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Gérard Depardieu au service de l'adoption
CC/ Lee Kelso
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LIBERATION.FR : lundi 28 juillet 2008

Le comédien français Gérard Depardieu a trois enfants — Guillaume, Julie et Roxane —, et n'a pas du tout le projet d'adopter, mais cela ne va pas l'empêcher de s'investir totalement dans l'adoption, qui reste un sérieux problème en France. C'est lors du tournage de Michou d'Auber, dans lequel il interprétait un homme ne pouvant adopter un orphelin, que le comédien a été sensibilisé aux problèmes relatifs à l'adoption.

En effet, le comédien remarque qu'en France, si l'on ne fait pas partie du show-business et que l'on ne posséde pas un réseau adéquat, il est très difficile d'adopter un enfant.

Aussi, pour faciliter cette noble cause à tout un chacun, l'acteur sera aujourd'hui avec Rama Yade (Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'homme), afin de soutenir le plan de relance pour l'adoption internationale, nous apprend Le Parisien d'aujourd'hui. "Il n'a pas adopté lui-même et n'a aucun projet d'adoption. Il veut simplement mettre sa notoriété et son réseau au service du grand public", déclare-t-on au cabinet de la Secrétaire d'état.

Le quotidien nous apprend également que le comédien utilisera, par exemple, son carnet d'adresses, pour trouver des interlocuteurs capables de financer les Peace Corps (des groupes de volontaires chargés de faciliter les démarches dans les 74 pays où l'on peut adopter), afin de permettre aux 30 000 parents en attente, d'accélérer les démarches. "Il ne trouve pas normal qu'il faille avoir des relations pour voir un projet d'adoption aboutir dans un laps de temps décent. Il se propose de jouer ce rôle-là pour ceux qui ne font pas partie du monde du spectacle et accélérer leur dossier", poursuit-on au cabinet de Rama Yade.

Un espoir pour tous ceux qui n'ont pas la chance de voir leur demande aboutir aussi rapidement, par exemple, que Johnny et Laetitia Hallyday, qui vont très prochainement donner une petite soeur à leur fille, Jade.


http://www.liberation.fr/culture/tentations/next/341674.FR.php
© Libération

laurent joffrin

Rebonds
«Charlie Hebdo» : sanctionner l’antisémitisme
Laurent Joffrin
QUOTIDIEN : vendredi 25 juillet 2008

Directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val ne pouvait laisser passer sans réagir des écrits antisémites dans son propre journal. Tel est le fond de l’affaire qui agite depuis quelques jours les bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche «antisioniste».

On dit que les écrits de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont, de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus.

Charlie Hebdo est un journal libre, sympathique, notoirement connu pour ses prises de position antiracistes. Comment aurait-il pu se taire après avoir imprimé quelques insanités qui réveillent la vieille et funeste tradition de l’antisémitisme de gauche ? On connaît tout de même la chanson : «Les juifs, c’est l’argent, l’argent c’est le capitalisme, nous sommes contre le capitalisme attaquons les juifs !» Voir Proudhon, Guesde, Déat… Voir les débats à gauche au début de l’affaire Dreyfus («On ne va pas défendre un bourgeois!»)

S’agit-il d’un malentendu ? Dans ce cas, Siné pouvait le lever dès l’origine en corrigeant ses propos. S’il ne l’a pas fait c’est qu’il n’y a pas malentendu. Siné pense ce qu’il écrit, il le maintient. C’est son refus de tout correctif qui a créé l’affaire.

Publier, c’est choisir. Choisir de ne rien dire après avoir publié Siné, c’est choisir l’antisémitisme. On n’attend pas d’un journal qu’il soit le simple réceptacle des éructations plus ou moins bienvenues de tel ou tel folliculaire. On attend de lui qu’il respecte ses valeurs et ses lecteurs.

On dira que Charlie s’est mobilisé contre l’islamisme et que le journal ne peut, en conséquence, censurer des attaques symétriques contre les juifs. C’est introduire la confusion dans les esprits : attaquer une religion n’est pas attaquer une communauté. Réprouver l’intégrisme musulman et dénoncer le pouvoir supposé des juifs ce n’est pas la même chose. On est anti-intégriste dans le premier cas, raciste dans le second.

On choisit sa religion, on ne choisit pas son origine. L’islamisme est une religion devenue idéologie politique, soumise comme toutes les autres au feu de la critique et de la satire. Le fait d’être juif n’est pas un choix : attaquer les juifs en tant que juifs, comme le fait Siné, c’est la définition même du racisme.

On est un peu accablé d’avoir à rappeler ces principes élémentaires. C’est simplement parce que les pétitionnaires anti-Charlie les oublient.

Note de la rédaction:
Plusieurs lecteurs ont été choqués par l'emploi du mot «race» dans le texte. Ce mot est mal choisi. Communauté ou origine sont plus justes. Ces termes sont utilisés dans la version du texte en ligne sur notre site. LJ


http://www.liberation.fr/rebonds/341125.FR.php
© Libération

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Politiques
Kouchner: «La plus grande réforme dont le pays aurait besoin est peut-être celle du PS»
Bernard Kouchner (Reuters).
«Cela ferait plaisir à tout le monde. On pousserait un ouf de soulagement et peut-être pourrait-il faire des propositions. Là on est dans la négation perpétuelle, un peu immature», a aussi souligné le ministre des Affaires étrangères.

AFP
LIBERATION.FR : vendredi 25 juillet 2008
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, estime dans une interview à Sud Ouest publiée ce matin que la "plus grande réforme dont le pays aurait besoin c'est peut-être la réforme du parti socialiste".

Indiquant qu'il avait téléphoné à Jack Lang "aussitôt pour le féliciter de son courage et de sa lucidité" lors du vote sur la réforme des institutions, Bernard Kouchner affirme être "fier de travailler avec (le président Sarkozy) parce qu'il réforme le pays".

"La plus grande réforme dont le pays aurait besoin, c'est peut-être la réforme du parti socialiste, qui pourrait se mettre au diapason des autres partis frères en Europe" a-t-il poursuivi. "Cela ferait plaisir à tout le monde. On pousserait un ouf de soulagement et peut-être pourrait-il faire des propositions. Là on est dans la négation perpétuelle, un peu immature", a encore dit le ministre. Il a ajouté que "la moitié (des socialistes) sinon les trois quarts ne pensent pas ce qu'ils disent".

Quelques heures avant l'ouverture du sommet UE/Afrique du Sud à Bordeaux, le ministre a aussi estimé que l'Afrique du Sud "n'était pas un partenaire idéal" mais "un partenaire obligé, parce qu'elle est une grande démocratie surmontée en permanence par l'image d'un très grand homme, Nelson Mandela".

Evoquant le discours de Dakar du président Sarkozy, il l'a "jugé avec une certaine sévérité. Cela s'est passé dans des conditions telles que cela ne pouvait être accepté", a-t-il dit, reconnaissant que le président sud-africian Thabo Mbeki avait, lui, "envoyé une lettre très claire de soutien au président Sarkozy", à ce sujet.

Dans ce discours, à l'occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne, Nicolas Sarkozy avait suscité une vive émotion en évoquant notamment "le drame de l'Afrique, (qui est) que l'Homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire".


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/341194.FR.php
© Libération

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Daniel Buren, artiste
"Il n'y a plus d'artistes officiels. Les artistes ne représentent qu'eux-mêmes"
LE MONDE | 24.07.08 | 16h03 • Mis à jour le 24.07.08 | 16h03

é en 1938, Daniel Buren est devenu célèbre en 1986, tant à cause de la polémique entourant l'inauguration de ses fameuses colonnes du Palais-Royal que par l'attribution en même temps du Lion d'or de la Biennale d'art contemporain de Venise.

C'est l'un des rares artistes français - il est connu pour ses rayures noires mais son oeuvre va bien au-delà - à connaître une carrière internationale, couronnée en 2007 par le Praemium Imperiale, récompense japonaise considérée comme le prix Nobel des arts. Sa dernière exposition se tient à Albi, dans un centre d'art installé dans d'anciens moulins.

Que vous inspire ce lieu ?

Il est unique. Presque partout, il y a des grilles avec des vues très profondes sur le Tarn. L'eau est présente dans chacune des salles. Le bruit du fleuve résonne en permanence.

Tout est conçu de telle façon que, lorsque le Tarn déborde - cela arrive et c'est parfois très violent -, la flotte rentre là-dedans par milliers de mètres cubes, et puisse s'évacuer dès la fin de la crue par tous ces trous qui se trouvent dans les planchers. Donc l'eau est omniprésente.

Qu'est-ce qui a déterminé le projet ?

Il s'est imposé de lui-même. A partir de la partie haute du lieu, dans la première salle, j'ai installé une gouttière en polycarbonate, donc transparente, suspendue au plus haut possible sous le plafond. Une pompe puise l'eau du Tarn, à peu près 9 mètres plus bas. Elle circule ensuite dans la gouttière à travers tous les espaces de l'ancien moulin.

Il y a aussi trois panneaux de plexi coloré, jaune, rouge, bleu, devant les fenêtres, lessivés par de l'eau qui dégouline dessus, comme le faisaient autrefois les fleuristes pour rafraîchir leurs vitrines. Et la lumière passe au travers. Enfin, il y a ce que j'appelle la fontaine électrique, un prototype sur lequel je travaille depuis deux ans avec les Soieries Brochier, à Lyon.

Des soyeux ?

Les soyeux lyonnais se sont totalement renouvelés. Par exemple, ils réalisent les fuselages des avions de chasse, une partie des fusées Ariane, les têtes des ogives nucléaires ! Ils tissent aussi de la fibre optique, pas plus grosse qu'un cheveu. C'est ce procédé que j'ai utilisé : deux rouleaux de fibre optique tissée qui partent du plafond pour plonger dans le puits, et sous la chute d'eau qui est l'arrivée de ma gouttière. Et, quand on l'allume, le tissu même s'éclaire. C'est de l'électricité dans l'eau !

Quelle est l'importance des centres d'art comme celui d'Albi ?

Il faut se rappeler que la France était en Europe le pays le plus en retard sur le plan artistique il y a seulement vingt-cinq ans. Le seul qui n'avait quasiment aucun lieu pour l'art vivant en dehors de Paris. Le changement à partir des années 1980 a été extraordinaire. La province a commencé à revivre. Cela a non seulement changé le climat, mais aussi la production des oeuvres. Ce n'est pas un hasard si, une dizaine d'années plus tard, on a vu surgir en France une génération d'artistes de premier plan.

Que dire à ceux qui vous qualifient d'artiste officiel ?

La première fois que j'ai entendu cela, je suis resté sur les fesses : que je passe du statut de type inclassable à celui d'artiste officiel, il y a un saut d'autant plus curieux que c'étaient les mêmes, qui n'y comprenaient déjà rien, qui d'un seul coup ont trouvé cet argument.

L'artiste officiel a sans doute existé, mais n'existe plus. Je ne vois aucun artiste aujourd'hui en France sur le dos duquel on pourrait coller cette étiquette. Qui dit artiste officiel dit artiste représentant le pouvoir, quel qu'il soit. Les artistes aujourd'hui ne représentent qu'eux-mêmes.

J'ai été consacré Trésor vivant, il y a déjà une vingtaine d'années, par la Nouvelle-Zélande, je dois être devenu un artiste officiel dans ce pays aussi ?

On évoque aussi les connivences du milieu de l'art...

Ce qu'on sait quand on est dedans, c'est qu'il n'y a jamais aucune concertation. Tous se détestent franchement, n'ont qu'une envie, c'est de casser la gueule de celui d'à côté, de l'éliminer, de faire le contraire. Souvent ces critiques viennent d'artistes qui ne sont jamais invités par les institutions, sans jamais se demander, pour commencer, s'ils méritent de l'être.

Ne le méritent-ils pas ?

L'absence actuelle de jugement critique leur donne raison : le peintre de la place du Tertre peut légitimement se plaindre de n'être pas invité à la Biennale de Venise, puisqu'il a vu, dans des expositions labellisées art contemporain, des choses qui ressemblent à ce qu'il fait lui-même.

Aujourd'hui, on essaie de nous dire qu'un peintre comme Bernard Buffet est peut-être digne de figurer au même niveau qu'un Picasso ou qu'un Mondrian. On ne fait plus trop la différence entre Botero et Carl Andre ni entre David Hockney et Ellsworth Kelly. On amuse la galerie avec les uns et les autres, et c'est ça qui compte. Je n'échappe pas, bien entendu, à ce phénomène débilitant.

Certains prônent la disparition du ministère de la culture. Quel doit être le rôle de l'Etat ?

Même si le budget de la culture n'a que rarement atteint 1 % du budget de la nation, le rôle de l'Etat a été déterminant en France. Le réduire, je n'en vois pas le but, si ce n'est de dire "on s'en fout, tout ça doit disparaître, et les artistes n'ont qu'à se débrouiller entre eux". Pourquoi pas ?

Mais, depuis près de mille ans, l'Etat français a toujours soutenu la production culturelle. Peut-on penser sérieusement que, si cela disparaît d'un seul coup, elle va se faire toute seule ?

Et le privé ?

Quelle est la grande entreprise française qui pourrait tenir Beaubourg ? Il n'y aurait pas beaucoup de candidats ! Pas plus que pour un opéra. C'est encore plus un gouffre à fric que Beaubourg. Et il y a combien de villes en France qui ont un opéra ?

Les Etats-Unis sont pris comme modèle. Très bien. Mais je connais bien les musées américains et, croyez-moi, ça marche très mal. Les conservateurs de musée s'y plaignent du manque de liberté, du manque de possibilités, et en plus du manque d'argent.

Et les collectionneurs ?

Il y a longtemps, en discutant avec des copains artistes, on s'était rendu compte que la seule façon pour un nouveau riche de passer la barrière infranchissable de l'establishment, c'était d'y entrer par le biais du monde de l'art.

Celui qui donnait dix oeuvres au Musée d'art moderne de New York pouvait dîner à côté de Rockefeller. Comment se fait-il que les arts visuels aient cette puissance ? Qu'est-ce que cela signifie, pour nous, les artistes ?

Daniel Buren, "A contre-courant, travaux in situ et en mouvement". Moulins albigeois, 41, rue Porta, Albi. Tél. : 05-63-38-35-91. Tous les jours, sauf mardi, de 14 heures à 19 heures. Jusqu'au 31 octobre. Sur Internet : www.centredartlelait.com.


Propos recueillis par Harry Bellet
Article paru dans l'édition du 25.07.08

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Point de vue
Tout antisarkozyste est-il un chien ?, par Alain Badiou
LE MONDE | 24.07.08 | 13h31 • Mis à jour le 24.07.08 | 13h31

es ennemis de toute politique autre que celle qu'ils nomment très à tort "démocratie", vu qu'elle est, de notoriété publique, le pouvoir d'une maigre oligarchie de dirigeants d'entreprise, de détenteurs de capitaux, de politiciens consensuels et de stars médiatiques, ont inventé depuis quelques années un truc dont ils usent maintenant contre quiconque leur déplaît : insinuer qu'il est antisémite. J'ai l'honneur d'être flanqué de vrais professionnels de cette insinuation.

S'agissant de mon avant-dernier livre, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, qui a plu a pas mal de monde, et qu'il fallait de ce fait même stigmatiser le plus vite possible, il était dur d'y trouver, même en mentant comme un arracheur de dents, de quoi alimenter le truc de l'antisémitisme. Pas la moindre allusion au mot "juif". Eh bien, les professionnels de la délation, les sycophantes, en ont trouvé quand même ! M. Assouline a remarqué, sur son blog, que je traitais de "rats" les socialistes entrés au gouvernement Sarkozy, et, par voie de conséquence, Sarkozy lui-même, d'"homme aux rats".

Quelqu'un de très modérément cultivé sait aussitôt que j'entrelace ici, non sans une subtilité rhétorique qui mériterait des éloges, la métaphore des rats qui quittent le navire, la légende du joueur de flûte qui entraîne les rats hors de la ville, et le cas, décrit par Freud, de "l'homme aux rats" comme exemple type de l'obsession. M. Assouline est-il cultivé ? Il sait en tout cas où il veut en venir. Depuis la dernière guerre et les nazis (suivez mon regard), proclame-t-il, personne n'a plus traité qui que ce soit de rat. Par ailleurs, il y a des juifs dans la généalogie de Sarkozy. Donc... Vous voyez ? Hein ? Vous voyez bien ?

Le plus drôle est que le chef de file des intellectuels médiatiques commis à la Restauration, Bernard-Henri Lévy, saute sur l'occasion, sans citer du reste sa source, M. Assouline. Citons, nous, BHL (dans Le Monde du 22 juillet) : "Dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Alain Badiou s'autorisait de sa juste lutte contre l'"immonde" pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ("les rats"... "l'homme aux rats") dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme."

Alors là ! Sartre ! Tout du long de l'essai fondamental Les Communistes et la paix, écrit au début des années 1950 (Les Temps modernes, 1952), il appelle "rats" les anticommunistes. Il le fait certainement avec d'autant plus de bonne humeur qu'il a été lui-même traité de "hyène dactylographe", non par les fascistes, mais par ses alliés communistes. Le même Sartre avait du reste prononcé la sentence fameuse : "Tout anticommuniste est un chien." Comme quoi, bien après la guerre, les animaux étaient mis à contribution de toutes parts...

Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy comme Ségolène Royal ont fait l'éloge de Tony Blair. Utilisant une comparaison chinoise, je les ai appelés des "blaireaux de la même colline". Blair, blaireaux... Que les délateurs prennent note : j'ai ajouté aux "métaphores zoologiques" l'ignominie des jeux de mots sur les noms propres. Aucun respect de la personne humaine.

Eh bien, finalement, je plaide coupable. J'utilise en effet sans remords les "métaphores zoologiques". Ce qui caractérise la politique, même si le capitalo-parlementarisme pousse sa domination jusqu'à vouloir nous le faire oublier, c'est qu'il y a des ennemis. Et pourquoi diable, si ce sont de vrais ennemis, me serait-il interdit de les injurier ? De les comparer à des vautours, à des chacals, à des butors, à des linottes sans tête, et même à des rats, à des vipères, lubriques ou pas, voire à des hyènes, dactylographes ou pas ? On ne peut pas toujours comparer les gens à des aigles, comme on l'a fait pour Bossuet, ni même à des boeufs, comme ce fut le cas pour le président du conseil Joseph Laniel, ou encore à des renards, comme c'était courant s'agissant de Mitterrand.

Et puis, mesdames, messieurs, un peu d'humour. A supposer que Ségolène Royal me fasse penser à une chèvre peinte et le premier ministre Fillon à une fouine endormie, ne croyez pas, quel que soit votre animal favori, qu'il faille grimper au plafond !
Alain Badiou est philosophe.

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L'homme
Condamné à faire des milliers de crêpes pour avoir jeté un œuf sur Sarkozy
(Photo Reuters)
Un serveur compte ainsi verser un centime d'euro par crêpe pour payer son amende.
AFP
LIBERATION.FR : jeudi 24 juillet 2008

Non, je ne regrette rien. Le serveur français qui a lancé un œuf sur la voiture du président Nicolas Sarkozy lors de sa visite à Dublin cette semaine, va devoir vendre des milliers de crêpes pour payer sa sanction financière.

Michael Audron, un Français de 35 ans vivant en Irlande depuis trois ans, a été inculpé de «comportement menaçant, insultant et abusif» pour son acte. Mais un juge a abandonné ces accusations après qu'il eut accepté de verser 150 euros à une organisation caritative.

Selon la presse irlandaise, il profite d'un festival de rue du village de Drumshanbo où il réside, pour vendre des crêpes tous les soirs.

Il compte ainsi verser un centime d'euro par crêpe pour payer son amende. Pour atteindre 150 euros, il devra donc en vendre 15.000.

«Je n'ai absolument aucun regret et, s'il revient, je serai là avec davantage qu'une douzaine d'œufs, a déclaré Audron. C'était ma seule chance. En France, je ne serais pas là pour en discuter avec vous. Je serais en prison pour deux, trois, quatre ou cinq mois».

C'est le seul incident qui a terni la visite de Sarkozy, qui avait entraîné la mobilisation de 1.400 à 1.800 manifestants partagés entre opposants au traité de Lisbonne et des défenseurs de la politique agricole européenne de Sarkozy.


http://www.liberation.fr/actualite/instantanes/hommedujour/341045.FR.php
© Libération

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Monde
Silvio Berlusconi compte ses Roms
La campagne de recensement du gouvernement, critiquée par le Parlement européen, suscite craintes et angoisse chez les communautés roms d’Italie.
De notre correspondant à Rome ERIC JOZSEF
QUOTIDIEN : jeudi 24 juillet 2008

«Il paraît qu’ils veulent contrôler notre sang.» Sous un soleil de plomb, Naser Osmanovic vient de garer son camion rempli de ferraille sur le parking de la rue Mazzacurati qui jouxte Corviale, l’impressionnante cité HLM de la périphérie de Rome, de dix étages et un kilomètre de long. Autorité morale de la petite communauté de Roms bosniaques installée sur cette aire privée d’eau et d’électricité et à peine protégée par quelques pins parasols, Naser, âgé d’une trentaine d’années, calme ses troupes et organise le dialogue. «On ne sait pas pourquoi les Italiens viennent nous contrôler, on ne sait pas si c’est dangereux», s’agite un jeune. «Nos enfants sont nés en Italie et jusqu’à présent personne ne s’est occupé de nous», renchérit un autre.

Priorité. Vendredi dernier, après accord avec le préfet de Rome, un groupe de volontaires de la Croix-Rouge italienne (Cri) a fait irruption au milieu de la quinzaine de camionnettes et camping-cars stationnée depuis une semaine à Corviale. Installées provisoirement à cet endroit, les familles s’attendaient à voir débarquer la police. «Il y avait des flics mais ils étaient en civil», assure une jeune femme assise avec son bébé sur un sommier défoncé. Les membres de la Croix-Rouge se sont présentés en proposant aux familles de se faire volontairement enregistrer : nom, prénom, nationalité, situation scolaire et sanitaire. «Ils ne nous ont pas pris nos empreintes digitales», confirment les intéressés. «Aucune fiche ne sera transmise à la police», jure-t-on au Cri.

Ailleurs, à Naples ou à Milan, ce sont à l’inverse les forces de l’ordre qui, dans les dernières semaines, ont mené les opérations d’identification voulues par le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi. Sous la pression de ses alliés xénophobes de la Ligue du Nord, il a fait de cette question une priorité. En Campanie notamment, la préfecture avait rédigé des questionnaires sur la religion et l’ethnie des individus et prélevé les empreintes digitales des Roms, y compris celles des enfants. L’initiative a soulevé un tollé à l’étranger, notamment au Parlement de Strasbourg, et même aux Nations unies. Début juillet, les députés européens ont ainsi réclamé la fin des collectes d’empreintes digitales des Roms en Italie, estimant que cela constituait «un acte de discrimination directe» fondé sur la race et l’origine ethnique. Depuis, sous la pression internationale, le gouvernement italien a, semble-t-il, infléchi sa position. Le ministre de l’Intérieur (Ligue du Nord) Roberto Maroni a précisé mardi que les empreintes seront prises uniquement aux personnes âgées de plus de 14 ans, «sauf s’il y a une autre manière d’identification». Pour les moins de 14 ans, la prise d’empreintes ne pourra avoir lieu que dans le cas d’une demande d’un permis de séjour. Enfin, afin de repousser l’accusation de discrimination, à partir de 2009, tous les Italiens devront également donner leurs empreintes digitales.

Tri. Parmi les communautés roms, l’initiative, et surtout la campagne de stigmatisation, ont laissé des traces et beaucoup de soupçons. «Le fichage, c’est pas ça le problème, précise Naser Osmanovic. Cela peut même être acceptable si cela permet de s’occuper de nous et de faire le tri avec les autres Roms.»«Le problème vient des Roms roumains», précise Rusic, l’un de ses compagnons. Il explose : «Depuis qu’ils sont arrivés en Italie, la situation s’est compliquée pour nous. Ce sont des voleurs, des bâtards ! Alors que nous, on travaille dans la récupération et la ferraille.» «Cela fait sept ans que notre situation est devenue plus difficile, corrige Naser. La police a détruit notre campement [illégal, ndlr] de via Muratello, où certaines familles étaient installées depuis près de trente ans. Depuis, on doit changer d’emplacement régulièrement. On ne demande qu’une petite aire aménagée pour se stabiliser, envoyer les enfants à l’école. A quoi serviront les fiches de la Croix-Rouge ? A informer les autorités ? A nous faire avoir des papiers en règle ?» s’interroge-t-il, dubitatif.

Il dénonce l’agressivité renforcée de la police et l’hostilité croissante d’une partie de la population. En mai dernier, à Naples, un campement a été incendié et nombre de nomades ont préféré quitter la ville. Mardi, un autre regroupement de Roms a été attaqué, à Rome cette fois, dans le quartier de la Magliana, à quelques kilomètres de Corviale. «Trois voitures se sont arrêtées et trois cocktails molotov ont été jetés», raconte un témoin. Personne n’a été blessé mais le feu s’est rapidement propagé autour des baraques. Le maire (Alliance nationale) de Rome, Gianni Alemanno, s’est immédiatement rendu sur les lieux pour assurer la petite communauté de sa solidarité, déclarant que «les responsables [seraient] punis». Dans ce climat délétère, avant même l’agression de mardi soir, Naser Osmanovic a pris sa décision : «Dès que j’ai assez d’argent pour mettre de l’essence dans mon camion, je pars vers le nord et quitte l’Italie. J’irai sans doute en France.»


http://www.liberation.fr/actualite/monde/340915.FR.php
© Libération

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Le dernier film de Miyazaki sort au Japon
LE MONDE | 21.07.08 | 16h16 • Mis à jour le 21.07.08 | 16h16
TOKYO CORRESPONDANCE


l a fallu quatre ans à Hayao Miyazaki, maître japonais de l'animation, auteur du Voyage de Chihiro (2002), pour réaliser son dixième film, Ponyo sur la falaise, sorti samedi 19 juillet sur les écrans nippons. Miyazaki est une star nationale et ce film, annoncé depuis des mois par des publicités, est un événement.
Ponyo sur la falaise s'inspire de La Petite Sirène, d'Andersen. "Le cadre de l'histoire est devenu le Japon moderne. Les éléments chrétiens ont été supprimés", précise le réalisateur. Le conte raconte l'histoire de Ponyo, adorable créature aquatique au visage humain, sauvée par un petit garçon de 5 ans, Sôsuke. Forcée de regagner le fond des océans, Ponyo rêve de devenir humaine pour vivre avec son sauveur. "Je voulais utiliser la mer depuis longtemps, mais dessiner des vagues est un défi vraiment difficile", expliquait le cinéaste, en 2007, dans un documentaire diffusé sur NHK. Cet univers a donné lieu à une importante rupture de style. Dès le début de la production, M. Miyazaki prend conscience, au cours d'une observation des oeuvres des préraphaélites anglais à la Tate Modern de Londres, de la limite atteinte dans la densité des détails de ses images. "J'ai compris que je faisais la même chose que ces peintres, mais en moins bien."

PRÉOCCUPATION ÉCOLOGIQUE

Les 170 000 planches du film sont dessinées à la main, comme toujours, par le cinéaste aidé de soixante-dix assistants. En quête de simplicité, le réalisateur dessine pour la première fois au pastel sec, évite les détails tels que les ombres et reflets de lumière, donnant au film une image douce, naïve et poétique. La nouveauté n'exclut pas la récurrence de certains thèmes chers au réalisateur. Fujimoto, le père de Ponyo, vit dans le fond des océans depuis qu'il a quitté la société des hommes, dont il ne supportait plus l'irrespect pour l'environnement - la préoccupation écologique traverse la plupart des films de Miyazaki. Récompensé par un Oscar en 2003 et un Lion d'or à Venise en 2005, le réalisateur explique qu'il s'est cette fois "attaché à créer un univers accessible à un enfant de 5 ans. A cet âge, on ne raisonne pas, mais on ressent instinctivement la vraie nature du monde". Il se défend d'avoir voulu faire passer un message. "Cela ne m'intéresse pas." Ponyo sur la falaise, attendu en France en avril 2009, pourrait être le dernier film de Miyazaki. Agé de 67 ans, il reconnaît une santé déclinante et des difficultés grandissantes à mener de tels projets.


Philippe Mesmer
Article paru dans l'édition du 22.07.08

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Société
L’énigme des quatre cadavres de Molène
La datation des corps découverts sur une île bretonne en mars révèle qu’ils seraient là depuis moins de quarante ans.
Envoyé spécial à Molène GAËL COGNÉ
QUOTIDIEN : lundi 21 juillet 2008

C’est une histoire qui aurait pu inspirer Arthur Conan Doyle : une île presque déserte bordée de courants violents et d’écueils meurtriers, quatre squelettes enterrés sous le sable dont on ignore l’origine, un pensionnat tenu par un abbé et fermé pour mauvais traitements, une population locale à la vie rude qui oscille entre omertà et histoires rocambolesques. Un mystère.

L’histoire commence en mars. Une tempête d’une rare violence souffle sur les côtes bretonnes. Dans l’archipel de Molène (Finistère), l’eau s’infiltre partout, entre dans les maisons, arrache des blocs de roche de plusieurs tonnes, menace les bateaux. «Le tsunami, se remémore Philippe Richard, secrétaire de mairie. Ça faisait vingt ou trente ans qu’il n’y avait pas eu une tempête comme ça.» Sur l’un des îlots voisins, Quéménès, la dune recule, dévorée par les vagues, et découvre des restes humains.

Cette île, d’un kilomètre et demi de long, était habitée par intermittence. Quelques champs abrités du vent salé par des murets, des algues pour produire de la soude et engraisser la terre caillouteuse ont permis à des familles de survivre sur ce rocher. Depuis 2003, l’endroit appartient au Conservatoire du littoral. Un couple loue les lieux, cultive des produits bio et tient des chambres d’hôtes (complet jusqu’en 2009) pour citadins en mal de robinsonnades. «C’est moi qui les ai trouvés. Au sud-est de l’île. Un crâne humain et un bassin. J’ai averti la gendarmerie», raconte David, le gérant.

Rien d’exceptionnel dans la région. «On a trouvé plein de corps à Molène, se souvient Robert Masson, un ancien de l’île. Quand il y avait des épidémies de choléra, à la fin du XIXe siècle, on enterrait les cadavres.» Par ailleurs, les naufrages étaient légion dans les parages. «C’est violent, ici», lance le fils de Robert. La litanie des morts précoces sur les pierres tombales du cimetière de Molène confirme ses dires.

Prescription. Seulement voilà. Exhumés, envoyés pour datation à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale de Rosny-sous-Bois, les résultats, rendus publics jeudi, sont venus contredire toutes ces suppositions. Les cadavres ont été enterrés il y a trente-sept ans, avec une marge d’erreur de plus ou moins cinq ans. Entre 1966 et 1976. Il y a donc prescription. Trois hommes, une femme. Jeunes, entre 20 et 25 ans. Enterrés sous un mètre de sable. Aucune trace de violence apparente. Aucune fibre de vêtements (ils étaient nus). La tête tournée vers la mer, les jambes croisées.

Les épidémies de choléra sont loin. Un naufrage ? «Il y a quarante ans, les îliens auraient déclaré les corps, ils avaient l’habitude», estime Philippe Richard. Et puis surtout, «on en aurait entendu parler», juge Robert Masson, en regardant le port d’où on aperçoit le corps de ferme de l’île de Quéménès. Dans l’archipel de Molène, tout se sait vite. L’hiver, il n’y a qu’une centaine d’habitants. «A l’époque, l’île était habitée. C’est Tassin qui habitait là-bas.»

Les Tassin, une famille originale qui a commencé par louer l’île en 1953 avant d’en devenir propriétaire en 1960. Des ermites volontaires qui ont choisi de quitter le continent. «L’île était occupée toute l’année jusqu’en 1973», se souvient Marie-Thérèse Darcques-Tassin qui a grandi sur l’île. Son père est décédé. Sa mère, âgée de 75 ans, a été «un peu secouée». «L’investigation est un petit peu soupçonneuse. Je fais toute confiance à mes parents. Nous sommes une famille très connue», glisse Mme Tassin. Pour elle, «ça n’a pu être fait que de nuit, à l’insu de [s]es parents. Quatre corps. Quand même. Ça ne se véhicule pas tout seul. Il faut être au moins deux personnes. Et puis, c’est quelqu’un qui connaissait bien la situation. Partout, il y a de la terre lourde et rocailleuse. Sauf là. C’est une espèce de dune. Sûrement des gens qui connaissent bien les îles.» Par ailleurs, l’endroit est invisible du continent et masqué de l’île de Molène.

Bagne. A la fin des années 50, l’îlot tout proche de Quéménès, Trielen, a servi de centre d’éducation. Un mauvais souvenir, rarement raconté. «Des pensionnats pour jeunes gens, mineurs ou non, ayant besoin de rééducation physique et morale», rapporte un historien amateur dans son ouvrage l’Archipel molénais. Un véritable bagne tenu par un prêtre de Saint-Brieuc aujourd’hui décédé. Mal préparés à vivre sur les îles, les jeunes se seraient rapidement retrouvés sans rien à manger. Certains auraient cherché à s’échapper. Affamés, ils auraient été secourus par leurs voisins molénais, qui avaient alerté les autorités. L’abbé a été jugé en 1959 pour escroquerie et relaxé. «Ils ont étouffé l’affaire», croit savoir Philippe Richard.

Hasard du calendrier, Rachida Dati était à Quéménès vendredi. «Une enquête préliminaire est ouverte. Il n’y a pas plus d’éléments, mais cela ne restera pas sans suite. On trouvera les moyens élaborés pour retrouver les causes de la mort et dater les décès», a-t-elle expliqué. La gendarmerie n’a toujours pas fait de rapprochement avec des disparus de la région. Sur Quéménès, le vent et la mer ont déjà effacé toute trace de la découverte.


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Portrait
Le temps de réaliser
Zoe Cassavetes. A 38 ans, la fille cadette de John Cassavetes et de Gena Rowlands livre son premier long-métrage, Broken English, après avoir longtemps tourné autour du plateau.
SYBILLE GRANCHAMP Photo Stéphane Lavoué.MYOP
QUOTIDIEN : mercredi 16 juillet 2008

Elle déboule, l’allure pimpante et décontractée, à l’angle de la rue Montorgueil. Le tout petit chien qu’elle tient en laisse semble guider ses pas légers. C’est elle qui a choisi cette terrasse du IIe arrondissement parisien, où elle vit désormais avec son mari français. C’est l’heure de l’apéro : elle commande sans tarder un verre de rouge et suggère gaiement qu’on l’accompagne. Peu importe si on l’attend au tournant : avec Broken English, son premier long métrage, la cadette du clan Cassavetes vient de signer une libération provisoire et se sent soulagée. Photographe à temps partiel, animatrice télé épisodique, réalisatrice de clips publicitaires ou musicaux… «J’en avais marre de chausser des lunettes noires à chaque fois qu’on me posait la question de savoir où j’en étais avec mon film. Il n’y a rien de pire que de raconter aux autres ce que vous voulez faire lorsque vous n’avez encore rien fait», badine- t-elle.

Investir le terrain parental est affaire périlleuse, surtout lorsqu’au regard du monde, la voie semble toute tracée. Après le père (John, réalisateur adulé, demi-dieu du cinéma indépendant américain), la mère (l’immense Gena Rowlands), le frère (Nick, réalisateur) et la sœur (Alexandra, réalisatrice), Zoe Cassavetes a longtemps esquivé la question du cinéma. Un moyen métrage confidentiel ( Men Make Women Crazy Theory ), il y a huit ans, n’avait pas franchement apaisé ses doutes : le septième art est-il soluble dans l’ADN ? C’est sa sœur qui finit par la prendre entre quatre yeux : «Arrête d’en parler, fais-le!» Elle se souvient alors du conseil de son père, décédé lorsqu’elle a 18 ans : «Ecris sur ce que tu connais.» Et elle l’applique à la lettre.

A l’époque, Zoe fait bombance dans un New York en pleine effervescence. Le scénario de Broken English est quasiment autobiographique. Nora (l’actrice Parker Posey), trentenaire en mal d’amour, cherche un sens à donner à sa vie. Pression sociale, solitude, histoires sans lendemain, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse d’un Français. Exactement comme dans sa vraie vie - mais Zoe tient à préciser qu’elle a rencontré son futur mari après l’écriture du script.

«Devient-on toujours comme ses parents ?» interroge l’héroïne de Broken English. «Quand on essaye trop, on n’arrive pas à grand-chose», répond la réalisatrice en sirotant son verre. Des cheveux châtain clair flous, mi-longs, encadrent un regard vif et sans maquillage. Elle a cette façon très américaine de balayer l’air d’un revers de la main. De Gena, elle a tiré le rire grave, le sourire à fossette et le goût pour la littérature.

Dans un premier temps d’ailleurs, Zoe a voulu être écrivain. Et puis, Los Angeles oblige, elle a brièvement envisagé une carrière d’actrice. Puis, elle a pris le large à New York. Direction un poste d’hôtesse au Mercer, tout nouvel hôtel VIP. «Je m’y suis vraiment amusée et c’est tant mieux car au moins, c’est quelque chose que je n’aurai plus à faire.» Fêtes et rencontres aux sommets de la branchitude. «Elle a fui L.A. et New York, observe Melvil Poupaud, qui joue le french lover doux et attentionné du film, antithèse des métrosexuels new-yorkais assoiffés de pouvoir auxquels l’héroïne est jusque-là abonnée. Zoe ne se complaît pas dans les codes de bienséance à l’améri caine. Elle est très indépendante, j’ai parfois même l’impression de me retrouver face à un personnage masculin d’un film de son père.»

Le créateur de la marque APC, Jean Touitou, qui a produit son moyen métrage «par amitié», est de ceux qui décèlent une fêlure : «Dans un monde modelé par le glamour et la superficie, elle donne le change. Moi, je l’entends souffrir.» Il l’a vue débarquer un jour dans son atelier au bras de son amie Sofia Coppola, qu’elle côtoie depuis l’enfance. Il est l’un des rares à oser se prononcer sur le duo. Sa thèse : Sofia «l’intouchable» n’aurait pas été Sofia sans Zoe, «la femme pensante». Alors que les médias s’obstinent à faire exister la seconde dans l’ombre de la première, lui prend le contre-pied : «Zoe a longtemps été la caution intellectuelle de gauche de Sofia.» Zoe, elle, esquive par l’humour : «Je ne vois pas pourquoi le succès de Sofia aurait été une pression pour moi… mais peut-être bien que cela a été une pression pour elle !» En 2005, pendant que Coppola Junior empilait des montagnes de macarons Ladurée sur le tournage de Marie-Antoinette à Versailles, Cassavetes Junior luttait pour trouver des partenaires de confiance. «Tout le monde lui a mis des bâtons dans les roues. Elle a bataillé comme une lionne», se souvient Melvil Poupaud. «Elle prend le parti pris de contourner le star-system», ajoute Sébastien Chenut, son mari musicien, du duo Scratch Massive, qui a composé la BO du film. Zoe s’offre tout de même Parker Posey, égérie du cinéma indépendant américain actuel.

Zoe pose des filtres colorés et joyeux devant l’écran de ses pensées. Peu causeuse sur son enfance «très heureuse, très normale», sur sa fratrie («mes frères et sœurs ont leur vie de famille») ou sur le couple que formaient ses parents. Elle-même, qui veut être «comme tout le monde», mène une vie «on ne peut plus normale» et le démontre à sa manière : pour son mariage, elle privatise le très bobo Hôtel Amour et offre des… cheeseburgers à ses convives.

C’est aussi ça, Broken English. Il faut racler le vernis de l’apparente comédie sentimentale pour observer l’étendue des dégâts : rayonnante au dehors, en vrac à l’intérieur, Nora enchaîne crise d’angoisse sur prise de tête. Zoe ne comprend d’ailleurs pas l’analogie que d’aucuns font avec Sex & the City. Si Nora et Julien se draguent en échangeant des propos inconsistants, c’est pour mieux traduire la vacuité de l’amour, dit-elle. «J’ai voulu retranscrire la réalité; d ans la vraie vie, on ne se récite pas du Spinoza entre amis.»

Elle a 12 ans sur le plateau de Love Streams, lorsqu’elle observe «la clarté et la puissance de persuasion» de son père en train de tourner. Le décor n’est autre que sa propre maison. Elevée sur les genoux de Peter Falk ou de Peter Bogdanovich («des amis qui deviennent votre famille») , la petite cadette prépare les sandwichs hors du champ de la caméra. «Je réalise maintenant l’ampleur des sacrifices que mes parents ont dû accepter au nom de leur indépendance.» Une partie de Broken English est tournée en France, le seul pays à avoir soutenu à l’époque leur travail.

Et maintenant, et après ? Cette évasive se dit occupée «par des milliers de trucs». Les années hype new-yorkaises sont révolues ; en boîte, elle se fait désormais l’impression d’être «la maîtresse» (qui surveille les gamins), son iPod ne lui sert plus que pour écouter ses leçons de français. Elle a toujours voté démocrate, soutient Obama. La maternité ? Sa mère lui serine qu’il est vain d’attendre «le bon moment» , les copines lui font régulièrement l’article, elle répond «bientôt».


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Rebonds
Pour des «Cahiers» de plaisir et de combat
Rédacteurs actuels : Pierre Alferi, Hervé Aubron, Christophe Beney, Stéphane Bouquet, Nicole Brenez, Jean Douchet, Charlotte Garson, Laurence Giavarini, Gilles Grand, Bill Krohn, Ludovic Lamant, Elisabeth Lequeret, Arnaud Macé, Philippe Mangeot, Thierry Méranger, Cyril Neyrat, Jean-Pierre Rehm, Eugenio Renzi, Antoine Thirion, Axel Zeppenfeld. Rédacteurs anciens : Cédric Anger, Jacques Aumont, François Bégaudeau, Jacques Bontemps, Claude Chabrol, Marc Chevrie, Jean-Louis Comolli, Sylvain Coumoul, Michel Delahaye, Bernard Eisenschitz, Jean-Paul Fargier, Jean-André Fieschi, Pascal Kané, André S. Labarthe, Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandrat-Guigues, Luc Moullet, Jean Narboni, Sylvie Pierre, Jacques Rancière, Fabrice Revault (d’Allonnes), Jean Louis Schefer, Barbet Schroeder, Louis Skorecki, Xavier Tresvaux, Dominique Villain.
QUOTIDIEN : jeudi 17 juillet 2008

Nous sommes des rédacteurs actuels et anciens des Cahiers du cinéma. Nous avons fait les Cahiers hier et nous les faisons aujourd’hui. Nous sommes critiques de cinéma. Nous sommes aussi cinéastes, scénaristes, journalistes, enseignants, philosophes, écrivains… Nous incarnons l’unité et la diversité des Cahiers. Nous sommes attachés à leur passé et nous croyons en leur avenir. C’est pourquoi nous avons décidé de prendre la parole, au moment crucial où ils sont mis en vente par Le Monde et doivent se réinventer.

Les Cahiers doivent prendre la mesure des nouveaux enjeux du cinéma. A l’heure de la révolution numérique - où c’est le mode même de production, de réalisation et de diffusion qui se trouve bouleversé -, les films ne se font plus et ne sont plus vus de la même manière. Le cinéma n’est d’ailleurs plus seulement dans les films, et il n’est plus seulement dans les salles. S’ils veulent retrouver l’impulsion combative de leurs débuts et se porter à la pointe de ce qu’est aujourd’hui le cinéma, les Cahiers doivent donc accomplir une révolution à la fois éditoriale et économique. Thierry Lounas et Emmanuel Burdeau (actuel rédacteur en chef) ont élaboré un projet de reprise et de relance pour les Cahiers. Leur initiative, soutenue par la majeure partie de la rédaction, est logique, en cela qu’elle émane de la revue et procède d’une longue réflexion sur son histoire et sur sa mission. C’est un projet éditorial, mais c’est aussi un projet d’entreprise. Indissociablement.

Il est clair en effet que les nouveaux enjeux critiques sont inséparables de nouvelles pistes de développement.

Les Cahiers doivent rester ce qu’ils furent toujours, d’abord et avant tout : une revue mensuelle d’actualité et de pensée du cinéma, accompagnant ses aventures, ses promesses et ses risques, vendue en kiosque et attachée à l’éthique du «bien dire» et du «bien décrire».

Mais s’ils veulent élargir leur champ aux supports et aux lieux qui accueillent et transforment le cinéma - DVD, séries télé, art contemporain, littérature, Internet… -, les Cahiers doivent eux-mêmes se diversifier et développer une complémentarité nouvelle entre une revue, un site Internet et un éditeur liés par une vision et des objectifs communs.

S’ils veulent rendre compte de la manière dont Internet modifie en même temps les outils du cinéma et ceux de la critique, la fabrication et la réception des films, ils doivent mettre en ligne des productions sonores et visuelles spécifiques, mais aussi développer sur leur site de nouvelles approches critiques et journalistiques (chroniques en direct, analyses d’images en mouvement, journaux tenus par un cinéaste ou un chef opérateur…).

S’ils veulent jouer un rôle réellement militant à l’égard des films qu’ils défendent - dont beaucoup trouvent de moins en moins accès aux salles -, ils doivent acquérir un nouveau métier et devenir un acteur à part entière de la diffusion, sur Internet, en DVD et en salle.

S’ils veulent affirmer et surtout transmettre leur histoire - et celle du cinéma - à une nouvelle génération de spectateurs, ils doivent valoriser le trésor de leurs archives numériques en France et à l’étranger, éditer des ouvrages anthologiques et publier un dictionnaire du cinéma qui fasse référence.

S’ils veulent étendre leur rayonnement international et en faire bénéficier leurs lecteurs, ils doivent développer leurs éditions en langue étrangère et nouer des collaborations avec des revues du monde entier afin d’écrire - sur le papier et en ligne, en articles et en images - la carte de demain, celle d’un cinéma à nouveau «voyagé».

Le projet de Thierry Lounas et Emmanuel Burdeau entend donc faire des Cahiers un objet unique, mais présent en plusieurs lieux et sur plusieurs supports avec la même force. Des Cahiers voués au plaisir et au combat critique, au cinéma en train de se faire, à ceux qui le font et aux nouvelles générations qui le découvrent. Des Cahiers directement impliqués dans les défis que pose l’évolution des modes d’accès aux œuvres, établissant un nouveau type de relations et d’échanges avec leurs lecteurs et abonnés.

Bref, des Cahiers contemporains, dans leurs moyens comme dans leurs buts, participant à leur manière à la réinvention du cinéma. Aujourd’hui, nous voulons dire que ce projet est également le nôtre


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Les nouveaux "droits et devoirs" des chômeurs adoptés à l'Assemblée
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 05h07 • Mis à jour le 18.07.08 | 11h25

es députés ont adopté, dans la nuit de jeudi 17 à vendredi 18 juillet, le projet de loi sur les "droits et devoirs des demandeurs d'emploi". Le texte institue la notion de "projet personnel d'accès à l'emploi" et "d'offres raisonnables d'emploi". Un chômeur sera radié des listes du service public de l'emploi s'il refuse deux "offres raisonnables". Dès le 4e mois de chômage, les demandeurs d'emploi devront accepter un emploi rémunéré à au moins 95 % de leur salaire antérieur, 85 % au bout de six mois, et du montant de l'allocation qu'ils perçoivent au bout d'un an. Les députés ont adopté un amendement indiquant que ces durées "sont prorogées du temps de formation", pour "encourager et non pénaliser les demandeurs d'emploi qui suivent une formation".

L'UMP et le Nouveau Centre ont voté pour ce texte, déjà adopté par le Sénat, l'opposition (PS, Verts, PCF) a voté contre. "La philosophie était de mieux accompagner [les demandeurs d'emploi] avec du sur-mesure et, d'autre part, de mieux contrôler les abus", a résumé le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez. Le député PS Michel Issindou a dénoncé un "texte humiliant pour les demandeurs d'emploi" et le PCF Maxime Gremetz a parlé d'une "régression du code du travail".
"ABSENCE TOTALE DE GARANTIES APPORTÉES POUR LES SENIORS"

L'Assemblée a aussi voté la suppression progressive, d'ici à 2012, de la dispense de recherche d'emploi dont pouvaient bénéficier les chômeurs âgés de plus de 57 ans et demi. "On ne peut pas continuer avec cette espèce d'hypocrisie à trois acteurs : le gouvernement et les politiques, qui ont expulsé les seniors en dehors du marché de l'emploi pour gérer les statistiques, les employeurs, qui l'ont utilisé comme un instrument commode de gestion des ressources humaines, et aussi les partenaires sociaux, qui s'en sont parfois servi dans des procédures de licenciement collectif", a développé M. Wauquiez.

Marisol Touraine (PS) et Martine Billard (Verts) se sont inquiétées de "l'absence totale de garanties apportées pour les seniors à ce stade".

Enfin, l'Assemblée a voté, à la demande du gouvernement, la création d'un "médiateur du service public de l'emploi", conçu comme voie de recours en faveur des chômeurs dans leurs relations avec l'ANPE. Le service public de l'emploi doit naître de la fusion ANPE-Unedic, qui doit être effective dans les prochains mois.

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Un homme aurait vécu 35 ans reclus chez sa mère
NOUVELOBS.COM | 10.07.2008 | 18:25
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L'homme d'une cinquantaine d'années, dont la chevelure mesurait plus de trois mètres, a été decouvert par des policiers venus constater la mort de sa mère dans leur maison des Alpes-Maritimes.

Un homme d'une cinquantaine d'années, prénommé Michel, qui semble avoir vécu en ermite au domicile familial depuis plusieurs années, a été découvert lundi soir par des policiers venus constater la mort de sa mère dans leur maison de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes), a-t-on appris, jeudi 10 juillet, de source policière.

La brigade de sûreté urbaine de Menton a indiqué à l'AFP que cet homme à la peau anormalement pâle était en état de dénutrition. Sa chevelure mesurait plus de trois mètres. L'homme a expliqué qu'il laissait pousser ses cheveux depuis l'âge de 14 ans, n'ayant pas apprécié qu'on le force à les couper.


Il voulait vivre hors de la société

Est-ce depuis cette époque qu'il refusait de sortir du domicile familial ? Les enquêteurs ne l'excluent pas. L'intéressé ne leur a pas indiqué quand avait débuté sa réclusion volontaire ni pour quelle raison.

Contactée par la police, une cousine de la famille a expliqué qu'elle avait vu Michel pour la dernière fois alors qu'il était "jeune majeur" et qu'il avait manifesté le souhait de vivre hors de la société. Lors de ses visites suivantes, il refusait de se montrer.

D'après la police, les voisins de la famille connaissaient l'existence du reclus et savaient qu'il s'agissait d'un choix de vie. "Il a effectué sa scolarité normalement mais il semble qu'ensuite il ait décidé de ne plus sortir de chez lui. C'est apparemment un mode de vie choisi, un peu comme un ermite", selon la même source.


"Un peu perdu" mais conscient du monde extérieur


L'homme est apparu aux policiers "un peu perdu" et effrayé par leur arrivée dans la maison familiale de Roquebrune. Mais "il s'exprimait relativement bien et avait tout à fait conscience du monde extérieur grâce à la télévision".
Il paraissait ne pas avoir réalisé la mort de sa mère, âgée de 76 ans. Son corps a été découvert lundi soir dans un fauteuil du salon par les policiers, alertés par des voisins qui s'inquiétaient de ne plus voir la vieille dame.
L'homme a été confié au service des urgences psychiatriques du CHU de Nice avant d'être dirigé vers un autre service. (Avec AFP)

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Monde
Sarkozy livre Petrella à l’Italie
CHRISTIAN LOSSON (à Toyako) et ÉRIC JOZSEF (à Rome)
QUOTIDIEN : mercredi 9 juillet 2008

Personne ne lui avait posé la question. Mais c’est à l’autre bout du monde, entre la crise alimentaire ou les dossiers énergétiques au menu du G8 de Toyako, que Nicolas Sarkozy a confirmé hier, dans un point presse, son intention d’extrader en Italie l’ancienne membre des Brigades rouges (BR) Marina Petrella, 54 ans, arrivée en 1993 en France pour échapper à une condamnation à la réclusion criminelle à la perpétuité et qui y a refait sa vie (lire page 4). «Conformément aux accords européens» et aux «décisions de justice françaises», l’ex-brigadiste sera extradée a assuré le chef de l’Etat. Une annonce confirmée quelques heures plus tard à Cannes par la garde des Sceaux, Rachida Dati. La procédure devrait toutefois durer encore plusieurs mois dans l’attente d’un arrêt du Conseil d’Etat saisi par les défenseurs de Marina Petrella.

Obstacles. «Ma cliente est en train de mourir», a insisté Irène Terrel, l’avocate de l’ex-brigadiste «gravement dépressive» et alitée au service psychiatrique de la prison de Fleury-Mérogis qui se bat pour l’application immédiate «d’une clause humanitaire» suspendant la procédure d’extradition. Evoquant dans sa déclaration «un geste humanitaire», Nicolas Sarkozy a précisé qu’il avait demandé à Silvio Berlusconi «de solliciter du président la république italienne, la grâce compte tenu de l’ancienneté de la condamnation et compte tenu de la situation psychologique et de santé». Il s’est limité à assurer que «le président du Conseil italien m’a fait valoir qu’il partageait mon analyse et qu’il interviendrait auprès du président de la République italien pour essayer d’obtenir la grâce».

En théorie, au vu de ses conditions de santé, le Président, Giorgio Napolitano, pourrait se prononcer favorablement sur une grâce. Il y a deux ans, l’actuel chef de l’Etat avait en effet pour des motifs similaires pris une telle mesure à l’endroit d’Ovidio Bompressi. En mai 2006, l’ancien dirigeant de Lotta Continua, condamné avec l’intellectuel Adriano Sofri à vingt-deux ans de prison pour l’homicide, en 1972, du commissaire Luigi Calabresi, avait ainsi pu recouvrer la liberté au bout de neuf ans de prison.

Mais pour Marina Petrella plusieurs obstacles rendent cette hypothèse peu probable. «En général, il faut que l’intéressé ait déjà effectué une bonne partie de sa peine ou encore qu’il y ait eu le pardon des parents des victimes», fait remarquer le journaliste Giovanni Bianconi, auteur de plusieurs livres sur le terrorisme des années 70. Hier, Salvatore Berardi, fils d’un policier tué par les BR et membre de l’Association italienne des victimes du terrorisme a lancé : «Cela ne nous intéresse pas de savoir si Petrella pourra se balader mais je tiens à rappeler qu’avant de concéder des remises de peines, il faudrait penser au dédommagement des victimes.» Surtout, une éventuelle grâce risque de voir l’opposition très forte des alliés politiques de Silvio Berlusconi. Le président (ex-communiste) n’a pour sa part jamais rien dit publiquement sur les ex-terroristes réfugiés en France, ni sur le cas Petrella.

«Revanche d’Etat». En France, les propos du chef de l’Etat ont entraîné de nombreuses réactions. «Nous dénonçons des petits arrangements entre amis dont on ne sait ni les tenants ni les aboutissants, alors que la vie d’une femme est en jeu», a réagi Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature (gauche) regrettant que «vingt-cinq ou trente ans après, ces anciens activistes qui ont renoncé à la lutte armée se voient victimes d’une sorte de revanche d’Etat». La Ligue des droits de l’Homme (LDH) est tout aussi virulente affirmant que «Nicolas Sarkozy a décidé de livrer à son ami Silvio Berlusconi une femme en danger de mort, Marina Petrella, avec le souhait délicat que les autorités italiennes fassent si possible œuvre d’humanité à sa place.»

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Médiatiques
Médiatiques Chaque lundi
Betancourt : les nouvelles propagandes
Par Daniel Schneidermann
QUOTIDIEN : lundi 7 juillet 2008

On pensait avoir définitivement basculé dans le conditionnement moderne, c’est-à-dire nappé du sucre glace de la religiosité. Processions pour la délivrance de l’héroïne, tee-shirts immaculés, rollers, lâchers de colombes, angelots, chorales, ballons, portraits géants aux frontons des mairies. Et après la résurrection, émotion obligatoire devant les retrouvailles familiales, la maman, les enfants, les deux maris, génuflexion devant les «orgies de baisers» des retrouvailles, prosternation collective. Ainsi la France entière, shootée aux photos du bonheur et aux flashes spéciaux, a-t-elle dû subir les scènes pieuses du retour de sainte Ingrid. Ainsi a-t-on entendu un journaliste de France Info, dans la liesse universelle, supplier la libérée d’accepter par avance le prix Nobel de la paix. Et l’ostentation-surprise, par l’otage délivrée, d’une foi proprement chrétienne (avec chapelet, et prière surprise sur le tarmac) ne fut que l’un des adjuvants du spectacle.

On pensait avoir basculé dans cette propagande-là, celle qui n’interdit plus rien, celle qui a laissé ses ciseaux au vestiaire, celle qui ne se donne plus la peine de mentir ou de cacher, puisque sourire, trembler de bonheur et pleurer de joie devant les caméras sont tellement plus efficaces. Mais stupeur ! Dans le tsunami modernissime de la libération d’Ingrid Betancourt, sont venues se glisser, aussi, quelques gouttes d’archaïque propagande.

Reprenons. L’ostensible combat pour cette libération fut l’un des tout premiers de Sarkozy, à peine élu. Réussir où Villepin et Chirac avaient échoué lui était, comme toujours, une motivation première. Toutes les voies de possibles négociations avec les Farc, notamment par l’entremise de Chávez, furent explorées. On proposa d’accueillir en France d’éventuels repentis guérilleros. De longs mois durant, Sarkozy et les Betancourt sommèrent Uribe de composer avec les preneurs d’otages. Interview après interview, ils avaient presque réussi à imposer l’idée que le co-ravisseur d’Ingrid était, tout bien pesé, Uribe lui-même. Et soudain, surprise ! C’est Uribe qui l’emporte, en mêlant force et ruse (tout au moins, jusqu’à remise en cause éventuelle de la version officielle). Aucune importance : à peine cette libération connue, des sarkolâtres plus dévots que Sarkozy lui-même accourent devant les caméras expliquer qu’il y est pour tout. Tous les arguments sont bons.

Sur le site du Figaro, le directeur adjoint de la rédaction, Yves Thréard, assure (en exclusivité mondiale) que c’est bel et bien la carte Chávez, jouée par Sarkozy, qui a abouti à la libération de Betancourt. Christophe Barbier, directeur de L’Express, l’organe central du carlabrunisme, se surpasse sur le plateau de LCI : «Quand Sarkozy se donne un objectif suprême, rien ne l’en détourne jamais. […] Sa mobilisation personnelle a participé de la mobilisation collective. Ça a bougé les lignes au niveau international. Et voir cette mobilisation collective de la France derrière son président, c’était bon pour le moral d’Ingrid Betancourt, et ça n’a pas de prix, grâces en soient rendues à Nicolas Sarkozy.» Le même jour, sur le même plateau, il somme Bertrand Delanoë : «Betancourt et sa famille ont remercié hier le président Sarkozy. Reconnaissez-vous que sa mobilisation personnelle a accéléré le jeu diplomatique ?» Seule à oser une note discordante, Ségolène Royal est lynchée en place publique par la machine TF1. «Ça tue la polémique de Ségolène Royal !» s’exclame par exemple en direct le commentateur de TF1, François Bachy, aussitôt après le discours (étincelant d’intelligence et d’habileté) de Betancourt à l’aéroport de Villacoublay.

Déjà, dans les premières heures de la libération de l’otage, le site du Figaro avait tout bonnement… diffusé une vidéo tronquée des remerciements de Betancourt, au saut de l’avion, escamotant ses remerciements à Chirac et Villepin, pour ne laisser que l’hommage à Sarkozy.

On pensait tournée la page de l’ORTF. Qu’aucun retour en arrière n’était plus possible. Que nos lavages de cerveaux prendraient désormais les couleurs avenantes de l’émotion.

Mais les chemins de la propagande n’en finissent pas de surprendre. La particularité de l’époque, c’est l’étonnante coexistence des deux techniques, l’ancienne et la nouvelle, celle qui mobilise l’émotion et celle qui efface les dissidents de la photo. Comme s’il fallait au message mettre toutes les chances de son côté. La grand-messe unanimiste ne suffit plus. Il faut encore prendre soin d’étouffer, activement, les dissonances. Comme si les servants, pourtant aux manettes d’une sono assourdissante, craignaient encore, étrangement, de ne pas être entendus.

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LIBÉBLOG Familles, je vous haime : «Ingrid, la mère du monde»

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La libération d'Ingrid Betancourt
«Près d'un Colombien sur cent est dans l'armée, c'est dire l'effort consenti»
Soldat colombien d'une brigade antidrogue de l'armée en intervention, le 17 mai, près de la frontière équatorienne. (Reuters)
Guillaume Belan, journaliste à TTU, une lettre spécialisée sur les questions de défense , s'est rendu en Colombie en février. Il détaille la stratégie de «pacification» menée par l'Etat colombien et son armée.
Recueilli par Philippe Brochen
LIBERATION.FR : vendredi 4 juillet 2008
(DR)

A quoi attribuer les libérations de ces otages des Farc et, plus largement, les derniers succès de l'armée colombienne?
Il ne faut jamais oublier que la Colombie est un pays en guerre intérieure. Politiquement, Alvaro Uribe a énormément misé sur l'armée et sur la sécurité du pays. Actuellement, l'armée colombienne compte 400.000 hommes (dont 100.000 policiers gérés par le ministre de la Défense, ndlr) - ou, du moins, c'est son objectif affiché (pour 45 millions d'habitants, ndlr). Car le but d'Uribe est d'augmenter les effectifs militaires de 30% par rapport à 2002, quand il est arrivé au pouvoir à Bogota. Tout ceci prend sa source dans le cadre de sa «politique de sécurité démocratique», qui a à la fois un aspect civil de développement des politiques publiques et de présence de l'Etat dans les zones autrefois abandonnées. Dont, précisément, celles où les Farc règnent.
Comment tout cela s'organise-t-il concrètement?
Les effectifs de l'armée ont été augmentés significativement, les équipements ont été renouvelés et l'armée a donc accru sa présence dans les anciens no man's lands de l'ère Pastrana. L'objectif d'Uribe est qu'en 2010 le pays soit totalement pacifié.

La lutte contre les Farc reste-t-elle la priorité de lutte de l'armée colombienne?
La Colombie reste un pays très dangereux: il y a des quartiers de certaines villes où l'on peut pas se rendre. L'Etat a visé les Farc. Mais il y a de nouvelles menaces: à commencer par les groupes de narcotrafiquants. Ces bacrim - des bandes criminelles sans idéologie - ne visent pas à renverser l'Etat et montent sacrément en puissance dans le pays. Il s'agit d'ancien groupes armés dont le seul but est de faire de l'argent. Il y a aussi le LN, un mouvement politique d'inspiration cubaine. Mais la priorité reste les Farc. C'était la seule entité capable de renverser l'Etat. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. En dix ans, les Farc sont passées de 20.000 à 10.000 individus. Et elles ont perdu beaucoup de fronts. Tous les Français que j'ai rencontrés sur place m'ont confirmé ce renversement de tendance.

Une tendance illustrée par la réélection d'Uribe?
Effectivement. C'est la meilleure illustration de la réussite de sa politique. Il y a aussi la manifestation de la population colombienne contre les Farc début février, lors de laquelle 2 millions de Colombiens sétaient donné rendez-vous dans les rues pour afficher leur opposition aux Farc. Tout cela ne se serait pas passé sous l'ère Pastrana: les gens avaient peur et se cachaient. On assiste clairement à un inversement de tendance.

Même si l'armée colombienne est très puissante, ce succès vous étonne-t-il?
Oui. Car les Farc sont un mouvement fermé et très difficile à pénétrer. Et, qui plus est, Ingrid Betancourt était leur otage le plus précieux. Ils ont donc perdu très gros avec sa libération. En revanche, je suis moins étonné de la manière dont les choses se sont déroulées. Les Farc ont connu plusieurs revers depuis deux-trois ans. Et on sait aussi que l'armée colombienne est très présente sur le terrain et qu'elle a acquis de vraies capacités sur le renseignement et l'intervention.

Le mode opératoire vous étonne-t-il davantage?
C'est vrai qu'il est nouveau pour les Colombiens. Avant, ils pratiquaient des actions armées coup de poing. Mais on sait que la famille d'Ingrid Betancourt était opposée à toute intervention militaire. Ce mode opératoire fait penser aux actions israéliennes sur le terrain. Il n'y a aucun doute là-dessus. Qui plus est, l'armement colombien vient d'Israël. Il ne faut pas non plus oublier le rôle des Américains. Même si, indéniablement, ce succès est à mettre au crédit de l'armée colombienne.

Quelles sont les qualités de cette dernière?
Elle bénéficie d'un très bon encadrement. Beaucoup d'officiers ont été formés aux Etats-Unis. Rien d'étonnant: le budget de la défense colombienne représente pas loin de 4% du PIB, contre 3% sous Pastrana. Pour financer cet effort de guerre, Uribe a créé un impôt atypique payé par les plus riches sociétés du pays.

Et ses faiblesses?
C'est la contrepartie de l'augmentation des forces: les soldats sont moins bien formés et on a connu des abus de soldats aux fins fonds de la jungle: action de racket... L'état major en a conscience.

Cette réussite n'est-elle pas plus symbolique qu'autre chose, vu le nombre d'otages qui restent entre les mains des Farc?
Ingrid Betancourt était évidemment l'otage emblématique des Farc, c'était même le seul avec un poids international. Du reste, l'armée colombienne a connu beaucoup de succès qui sont restés inconnus dans la presse internationale.

Dernier ouvrage paru: «La saga des missiles européens», TTU, 2006.


http://www.liberation.fr/actualite/monde/ingridbetancourt/liberation_ingrid_betancourt/336722.FR.php
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Culture
Divine comédienne
Autre artiste associée, l’actrice Valérie Dréville retrouve Claudel et se frotte à Dante.
Maïa Bouteillet
QUOTIDIEN : vendredi 4 juillet 2008

On peut imaginer la Béatrice de Dante avec les traits de Valérie Dréville. La comédienne lira des extraits de la Divine Comédie dans la Cour d’honneur le 21 juillet. Les autres soirs, elle joue Partage de midi de Claudel à la Carrière de Boulbon. Les yeux sont cernés mais la flamme est là. A quinze jours de la première de Partage de midi, dans la nécessité où elle se trouve de se concentrer pleinement sur son personnage d’Ysé et sur la mise en scène - qu’elle cosigne avec Charlotte Clamens, Jean-François Sivadier, Nicolas Bouchaud et Gaël Baron - ,Valérie Dréville n’accorde plus que de très rares interviews.

Lignes parallèles

Le soleil cogne dur depuis trois jours, rendant plus difficiles encore les répétitions dans la Carrière de Boulbon. «Je ne suis pas Ysé, tranche-t-elle. Sinon je ne la jouerais pas. Il n’y a pas d’identification possible. Ce qu’on essaye d’approcher, ce sont les idées qu’il y a là-dedans. Pour moi, le personnage et l’acteur sont comme deux lignes parallèles. Quand on entre en scène, on n’est pas, qui que ce soit. Tout le travail de l’acteur consiste à rejoindre la ligne du personnage. C’est une histoire de rencontres, de frottements, ça se construit petit à petit. Tout cela pour qu’arrive à un moment quelque chose qu’on n’avait pas prévu… Je ne suis pas Ysé, j’ai besoin de ne pas l’être pour que la rencontre ait lieu. Elle me pose des questions, chaque mot est à ouvrir. C’est infini. C’est le travail de la poésie.» Valérie Dréville est impressionnante. Par cette façon qu’elle a d’être immédiatement présente, à l’écoute, exigeante sur la formulation des questions, exigeante dans ses réponses, prenant le temps de poser le mot juste, se reprenant, s’arrêtant parfois de longues minutes, comme partie on ne sait où et lâchant soudain un mot en secouant la tête comme si elle refaisait surface…

Derrière sa rencontre avec Ysé se trame une autre histoire qui la renvoie un peu plus de vingt ans en arrière, à Avignon déjà. «C’est très lié à Vitez, au Soulier de satin. Là, il y a un point d’origine, une sorte de choc dont je ne me suis pas vraiment remise. Claudel, c’est une langue qui vous touche vraiment loin. Cela, Antoine Vitez a très bien su le retransmettre.» A ce maître rencontré à 21 ans, Valérie Dréville, en tant qu’artiste associée au festival d’Avignon, rend hommage sous la forme d’un parcours-portrait en sept étapes. «Vitez, c’était le tout début, ça a été fondamental, affirme-t-elle dans un mélange de joie et de tristesse. C’était quelqu’un qui vous apportait une confiance énorme. Quelqu’un qui vous faisait croire que ce que vous produisiez était votre création. Il nous a laissé du travail pour toute la vie.»

Deux maîtres

Des maîtres, Valérie Dréville en a connu deux autres dans sa vie de comédienne. Claude Régy et Anatoli Vassiliev, le dépositaire de la grande tradition russe auprès de qui elle effectua plusieurs séjours dans son théâtre-école de Moscou. «Vassiliev, avant tout, c’est une école. Je l’ai connu au moment où Antoine est mort, je me retrouvais seule à la Comédie-Française, je sentais que je n’avais pas développé tout ce que j’avais besoin de développer. Avec lui, on a besoin d’apprendre comment travailler avant de commencer à travailler. Pour moi ça a été incroyablement formateur de réfléchir à chaque chose. Ça rejoint l’idée de la responsabilité.»

Désir de transmission

Habitée par ces rencontres providentielles qui ont ouvert pour elle «des voies inexplorées», Valérie Dréville, qui intervient depuis peu à l’Erac, l’école régionale d’acteurs de Cannes, se pose à son tour, à 46 ans, la question de la transmission. «C’est un double mouvement, on ne peut apprendre à quelqu’un si on n’apprend pas de lui.» S’agissant d’école, elle cite évidemment Vitez, qui appelait ça «le cercle de l’attention», soit «des gens qui se réunissent pour faire du théâtre avec l’un d’entre eux, le plus vieux, qui les regarde». C’est encore ce rapport à l’autre, ce besoin d’altérité qui relie justement les deux œuvres qu’elle traverse durant ce festival. Dans Partage de midi comme dans la Divine Comédie de Dante, dont elle donnera lecture, «c’est l’autre qui a les clés de soi. Avec, à chaque fois, la femme comme passerelle vers l’amour qui n’est pas l’amour de soi». Elle s’en retourne à son chantier, blonde et légère figure d’ange sur une toile de la Renaissance qui laisse dans son sillage une dernière phrase de Claudel : «Il faut fendre la muraille du cœur humain.»

Valérie Dréville présente Partage de midi,de Paul Claudel, et donnera lecture de la Divine Comédie, de Dante.


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chauvinisme minable et anti-américanisme primaire,

Les Ch'tis ne devraient pas battre "Titanic"
LE MONDE | 03.07.08 | 16h40 • Mis à jour le 03.07.08 | 16h40

'est une cause nationale depuis quelques jours, si l'on en croit la ministre de la culture, Christine Albanel : que le film de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch'tis, dépasse en audience le Titanic de James Cameron (1998), lequel détient le record historique de fréquentation en France avec 20,7 millions de spectateurs.

Le 26 juin, dans les locaux du ministère de la culture, Christine Albanel remettait à Dany Boon les insignes d'officier dans l'ordre des Arts et des Lettres, le jour des 42 ans du réalisateur. Elle en a profité pour évoquer le raz-de-marée "Ch'tis". "J'invite le public à se mobiliser pour dépasser le record !, a lancé la ministre. Vous avez ravivé l'amour des Français pour les salles obscures et rien que pour cela, cher Dany Boon, nous vous sommes infiniment reconnaissants."

Avec plus de 20 millions d'entrées juste avant l'été, Dany Boon et Pathé, producteur et distributeur d'un film sorti en salles le 27 février, pouvaient rêver. Mais la comédie nordiste avait déjà montré des signes d'essoufflement. Durant la semaine du mercredi 18 au mardi 24 juin, le film a totalisé "seulement" 15 748 entrées.

La perspective de la Fête du cinéma, du 29 juin au 1er juillet, avec des tickets d'entrée à prix réduit, a donné des idées à l'équipe de Pathé : du 25 juin au 2 juillet, le nombre de copies du film a été multiplié par deux, passant de 254 à 498, avec pour principale motivation de battre le record. Un peu partout en France, des salles de cinéma ont été sollicitées pour réintégrer Bienvenue chez les Ch'tis sur leurs écrans. Au détriment d'autres films, forcément. "Nous avons demandé un renvoi d'ascenseur pour toutes les recettes que le film a généré dans les salles", souligne Jean-Claude Bordes, de Pathé Distribution.

Las, les résultats n'ont pas été à la hauteur des attentes. Mardi 2 juillet au soir, après la Fête du cinéma, le compteur s'arrêtait au chiffre de 20 260 975 spectateurs. Presque 500 000 de moins que pour le film de Cameron. "Le retard semble assez difficile à rattraper", pronostique-t-on chez Ecran Total, qui réalise un box office du cinéma en France. Mais on ne pourra pas dire que tout n'a pas été tenté.

Les promoteurs des "Ch'tis" pensent déjà à l'avenir. Le film, qui cumulait 121 millions d'euros de recettes fin mai, va faire l'objet d'un remake italien, tandis qu'une version américaine serait coproduite et interprétée par Bruce Willis.

Clarisse Fabre
Article paru dans l'édition du 04.07.08