L'actrice Charlotte Gainsbourg a reçu le Prix d'interprétation avec le
dérangeant "Antichrist", du Danois Lars von Trier. (© AFP
Anne-Christine Poujoulat)
CANNES (AFP) - Avec les
trois prix cannois remportés par Charlotte Gainsbourg, Alain Resnais et
Jacques Audiard, un an après la Palme d'or à "Entre les murs", le 7e
Art français jouit d'une belle reconnaissance artistique, qui s'ajoute
à une fréquentation et une production soutenues.
Si la Palme était autrichienne, les Français ont fait la fête dimanche soir.
Alain
Resnais, 87 ans début juin, a reçu un Prix spécial saluant un
demi-siècle de créativité de ce vétéran de la Nouvelle vague, qui avait
fait sensation avec le novateur "Hiroshima mon amour" sur la Croisette
en 1959.
De son côté l'actrice Charlotte Gainsbourg a reçu le
Prix d'interprétation avec le dérangeant "Antichrist", du Danois Lars
von Trier.
Grand favori des critiques, Jacques Audiard est
reparti avec le Grand prix pour "Un prophète". Il a souhaité que ce
prix permette de faire "bouger les lignes" en faveur d'une nouvelle
génération d'acteurs. "J'ai envie de fabriquer de nouvelles icônes!" a
déclaré Audiard, dont le film a fait découvrir le prometteur Tahar
Rahim, 27 ans.
Dans le reste de la sélection, la jeune Mia
Hansen-Love a remporté un Prix spécial Un Certain Regard, avec "Le père
de mes enfants", ex-aequo avec l'Iranien Bahman Ghobadi.
Et à la
Semaine de la critique, sélection parallèle du festival, "Adieu Gary"
de Nassim Amaouche a remporté le Grand Prix dès vendredi soir.
Au
delà des palmarès, les Français étaient nombreux dans cette édition:
l'actrice Mélanie Laurent, héroïne d'"Inglourious basterds" de
l'Américain Quentin Tarantino, le rocker Johnny Hallyday, tueur à gages
dans "Vengeance" du Hongkongais Johnnie To, ou le footballeur Eric
Cantona chez le Britannique Ken Loach. Quant au casting de "Visage" du
Taïwanais Tsai Ming-liang, co-produit par le musée du Louvre, il
réunissait Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud et Fanny Ardant.
En
outre, nombre des films en sélection ont fait appel à des producteurs
et des techniciens français, dont les directeurs de la photo Eric
Gautier ("Taking Woodstock" du Taïwanais Ang Lee), Jean-Claude Larrieu
("Carte des bruits de Tokyo" de l'Espagnole Isabel Coixet) ou
Marc-André Batigne ("The time that remains" du Palestinien Elia
Suleiman, monté par Véronique Lange).
Cette vitalité transparaît
plus généralement dans les chiffres de la production cinématographique,
où l'an dernier les investissements ont progressé de 24% pour atteindre
près de 1,5 milliard d'euros.
Côté fréquentation aussi les
curseurs sont au vert. Les salles de cinéma ont engrangé 189,7 millions
d'entrées en 2008 (+6,7% sur un an), la production hexagonale
s'octroyant 45,2% du marché soit 86,14 M d'entrées, un record depuis 25
ans.
Car les Français sont les plus gros consommateurs de cinéma
d'Europe, avec 3,2 entrées en moyenne par habitant et par an contre 2,7
pour les Britanniques ou 2,4 pour les Espagnols.
Et le 7e Art
français s'exporte mieux, enregistrant presque autant d'entrées à
l'étranger que sur le territoire national, avec des films
majoritairement en français (84,5%). Mais ce sont des productions en
anglais telles que "Babylon A.D.", "Taken" et "Le Transporteur 3" qui
récoltent les plus gros succès au box-office à l'étranger.
Toutefois,
la crise qui touche les principaux bailleurs de fonds du cinéma, les
chaînes de télévision dont les recettes publicitaires fondent, pourrait
affecter la production et les ventes à l'étranger en 2009 et 2010.
C'est
ce qu'a rappelé la directrice générale du CNC Véronique Cayla ces
derniers jours, estimant la période actuelle pleine "d'incertitudes".