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Le plus grand bidonville rom de France bientôt rasé
A.-C. D. L.
28/08/2008 | Mise à jour : 10:31 | Commentaires 6
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633 Roumains vivaient là depuis plusieurs années.

Déserté, fermé et bientôt rasé : dans quelques jours, le plus grand camp rom de France ne sera plus. Implanté à Saint-Ouen, aux portes de Paris, le terrain sur lequel 633 Roumains avaient trouvé refuge depuis plusieurs années se vidait, mercredi, de ses derniers occupants. Certains déjà en quête d'un nouvel emplacement.

Un tiers d'entre eux environ a néanmoins accepté l'aide au retour volontaire dans leur pays d'origine. Une petite centaine a ainsi quitté la France ces jours-ci, tandis que 140 autres Roms doivent embarquer aujourd'hui dans un nouvel avion.

En fin de semaine dernière, un projet d'insertion sociale et professionnelle avait été proposé par les autorités aux familles installées sur le camp. Par le biais des travailleurs sociaux, 94 dossiers résumant autant de situations familiales avaient été étudiés par la sous-préfecture de Seine-Saint-Denis. Vingt-quatre d'entre elles seulement ont été retenues, sélectionnées selon des critères allant de la maîtrise de la langue française aux efforts de scolarisation des enfants ou la capacité des parents à travailler dans des branches professionnelles précises.

Dès lundi, ces familles poseront donc leurs bagages dans des caravanes implantées sur un terrain de la ville appartenant à Réseau ferré de France (RFF), avant d'élire domicile dans des bungalows. Enfin, sept autres familles «présentant des problèmes de santé» et logées jusqu'alors sur le campement dans de très mauvaises conditions, bénéficieront d'une prise en charge humanitaire.

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Politiques
«Le financement du RSA ? Une couardise idéologique»
Alain Lambert, sénateur de UMP l'Orne et ancien ministre du Budget. (AFP)
Alain Lambert, sénateur UMP de l'Orne et ancien ministre délégué au Budget, réagit pour Libération.fr au système de financement du Revenu de solidarité active présenté ce matin par Nicolas Sarkozy. Avec lequel il n'est pas vraiment tendre.
recueilli par Philippe Brochen
LIBERATION.FR : jeudi 28 août 2008

Vous vous dites surpris par l'annonce de Nicolas Sarkozy. Est-ce parce que ce dispositif ne vous convainc pas ?
Non. Je suis 100.000 fois pour ce dispositif. Je n'ai pas la moindre hésitation. Du reste, il y a dix ans, j'avais travaillé à la création d'un dispositif similaire, baptisé RMA (Revenu minimum d'activité). Vous voyez qu'on en est pas loin. Non, je trouve juste que Nicolas Sarkozy choisit un mauvais financement pour une bonne idée. Et qu'il va donner une mauvaise image de la bonne idée. C'est-à-dire qu'il va faire payer des gens presqu'aussi pauvres que ceux à laquelle cette mesure se destine. Ces personnes sont mal choisies.
Comment auriez-vous financé le RSA?
Il n'est pas nécessaire de lever un nouvel impôt quand on gaspille l'argent de ceux qui existent déjà. L'argent est disponible: il est dans les comptes de l'Etat, de la Sécu ... 1.000 milliards d'impôts prélevés par an, c'est le montant le plus élevé du monde. Cela montre juste que ceux qui gèrent l'argent public n'ont pas la compétence ou le sérieux pour le faire. Les ministres cherchent à avoir toujours plus de crédits, et la responsabilité est largement partagée.

Est-ce que cette taxation de 1,1% du revenu du capital est réellement catastrophique pour ses «victimes»?
Ce que je pense, c'est que le lien de confiance et d'espoir qui unissait les Français au Président est gravement en danger. Nicolas Sarkozy a été élu, y compris par des gens qui n'avaient jamais voté pour lui, pour rendre la France plus efficace, mais pas pour augmenter les impôts.

Est-ce pour lui une tentative d'estomper les échos négatifs engendrés par la création du bouclier fiscal et de la réforme de l'ISF?
Bien entendu. J'y perçois une forme de couardise idéologique en réponse à la diabolisation de la loi Tepa par la gauche. Et s'en prendre au capital, c'est une façon d'expier ce pêché. Sauf que Sarkozy impose la pénitence à ceux qui n'y sont pour rien: les petits épargnants. Je suis profondément convaincu que la droite n'a pas cherché avec la loi Tepa à favoriser les riches. Elle a tout simplement, naïvement cru qu'elle pouvait acheter la croissance. Ce sont des croyances keynésiennes, des vieilles lunes qui n'ont plus cours depuis trente ans. Sarkozy a distribué de l'argent qui termine en écrans plats qui sont fabriqués en Corée. Là, il essaie de montrer qu'il veut faire payer aussi le capital.

Et en réalité?
C'est l'épargne qu'il sanctionne sans s'en rendre compte. Il en vient à appeler à la contribution des gens qui vivent chichement de leur modeste travail, parce que l'exécutif n'a pas eu le courage de faire le tri dans ces 1.000 milliards.

Et vous, comment auriez-vous agi?
Je n'étais pas favorable à une baisse substentielle des droits de succession.

Nicolas Sarkozy a-t-il changé et s'est-il fait intoxiquer par les ministres socialistes, comme certains l'affirment dans la majorité?
Non, je pense que Martin Hirsch est très malin, très habile et qu'il a convaincu Sarkozy que ce dispositif était facilement finançable. Il a donné quelques exemples au nombre desquels il y avait la Prime pour l'emploi. Et ensuite Sarkozy, face à la suppressuion partielle de la PPE, a eu peur qu'on l'accuse à nouveau de prendre dansd la poche de pauvres pour donner à d'autres pauvres. Face à cette présentation falacieuse, il s'est dégonflé. C'est plus un enchaînement qu'une adhésion idéologique.

Vos collègues de la majorité sont-ils dans le même état d'esprit que vous?
Ils sont tous très furieux. Après, c'est toujours pareil: il y a ceux qui ont le courage de parler et les autres... Nous avons parlé entre spécialistes de fiscalité, et nous sommes inquiets de la manière dont nous allons pouvoir écrire ce nouvel impôt. Il va falloir mettre des planchers et des plafonds qui vont rendre ce dispositif fiscal très compliqué. Et qui vont en faire une nouvelle usine à gaz. On n'en avait pas besoin...


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/348140.FR.php
© Libération

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La femme
La dernière sorcière suisse réhabilitée
Accusée par l'Eglise protestante locale d'avoir provoqué la mort d'une fillette de 8 ans, la sorcière avait été exécutée en 1782. Le parlement du canton de Glaris a jugé son procès illégal et en a fait une figure symbolique.
afp
LIBERATION.FR : jeudi 28 août 2008
La dernière sorcière exécutée en Suisse en 1782 a été réhabilitée mercredi par le parlement du canton de Glaris (est), contre l'avis de l'Eglise protestante qui l'avait condamnée, et du parti de droite populiste UDC.

Exécutée par décapitation sur la place publique à l'âge de 48 ans,après avoir été reconnue coupable de la mort d'une fillette de huit ans qu'elle aurait ensorcelée, Anna Göldi a été réhabilitée 226 ans après les faits, a rapporté l'agence de presse suisse ATS.

En novembre 2007, l'Union démocratique du centre (UDC) s'était opposée à cette réhabilitation, de même que le gouvernement du canton de Glaris pour lequel la "sorcière avait déjà été réhabilitée dans l'esprit des gens".

L'Eglise protestante locale, dont le Conseil avait prononcé la condamnation d'Anna Göldi en 1782, a toujours refusé d'annuler ce jugement.

Le parlement de Glaris a reconnu que "la sorcière avait été condamnée à tort dans un procès par ailleurs illégal" et a pris cette décision à l'unanimité et sans discussion.

La "sorcière continuera de vivre en tant que figure symbolique, attirant l'attention sur l'injustice", a déclaré le gouvernement du canton.

Selon diverses recherches historiques, entre 50.000 et 100.000 personnes ont été brûlées vives en Europe sous l'accusation de sorcellerie, pour la plupart entre la fin du XVe siècle et le milieu du XVIIe. Quatre-vingt pour cent d'entre elles étaient des femmes.


http://www.liberation.fr/actualite/instantanes/femmedujour/348037.FR.php
© Libération

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Jacques Rancière est philosophe
Philosophes d'hier et d'aujourd'hui
LE MONDE DES LIVRES | 21.08.08 | 16h39 • Mis à jour le 21.08.08 | 16h39

emaine après semaine, "Le Monde des livres" a accompagné la série "Le Monde de la philosophie" en publiant deux types d'articles : des entretiens avec des figures intellectuelles contemporaines, d'une part, et des témoignages signés par de jeunes enseignants, d'autre part. Les voici tous réunis dans l'ultime volume de cette série. A cette occasion, nous avons demandé à Jacques Rancière, théoricien de la liberté et de l'émancipation, ce que pourrait être une philosophie authentiquement "populaire".

Dans votre livre Le Philosophe et ses pauvres (Fayard, 1983), vous montrez que, depuis Platon, les philosophes considèrent que le peuple est incapable de penser par lui-même. Dans ces conditions, comment imaginer une philosophie "populaire" ?
L'essence du platonisme, c'est que chacun soit à sa place et fasse sa propre affaire. L'affaire du travail, qui demande la fixation à une tâche et à un lieu, exclut celle de la philosophie, qui demande le loisir de la promenade. Heureusement, la divinité a donné à ceux qui sont destinés à l'une ou l'autre occupation des "aptitudes" différentes. Mais les dieux vieillissent et les interdits se transgressent. La division des occupations et des aptitudes prend alors d'autres formes : les platoniciens modernes remplacent l'exclusion par l'adaptation. Une fois constaté que les gens du peuple ont une fâcheuse tendance à épargner du temps et à se mêler du ciel des idées, des sublimités de l'art et du gouvernement des Etats, ils leur proposent une philosophie, une littérature, une culture pour le peuple, correspondant à sa situation, à ses intérêts et à ses capacités. Aujourd'hui cela prend la forme du ciblage des publics déterminés, et dans ce ciblage, l'opposition d'une "philosophie pour la vie quotidienne" aux aridités académiques tient une bonne place.

A cela il faut opposer non pas une philosophie faite par ou pour le peuple mais une philosophie et une activité philosophique disponibles pour tous, permettant à tous ceux qui le veulent de retracer à leur idée la ligne séparant ce qui convient ou ne convient pas à leur condition et à leurs aptitudes. Quan d j'ai organisé le premier cycle de philosophie à l'université de Saint-Denis, au début des années 1990, j'ai constaté que presque tous les étudiants venaient de terminales techniques, où les trois heures de philosophie hebdomadaires avaient représenté une brèche dans un programme fait pour les adapter aux occupations convenant à leurs compétences. J'ai vu aussi des associations locales de petites villes susciter un intérêt pour les formes de philosophie les moins immédiatement "accessibles". Je me souviens de l'impression laissée à Orange sur des auditeurs, d'abord rassemblés pour créer un espace alternatif à la municipalité Front national, par une conférence très "hard" de Toni Negri sur Spinoza.

Si la philosophie se popularise, c'est par ces voies et non en voulant se mettre à la portée des supposés ignorants ou en s'occupant des problèmes existentiels de chacun. Personne n'est obligé de faire de la philosophie non plus que de la littérature ou de la musique, mais tous ceux qui désirent en faire savent que cela demande du temps et du travail. Seulement ce temps et ce travail ne se mesurent pas à l'aune des stratégies qui veulent "réduire" la "distance" séparant la pensée ou l'art du peuple, pas non plus selon les formes de progressivité supposées requises par l'acquisition d'un savoir de spécialistes. La philosophie populaire est une philosophie qui met en oeuvre la capacité de penser commune à tous et où l'on peut pénétrer par de multiples voies.

Dans son Petit panthéon portatif (La Fabrique), Alain Badiou déplore le destin de la philosophie dans nos sociétés : "On a vu apparaître des magazines dans lesquels la "philosophie" ressemble à la médecine douce par les plantes ou à l'euthanasie des enthousiastes. Philosopher serait une petite partie d'un vaste programme : rester en forme, performant mais cool...", écrit-il. Qu'en pensez-vous ?
Cette "privatisation" de la philosophie s'inscrit dans la logique de distribution dont je parlais : d'un côté la philosophie comme technique pour spécialistes, de l'autre la philosophie comme thérapie des problèmes personnels de chacun. Cette division du travail a été renforcée par la réaction anti-"pensée 68". La "pensée 68", cela voulait dire une philosophie sortant de l'enceinte universitaire et de la défense de son identité, renouvelant ses formes et ses modes d'intervention pour répondre aux subversions contemporaines de la politique, des savoirs ou des arts et donnant en retour des outils ou des armes à ces subversions.

La restauration des années 1980 a divisé à nouveau le travail : d'un côté, la philosophie "sérieuse" de l'université, fondée sur l'autorité de commissions de sélection, et vouée pour l'essentiel à l'érudition en histoire de la philosophie ; de l'autre, une "philosophie pour tous" conçue comme ensemble de recettes de bonheur pour les individus. Et, entre les deux, une philosophie "politique" mettant la tradition philosophique au service de l'ordre existant, à grands coups de références au "bien commun" aristotélicien ou à la noblesse arendtienne de la vie politique opposée aux vils intérêts économiques.

On a prétendu retrouver la vraie philosophie à l'antique, fondée sur l'exercice spirituel et l'application à la vie de chacun. Mais la philosophie n'est née qu'en se séparant de la sagesse, c'est-à-dire de l'idée d'une formule de la vie bonne incorporée à l'existence de chacun par des exercices propres. La philosophie antique "retrouvée" qu'on nous sert aujourd'hui est en fait dépouillée de tout ce qui a été son intervention dans les affaires de la communauté, les performances du théâtre ou le développement et les querelles des savoirs. On prétend opposer cette philosophie vécue à la tradition universitaire. Mais des philosophes "universitaires" comme Kant, Fichte ou Hegel étaient infiniment plus près de la vie, des bouleversements qui affectaient la vie du savoir, des arts et des peuples que ceux qui ramènent la philosophie à des petites recettes de vie individuelles semblables à celles de tous les marchands de bonheur.

Vous évoquiez l'enseignement de la philosophie en classe de terminale, une spécificité française régulièrement menacée. Selon vous, qui avez une ample expérience de l'enseignement à l'étranger, y a-t-il un lien entre cette tradition pédagogique et la place singulière de la philosophie dans notre espace public ?
Quand on parle de la place de la philosophie dans l'espace public, on parle de deux choses bien différentes : il y a, d'une part, la possibilité qu'ont eue certaines inventions philosophiques de sortir du cadre de la transmission académique, de trouver des échos dans les préoccupations des militant(e)s politiques comme des scientifiques et des artistes mais aussi de tous ceux qui, en n'importe quelle position sociale, recherchent d'autres catégories pour penser leur pratique hors des cadres imposés ; il y a, d'autre part, les interventions es qualités de philosophes de service pour commenter les grands événements ou les débats de philosophie politique formatés dans les médias.

Cela dit, il est vrai que les deux phénomènes sont en partie liés à cette spécificité française. La philosophie en classe terminale, cela a signifié dans le système scolaire français deux choses opposées : au temps de Victor Cousin, c'était le couronnement des études secondaires par un ensemble de certitudes partagées propres à remplacer la religion d'antan. La IIIe République, la réforme des programmes dans les années 1920 et la généralisation de l'accès à l'enseignement long ont peu à peu transformé cet enseignement doctrinaire en un exercice relativement indéterminé, plus propre à fissurer la distribution ordonnée des savoirs scolaires qu'à la couronner. La dissémination de l'enseignement philosophique dans les lycées et l'éclectisme même des pratiques ont ainsi produit le contraire de la visée initiale : ils ont abouti à une diversité non seulement des doctrines mais même des modes d'existence de la philosophie.

Cette diversité empêche que telle ou telle philosophie prenne une position de monopole. On le voit bien par le contre-exemple du monde américain où la spécialisation de la philosophie comme discipline universitaire favorise le quasi-monopole de la philosophie analytique. Là où la philosophie est réservée aux futurs professeurs de philosophie, la politique tend elle-même à être réservée aux politiciens et aux politologues. D'un côté, l'idée du lien organique entre philosophie et république française protège cette diversité. De l'autre, elle peut fonder un dogmatisme nouveau et l'arrogance de ces philosophes donneurs de leçons qui, de Luc Ferry à Alain Finkielkraut, prétendent incarner la tradition française des Lumières et l'esprit républicain. Il faut se méfier de la prétention professionnelle des enseignants de philosophie à enseigner à leurs élèves l'esprit critique et à former ainsi des participants éclairés au débat public. Nulle discipline n'enseigne l'esprit critique et si la philosophie peut contribuer à la discussion publique, c'est en cassant la distribution des rôles qui fractionne la chose commune en une multiplicité de spécialités professionnelles. C'est en y opposant une capacité de penser qui appartient à tous.

Propos recueillis par Jean Birnbaum
Brève histoire des idées

Sous le titre Brève histoire de la philosophie, notre collaborateur Roger-Pol Droit a rassemblé les préfaces qu'il a données aux vingt premiers volumes du "Monde de la philosophie" - de Platon à Nietzsche en passant par saint Augustin, Machiavel et Tocqueville. Le volume est organisé autour du thème de la vérité, cette vérité, dit l'auteur, qui, "contrairement à ce qu'on pourrait croire, traverse à sa manière des aventures de toutes sortes". En conclusion, même s'il admet que la vérité est une notion aujourd'hui "malmenée, contestée...", Roger-Pol Droit estime que ses " aventures se poursuivent encore".

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Tony Duvert
LE MONDE | 23.08.08 | 14h25 • Mis à jour le 23.08.08 | 14h25

L'écrivain Tony Duvert, 63 ans, a été découvert mort, le mercredi 20 août, chez lui, dans le petit village de Thoré-la-Rochelle (Loir-et-Cher). Sa mort remonte à environ un mois. Une enquête a été ouverte, mais il s'agit probablement d'une mort naturelle. Tony Duvert n'avait pas publié de livres depuis 1989. On l'avait presque oublié, et pourtant, il a marqué son époque - les années 1970 - par l'extrême liberté qu'il manifestait dans son écriture comme dans sa vie, par un ton unique, fait de crudité et de grâce, par le rythme de sa phrase, sans ponctuation souvent, emportée par le seul mouvement du désir, capable, comme on l'imaginait alors, de changer le monde.

Né en 1945, Tony Duvert était un hors-la-loi, se sentait un interdit de séjour - titre de l'un de ses premiers livres, paru en 1969 chez Minuit, qui restera toujours son éditeur. Mais la musique à la fois rude et raffinée de sa prose donnait à toutes les déambulations, à toutes les randonnées nocturnes d'un homme qui aimait les hommes une allure d'odyssée funèbre, de promenade presque mythique à force d'étrangeté et de solitude du côté des quartiers les plus sombres des villes.

Dans Le Voyageur (1970), Tony Duvert laisse, avec un sentiment de chute libre et d'absence à lui-même, les vieilles images l'encercler. Dans la campagne noyée par l'hiver et la pluie, les ombres de Karim, tué par sa mère, de Daniel, l'adolescent auquel le narrateur apprend à écrire, d'André, de Pierre et de Patrick, démunis, perdus, recherchent dans le brouillard une douceur et une justice que le monde leur refuse.

C'est peut-être pour les accueillir que Tony Duvert compose ce Paysage de fantaisie, couronné par le prix Médicis en 1973. Dans un orphelinat-maison de passe, les pensionnaires peuvent s'abandonner à toutes les lubies d'un instant, sans jamais de tabou, de regard, de reproche. Il y a dans ce livre une sorte de jubilation amorale, d'allégresse féroce. Et dans le bousculement de la grammaire, des gestes et des scènes, dans l'emportement de la phrase unique, un défi lancé à toutes les conventions littéraires et éthiques. Dans sa joie presque enfantine, c'est comme si Duvert oubliait qu'il était adulte, peut-être même qu'il était écrivain.

Mais c'est dans Journal d'un innocent (1976) que s'exprime, avec le plus d'évidence, cette innocence païenne. Dans un univers sans faute ni souffrance, quelque part dans le Sud, les accouplements se succèdent avec un naturel total, absolu. Il n'y a que la peau et le soleil, la simple adoration du désir : et on dirait que Tony Duvert s'affranchit de la nécessité même de l'érotisme, des obligations de la pornographie - cette pornographie dont on l'a si facilement taxé pour le recouvrir d'un nuage de soufre et faire oublier qu'il a été un grand écrivain du bonheur de la chair. Deux essais, Le Bon Sexe illustré (1974) et L'Enfant au masculin (1980) tenteront de donner une forme plus réfléchie à sa vision du monde et de l'amour.

Il y avait chez Tony Duvert une ferveur vraie : celle pour la nature, au coeur surtout de Quand mourut Jonathan (1978) qui retrace l'amour d'un homme et d'un enfant. Cette relation prend l'aspect et le rythme d'une association biologique, comme si, à force d'entente et d'harmonie, ils devenaient tous les deux des plantes éliminant mutuellement les poisons nuisibles à l'autre jusqu'à ce qu'ils soient détruits et séparés par la société. Cette société que Tony Duvert semble rejoindre pour mieux la dénigrer, dans L'Ile Atlantique (1979), son roman le plus classique, presque naturaliste. C'est une sorte de comédie à la Marcel Aymé que Gérard Mordillat adaptera, en 2005, pour la télévision. Ensuite, Tony Duvert n'écrira plus de roman. Un anneau d'argent à l'oreille (1982) n'est qu'un lointain reflet, l'écho d'un adieu à cette forme littéraire.

En 1989, il publiera encore un Abécédaire malveillant, série d'aphorismes qui expriment toutes ses détestations - les prêtres, les philosophes, les parents. Mais on sentait qu'il avait perdu la joie de la provocation. Comme s'il avait compris que les temps lui seraient de plus en plus hostiles, qu'il ne pourrait plus ouvrir de paysage de fantaisie, avec sa seule phrase, sa musique presque barbare. Il s'est isolé dans ce petit village de Loir-et-Cher, très seul, démuni, ne recherchant même pas le secours des mots et n'entendant au loin, parfois, que les rires de ses anges païens.

2 juillet 1945
Naissance à Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne)

1967
Publie "Récidive"

1969
Publie "Interdit de séjour"

1973
Prix Médicis pour

"Paysage de fantaisie"

1979

"L'Ile atlantique"

1989

Publie "Abécédaire malveillant"

Eté 2008
Mort


Jean-Noël Pancrazi

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Culture
Tony Duvert, le corps délivré
Décès. Auteur de livres sans tabou dans les années 70, l’écrivain a été retrouvé mort mercredi.
éric Loret
QUOTIDIEN : samedi 23 août 2008

On rencontre un jeune homo lettré de 20 ans qui n’a jamais entendu parler de Tony Duvert, ni de Mapplethorpe, d’ailleurs, ni de Guibert. Il maîtrise en revanche assez bien son Dustan et son Pellerin. Question de mode. Un vieil ami hétéro ne se rappelle plus s’il a encore son exemplaire du Bon sexe illustré (1974), car il craint de l’avoir jeté pour éviter que ses copines ne tombent sur les photos d’enfants en érection qui ornent ledit ouvrage. Tony Duvert a donc bien fait de mourir, pour renaître, on l’espère, à la littérature. Ses textes (éditions de Minuit et Fata Morgana), viennent d’un temps où l’on ne croyait pas qu’un roman revenait exactement au même qu’un viol, une époque où les adultes se rappelaient avoir eu, vers 7 ou 8 ans, des désirs sexuels.

«Plaisir». En 1973, le Figaro pouvait donc écrire tranquillement, à propos de Paysage de fantaisie, que «de la perversion la plus vertigineuse, mystérieusement naît […] l’innocence». Bertrand Poirot-Delpech, dans le Monde, voyait dans l’autobiographique Journal d’un innocent (1976), une «ligne de partage [non pas] entre homosexuels et hétérosexuels, mais bien entre l’humanité et les cafards, ceux qui aiment le plaisir et les autres.»

Aujourd’hui, l’écrivain, l’éditeur et les journalistes littéraires sympathisants iraient tous en prison si de tels livres étaient publiés et chroniqués. Et pourtant, c’est plus de littérature qu’il est question chez Duvert, que de socratiser les petits enfants, en ce que la littérature est un outil politique. Ses premiers textes paraissent en 1967. Ecrits au couteau, brûlants, ils côtoient l’imaginaire d’un Augiéras ou d’un Guyotat. Roland Barthes, jury du prix Médicis en 1973, soutient et fait gagner ce jeune auteur de 28 ans contre Bernard Noël, pourtant son ami. On lui trouve des affinités avec le Nouveau Roman à ses débuts, il abandonne vers la fin l’expérimentation pour parler «la langue Guy des Cars»(entretien avec Guy Hocquenghem et Marc Voline dans Libération du 10-11 avril 1979). Voulant changer la vie, il estime qu’il faut être entendu par tous. La carrière littéraire de Duvert dure à peine plus de dix ans, avec une coda un peu décevante, l’Abécédaire malveillant (1989).

Première page de District, bref récit de 1967, revu en 1977: «Des camions. Des voitures. On dresse des maisons. On évacue des blessés. Le silence tombe, et la nuit. Certains ouvriers avaient la diarrhée, on les voyait s’accroupir dans un coin. Des enfants jouaient. Les jours passaient. Il y avait des tas de sable qui ressemblaient à des fourmilières géantes. Pour le ciment, pour les enfants. La crèche était construite, pas tout à fait. Elle n’avait pas de plancher, les enfants tomberaient, pas de cave, pas de sol, pas de terre : les enfants iraient en enfer.» Toute l’œuvre de Duvert est ainsi l’exploration déflagrante, tantôt célinienne, tantôt presque bourdieusienne, de l’enfer que Foucault, à la même époque, appelle le «biopouvoir», à savoir l’inscription du gouvernement dans le corps même de l’individu. Plus besoin d’interdire, la castration est désormais volontaire: ainsi les garçons sont-ils habitués «à avoir une chair dont les zones de jouissances se limitent à quelques grammes de viande tubulaire qu’ils peuvent envoyer en mission orgasmique, loin d’eux, sans même avoir à dénuder leur corps abstrait de sujet mâle»(in Journal d’un innocent).

Son cher sujet reste l’impossible relation entre adulte et enfant de sexes masculins (la transparence, comme chez Rousseau, est perdue) mais il déclarait dans le même entretien à Libé : «Je me désolidarise entièrement de la pédophilie telle que je la vois. Je reste entièrement solidaire des combats contre.» Si les mères représentent dans ses romans la rivale à détruire, sa haine se voue plutôt à la famille comme instrument du biopouvoir, et c’est une sorte de féminisme qui le pousse à vouloir tirer femmes et enfants du lit de Procuste de l’aliénation.

«Infirmes». S’il y a une guerre à mener, pensait-il, c’est«contre les droits culturels exclusifs de la famille, de plus en plus refilés à cette espèce de sous-produit humain en quoi les femmes sont changées. Et je dis que dans la mesure où la vie en société m’intéresse, je souhaiterais que les gens qui vont devenir adultes soient en contact avec des êtres moins infirmes que ceux qu’on a transformés en femmes. […]Le combat à mener, c’est pour que l’Etat et la sexualité n’aient plus le moindre rapport.» Comme on le sait, on passe aisément de Rousseau à Sade.

Le corps de Tony Duvert a été retrouvé mercredi dernier à son domicile de Thoré-la-Rochette (Loir-et-Cher), village où il avait rejoint sa mère en 1989. L’écrivain solitaire était décédé de mort naturelle depuis «au moins un mois», selon le parquet. Il avait 63 ans.


http://www.liberation.fr/culture/347102.FR.php
© Libération

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L'Allemagne rouvre au public une forteresse de la guerre froide
LE MONDE | 22.08.08 | 15h54 • Mis à jour le 22.08.08 | 16h03
PRENDEN (Brandebourg, Allemagne) CORRESPONDANCE

'est un univers de béton, un dédale de pièces et de couloirs enfouis dans les profondeurs de la terre. Le bunker antiatomique de l'ancien dirigeant est-allemand Erich Honecker, ouvert exceptionnellement à la visite pour trois mois, est un de ces lieux tout droit issus de la paranoïa de la guerre froide. Sis au milieu d'un bois de pins aux abords de la petite ville de Prenden, à une quarantaine de kilomètres au nord de Berlin, cet abri fortifié était censé servir de refuge au chef du parti unique SED et aux membres du conseil de défense de la République démocratique allemande (RDA) en cas d'attaque nucléaire de l'OTAN.

Le bunker, baptisé "projet 17/5001" et programmé dans le plus grand secret dès 1971, a été construit entre 1978 et 1983, à l'époque de la "guerre fraîche" et de la crise des missiles en Europe. Près de 85 000 tonnes de béton armé ont été nécessaires pour donner forme à ce paquebot souterrain de 7 500 mètres carrés. Doté de quelque trois cents pièces étagées sur trois niveaux et enterrées jusqu'à 70 mètres de profondeur, il pouvait accueillir 400 personnes et fonctionner en totale autonomie pendant deux semaines.

Et après ? "Après, des avions spéciaux auraient été mis à la disposition d'Erich Honecker et des membres du conseil pour les évacuer, probablement vers l'Union soviétique", explique Hannes Hensel, de l'association Berlin Bunker Network, chargé des visites. En fin de compte, l'ancien dirigeant n'est venu qu'une fois visiter le fortin, au moment de son inauguration, en 1983. La légende raconte qu'il ne se serait pas attardé plus d'un quart d'heure, choqué par la démesure du bâtiment.

"VEILLE STRATÉGIQUE"

Ce bunker "n'est pas le plus grand, mais certainement le plus sophistiqué des pays du pacte de Varsovie à l'exception de l'URSS", précise M. Hensel. Outre les cuisines, les dortoirs ou les salles de réunion, le visiteur traverse des pièces aux équipements complexes permettant à cette vaste machinerie de fonctionner en autarcie. Juste après une attaque, le bunker pouvait ainsi puiser pendant 36 heures dans ses propres réserves d'oxygène grâce à un système d'air comprimé. Ses installations les plus stratégiques ont été disposées sur des plates-formes mouvantes en suspension afin d'amortir le choc causé par une déflagration nucléaire.

Pour pénétrer dans le saint des saints, il fallait d'abord passer par un sas de décontamination. Au sol figurent encore des lignes bleues et rouges : ces dernières auraient indiqué le chemin des cabines de douche aux personnes contaminées. Celles-ci auraient dû se frictionner pendant 15 minutes avec une solution chimique et enfiler de nouveaux vêtements avant de pouvoir accéder au bunker.

Jusqu'à la disparition du rideau de fer, en 1989, les lieux sont restés en état de "veille stratégique", entretenus en permanence par une trentaine de techniciens. Depuis, le temps a fait son oeuvre : de la moisissure couvre les murs et les quelques meubles en place. Des appartements privés d'Erich Honecker, il ne reste plus rien si ce n'est un petit carré de moquette. Certaines cloisons sont encore tapissées d'un papier peint à fleurs, vaine tentative visant à apporter un peu de chaleur dans cet univers carcéral.

Après la chute du Mur, la Bundeswehr, l'armée de la République fédérale, a investi les lieux. Les militaires se sont abondamment servis en instruments de mesure toujours en état de marche. Par ailleurs, des voleurs se sont introduits dans la forteresse, subtilisant des kilomètres de câbles et de tuyaux. Privé de certains baromètres et d'une partie de son armature, le système s'est partiellement détraqué : l'eau fuit, l'air est saturé d'humidité et la température n'excède pas les 11 degrés.

Fermé en 1993, le bunker a pourtant été régulièrement visité depuis 2002 grâce à l'ouverture d'un passage illégal. Ne disposant pas des normes de sécurité nécessaires, faute d'argent, il ne pourra rester ouvert aux touristes plus de trois mois. Fin octobre, il sera scellé pour toujours.

Marie de Vergès

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L'exposition Présence Panchounette chahutée à Bordeaux
LE MONDE | 22.08.08 | 15h57 • Mis à jour le 22.08.08 | 16h20
BORDEAUX CORRESPONDANTE

a rétrospective de Présence Panchounette à Bordeaux va-t-elle se terminer - décrochage prévu le 31 août - sur une note de mauvais goût (municipal), voire sur un incident diplomatique ? Depuis le 14 juin, la ville rend hommage à ce collectif d'artistes bordelais, qui a sévi des années 1970 à 1990, passant maître de la critique sociale par l'absurde, la dérision et l'humour (Le Monde du 20 juin). Quatorze lieux ont été choisis, dont quatre à ciel ouvert, sous la houlette du Centre d'art plastique contemporain (CAPC). Un hommage salué par la fréquentation importante des différents sites par le public.

Mais tous les fonctionnaires municipaux ne partagent pas cet engouement. Frédéric Roux, un des ex-activistes du collectif, en a fait l'amer constat par hasard : début août, de passage à Bordeaux, il découvre que l'oeuvre accrochée place de la Victoire, symbolisant le commerce négrier à Bordeaux, est en partie détériorée. Plus loin, l'installation sonore au jardin public - une musique sirupeuse passée en boucle - ne fonctionne pas. Et dans le hall du Grand Théâtre, l'oeuvre est invisible.

Le bouquet : dans les jardins de l'hôtel de ville, Dwarf-Dwarf II, un nain de jardin en polyester de 2,30 m, a disparu. Depuis le 23 juillet, il est planqué contre les toilettes du Musée des beaux-arts attenant au jardin, derrière des sapinettes en pot. Pas de quoi faire perdre leur bonne humeur au collectif, dont six des sept membres se sont retrouvés le 8 août pour déposer une gerbe mortuaire ("Dwarf-Dwarf II, reviens-nous") au pied de la sculpture cachée. Pour les oeuvres situées dans les sites clos, en revanche, rien à signaler.

"ILS SONT DINGUES !"

Frédéric Roux questionne et échafaude des hypothèses, livrées le 5 août dans une lettre ouverte à Alain Juppé, maire UMP de Bordeaux, pétrie d'humour et de causticité. Selon lui, le nain de jardin "aurait été déplacé pour que le président de la République ne l'aperçoive pas lors de sa venue, le 25 juillet, pour le sommet Europe-Afrique du Sud. (Nicolas Sarkozy) aurait pu y voir une allusion désobligeante à sa petite taille."

Au cabinet du maire, l'histoire fait sourire, parfois la mâchoire serrée : "Ils sont dingues ! Que vont-ils inventer ?" L'affaire est pourtant prise au sérieux. Selon le cabinet, l'enlèvement du nain n'est pas diplomatique - Nicolas Sarkozy n'est pas venu à la mairie le 25 juillet -, mais technique : Dwarf-Dwarf II était devenu bancal du fait des assauts répétés d'enfants. Un policier municipal, peu habitué au protocole des expositions, aurait pris la décision unilatérale de faire enlever la sculpture par les employés des espaces verts. Sans prévenir ni mairie ni CAPC et encore moins les artistes.

Pour les autres points litigieux, le néon de la Victoire est réparé depuis le 7 août, grâce au coup de poing épistolaire de Frédéric Roux. La fermeture du Grand Théâtre est une réalité mais prévue et connue de longue date. Pour l'installation du jardin public, pas de changement. Les gardiens assument : "On ne met pas cette musique de parking, car les visiteurs en avaient marre et nous ont demandé de la couper", affirment-ils.

De quoi donner raison à l'ex-activiste sexagénaire, qui écrivait au maire : "Etant donné vos fonctions, vous devriez sérieusement vous inquiéter du mauvais fonctionnement de vos services (c'est quand même le bordel !) (...). Depuis quand les fonctionnaires municipaux sont-ils chargés de l'édification des populations dont ils sont les employés ? Et jusqu'où leur est-il permis d'aller ? Le concierge de l'Opéra où se joue Parsifal fermera-t-il un jour les portes au public sous prétexte qu'il n'aime pas Wagner (il préfère Verdi) ?"

Post-scriptum heureux : lundi 18 août, une conservatrice mandatée par le Fonds régional d'art contemporain de Loire-Atlantique, propriétaire du nain, n'a constaté aucun "dommage structurel". Dwarf-Dwarf II devrait retrouver sa place d'ici à la fin de la semaine.

Claudia Courtois

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Culture
Manny Farber, le fin mot
Disparition. Franc-tireur du langage, le critique américain de cinéma est mort dimanche à l’âge de 91 ans.
Correspondance à Los Angeles PHILIPPE GARNIER
QUOTIDIEN : vendredi 22 août 2008

Manny Farber était le meilleur critique de cinéma que l’Amérique ait jamais produit. Pauline Kael était plus lue, James Agee plus coulé dans le bronze de la réputation, Andrew Sarris a fait plus de dégâts dans les petites têtes, mais Farber était le plus original, le plus américain. Et il lui a suffi d’un seul livre pour devenir le plus important : Negative Space , recueil de ses textes publiés dans des revues comme Commentary, Film Culture, et finalement The Nation,où il remplaça Agee.

Farber, qui vivait malade depuis des années à Leukadia, au nord de San Diego, est mort dimanche, à 91 ans. Il est né à Douglas, la ville frontière où Kusturica a filmé Arizona Dream, et même s’il a grandi à Berkeley et vécu à New York, ces origines dans un recoin du pays expliquent peut-être l’excentricité de Farber, tant comme peintre que comme critique.

Friandises. On retrouve sur ses toiles les friandises qu’il mangeait dans les salles de cinéma, pop-corn et barres de chocolat. Et, tout comme il est vite passé de l’abstrait à des toiles plus représentatives, avec de curieuses perspectives écrasées vues de haut, Farber était un critique qui regardait les films dans les coins.

Dana Andrews dans un saloon sautant à pieds joints sur la figure d’un vacher à terre, le tout hors-champ derrière un bout de comptoir : une brutalité désinvolte qui, pour le critique, résumait The Ox-Bow Incident et l’art de William Wellman. Manny Farber était l’esprit de contradiction personnifié. Même dans un article intitulé «Eloge de James Agee», son sujet en ressort écorché. Son triomphe était son refus absolu de toute hiérarchie, fameusement établi dans l’article «White Elephant Art and Termite Art», sorte de manifeste contre les «chefs-d’œuvre», optant au contraire pour l’art tranquille et souterrain d’hommes de studios comme John Ford, Wellman ou Boetticher, finalement plus individualistes, à ses yeux, que les m’as-tu-vu prisés des intellectuels new-yorkais. Mais (encore une contradiction), il a aussi écrit les textes définitifs sur deux des cinéastes les plus uniques et spécifiquement américains, Preston Sturges et Val Lewton. Farber était «l’Homme de l’Ouest», même quand il sévissait à New York, mélange d’instinct pratique, de bricolage et d’originalité absolue.

Chantiers. A Greenwich Village au début de la Seconde Guerre mondiale, il commence à écrire sur l’art, puis sur le cinéma, dans The New Republic, et fréquente Jackson Pollock, Larry Rivers et DeNiro père. Mais il passe les années 50 à travailler sur des chantiers, tout en plaçant des articles iconoclastes où il dézingue les veaux d’or du moment (Mankiewicz, Huston, Wyler). C’est du moins ce qu’on dit toujours sur lui. Mais Farber est un tel franc-tireur du langage qu’il est impossible de le réduire aux idées, aussi fortes soient-elles. Il fait tellement craquer les phrases aux coutures, bourrant tant de sens et de contradictions dans une même phrase, qu’il est difficile de l’apprécier en traduction, même inspirée - l’Espace négatif (Negative Space) est paru en 2004 chez POL.

Lors de sa venue en France, en mars 2004, Farber expliquait ainsi son approche à Libération : «Je voulais embrasser tous les aspects d’un film, rendre la manière dont je m’y étais immergé en jouant des ruptures de ton.» Ses intérêts changent vers 1970, quand il va enseigner à San Diego. Changement accentué par son mariage avec la peintre Patricia Patterson, avec qui il collabore désormais, écrivant sur Godard, Duras ou Fassbinder, cinéastes qu’il découvre après sa rencontre avec Jean-Pierre Gorin à Venise, en 1973. Mais même si sa santé l’a empêché d’être présent à une rétrospective de ses peintures à LaJolla en 2004, il avait choisi d’y présenter les Petites Canailles, Hou Hsiao-hsien et un cartoon de Chuck Jones.


http://www.liberation.fr/culture/346838.FR.php
© Libération

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Société
Enfant trouvé à Marseille: la mère en garde à vue
Le petit garçon a été trouvé, seul, dans une cité de Marseille le 5 août. (AFP)
La mère du petit Mohamed retrouvé seul à Marseille se voit reprocher une aide au «séjour irrégulier» de la nounou à qui elle avait confié l’enfant en échange de 500 euros
AFP
LIBERATION.FR : mercredi 20 août 2008
La mère du garçon de deux ans et demi trouvé seul à Marseille il y a deux semaines, a été placée en garde à vue dans la soirée de mardi, selon des sources judiciaires. Il lui est reproché une aide au séjour irrégulier de la «nounou» à qui elle aurait confié son enfant.
Selon les éléments fournis par le procureur de la République de Marseille, la mère du jeune enfant l’avait confié à cette amie, moyennant finances. Cette somme d’argent (500 euros versés au départ auxquels devait s’ajouter un montant de 200 euros au retour, selon le procureur) pourrait être constitutive d’une aide au séjour irrégulier de cette «nounou» qui n’a toujours pas été retrouvée.

Le concubin de la «nounou» a lui aussi été placé en garde à vue pour la même raison.

Hier mardi, la mère du petit Mohammed trouvé il y a 15 jours, errant, seul, dans une cité du nord de Marseille, était revenue par avion à Marseille où elle réside. Elle était partie en Algérie le 9 juillet au chevet de sa mère malade.

Elle a expliqué aux enquêteurs, dès son retour à Marseille, que l’amie à qui elle avait confié son fils ne lui avait pas dit que le garçon avait disparu. Agée de 34 ans et mère de cinq enfants, la jeune femme a affirmé ne pas avoir emmené le petit Mohamed avec elle en raison d’un problème de passeport.

La mère, de nationalité algérienne et résidente régulière en France, a soutenu avoir appelé à plusieurs reprises la «nounou» de son fils.

coup de fil quotidien

«Elle m’a dit qu’elle avait appelé tous les jours pour prendre des nouvelles. Le problème, c’est que la nounou lui a menti pendant 13 jours. Elle lui disait que le petit allait bien mais qu’il ne pouvait pas lui parler parce qu’il dormait ou qu’il était chez sa propre mère», a déclaré la cousine de la mère, Khaldia Dussourt.

C’est elle qui a finalement permis de résoudre le mystère. En lisant par hasard le quotidien La Provence, dimanche, elle a reconnu le fils de sa cousine qu’elle a immédiatement alertée.

Les enquêteurs veulent également entendre la «nounou» dont la mère n’a donné que le prénom et qui pourrait être sujette à des sanctions pénales mais «cela va dépendre de ses explications», a précisé le parquet.

Le garçon, d’abord placé dans un foyer, a été placé dans une famille d’accueil et n’a pour le moment pas eu de contact avec sa mère depuis qu’elle est rentrée. Le procureur a estimé qu’il «y a une doute» sur la capacité de la mère à s’en occuper. «On ne lui rendra son enfant que si elle est apte à s’en occuper», a-t-il ajouté.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/346424.FR.php
© Libération

(jour de fête),

Société
Nathalie Ménigon est sortie de prison
NNathalie Ménigon arrivant à la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, au terme de son premier jour de semi-liberté le 2 août 2007. (AFP)
L'ex-militante d'Action directe, condamnée deux fois à la réclusion à perpétuité, est en liberté conditionnelle.
AFP
LIBERATION.FR : samedi 2 août 2008

L’ex-militante d’Action directe (AD) Nathalie Ménigon, 51 ans, qui bénéficie d’une mesure de libération conditionnelle, a quitté samedi matin la prison de Seysses, près de Toulouse, a constaté un journaliste de l’AFP.

Nathalie Ménigon est sortie de l’établissement pénitentiaire à 9H00 à bord d’une voiture de couleur bordeaux, en compagnie de trois personnes venues la chercher. L’ex-militante du groupe armé d’extrême gauche n’a fait aucune déclaration.

Condamnée à la réclusion à perpétuité en 1989 et 1994, elle avait été transférée dans cet établissement pénitentiaire le 2 août 2007 dans le cadre d’un régime de semi-liberté. Elle s’est vu accorder la libération conditionnelle le 17 juillet dernier par le tribunal de l’application des peines de Paris. Le parquet ne s’y était pas opposé.

Comme les autres membres du noyau dur d’AD, Jean-Marc Rouillan, Georges Cipriani et Joëlle Aubron, décédée en 2006, Nathalie Ménigon a été condamnée deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité, pour l’assassinat du PDG de Renault, Georges Besse, en 1986, et de l’ingénieur général de l’armement, René Audran, un an plus tôt. Elle a passé plus de vingt ans en prison.


http://www.liberation.fr/actualite/societe/342721.FR.php
© Libération