. Après, la pellicule est partie avec Vittorio pour être développée. En rentrant, je me suis dit que c’était l’amorce d’une série avec Renoir, que les Cahiers du cinéma considéraient comme le plus grand cinéaste du monde. Renoir et Truffaut pour parler de cinéma, Renoir et Chabrol pour parler de bouffe, Renoir et Rivette, Renoir et Godard… C’était l’idée de grands entretiens, uniques. Sauf qu’on n’a jamais retrouvé le son de ce repas filmé. L’histoire de la cinéphilie, c’est celle-là. Des choses que l’on retrouve un an, dix ans, un siècle après qu’on les a tournées.


http://www.liberation.fr/culture/cinema/331207.FR.php
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Société
Fillon a signé le décret d'extradition de Marina Petrella
L'ancienne membre des Brigades rouges italiennes est actuellement détenue en France, où elle vit depuis 15 ans. Son avocate a déposé un recours devant le Conseil d'Etat.
AFP
LIBERATION.FR : mardi 10 juin 2008
Le gouvernement français a signé le décret d'extradition de l'ex-brigadiste italienne Marina Petrella, actuellement écrouée en France et condamnée en Italie à la réclusion criminelle, a-t-on appris lundi auprès des services du Premier ministre.
Le décret a été signé par le Premier ministre François Fillon et notifié lundi à Marina Petrella, a-t-on précisé au ministère de la Justice.

Marina Petrella peut être remise aux autorités italiennes dès maintenant mais elle dispose d'un mois pour déposer un recours contre ce décret devant le Conseil d'Etat, a indiqué une source judiciaire.

Juridiquement, ce recours n'est pas suspensif mais il est d'usage que la France n'extrade pas tant que le recours n'a pas été examiné, selon cette même source judiciaire. Cet examen peut prendre plusieurs mois.

L'avocate de Marina Petrella, Me Irène Terrel, a annoncé qu'elle avait déposé dès lundi un recours devant le Conseil d'Etat.

"Je considère que cette décision est absolument inacceptable. D'abord au regard de l'asile accordé à Marina Petrella depuis 15 ans en toute connaissance de cause et aussi au regard de son état de santé", a-t-elle indiqué à l'AFP.

D'après l'avocate, "tous les médecins qui l'ont vue affirment qu'elle est dans un état psychique profondément dégradé et parlent d'+épisode suicidaire majeur+".

Marina Petrella a passé "50 jours en hôpital psychiatrique à Villejuif" entre le 11 avril et le 30 mai. "Elle a été hospitalisée en chambre d'isolement à la demande des médecins de la prison de Fresnes" où elle avait été incarcérée sous écrou extraditionnel, a précisé l'avocate.

Elle a dénoncé la "brusque réincarcération" de sa cliente à Fresnes le 30 mai "dans un état encore plus dégradé que celui qui avait valu son internement le 11 avril".

Elle a demandé au gouvernement français l'application de "la clause humanitaire" prévue dans la convention d'extradition franco-italienne de 1957, qui permet de ne pas extrader une personne si cela entraîne des conséquences d'une "gravité exceptionnelle" pour sa santé.

Pour Me Terrel, le sort réservé à Marina Petrella relève d'un "traitement inhumain et dégradant". "La France se déshonore de cette situation", a-t-elle affirmé.

La cour d'appel de Versailles s'était prononcée en décembre en faveur de l'extradition, demandée par l'Italie, de Marina Petrella, ancienne brigadiste arrêtée en août 2007 à Argenteuil (Val-d'Oise). Son avocate avait alors annoncé qu'elle allait se pourvoir en cassation.

Marina Petrella a été condamnée en Italie en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué un commissaire de police et grièvement blessé son chauffeur, à Rome en 1981, ainsi que pour séquestration d'un magistrat, vol avec arme et attentats.

Ancienne membre des Brigades rouges, Marina Petrella, 53 ans, faisait partie des douze anciens militants d'extrême gauche condamnés pour crimes de sang en Italie, dont Rome avait demandé l'extradition à la France en octobre 2006 et parmi lesquels figurait Cesare Battisti, arrêté le 18 mars à Rio de Janeiro (Brésil).

Elle vivait en France, à Argenteuil, et travaillait comme assistante sociale. Mariée à un Français avec qui elle a eu une fille, aujourd'hui âgée de dix ans, elle est aussi la mère d'une autre fille, née en prison en Italie en 1983.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/330988.FR.php
© Libération

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Reportage
Coup de torchon à la bananeraie
LE MONDE | 09.06.08 | 14h38 • Mis à jour le 09.06.08 | 14h38
NJOMBE PENJA (CAMEROUN) ENVOYÉ SPÉCIAL

asquette vissée sur un crâne luisant de sueur et pseudonyme de rigueur, Amédée Bessengue, 26 ans, dont sept comme ouvrier dans les bananeraies, admet juste que, ces jours-là, il a "grévé". Sur son propre emploi du temps pendant les émeutes, il reste flou. Mais il se souvient parfaitement de ce que les manifestants hurlaient : "Nous voulons que les Français nous paient bien. Nous sommes chez nous après tout, nous ne sommes pas des esclaves." Trois mois après le saccage des plantations, un graffiti demeure sur le mur d'un appentis : "Payer 100 000 francs (150 euros) au dernier ouvrier."

C'était à la fin du mois de février. Le Cameroun se révoltait, et avec lui la capitale de la banane, à 80 km à l'ouest du port de Douala. Pendant quatre jours de grève, de barricades et de pillages, Njombe Penja, nichée au coeur de collines verdoyantes, a vécu l'état de siège. Neuf de ses jeunes ont été tués par l'armée et, aujourd'hui, la ville est toujours en état de choc. Les bouches restent fermées, les regards fuyants, les rendez-vous discrets, de peur d'être "indexé" - dénoncé aux gendarmes.

Le maire, Paul-Eric Kingue, est en prison depuis le 29 février. Il a été suspendu de ses fonctions. Officiellement, il est accusé d'avoir incité des jeunes à la révolte et d'être l'auteur de malversations financières. Mais la majorité de la population n'y croit guère. Ce Paul-Eric est un homme courageux. Il s'était scandalisé des salaires pratiqués par les sociétés exploitant les bananeraies - 25 000 francs CFA (37,50 euros) par mois. Il avait dénoncé les privilèges fiscaux et les exonérations de taxes dont bénéficient ces entreprises, toutes dirigées par des Français. Bref, il défendait ce que les Camerounais nomment "le bas peuple".

Aucun doute, pour la population : ce sont ces compagnies qui ont obtenu l'éviction du maire. Depuis sa prison, ce pilier du parti présidentiel, ultradominant, a envoyé une lettre ouverte au chef de l'Etat, Paul Biya, pour justifier sa croisade. Il y décrit "le paradoxe déconcertant" de Njombe Penja, "une zone très riche avec des populations très pauvres".

Abasourdis par la répression, les jeunes n'avouent pas d'emblée qu'ils ont participé aux émeutes. Quant aux Français qui dirigent les exploitations de bananes, ils hésitent avant d'admettre l'évidence : les entreprises qu'ils dirigent ont été prises pour cibles.

Violences contre le patron, l'"exploiteur" ? Le Français ? Le Blanc ? Difficile de faire la part des strates du ressentiment. "Les émeutes n'étaient pas sciemment dirigées contre des sociétés françaises. Les gens ont fait éclater leurs frustrations, ils s'en sont pris à ce qu'ils avaient sous la main, ils voulaient punir le gouvernement de Yaoundé", assure Pierre Moulima, directeur des ressources humaines de SPM (Société des Plantations de Mbanga). Mais il admet aussitôt : "On nous traite constamment de "Français colonialistes", on nous accuse de prendre les terres et de réduire en esclavage la main-d'oeuvre camerounaise." Puis tempère : "Les gens qui soutiennent cela ne sont pas éduqués."

Dans son bureau climatisé dont les vitres et le matériel informatique ont dû être entièrement renouvelés après les émeutes, Christophe Bresse, français, directeur des plantations de SPM, feuillette l'album où ont été classées les photos du ravage. Véhicules et engins agricoles incendiés, pompes d'irrigation saccagées, magasins de stockage pillés : "C'était très chaud. Ils voulaient faire mal à l'outil de production, et le pillage a été systématique. Nous avons été ciblés. Mais ils se sont tiré une balle dans le pied, car qui investit ici ?"

A quelques kilomètres de là, la société bananière PHP, filiale de la Compagnie fruitière (détenue à 37 % par le géant américain Dole), la plus importante et la plus redoutée de la région, les Brasseries du Cameroun et l'usine d'eau minérale Tangui, toutes à direction française, ont subi un sort comparable. Leurs cadres et leurs familles, une vingtaine au total, ont été évacués par avion vers Douala le deuxième jour des violences.

Au préjudice matériel, estimé à 1,2 milliard de francs CFA (1,8 million d'euros) par SPM, s'est ajoutée la destruction de plusieurs hectares de bananiers, déchiquetés à la machette, l'instrument de travail usuel, par des centaines de jeunes. Des "chômeurs pilleurs" qui se sont enfuis avec des régimes de bananes, selon les dirigeants, qui admettent cependant que quelques-uns de leurs propres salariés ont pu prendre part à la razzia.

"La plupart de nos ouvriers ont défendu les installations. Dans le merdier où ils se trouvent, ils sont bien contents de percevoir régulièrement un salaire dérisoire", lance Joseph Fochivé, qui compare le maire incarcéré à un "chef de gang". En ville ou dans les plantations, le passage du 4 × 4 de ce spécialiste du bananier, responsable de la production, déclenche des réflexes de crainte. Chacun sait que son père, Jean, a été le redouté directeur des services de renseignement camerounais sous les présidents Ahidjo, puis Biya. "Son père faisait peur, pas lui : pendant les événements, il était cloîtré chez lui comme tout le monde", modère Guillaume Ranson, directeur général adjoint de SPM.

A perte de vue, sur des kilomètres, des rangées de bananiers montent à l'assaut des collines, parsemées de taches bleues : les sacs en plastique qui protègent les régimes des insectes et accélèrent leur mûrissement. Les plantations, l'irrigation, la croissance des arbres, l'éclosion des fleurs, le développement de fruits calibrés pour l'exportation vers l'Union européenne exigent des soins constants et minutieux assurés par des milliers d'ouvriers : 2 000 chez SPM, 6 000 pour PHP.

"Le salaire n'est pas bon, confirme Elysée Mbelle, un autre jeune planteur. Ce n'est pas normal que ce soit la famine ici alors que nous faisons manger les Français." Depuis les émeutes, les salaires ont d'ailleurs reçu un net coup de pouce, le salaire minimum passant à 31 000 francs CFA (46,50 euros) sans les primes, qui le portent à 45 000 francs CFA (67,50 euros), selon la direction de SPM.

D'autres témoignages attribuent la hargne qui s'est manifestée à la frustration à l'égard d'une production presque entièrement exportée. "Beaucoup d'employés se font virer parce qu'ils volent des bananes. La direction ne t'en donne pas. Seuls les rebuts sont vendus sur les marchés. Ces gens-là ont voulu se venger." Les conditions de travail (douze heures payées huit selon certains), la rémunération à la tâche, sans considération du temps passé, et la discipline de fer alimentent les frustrations. "Si tu demandes une pause à cause de la chaleur, le chef te dit : "Ou tu y retournes, ou je t'inscris en refus de travail"", rapporte un intérimaire. Parfaitement informé de cette situation, l'archevêque de Douala, Mgr Christian Tumi, qui n'a jamais ménagé les autorités, résume sobrement : "A Njombe Penja, les droits fondamentaux des gens ne sont pas respectés."

Selon l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT-Littoral), l'accaparement de terres cédées ou louées par les paysans locaux aux sociétés bananières pour une somme non revalorisée depuis des décennies alourdit encore le contentieux. "Mon père a vendu sa terre dans les années 1970 contre la promesse que ses enfants seraient salariés à vie au lieu d'être à leur compte. Il le regrette, car il constate que la pauvreté n'a pas reculé", témoigne un fils du pays. En outre, des intoxications alimentaires seraient liées à l'épandage aérien de produits phytosanitaires. Stigmatisant "la maltraitance que vit la population de Njombe Penja depuis des années", l'ACAT dénonce "la connivence des investisseurs français, peu soucieux du bien-être des Camerounais".

A l'entrée de chaque allée des plantations, se détachent de petites pancartes. Elles sont frappées du drapeau étoilé de l'Union européenne. Les sociétés bananières, notamment celles opérant à Njombe Penja, perçoivent en effet des subventions au titre de l'"appui à la filière banane", dont le Cameroun exporte 300 000 tonnes par an. Entre 2001 et 2005, 24 millions d'euros leur ont ainsi été versés "dans le cadre de la politique de développement économique et de lutte contre la pauvreté", précise-t-on à la représentation de l'Union européenne à Yaoundé. Les certifications Iso et Globalgap ont été décernées aux mêmes compagnies. La première couronne leur "management environnemental", la seconde leur "bonne pratique agricole".

Un dirigeant bananier certifie qu'il paie "tous ses impôts". Mais il admet que sa société bénéficie, outre les subventions de l'UE, d'une exonération de patente de la part des autorités camerounaises au titre d'une activité en zone "socialement sensible". Cet impôt est pourtant censé revenir à des communes extrêmement pauvres. Mais le système fiscal camerounais, gangrené par la corruption, n'a rien de transparent.

"Les sociétés ne payaient pas d'impôts ni de taxes depuis trente ans", affirme pour sa part le maire, M. Kingue. En septembre 2007, il a dénoncé cette situation auprès du premier ministre et a obtenu un redressement fiscal. Peu après, les patrons visés "ont menacé de me faire assassiner ou emprisonner", écrit-il depuis sa cellule. Offusqué, l'un des intéressés allègue des dons directement versés à la commune par sa société, fustige les "exigences d'argent" du maire et balaie l'accusation : "Pur folklore camerounais !"

Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 10.06.08


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Reportage
Coup de torchon à la bananeraie
LE MONDE | 09.06.08 | 14h38 • Mis à jour le 09.06.08 | 14h38
NJOMBE PENJA (CAMEROUN) ENVOYÉ SPÉCIAL

asquette vissée sur un crâne luisant de sueur et pseudonyme de rigueur, Amédée Bessengue, 26 ans, dont sept comme ouvrier dans les bananeraies, admet juste que, ces jours-là, il a "grévé". Sur son propre emploi du temps pendant les émeutes, il reste flou. Mais il se souvient parfaitement de ce que les manifestants hurlaient : "Nous voulons que les Français nous paient bien. Nous sommes chez nous après tout, nous ne sommes pas des esclaves." Trois mois après le saccage des plantations, un graffiti demeure sur le mur d'un appentis : "Payer 100 000 francs (150 euros) au dernier ouvrier."

C'était à la fin du mois de février. Le Cameroun se révoltait, et avec lui la capitale de la banane, à 80 km à l'ouest du port de Douala. Pendant quatre jours de grève, de barricades et de pillages, Njombe Penja, nichée au coeur de collines verdoyantes, a vécu l'état de siège. Neuf de ses jeunes ont été tués par l'armée et, aujourd'hui, la ville est toujours en état de choc. Les bouches restent fermées, les regards fuyants, les rendez-vous discrets, de peur d'être "indexé" - dénoncé aux gendarmes.

Le maire, Paul-Eric Kingue, est en prison depuis le 29 février. Il a été suspendu de ses fonctions. Officiellement, il est accusé d'avoir incité des jeunes à la révolte et d'être l'auteur de malversations financières. Mais la majorité de la population n'y croit guère. Ce Paul-Eric est un homme courageux. Il s'était scandalisé des salaires pratiqués par les sociétés exploitant les bananeraies - 25 000 francs CFA (37,50 euros) par mois. Il avait dénoncé les privilèges fiscaux et les exonérations de taxes dont bénéficient ces entreprises, toutes dirigées par des Français. Bref, il défendait ce que les Camerounais nomment "le bas peuple".

Aucun doute, pour la population : ce sont ces compagnies qui ont obtenu l'éviction du maire. Depuis sa prison, ce pilier du parti présidentiel, ultradominant, a envoyé une lettre ouverte au chef de l'Etat, Paul Biya, pour justifier sa croisade. Il y décrit "le paradoxe déconcertant" de Njombe Penja, "une zone très riche avec des populations très pauvres".

Abasourdis par la répression, les jeunes n'avouent pas d'emblée qu'ils ont participé aux émeutes. Quant aux Français qui dirigent les exploitations de bananes, ils hésitent avant d'admettre l'évidence : les entreprises qu'ils dirigent ont été prises pour cibles.

Violences contre le patron, l'"exploiteur" ? Le Français ? Le Blanc ? Difficile de faire la part des strates du ressentiment. "Les émeutes n'étaient pas sciemment dirigées contre des sociétés françaises. Les gens ont fait éclater leurs frustrations, ils s'en sont pris à ce qu'ils avaient sous la main, ils voulaient punir le gouvernement de Yaoundé", assure Pierre Moulima, directeur des ressources humaines de SPM (Société des Plantations de Mbanga). Mais il admet aussitôt : "On nous traite constamment de "Français colonialistes", on nous accuse de prendre les terres et de réduire en esclavage la main-d'oeuvre camerounaise." Puis tempère : "Les gens qui soutiennent cela ne sont pas éduqués."

Dans son bureau climatisé dont les vitres et le matériel informatique ont dû être entièrement renouvelés après les émeutes, Christophe Bresse, français, directeur des plantations de SPM, feuillette l'album où ont été classées les photos du ravage. Véhicules et engins agricoles incendiés, pompes d'irrigation saccagées, magasins de stockage pillés : "C'était très chaud. Ils voulaient faire mal à l'outil de production, et le pillage a été systématique. Nous avons été ciblés. Mais ils se sont tiré une balle dans le pied, car qui investit ici ?"

A quelques kilomètres de là, la société bananière PHP, filiale de la Compagnie fruitière (détenue à 37 % par le géant américain Dole), la plus importante et la plus redoutée de la région, les Brasseries du Cameroun et l'usine d'eau minérale Tangui, toutes à direction française, ont subi un sort comparable. Leurs cadres et leurs familles, une vingtaine au total, ont été évacués par avion vers Douala le deuxième jour des violences.

Au préjudice matériel, estimé à 1,2 milliard de francs CFA (1,8 million d'euros) par SPM, s'est ajoutée la destruction de plusieurs hectares de bananiers, déchiquetés à la machette, l'instrument de travail usuel, par des centaines de jeunes. Des "chômeurs pilleurs" qui se sont enfuis avec des régimes de bananes, selon les dirigeants, qui admettent cependant que quelques-uns de leurs propres salariés ont pu prendre part à la razzia.

"La plupart de nos ouvriers ont défendu les installations. Dans le merdier où ils se trouvent, ils sont bien contents de percevoir régulièrement un salaire dérisoire", lance Joseph Fochivé, qui compare le maire incarcéré à un "chef de gang". En ville ou dans les plantations, le passage du 4 × 4 de ce spécialiste du bananier, responsable de la production, déclenche des réflexes de crainte. Chacun sait que son père, Jean, a été le redouté directeur des services de renseignement camerounais sous les présidents Ahidjo, puis Biya. "Son père faisait peur, pas lui : pendant les événements, il était cloîtré chez lui comme tout le monde", modère Guillaume Ranson, directeur général adjoint de SPM.

A perte de vue, sur des kilomètres, des rangées de bananiers montent à l'assaut des collines, parsemées de taches bleues : les sacs en plastique qui protègent les régimes des insectes et accélèrent leur mûrissement. Les plantations, l'irrigation, la croissance des arbres, l'éclosion des fleurs, le développement de fruits calibrés pour l'exportation vers l'Union européenne exigent des soins constants et minutieux assurés par des milliers d'ouvriers : 2 000 chez SPM, 6 000 pour PHP.

"Le salaire n'est pas bon, confirme Elysée Mbelle, un autre jeune planteur. Ce n'est pas normal que ce soit la famine ici alors que nous faisons manger les Français." Depuis les émeutes, les salaires ont d'ailleurs reçu un net coup de pouce, le salaire minimum passant à 31 000 francs CFA (46,50 euros) sans les primes, qui le portent à 45 000 francs CFA (67,50 euros), selon la direction de SPM.

D'autres témoignages attribuent la hargne qui s'est manifestée à la frustration à l'égard d'une production presque entièrement exportée. "Beaucoup d'employés se font virer parce qu'ils volent des bananes. La direction ne t'en donne pas. Seuls les rebuts sont vendus sur les marchés. Ces gens-là ont voulu se venger." Les conditions de travail (douze heures payées huit selon certains), la rémunération à la tâche, sans considération du temps passé, et la discipline de fer alimentent les frustrations. "Si tu demandes une pause à cause de la chaleur, le chef te dit : "Ou tu y retournes, ou je t'inscris en refus de travail"", rapporte un intérimaire. Parfaitement informé de cette situation, l'archevêque de Douala, Mgr Christian Tumi, qui n'a jamais ménagé les autorités, résume sobrement : "A Njombe Penja, les droits fondamentaux des gens ne sont pas respectés."

Selon l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT-Littoral), l'accaparement de terres cédées ou louées par les paysans locaux aux sociétés bananières pour une somme non revalorisée depuis des décennies alourdit encore le contentieux. "Mon père a vendu sa terre dans les années 1970 contre la promesse que ses enfants seraient salariés à vie au lieu d'être à leur compte. Il le regrette, car il constate que la pauvreté n'a pas reculé", témoigne un fils du pays. En outre, des intoxications alimentaires seraient liées à l'épandage aérien de produits phytosanitaires. Stigmatisant "la maltraitance que vit la population de Njombe Penja depuis des années", l'ACAT dénonce "la connivence des investisseurs français, peu soucieux du bien-être des Camerounais".

A l'entrée de chaque allée des plantations, se détachent de petites pancartes. Elles sont frappées du drapeau étoilé de l'Union européenne. Les sociétés bananières, notamment celles opérant à Njombe Penja, perçoivent en effet des subventions au titre de l'"appui à la filière banane", dont le Cameroun exporte 300 000 tonnes par an. Entre 2001 et 2005, 24 millions d'euros leur ont ainsi été versés "dans le cadre de la politique de développement économique et de lutte contre la pauvreté", précise-t-on à la représentation de l'Union européenne à Yaoundé. Les certifications Iso et Globalgap ont été décernées aux mêmes compagnies. La première couronne leur "management environnemental", la seconde leur "bonne pratique agricole".

Un dirigeant bananier certifie qu'il paie "tous ses impôts". Mais il admet que sa société bénéficie, outre les subventions de l'UE, d'une exonération de patente de la part des autorités camerounaises au titre d'une activité en zone "socialement sensible". Cet impôt est pourtant censé revenir à des communes extrêmement pauvres. Mais le système fiscal camerounais, gangrené par la corruption, n'a rien de transparent.

"Les sociétés ne payaient pas d'impôts ni de taxes depuis trente ans", affirme pour sa part le maire, M. Kingue. En septembre 2007, il a dénoncé cette situation auprès du premier ministre et a obtenu un redressement fiscal. Peu après, les patrons visés "ont menacé de me faire assassiner ou emprisonner", écrit-il depuis sa cellule. Offusqué, l'un des intéressés allègue des dons directement versés à la commune par sa société, fustige les "exigences d'argent" du maire et balaie l'accusation : "Pur folklore camerounais !"

Philippe Bernard
Article paru dans l'édition du 10.06.08


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Grand Angle
De Saint-Simon à la République
Pierre Rosanvallon, en fermant la fondation Saint-Simon, a pris acte de l'échec du rapprochement de la gauche et du centre droit pour revenir vers la critique sociale. Histoire d'un parcours intellectuel.
Par Eric AESCHIMANN, Pascal RICHE
QUOTIDIEN : Lundi 18 septembre 2006 - 06:00
Au milieu des années 90, Pierre Rosanvallon a compris que quelque chose ne tournait plus très rond au royaume du «modernisme de gauche». Jean-Marie Messier, futur ex-«maître du monde», était venu frapper à la porte de la fondation Saint-Simon : «Puis-je faire partie du club ?» Saint-Simon, c'était le salon chic des intellectuels antitotalitaires et des patrons sociaux, le trait d'union entre les rocardiens et le centre droit, la machine à tisser du consensus. Rosanvallon l'avait créé en 1982 avec l'historien François Furet, le chef d'entreprise Roger Fauroux et l'essayiste Alain Minc. Mais pour cet ancien de la CFDT, très attaché à la question sociale, voir qu'un balladurien comme Messier souhaite en devenir membre est un révélateur. Sa créature était en train de lui échapper. Quelques années plus tard, en 1999, autoritairement, il a décidé de mettre la clé sous la porte.
Messier, Minc, fondation Saint-Simon : les étoiles d'hier ont pâli, se sont éteintes. Pierre Rosanvallon, 58 ans, lui, est toujours là, avec sa silhouette confortable, son visage posé, son propos structuré. Mais il a rompu avec une partie de son passé. En 2001, au terme d'une intense campagne, il a été élu professeur au Collège de France, stade ultime d'une carrière universitaire entamée par la petite porte : en 1970, tout juste diplômé d'HEC, il avait choisi de devenir conseiller économique de la CFDT. Désormais, le voilà rue d'Ulm, dans l'annexe neuve du Collège de France. Après une éclipse où il a été absorbé par ses travaux, il a replongé doucement dans le débat public, en fondant la République des idées. Un «atelier intellectuel» plus qu'un réseau mondain. Les travaux, qui font l'objet d'une collection de petits livres, ont connu un retentissement inespéré . Ségolène Royal elle-même s'y abreuve.
En mai, la République des idées a organisé un grand colloque à Grenoble, dont Pierre Bourdieu, symbole de tout ce que Saint-Simon détestait, n'aurait pas renié le titre : «La nouvelle critique sociale». Ce mois-ci, Pierre Rosanvallon publie la Contre-Démocratie, un essai sur les formes non institutionnelles de la démocratie. «Une façon de dire que, contrairement à ce que dit la pensée libérale, il n'y a pas lieu de se défier du mouvement social», résume un proche. Désormais solidement implanté dans le monde savant, à l'écoute de la société, Pierre Rosanvallon ne veut plus entendre parler de l'élite énarco-entrepreneuriale qu'il fréquentait jadis. Par touches, sans le crier sur les toits, il prend acte de l'échec du projet qui consistait à moderniser la gauche en la frottant aux grands patrons. «On est allé trop loin. La culture de gouvernement est devenue la culture de gestion.»
Quatre familles de pensée
Le côté «club snob» ne doit pas faire illusion : Saint-Simon a marqué un moment important dans l'histoire des idées en France. Lorsque la fondation est créée, après l'alternance de 1981, l'enjeu est de convertir la «première gauche» à l'économie de marché. De l'ouvrir à la société civile. De jeter des passerelles entre des élites qui se méprisaient mutuellement, patronat, université, haute fonction publique. De contrer l'influence d'un Parti communiste déjà en déclin. En somme, d'en finir avec «la machine égalitaire» (Alain Minc), «la passion révolutionnaire» (François Furet). Quatre familles de pensée s'associent : la deuxième gauche (CFDT, rocardiens) ; des hauts fonctionnaires qui aspirent à la modernisation de l'Etat (François Bloch-Lainé, Simon Nora) ; une poignée de patrons humanistes qui se sentaient «investis d'une mission d'intérêt général» (Antoine Riboud) ; et enfin, les intellectuels «antitotalitaires», qui, depuis les années 60, ferraillaient contre le communisme et le marxisme et dont le chef de file était François Furet ­ lui-même un ancien du PCF.
Au début, chacun y a trouvé son compte. La chute du mur de Berlin vient confirmer les intellectuels antitotalitaires dans leur conviction ­ leur «illusion», dit Olivier Mongin, le directeur de la revue Esprit ­ que «l'ouverture du marché est un accoucheur de démocratie» et que «le capitalisme est régulable». Les jeunes énarques, futures élites de la nation, se bousculent à la porte de Saint-Simon. «J'ai vu défiler les plus brillants d'entre eux», raconte Pierre Rosanvallon, qui les incite à publier des «notes» pour la fondation. Pour le seconder, il fait appel à Denis Olivennes, jeune et talentueux normalien-énarque. Tout ce beau monde dissèque et critique l'Etat-providence, et Pierre Rosanvallon, qui en a théorisé la crise dès 1981, est dans son élément. En décembre 1995, proche de Nicole Notat et allergique à la rhétorique des avantages acquis, il signe la pétition de soutien au plan Juppé lancée par la revue Esprit .
«Mais pendant ce temps le capitalisme connaissait des mutations radicales. Saint-Simon ne les a pas vus venir», ajoute Olivier Mongin. Les premiers craquements ont eu lieu quelques mois plus tôt, avec la campagne pour l'élection présidentielle de 1995. Saint-Simon est au sommet de sa gloire ­ et à la veille de sa chute. Entre les tenants de l'orthodoxie européenne et les partisans d'une «autre politique», la guerre fait rage. La fondation fait figure de QG de la pensée unique, de laboratoire caché des réformes à venir. Lors des déjeuners avec les candidats, Lionel Jospin est écouté avec dédain, Jacques Chirac brocardé, Balladur applaudi. Faiseurs de roi ? Des agents du KGB viennent roder dans les couloirs des locaux cosys, rue du Cherche-Midi, à la recherche d'on ne sait quels plans secrets. «Des cabinets de consultants se faisaient payer pour dire aux PDG comment être admis à la fondation», sourit Pierre Rosanvallon.
Un tremplin de luxe
A l'époque, tout cela ne le fait pas tellement rire. Il est déçu par la jeunesse dorée qui sort de l'ENA et qui, tournant le dos à l'intérêt général, se sert de Saint-Simon comme tremplin de luxe. «La génération des hauts fonctionnaires réformateurs et keynésiens s'est décomposée. La suivante n'a d'autres ambitions que d'aller dans le privé», déplore-t-il, en citant Denis Olivennes, qui a rejoint Air France, puis Canal + et dirige aujourd'hui la Fnac (groupe Pinault). Il ne voit qu'une seule exception à cette évolution : Martin Hirsch, un conseiller d'Etat, aujourd'hui président d'Emmaüs France. Daniel Cohen, économiste qui accompagne Pierre Rosanvallon depuis une décennie, pointe un autre facteur de désagrégation, l'évolution de la sociologie patronale : «Dans les années 90, des patrons différents sont apparus dans le paysage: Bébéar, Pinault, Arnault, des rock-stars.»
Pierre Rosanvallon s'est vite méfié du dévoiement de l'idée de modernisation. En 1988, dans la République du centre, dont le titre est un bon résumé de l'état d'esprit de l'époque, François Furet se réjouissait que «l'idée de gauche, l'idée de socialisme, l'idée de République, ont dépéri en même temps». Rosanvallon, lui, déplorait au contraire que la «"centrisation" de la vie politique s'appuie sur une sorte de consécration de l'impuissance». Plus tard, à Saint-Simon, il a envoyé quelques signaux, pour «marquer [sa] désapprobation». Il a ouvert ses «notes» au démographe antimaastrichtien Emmanuel Todd ou au sociologue formé par Bourdieu Robert Castel. Il a piloté le Nouvel Age des inégalités, qui amorçait la description des nouvelles conditions de vie des salariés. Mais sa contestation est restée passive. Jamais il n'a demandé à ses puissants amis de Saint-Simon : sommes-nous allés trop loin ?
«L'antitotalitarisme ne peut plus jouer le rôle moteur qui a été le sien au milieu des années 70», écrivait-il également dans la République du centre. Là se trouve probablement le noeud de l'histoire de Pierre Rosanvallon et, à travers lui, de la deuxième gauche. Réinvestir la question sociale, prendre au sérieux les thématiques portées par le mouvement social, ne pas y voir forcément un piège gauchiste, c'est déjà rompre la digue de protection que François Furet et d'autres avaient voulu dresser contre tout ce qui rappelait de près ou de loin l'utopie marxiste. Dans son ultime article dans la revue le Débat, écrit quelques jours avant sa mort à l'été 1997, François Furet s'indignait avec véhémence du fait que, malgré la chute de l'URSS, la gauche française n'ait pas renoncé à son vieux rêve : «séparer démocratie et capitalisme». Comme si la critique du libéralisme relevait forcément du réflexe stalinien.
Un travail d'enquête sociale
Il a fallu du temps à Pierre Rosanvallon pour revenir à sa famille d'origine, la gauche syndicale réformiste. Du temps aussi pour se démarquer de François Furet, son maître, qui, dès le premier jour, lui avait fait confiance et l'avait encouragé dans la carrière universitaire. En fondant la République des idées, Pierre Rosanvallon s'est de facto éloigné des autres «furétistes». L'un des premiers ouvrages parus sous ce nouveau label est une charge contre les «nouveaux réactionnaires». Marcel Gauchet, le rédacteur en chef du Débat, lui aussi un protégé de Furet, y est nommément cité (1). Depuis, sur l'école, le rapport à la nation, la relation entre le politique et le social, la République des idées et le Débat divergent nettement. «Les tâches que nous voulons accomplir ne sont plus les mêmes», admet Rosanvallon. Au centre Raymond-Aron, où se retrouve toute la mouvance antitotalitaire, l'ambiance s'est rafraîchie.
Rosanvallon n'est pas devenu gauchiste. Il croit à la réforme, à la société civile, à l'Europe. Mais depuis quatre ans les petits livres de la République des idées ont mis au coeur du débat public des pans de la réalité sociale jusque-là ignorés : l'atomisation du salariat, la constitution de ghettos de riches, l'explosion des maladies professionnelles, notamment. Un travail d'enquête sociale qui, note-t-il en souriant, était autrefois l'apanage des sociologues d'extrême gauche... Les ventes assurent les deux tiers de son petit budget : 150 000 euros. Le reste vient du mécénat. Rétif à l'argent, Pierre Rosanvallon ne se plaint pas : «Nos travaux seraient-ils de meilleure qualité si nous disposions de plus de moyens ? Quand on voit la production des instituts dotés d'énormes budgets, j'en doute.» Son modèle, ce serait plutôt Marx et Engels. «Ils ont décrit la mise en place du capitalisme avec une étonnante prescience. Quand Engels écrit la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, en 1848, on dénombrait plus de domestiques que d'ouvriers en Angleterre. Mais il avait compris que la nouveauté était là.» En ce début de IIIe millénaire, un nouveau capitalisme s'est imposé, et, en plaisantant à peine, Rosanvallon confie son ambition pour la République des idées : écrire un nouveau Capital, «par petits morceaux».
(1) Le Rappel à l'ordre, par Daniel Lindenberg, la République des Idées-le Seuil.


http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/204978.FR.php
© Libération

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Week-End
Joseph Stiglitz: «Le mode de vie américain n'est pas tenable»
Joseph Stiglitz. Dernier livre paru: «Une guerre à 3000 milliards de dollars» (Fayard). Photo Reuters
Le prix Nobel d'économie revient sur le coût de la guerre en Irak et explique en quoi ce conflit a fait exploser le modèle de croissance américain, entraînant les crises planétaires que nous connaissons.
Recueilli par GRÉGOIRE BISEAU et FABRICE ROUSSELOT
QUOTIDIEN : samedi 7 juin 2008

Vous estimez le coût de la guerre en Irak à 3 000 milliards de dollars. L’administration Bush parle de 800 millions. D’où vient une telle différence ?

Elle provient de la façon dont vous faites l’addition. Nous prenons en compte des coûts qui sont «cachés» dans le budget du ministère de la Défense. Par exemple, du fait de l’impopularité de la guerre et parce que de nombreux soldats américains doivent aller en Irak même s’ils n’en ont pas envie, les salaires ont été augmentés pour tous les militaires. Le gouvernement ne prend en compte que les salaires des troupes présentes en Irak, alors que nous incluons la masse salariale globale des forces armées. Mais le plus important, ce sont les coûts futurs de cette guerre. Les 800 millions, nous les avons déjà dépensés. Le candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain, pense que la plupart des troupes américaines auront quitté l’Irak en 2013. Or, selon notre calcul, la guerre nous coûte 12,5 milliards par mois. Il faut aussi considérer le coût de la démobilisation et du rapatriement des soldats et des équipements, et l’argent qu’il nous faudra dépenser pour rebâtir des forces armées aussi performantes qu’avant l’intervention en Irak. Enfin, reste le coût lié au rapatriement des soldats blessés et handicapés.

Vous évoquez aussi les coûts sociaux ?

Il y a les coûts sociaux micro-économiques et macro-économiques. Premier exemple : lorsqu’un soldat fortement handicapé revient d’Irak, souvent, l’un des membres de sa famille est obligé d’arrêter de travailler pour l’aider. Il faut alors prendre en charge cette famille et lui assurer des aides financières. En terme macro économique, il est évident que la guerre en Irak a eu un effet négatif sur l’activité américaine.

Quelles sont les conséquences de la guerre sur l’économie américaine ?

Tout d’abord, la guerre a contribué à l’augmentation des prix du pétrole. Les prix ont grimpé bien au-dessus de 100 dollars le baril et les experts les plus prudents estiment que 5 à 10 dollars de la hausse lui sont imputables. En 2002, les marchés énergétiques avaient analysé l’évolution du prix du pétrole pour les dix ans à venir. Selon eux, la production suivrait l’accroissement de la demande et le prix du baril serait relativement stable. L’Irak a totalement changé l’équation, principalement du fait de l’instabilité qui a gagné le Proche- Orient. Et l’un des effets pervers fut que les producteurs de pétrole, qui ont perçu des revenus plus importants, ont décidé pour certains de ne pas accroître leur production. Ensuite, il faut considérer les faibles retours sur investissement de cette guerre. L’argent dépensé en Irak, quand on paye une entreprise de travaux publics népalaise par exemple, ne profite pas de la même façon à l’économie américaine que si l’on construisait une école ou un parc de jeux.

L’intervention en Irak a-t-elle joué un rôle dans la crise des subprimes…

Oui, tout à fait. Le Président Bush a déclaré que la guerre n’avait rien à faire avec les problèmes économiques, que les Américains avaient simplement construit et acheté trop de maisons. Mais il faut essayer de comprendre. Parce que l’économie américaine était plus faible, la FED (Réserve fédérale) a voulu créer plus de liquidités, elle a donc décidé de garder les taux d’intérêts à des niveaux très faibles tout en laissant se développer de nombreux produits de crédits, sans aucun contrôle. Cela a permis de maintenir l’activité à un certain niveau pendant un certain temps, et cela a préservé aussi la bulle immobilière. L’économie américaine avait des problèmes et la guerre en Irak les a aggravés. Les économistes ont cru que nous étions entrés dans une nouvelle ère. La hausse du pétrole semblait ne pas affecter autant que cela l’économie, pas comme elle le faisait depuis les années 70. Mais en fait, c’est parce que l’on supportait à bout de bras cette même économie que l’effet était moindre. En un an, en 2006, plus de 900 millions de dollars ont été consacrés aux remboursements d’emprunt. C’est énorme dans une économie qui pèse 13 trillions de dollars. Le problème est que nous sommes au bord de la récession et que notre marge de manœuvre est considérablement réduite. En 2008, le déficit américain sera vraisemblablement de 500 milliards de dollars : nous n’avons plus les moyens de stimuler l’économie.

Les dépenses consacrées à l’industrie de la défense peuvent-elles avoir des effets positifs sur l’économie en matière de retombées technologiques ?

Bien sûr, certains secteurs en ont bénéficié. Mais dans sa globalité, l’argent dépensé pour la guerre n’accroît pas la productivité future des Etats-Unis. Pas de la même façon que si l’on avait investi dans les infrastructures ou la recherche. On note des bénéfices ponctuels et marginaux, dans les industries spécialisées pour les prothèses, à cause des blessés. Mais c’est sans comparaison avec les bénéfices que l’on aurait pu retirer si l’argent avait été investi dans l’amélioration de l’état de l’économie.

Peut-on parler de récession ?

Officiellement, l’économie fait face à un fort ralentissement. La crise des subprimes n’est pas terminée. Dans de nombreux cas aux Etats Unis, la valeur de l’emprunt immobilier dépasse celle de la maison. Ceux qui ne peuvent plus payer leurs emprunts sont souvent confrontés au chômage. Les gens se voient proposer des formules de crédit qui aggravent leur situation et prolongent leur endettement. On leur suggère de payer moins les trois premières années, en faisant le calcul que leur maison va prendre de la valeur et qu’ils pourront rembourser plus tard ou revendre leur bien. Seul problème : l’immobilier est en chute et tous ces montages s’écroulent. Tout cela était un leurre. De plus en plus d’emprunts s’effondrent forçant les gens à quitter leurs maisons. Et ça va continuer. Le gouvernement veut que les Américains aient confiance en leur économie. Il parle d’une situation de l’emploi stable, de croissance à 0,6 % du PIB. Mais on constate deux choses: la consommation, qui soutient la croissance, tient beaucoup à l’écoulement de stocks qui n’étaient pas vendus. Les ventes commerciales sont dans le rouge. Côté emploi, l’offre n’a pas progressé depuis six mois, il y a même moins d’heures de travail sur le marché. Un signe clair que l’économie est malade.

La crise des subprimes va-t-elle continuer à affecter l’économie européenne ?

Oui. De nombreuses banques européennes ont acheté des produits dérivés des subprimes et en subissent le contrecoup. De plus, si l’économie américaine continue à ralentir, l’une de ses rares forces restent les exportations, à cause de la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro. Tout cela n’est pas bon pour l’Europe.

On assiste à une flambée des prix du pétrole, des émeutes de la faim, une crise mondiale, des menaces de récession… Est-ce une juxtaposition de crises indépendantes ou une seule et même crise ?

Ces crises sont liées entre elles, mais elles ont leur propre dimension. La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprimes, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des bio carburants, résulte de la crise pétrolière. L’Inde a eu raison d’être très énervée lorsque George Bush avait montré du doigt les grandes économies émergentes comme responsables de la crise alimentaire mondiale. Or en matière d’agriculture, il n’y a eu aucune surprise : les Chinois ne se sont pas décidés à manger plus de céréales et de porc du jour au lendemain. La vraie surprise, l’événement totalement inattendu, c’est la guerre en Irak. Et comme le prix du pétrole a grimpé de façon soudaine et violente, les Etats-Unis ont augmenté les subventions à la production d’éthanol, entraînant la hausse des céréales…

A vous entendre, la guerre en Irak serait au commencement de toutes ces crises ?

Elle a en tout cas une grosse part de responsabilités. Peut-être que ces crises se seraient passées de toute façon, mais la guerre les a précipitées et les a amplifiées.

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de Nicolas Sarkozy à participer à sa commission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française ?

C’est une commission d’abord nationale, mais les problèmes dont on va parler sont globaux. En clair : comment mesurer les performances et le progrès social d’une économie. C’est très important car ce que vous mesurez dans les statistiques conditionne ce que vous faites en matière de politique économique. Par exemple, l’Argentine dans le milieu des années 90 donnait l’impression d’aller très très bien, notamment à travers la mesure de la croissance de son PIB. Mais cette croissance, basée sur la consommation, était financée par l’étranger et ne pouvait donc pas perdurer. D’où la crise qui a ensuite éclaté. Donc la mesure du PIB ne dit rien sur le caractère soutenable de la croissance. Et on pourrait dire aujourd’hui la même chose des Etats-Unis. L’ONU a développé un indicateur du développement humain, qui intègre ce que vous dépensez en matière d’éducation ou de santé… Et bien à l’aune de cette statistique, les Etats-unis se retrouvent la dixième économie mondiale.

Dans ce débat, la France présente-elle des spécificités ?

Je vois deux ou trois choses. D’abord, beaucoup de gens considèrent que le système de santé français, si vous le comparez à celui des Etats-Unis, est beaucoup plus performant. En terme de sécurité, de qualité et aussi d’accès aux soins, notamment pour les moins favorisés. Et cela est largement sous-évalué. Ensuite, c’est l’environnement. Les Français sont très sensibles aux questions écologiques, et le PIB n’intègre aucune trace de cela. Enfin, c’est la valeur que vous accordez aux loisirs. Dans une économie qui fonctionne bien, c’est très important qu’un chômeur qui veut travailler puisse trouver un travail rapidement. De même, un salarié qui souhaite passer plus de temps avec sa famille, doit pouvoir le faire. C’est le signe d’une société qui a choisi de profiter de la hausse de la productivité. Donc si vous mesurez le progrès social par des indicateurs économiques conventionnels, vous passez à côté de tout ça. Et la richesse que vous mesurez est bien moindre.

On est, là, très loin du modèle américain, pourtant beaucoup plus performant en terme de croissance…

Ce qui se passe aux Etats-Unis est contraire à ce qu’enseigne la théorie économique élémentaire. Selon elle, quand une économie devient plus productive, vous profitez normalement d’une augmentation du temps libre. Or, les Etats-Unis évoluent dans un sens opposé. Quelque chose ne fonctionne pas. Par ailleurs, le mode de consommation et de production américain, n’est absolument pas tenable en matiÃ