Je suis en train de faire un ‘Kit de repérage des restes’ pour une commande publique. Les restes, c’est à la fois les restes des matières fécales que laissent les animaux, les restes de corps animal que l’on peut trouver en forêt, les débris des feuilles mortes, tout ce qui appartient au végétal. C’est enfin les restes manufacturés oubliés par l’homme, c'est-à-dire les déchets. C’est intéressant de voir comment une matière fécale ou un reste produit de l’énergie, et d’observer tous ses stades de transformation. Cette idée du déchet n’existe pas dans la nature puisqu’une matière fécale va servir de nourriture, se transformer. Le déchet des uns est la nourriture des autres, et tout cela fonctionne en circuit fermé. Propos recueillis par Boris Daireaux pour Evene.fr - octobre 2006Un observateur du vivant
INTERVIEW DE MICHEL BLAZY
J’ai toujours voulu faire de l’art, en fait, sans trop savoir au début ce que ça représentait réellement. Mon père peignait à ses heures perdues, et je sentais qu’il vivait, sans savoir pourquoi, quelque chose de fort. Une fois que l’on a cette idée dans la tête, on ne sait pas ce que c’est que l’art, ce que c’est qu’être artiste. On le découvre petit à petit… J’ai donc fait une école d’art à Nice, la Villa Arçon. Ensuite, j’ai fait un post-diplôme, à Marseille, en un an, puis je suis venu habiter Paris. Au début, j’ai pu bénéficier d’un atelier, puis quand cela ne fut plus le cas, je me suis installé sur l’Ile-Saint-Denis, dans le 93.
Pouvez-vous nous parler de l’exposition qui se déroule en ce moment à la Maréchalerie, à Versailles, pour laquelle vous avez installé des choco-poules ?
Les matières organiques occupent une place importante dans votre travail ?
Ces matières m’intéressent à plusieurs niveaux. Pour beaucoup, elles ont une lointaine origine naturelle, un peu comme le poulet qui, à l’origine, était un oiseau sauvage et qui est maintenant de la viande sur pattes. Les poulets se font crever les yeux, leur sens de l’odorat est annihilé au moyen de pointes rouges utilisées pour les empêcher de se battre entre eux. Côte à côte, ils sont ensuite placés sous des lampes artificielles, gavés, puis pendant six semaines, on les tue.C’est un rapport au vivant ultraviolent. Ce que l’on voit au supermarché, ce sont des poulets avec des plumes, élevés en plein air, qui ont l’air vivants. Même si il y a tout cela en arrière plan, ma démarche n’est pas militante, puisqu’il y a plein de choses qui contrebalancent ces aspects : peut-être un effet comique ou quelque chose d’à la fois tragique et comique.
L’humour est justement présent dans vos pièces ?
C’est un humour qui est tragique, je trouve, et absurde aussi. Par rapport aux matières, ce qui m’intéresse se situe du côté de l’être vivant, dans sa fragilité aussi.
Comment qualifier ces matières organiques à l’oeuvre dans votre travail ?
Vous dites vous placer en tant qu’observateur, mais l’on a aussi l’impression, dans vos films notamment, que vous parvenez à raconter une histoire, en partant simplement de la décomposition d’une tomate ?
Oui. Mes films sont très construits. La narration serait peut-être une mise en abyme de quelqu’un qui observe. C’est comme une espèce d’oeil étranger qui regarde un monde en train de se faire. Mais il est bien question d’observation. Je travaille sur l’idée de la vie, de la mort, et comment les deux sont liés.
Vous avez toujours eu cet intérêt pour l’observation des matières vivantes ?
Pouvez-vous nous parler de votre oeuvre ‘Patman 2’, présente dans l’exposition ‘Cinq Milliards d’années’ au Palais de Tokyo ?
C’est une sculpture composée de nouilles de soja qui sont colorées avec du colorant alimentaire jaune. Cela évoque un espèce d’être vivant, un peu primitif, mais cela pourrait être aussi bien ressembler à une plante qu’à un animal ou un corps gazeux. Cela évoque aussi un champignon atomique. Il y a aussi l’idée de la disparition et du vivant là dedans qui m’intéresse. C’est une chose à la fois apaisante et menaçante.
Qui est drôle aussi ?...
Oui, c’est vrai.
Quels sont vos projets ?