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Compte rendu
L'art et les manières d'habiter la ville
LE MONDE | 15.10.08 | 17h25 • Mis à jour le 15.10.08 | 17h25

rouver de la poésie dans un parpaing ? La chose est possible : de ce matériau banal et ingrat, l'artiste Vincent Mauger a fait une expérience visuelle et sensorielle. Couvrant le sol de la brasserie Bouchoule, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), ces blocs aux trous réguliers deviennent une drôle de moquette où le visiteur s'avance avec précaution. Comme téléporté sur une planète lointaine où d'autres parpaings, sculptés comme des météorites, se seraient échoués.

L'installation, brute et délicate, est une des plus réussies de la biennale Art Grandeur Nature, qui invite des artistes contemporains à réfléchir sur "les manières d'habiter la ville" dans six villes de Seine-Saint-Denis. Dans ce département connu pour ses problèmes urbains, les lieux d'art ont choisi des artistes capables d'aborder le thème sur un mode inventif, sans naïveté ni caricature.

A Montreuil, aux côtés de Vincent Mauger, les vidéos de Raphaël Zarka montrent la cohabitation difficile, voire impossible, des adeptes de skateboard et des habitants. Aux Etats-Unis, les skateurs, ces "nuisibles", sont pourchassés par la police. Au mieux, on leur construit un quartier à l'écart, fausse ville sans humains, créée à leur intention... comme si la ségrégation était la seule issue possible.

VILLE FANTÔME

L'art, lui, cherche à se mêler à la ville. A Saint-Denis, dans le quartier difficile qui jouxte la gare RER, le duo belge LAb (au) a installé au bord du canal une rangée de panneaux lumineux qui oscillent au rythme des passants. C'est surtout la nuit que cette merveille technologique enchante les lieux.

Aux Lilas, le photographe américain Lewis Balz se fait plus sombre : sa Ronde de nuit montre une ville fantôme qui prend le dessus sur les hommes. Le photographe Olivier Mirguet guette les hélicoptères qui pourchassent les fugitifs à coups de projecteurs dans la nuit de Los Angeles. Mais à plonger ainsi dans le halo irréel qui surgit du noir, le photographe quitte le documentaire et frôle la fiction. Preuve qu'entre béton et vidéosurveillance il reste encore place pour la rêverie.
Biennale Art Grandeur Nature. Différents lieux à : Blanc-Mesnil, Saint-Denis, Montreuil, Les Lilas, Pantin, Noisy-le-Sec. Tél. : 01-43-93-75-17. Jusqu'au 23 novembre. Entrée libre. Sur Internet : www.art-grandeur-nature.com.


Claire Guillot

kaganski

Critique
Pola X

On ne dévoilera pas un grand mystère en annonçant que le nouveau film de Leos Carax était fébrilement, passionnément, intensément attendu par ce journal. A cause du long hiatus, évidemment ­ huit ans depuis Les Amants du Pont-Neuf, soit une éternité pour un cinéaste de 30 ans et dans une époque où le temps se comprime et s'accélère. En souvenir des films précédents bien sûr : entre Jean Vigo home et Grémillon grésillant, go-Godard dansé et Eustache hautain, romantisme nostalgique d'un Paris studio et romantisme contemporain d'un Paris métro, cinéma français toutes périodes concassé et recraché convulsivement, la geste et l'esthétique caraxienne laissaient un vide dans un septième art local trop souvent fémisé ou canalisé, petite pointure et manquant d'ampleur même dans ses zones les plus inventives, routinisé par le système des subventions ou borduré par les ambitions de carrière. On manquait de héros et de maudits, de mégalos entiers et d'aventuriers kamikazes, oui, on manquait de Carax prêts à se jeter dans le vide sans élastique.
Et puis, débordant un peu les stricts critères de la critique, il y avait eu cette rencontre entre le cinéaste et ce magazine. C'était en novembre 91, notre première couverture cinéma, à la fois cérémonie symbolique et scène originelle signifiant que ce journal quittait sa stricte obédience rock pour s'ouvrir. Carax nous avait offert là ce qu'il n'accordait à aucun média : un entretien magnifique, du temps, une implication totale et loyale depuis le premier rendez-vous jusqu'aux relectures du papier. Depuis, entre Carax et Les Inrocks, ce fut une relation "d'amitié" indéfectible, mais à la Carax : silencieuse, respectueuse, pudique, distante. Enfin, il y avait cette étourdissante "note d'intention" de Pola X, ces huit minutes fracassantes présentées il y a deux ans à Cannes, qui nous faisaient languir encore plus des beautés certaines à venir.
Il y a tout cela, que nous n'oublions pas, et il y a ce nouveau film, Pola X ­ et le devoir difficile, délicat (ça l'est toujours, mais encore plus dans le cas présent) de séparer relation personnelle et travail critique, politique des auteurs et politique des films ­ nous sommes partisans de la seconde.
Pola X constitue à nos yeux mortifiés une grande déception, un crash cinématographique à la hauteur de notre attente, aussi lourd que le préambule de cet article. On mesure bien que ce que nous allons écrire risque de déplaire à Carax, mais tant pis : il n'y a après tout aucune raison de lui réserver un traitement de faveur, une protection particulière ­ ce serait même, au contraire, lui manquer singulièrement de respect.
Pola X débute par un long suspens esthétique. Nous sommes en Normandie, dans le château d'une famille aisée : le père diplomate est mort ; reste la mère (Catherine Deneuve) et son fils Pierre (Guillaume Depardieu). Auteur masqué de best-sellers, croisement d'Emile Ajar, JD Salinger et Alexandre Jardin (et un brin de Leos lui-même ?), Pierre est sur le point d'épouser sa fiancée.
Entre pelouse au carré et symphonie languissante des jets d'eau, après-midi au soleil et glandouille à moto, tout n'est qu'ordre, luxe, calme et volupté ­ mais pas franchement beauté : entre mauvais Lelouch, téléfilm d'AB Productions et pub ringarde pour parfum, où est-on ? Où veut donc en venir le cinéaste de Mauvais sang ? Est-il possible que notre Carax national s'en tienne à cet émollient feuilleton pour jeunesse dorée du Trocadéro ? Non, il va sûrement se passer quelque chose, une lacération, un big-bang, à moins qu'un grignotage souterrain ne vienne subtilement ronger cet ennuyeux tableau de Moulinsart malheureusement dépourvu de Capitaine Haddock ou de Professeur Tournesol.
Le suspens dure une vingtaine de minutes. Car on perçoit petit à petit quelques signes providentiels, annonciateurs d'un dérèglement probable. D'abord, les amputations de la famille : père disparu, fils unique, mère et fils qui s'appellent "frère et sœur". Puis un trio de femmes SDF et vaguement gitanes qui rôdent alentour et hantent les nuits de Pierre. Le jeune blondin commence à être sérieusement mangé de l'intérieur. Une pièce condamnée, au faîte du château, l'obsède : il s'acharne à la pénétrer malgré les injonctions de sa mère. La pièce est vide. Insistance pénible des symboles freudiens.
Pierre décide d'aborder frontalement les SDF, une nuit, dans la forêt. Boy meets girl : ça y est, on se dit que le roman-photo blanc et lisse va virer fantastique ou gothique, entre baroque à la Cocteau et ténèbres inquiétantes à la Franju. Fausse piste : la jeune SDF, Isabelle (Katerina Golubeva), se lance dans une interminable tirade où elle explique à Pierre qu'elle est en fait sa demi-sœur, née d'une coucherie du père diplomate en Russie. Tout cela est complètement abracadabranque, mais on veut bien ne retenir de cette histoire que son aspect symbolique (les liens secrets, les fraternités souterraines, les affinités électives, la dégueulasserie des rapports Nord-Sud ou Est-Ouest, nous sommes tous des SDF russes) si la scène n'était aussi péniblement théâtrale et assénée. D'autant que Katerina Golubeva n'est pas à son aise avec cette masse de texte dans une langue qui n'est pas la sienne et qu'on la préférait nettement en icône muette chez Sharunas Bartas ou Claire Denis.
Toujours est-il que la confession d'Isabelle agit comme une révélation et une onde de choc pour Pierre. Mauvais sang : il envoie tout balader, famille, richesse, château, Normandie, fiancée, pour suivre sa petite monade nomade dans les friches urbaines et pauvres de Paris : Isabelle devient sa sœur, sa mère, son amante, sa muse. Pour bien signaler que Pierre change de monde, ils s'engouffrent dans un tunnel ­ les figures de style ne sont pas subtiles dans Pola X : dix fois, vingt fois, Depardieu traversera un pont, une passerelle, un corridor...
La partie "Goutte d'Or" reste dans notre souvenir la plus attachante du film. Est-ce notre inclination naturelle à nous intéresser plus aux passants ordinaires d'un quartier populaire qu'à d'oisifs châtelains, est-ce une préhension soudainement plus forte du film sur la réalité, est-ce la prédominance nouvelle du silence sur les dialogues ou la durée plus sereine des plans ? Toujours est-il que Pola X adopte ici un pouls qui nous sied mieux, que l'on y sent enfin battre le cœur du cinéaste, que sa générosité nous touche, que son empathie non feinte pour les gueux et les perdants de notre monde nous atteint. Mais même ces instants-là du film ne sont pas sans problème : une visite au zoo tient presque du clip We are the world et quand la petite fille russe meurt des suites d'une gifle infligée par un passant, on tombe dans la compassion humanitaire, cette plaie d'une époque qui n'a plus que l'apitoiement comme arme politique.
A charger trop lourdement et schématiquement la barque du malheur, le film prend donc l'eau. Avant de sombrer définitivement dans la dernière partie, dans ce hangar conceptuel sorti tout droit des années 80 où se réfugie notre couple maudit : là vit une communauté, entre secte fascistoïde et tribu multimédia d'avant-garde rance, entre mauvais trip wendersien et rêve de Beineix sous Captagon... Et Pola X de ressembler à un clip d'Einstürzende Neubauten, à 39,4° l'après-midi, comme si les amants du Pont-Neuf avaient déménagé à la Halle de La Villette. Là, Pierre tente de devenir un "véritable écrivain", c'est-à-dire qu'il troque le Macintosh contre le stylo, le costard blanc pour le manteau gris informe, le brushing Maniatis pour la barbe de dix jours, le manoir normand pour la cour des miracles, pour le "vrai monde" (les guillemets viennent du scénario). Bah, comme dirait l'autre. Et là encore, le talent de Carax surgit par fulgurances trop brèves, comme cette scène charnelle enfin traversée de durée, lestée d'un poids de réel.
Que Carax exècre notre époque dominée par l'injustice sociale, le flicage étatique, le faux médiatique et le mensonge généralisé, soit, nous sommes à peu près d'accord sur le constat. Qu'il se place d'office au-dessus de la mêlée en surjouant son statut de cinéaste extralucide et solitaire, ou que sa vision de l'artiste soit encore très lycéenne, c'est déjà plus problématique, mais pourquoi pas ? Mais que Pola X n'ait pas de cohérence esthétique et reste plombé au ras du signifiant faute d'inspiration véritable, c'est beaucoup plus embêtant.
Alors peut-être sommes-nous aveugles ou idiots, peut-être avons-nous été incapables de mettre à nu les différentes couches de sens du film, de lire entre ses lignes, de voir entre ses images ? Peut-être... Mais en l'état, Pola X nous semble au contraire manquer terriblement de profondeur et de mystère, de hors-champ et d'invention : c'est un film trop lisible et trop évident dans ses intentions, qui surjoue et sursignifie en permanence son matériau scénaristique au lieu de le transcender, c'est Boy meets girl sans la grâce, Mauvais sang sans la vitesse, Les Amants du Pont-Neuf sans les fastes de fête foraine. Carax, qui toujours recherchait l'envol, ce coup-ci ne décolle pas. Lui qui survolait le cinéma français en équilibre instable, rentre dans le rang ­ du moins esthétiquement. On en est décu, la mort dans l'âme. Mais ce n'est qu'un film. Rendez-vous au prochain.

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Affaire de l’accident de scooter: Jean Sarkozy est relaxé

Jean Sarkozy, soupçonné d'avoir provoqué un accident à scooter, vient d’être relaxé. L’automobiliste, partie civile dans le procès, a dû verser 2000 euros pour «procédure abusive».

9 Réactions

Jean Sarkozy, fils du Président de la République (Reuters).

Jean Sarkozy, fils du Président de la République (Reuters). (REUTERS)

Accusé d'avoir percuté un automobiliste alors qu'il roulait à scooter, le fils cadet du président de la République et conseiller général des Hauts-de-Seine (UMP), Jean Sarkozy, a été relaxé ce lundi par le tribunal correctionnel de Paris.

Les magistrats ont déclaré «Jean Sarkozy non coupable des faits qui lui sont reprochés» et condamné l’automobiliste, partie civile dans le procès, à lui verser 2.000 euros pour «procédure abusive».

Depuis trois ans, M’Hamed Bellouti, 37 ans, accuse Jean Sarkozy d’avoir percuté l’arrière de sa BMW avec son scooter le 14 octobre 2005, place de la Concorde à Paris, puis d’avoir pris la fuite.

Lors de l’audience du 25 juin, M’Hamed Bellouti et son passager avaient raconté avoir relevé le numéro du deux-roues à l’aide d’un téléphone portable, tout en reconnaissant ne pas avoir été en mesure de reconnaître son conducteur, «un jeune», «imberbe», coiffé d’un casque.

Après plusieurs tentatives vaines de son assureur pour obtenir de la partie fautive le paiement des réparations, l’automobiliste avait finalement décidé de porter plainte, en février 2006. C’est seulement alors qu’il aurait découvert l’identité du propriétaire du scooter.

Deux expertises et un procès plus tard, la justice a finalement donné raison à Jean Sarkozy. Les deux expertises concluaient qu’au vu des dégâts constatés sur les deux véhicules, le choc n’avait pu avoir lieu, du moins tel que décrit par l’automobiliste.

Source AFP

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Politiques
«Le financement du RSA ? Une couardise idéologique»
Alain Lambert, sénateur de UMP l'Orne et ancien ministre du Budget. (AFP)
Alain Lambert, sénateur UMP de l'Orne et ancien ministre délégué au Budget, réagit pour Libération.fr au système de financement du Revenu de solidarité active présenté ce matin par Nicolas Sarkozy. Avec lequel il n'est pas vraiment tendre.
recueilli par Philippe Brochen
LIBERATION.FR : jeudi 28 août 2008

Vous vous dites surpris par l'annonce de Nicolas Sarkozy. Est-ce parce que ce dispositif ne vous convainc pas ?
Non. Je suis 100.000 fois pour ce dispositif. Je n'ai pas la moindre hésitation. Du reste, il y a dix ans, j'avais travaillé à la création d'un dispositif similaire, baptisé RMA (Revenu minimum d'activité). Vous voyez qu'on en est pas loin. Non, je trouve juste que Nicolas Sarkozy choisit un mauvais financement pour une bonne idée. Et qu'il va donner une mauvaise image de la bonne idée. C'est-à-dire qu'il va faire payer des gens presqu'aussi pauvres que ceux à laquelle cette mesure se destine. Ces personnes sont mal choisies.
Comment auriez-vous financé le RSA?
Il n'est pas nécessaire de lever un nouvel impôt quand on gaspille l'argent de ceux qui existent déjà. L'argent est disponible: il est dans les comptes de l'Etat, de la Sécu ... 1.000 milliards d'impôts prélevés par an, c'est le montant le plus élevé du monde. Cela montre juste que ceux qui gèrent l'argent public n'ont pas la compétence ou le sérieux pour le faire. Les ministres cherchent à avoir toujours plus de crédits, et la responsabilité est largement partagée.

Est-ce que cette taxation de 1,1% du revenu du capital est réellement catastrophique pour ses «victimes»?
Ce que je pense, c'est que le lien de confiance et d'espoir qui unissait les Français au Président est gravement en danger. Nicolas Sarkozy a été élu, y compris par des gens qui n'avaient jamais voté pour lui, pour rendre la France plus efficace, mais pas pour augmenter les impôts.

Est-ce pour lui une tentative d'estomper les échos négatifs engendrés par la création du bouclier fiscal et de la réforme de l'ISF?
Bien entendu. J'y perçois une forme de couardise idéologique en réponse à la diabolisation de la loi Tepa par la gauche. Et s'en prendre au capital, c'est une façon d'expier ce pêché. Sauf que Sarkozy impose la pénitence à ceux qui n'y sont pour rien: les petits épargnants. Je suis profondément convaincu que la droite n'a pas cherché avec la loi Tepa à favoriser les riches. Elle a tout simplement, naïvement cru qu'elle pouvait acheter la croissance. Ce sont des croyances keynésiennes, des vieilles lunes qui n'ont plus cours depuis trente ans. Sarkozy a distribué de l'argent qui termine en écrans plats qui sont fabriqués en Corée. Là, il essaie de montrer qu'il veut faire payer aussi le capital.

Et en réalité?
C'est l'épargne qu'il sanctionne sans s'en rendre compte. Il en vient à appeler à la contribution des gens qui vivent chichement de leur modeste travail, parce que l'exécutif n'a pas eu le courage de faire le tri dans ces 1.000 milliards.

Et vous, comment auriez-vous agi?
Je n'étais pas favorable à une baisse substentielle des droits de succession.

Nicolas Sarkozy a-t-il changé et s'est-il fait intoxiquer par les ministres socialistes, comme certains l'affirment dans la majorité?
Non, je pense que Martin Hirsch est très malin, très habile et qu'il a convaincu Sarkozy que ce dispositif était facilement finançable. Il a donné quelques exemples au nombre desquels il y avait la Prime pour l'emploi. Et ensuite Sarkozy, face à la suppressuion partielle de la PPE, a eu peur qu'on l'accuse à nouveau de prendre dansd la poche de pauvres pour donner à d'autres pauvres. Face à cette présentation falacieuse, il s'est dégonflé. C'est plus un enchaînement qu'une adhésion idéologique.

Vos collègues de la majorité sont-ils dans le même état d'esprit que vous?
Ils sont tous très furieux. Après, c'est toujours pareil: il y a ceux qui ont le courage de parler et les autres... Nous avons parlé entre spécialistes de fiscalité, et nous sommes inquiets de la manière dont nous allons pouvoir écrire ce nouvel impôt. Il va falloir mettre des planchers et des plafonds qui vont rendre ce dispositif fiscal très compliqué. Et qui vont en faire une nouvelle usine à gaz. On n'en avait pas besoin...


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/348140.FR.php
© Libération

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Gérard Depardieu au service de l'adoption
CC/ Lee Kelso
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LIBERATION.FR : lundi 28 juillet 2008

Le comédien français Gérard Depardieu a trois enfants — Guillaume, Julie et Roxane —, et n'a pas du tout le projet d'adopter, mais cela ne va pas l'empêcher de s'investir totalement dans l'adoption, qui reste un sérieux problème en France. C'est lors du tournage de Michou d'Auber, dans lequel il interprétait un homme ne pouvant adopter un orphelin, que le comédien a été sensibilisé aux problèmes relatifs à l'adoption.

En effet, le comédien remarque qu'en France, si l'on ne fait pas partie du show-business et que l'on ne posséde pas un réseau adéquat, il est très difficile d'adopter un enfant.

Aussi, pour faciliter cette noble cause à tout un chacun, l'acteur sera aujourd'hui avec Rama Yade (Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'homme), afin de soutenir le plan de relance pour l'adoption internationale, nous apprend Le Parisien d'aujourd'hui. "Il n'a pas adopté lui-même et n'a aucun projet d'adoption. Il veut simplement mettre sa notoriété et son réseau au service du grand public", déclare-t-on au cabinet de la Secrétaire d'état.

Le quotidien nous apprend également que le comédien utilisera, par exemple, son carnet d'adresses, pour trouver des interlocuteurs capables de financer les Peace Corps (des groupes de volontaires chargés de faciliter les démarches dans les 74 pays où l'on peut adopter), afin de permettre aux 30 000 parents en attente, d'accélérer les démarches. "Il ne trouve pas normal qu'il faille avoir des relations pour voir un projet d'adoption aboutir dans un laps de temps décent. Il se propose de jouer ce rôle-là pour ceux qui ne font pas partie du monde du spectacle et accélérer leur dossier", poursuit-on au cabinet de Rama Yade.

Un espoir pour tous ceux qui n'ont pas la chance de voir leur demande aboutir aussi rapidement, par exemple, que Johnny et Laetitia Hallyday, qui vont très prochainement donner une petite soeur à leur fille, Jade.


http://www.liberation.fr/culture/tentations/next/341674.FR.php
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Politiques
Kouchner: «La plus grande réforme dont le pays aurait besoin est peut-être celle du PS»
Bernard Kouchner (Reuters).
«Cela ferait plaisir à tout le monde. On pousserait un ouf de soulagement et peut-être pourrait-il faire des propositions. Là on est dans la négation perpétuelle, un peu immature», a aussi souligné le ministre des Affaires étrangères.

AFP
LIBERATION.FR : vendredi 25 juillet 2008
Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, estime dans une interview à Sud Ouest publiée ce matin que la "plus grande réforme dont le pays aurait besoin c'est peut-être la réforme du parti socialiste".

Indiquant qu'il avait téléphoné à Jack Lang "aussitôt pour le féliciter de son courage et de sa lucidité" lors du vote sur la réforme des institutions, Bernard Kouchner affirme être "fier de travailler avec (le président Sarkozy) parce qu'il réforme le pays".

"La plus grande réforme dont le pays aurait besoin, c'est peut-être la réforme du parti socialiste, qui pourrait se mettre au diapason des autres partis frères en Europe" a-t-il poursuivi. "Cela ferait plaisir à tout le monde. On pousserait un ouf de soulagement et peut-être pourrait-il faire des propositions. Là on est dans la négation perpétuelle, un peu immature", a encore dit le ministre. Il a ajouté que "la moitié (des socialistes) sinon les trois quarts ne pensent pas ce qu'ils disent".

Quelques heures avant l'ouverture du sommet UE/Afrique du Sud à Bordeaux, le ministre a aussi estimé que l'Afrique du Sud "n'était pas un partenaire idéal" mais "un partenaire obligé, parce qu'elle est une grande démocratie surmontée en permanence par l'image d'un très grand homme, Nelson Mandela".

Evoquant le discours de Dakar du président Sarkozy, il l'a "jugé avec une certaine sévérité. Cela s'est passé dans des conditions telles que cela ne pouvait être accepté", a-t-il dit, reconnaissant que le président sud-africian Thabo Mbeki avait, lui, "envoyé une lettre très claire de soutien au président Sarkozy", à ce sujet.

Dans ce discours, à l'occasion de son premier déplacement en Afrique subsaharienne, Nicolas Sarkozy avait suscité une vive émotion en évoquant notamment "le drame de l'Afrique, (qui est) que l'Homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire".


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/341194.FR.php
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Monde
Silvio Berlusconi compte ses Roms
La campagne de recensement du gouvernement, critiquée par le Parlement européen, suscite craintes et angoisse chez les communautés roms d’Italie.
De notre correspondant à Rome ERIC JOZSEF
QUOTIDIEN : jeudi 24 juillet 2008

«Il paraît qu’ils veulent contrôler notre sang.» Sous un soleil de plomb, Naser Osmanovic vient de garer son camion rempli de ferraille sur le parking de la rue Mazzacurati qui jouxte Corviale, l’impressionnante cité HLM de la périphérie de Rome, de dix étages et un kilomètre de long. Autorité morale de la petite communauté de Roms bosniaques installée sur cette aire privée d’eau et d’électricité et à peine protégée par quelques pins parasols, Naser, âgé d’une trentaine d’années, calme ses troupes et organise le dialogue. «On ne sait pas pourquoi les Italiens viennent nous contrôler, on ne sait pas si c’est dangereux», s’agite un jeune. «Nos enfants sont nés en Italie et jusqu’à présent personne ne s’est occupé de nous», renchérit un autre.

Priorité. Vendredi dernier, après accord avec le préfet de Rome, un groupe de volontaires de la Croix-Rouge italienne (Cri) a fait irruption au milieu de la quinzaine de camionnettes et camping-cars stationnée depuis une semaine à Corviale. Installées provisoirement à cet endroit, les familles s’attendaient à voir débarquer la police. «Il y avait des flics mais ils étaient en civil», assure une jeune femme assise avec son bébé sur un sommier défoncé. Les membres de la Croix-Rouge se sont présentés en proposant aux familles de se faire volontairement enregistrer : nom, prénom, nationalité, situation scolaire et sanitaire. «Ils ne nous ont pas pris nos empreintes digitales», confirment les intéressés. «Aucune fiche ne sera transmise à la police», jure-t-on au Cri.

Ailleurs, à Naples ou à Milan, ce sont à l’inverse les forces de l’ordre qui, dans les dernières semaines, ont mené les opérations d’identification voulues par le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi. Sous la pression de ses alliés xénophobes de la Ligue du Nord, il a fait de cette question une priorité. En Campanie notamment, la préfecture avait rédigé des questionnaires sur la religion et l’ethnie des individus et prélevé les empreintes digitales des Roms, y compris celles des enfants. L’initiative a soulevé un tollé à l’étranger, notamment au Parlement de Strasbourg, et même aux Nations unies. Début juillet, les députés européens ont ainsi réclamé la fin des collectes d’empreintes digitales des Roms en Italie, estimant que cela constituait «un acte de discrimination directe» fondé sur la race et l’origine ethnique. Depuis, sous la pression internationale, le gouvernement italien a, semble-t-il, infléchi sa position. Le ministre de l’Intérieur (Ligue du Nord) Roberto Maroni a précisé mardi que les empreintes seront prises uniquement aux personnes âgées de plus de 14 ans, «sauf s’il y a une autre manière d’identification». Pour les moins de 14 ans, la prise d’empreintes ne pourra avoir lieu que dans le cas d’une demande d’un permis de séjour. Enfin, afin de repousser l’accusation de discrimination, à partir de 2009, tous les Italiens devront également donner leurs empreintes digitales.

Tri. Parmi les communautés roms, l’initiative, et surtout la campagne de stigmatisation, ont laissé des traces et beaucoup de soupçons. «Le fichage, c’est pas ça le problème, précise Naser Osmanovic. Cela peut même être acceptable si cela permet de s’occuper de nous et de faire le tri avec les autres Roms.»«Le problème vient des Roms roumains», précise Rusic, l’un de ses compagnons. Il explose : «Depuis qu’ils sont arrivés en Italie, la situation s’est compliquée pour nous. Ce sont des voleurs, des bâtards ! Alors que nous, on travaille dans la récupération et la ferraille.» «Cela fait sept ans que notre situation est devenue plus difficile, corrige Naser. La police a détruit notre campement [illégal, ndlr] de via Muratello, où certaines familles étaient installées depuis près de trente ans. Depuis, on doit changer d’emplacement régulièrement. On ne demande qu’une petite aire aménagée pour se stabiliser, envoyer les enfants à l’école. A quoi serviront les fiches de la Croix-Rouge ? A informer les autorités ? A nous faire avoir des papiers en règle ?» s’interroge-t-il, dubitatif.

Il dénonce l’agressivité renforcée de la police et l’hostilité croissante d’une partie de la population. En mai dernier, à Naples, un campement a été incendié et nombre de nomades ont préféré quitter la ville. Mardi, un autre regroupement de Roms a été attaqué, à Rome cette fois, dans le quartier de la Magliana, à quelques kilomètres de Corviale. «Trois voitures se sont arrêtées et trois cocktails molotov ont été jetés», raconte un témoin. Personne n’a été blessé mais le feu s’est rapidement propagé autour des baraques. Le maire (Alliance nationale) de Rome, Gianni Alemanno, s’est immédiatement rendu sur les lieux pour assurer la petite communauté de sa solidarité, déclarant que «les responsables [seraient] punis». Dans ce climat délétère, avant même l’agression de mardi soir, Naser Osmanovic a pris sa décision : «Dès que j’ai assez d’argent pour mettre de l’essence dans mon camion, je pars vers le nord et quitte l’Italie. J’irai sans doute en France.»


http://www.liberation.fr/actualite/monde/340915.FR.php
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Portrait
Le temps de réaliser
Zoe Cassavetes. A 38 ans, la fille cadette de John Cassavetes et de Gena Rowlands livre son premier long-métrage, Broken English, après avoir longtemps tourné autour du plateau.
SYBILLE GRANCHAMP Photo Stéphane Lavoué.MYOP
QUOTIDIEN : mercredi 16 juillet 2008

Elle déboule, l’allure pimpante et décontractée, à l’angle de la rue Montorgueil. Le tout petit chien qu’elle tient en laisse semble guider ses pas légers. C’est elle qui a choisi cette terrasse du IIe arrondissement parisien, où elle vit désormais avec son mari français. C’est l’heure de l’apéro : elle commande sans tarder un verre de rouge et suggère gaiement qu’on l’accompagne. Peu importe si on l’attend au tournant : avec Broken English, son premier long métrage, la cadette du clan Cassavetes vient de signer une libération provisoire et se sent soulagée. Photographe à temps partiel, animatrice télé épisodique, réalisatrice de clips publicitaires ou musicaux… «J’en avais marre de chausser des lunettes noires à chaque fois qu’on me posait la question de savoir où j’en étais avec mon film. Il n’y a rien de pire que de raconter aux autres ce que vous voulez faire lorsque vous n’avez encore rien fait», badine- t-elle.

Investir le terrain parental est affaire périlleuse, surtout lorsqu’au regard du monde, la voie semble toute tracée. Après le père (John, réalisateur adulé, demi-dieu du cinéma indépendant américain), la mère (l’immense Gena Rowlands), le frère (Nick, réalisateur) et la sœur (Alexandra, réalisatrice), Zoe Cassavetes a longtemps esquivé la question du cinéma. Un moyen métrage confidentiel ( Men Make Women Crazy Theory ), il y a huit ans, n’avait pas franchement apaisé ses doutes : le septième art est-il soluble dans l’ADN ? C’est sa sœur qui finit par la prendre entre quatre yeux : «Arrête d’en parler, fais-le!» Elle se souvient alors du conseil de son père, décédé lorsqu’elle a 18 ans : «Ecris sur ce que tu connais.» Et elle l’applique à la lettre.

A l’époque, Zoe fait bombance dans un New York en pleine effervescence. Le scénario de Broken English est quasiment autobiographique. Nora (l’actrice Parker Posey), trentenaire en mal d’amour, cherche un sens à donner à sa vie. Pression sociale, solitude, histoires sans lendemain, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse d’un Français. Exactement comme dans sa vraie vie - mais Zoe tient à préciser qu’elle a rencontré son futur mari après l’écriture du script.

«Devient-on toujours comme ses parents ?» interroge l’héroïne de Broken English. «Quand on essaye trop, on n’arrive pas à grand-chose», répond la réalisatrice en sirotant son verre. Des cheveux châtain clair flous, mi-longs, encadrent un regard vif et sans maquillage. Elle a cette façon très américaine de balayer l’air d’un revers de la main. De Gena, elle a tiré le rire grave, le sourire à fossette et le goût pour la littérature.

Dans un premier temps d’ailleurs, Zoe a voulu être écrivain. Et puis, Los Angeles oblige, elle a brièvement envisagé une carrière d’actrice. Puis, elle a pris le large à New York. Direction un poste d’hôtesse au Mercer, tout nouvel hôtel VIP. «Je m’y suis vraiment amusée et c’est tant mieux car au moins, c’est quelque chose que je n’aurai plus à faire.» Fêtes et rencontres aux sommets de la branchitude. «Elle a fui L.A. et New York, observe Melvil Poupaud, qui joue le french lover doux et attentionné du film, antithèse des métrosexuels new-yorkais assoiffés de pouvoir auxquels l’héroïne est jusque-là abonnée. Zoe ne se complaît pas dans les codes de bienséance à l’améri caine. Elle est très indépendante, j’ai parfois même l’impression de me retrouver face à un personnage masculin d’un film de son père.»

Le créateur de la marque APC, Jean Touitou, qui a produit son moyen métrage «par amitié», est de ceux qui décèlent une fêlure : «Dans un monde modelé par le glamour et la superficie, elle donne le change. Moi, je l’entends souffrir.» Il l’a vue débarquer un jour dans son atelier au bras de son amie Sofia Coppola, qu’elle côtoie depuis l’enfance. Il est l’un des rares à oser se prononcer sur le duo. Sa thèse : Sofia «l’intouchable» n’aurait pas été Sofia sans Zoe, «la femme pensante». Alors que les médias s’obstinent à faire exister la seconde dans l’ombre de la première, lui prend le contre-pied : «Zoe a longtemps été la caution intellectuelle de gauche de Sofia.» Zoe, elle, esquive par l’humour : «Je ne vois pas pourquoi le succès de Sofia aurait été une pression pour moi… mais peut-être bien que cela a été une pression pour elle !» En 2005, pendant que Coppola Junior empilait des montagnes de macarons Ladurée sur le tournage de Marie-Antoinette à Versailles, Cassavetes Junior luttait pour trouver des partenaires de confiance. «Tout le monde lui a mis des bâtons dans les roues. Elle a bataillé comme une lionne», se souvient Melvil Poupaud. «Elle prend le parti pris de contourner le star-system», ajoute Sébastien Chenut, son mari musicien, du duo Scratch Massive, qui a composé la BO du film. Zoe s’offre tout de même Parker Posey, égérie du cinéma indépendant américain actuel.

Zoe pose des filtres colorés et joyeux devant l’écran de ses pensées. Peu causeuse sur son enfance «très heureuse, très normale», sur sa fratrie («mes frères et sœurs ont leur vie de famille») ou sur le couple que formaient ses parents. Elle-même, qui veut être «comme tout le monde», mène une vie «on ne peut plus normale» et le démontre à sa manière : pour son mariage, elle privatise le très bobo Hôtel Amour et offre des… cheeseburgers à ses convives.

C’est aussi ça, Broken English. Il faut racler le vernis de l’apparente comédie sentimentale pour observer l’étendue des dégâts : rayonnante au dehors, en vrac à l’intérieur, Nora enchaîne crise d’angoisse sur prise de tête. Zoe ne comprend d’ailleurs pas l’analogie que d’aucuns font avec Sex & the City. Si Nora et Julien se draguent en échangeant des propos inconsistants, c’est pour mieux traduire la vacuité de l’amour, dit-elle. «J’ai voulu retranscrire la réalité; d ans la vraie vie, on ne se récite pas du Spinoza entre amis.»

Elle a 12 ans sur le plateau de Love Streams, lorsqu’elle observe «la clarté et la puissance de persuasion» de son père en train de tourner. Le décor n’est autre que sa propre maison. Elevée sur les genoux de Peter Falk ou de Peter Bogdanovich («des amis qui deviennent votre famille») , la petite cadette prépare les sandwichs hors du champ de la caméra. «Je réalise maintenant l’ampleur des sacrifices que mes parents ont dû accepter au nom de leur indépendance.» Une partie de Broken English est tournée en France, le seul pays à avoir soutenu à l’époque leur travail.

Et maintenant, et après ? Cette évasive se dit occupée «par des milliers de trucs». Les années hype new-yorkaises sont révolues ; en boîte, elle se fait désormais l’impression d’être «la maîtresse» (qui surveille les gamins), son iPod ne lui sert plus que pour écouter ses leçons de français. Elle a toujours voté démocrate, soutient Obama. La maternité ? Sa mère lui serine qu’il est vain d’attendre «le bon moment» , les copines lui font régulièrement l’article, elle répond «bientôt».


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Rebonds
Pour des «Cahiers» de plaisir et de combat
Rédacteurs actuels : Pierre Alferi, Hervé Aubron, Christophe Beney, Stéphane Bouquet, Nicole Brenez, Jean Douchet, Charlotte Garson, Laurence Giavarini, Gilles Grand, Bill Krohn, Ludovic Lamant, Elisabeth Lequeret, Arnaud Macé, Philippe Mangeot, Thierry Méranger, Cyril Neyrat, Jean-Pierre Rehm, Eugenio Renzi, Antoine Thirion, Axel Zeppenfeld. Rédacteurs anciens : Cédric Anger, Jacques Aumont, François Bégaudeau, Jacques Bontemps, Claude Chabrol, Marc Chevrie, Jean-Louis Comolli, Sylvain Coumoul, Michel Delahaye, Bernard Eisenschitz, Jean-Paul Fargier, Jean-André Fieschi, Pascal Kané, André S. Labarthe, Jean-Louis Leutrat, Suzanne Liandrat-Guigues, Luc Moullet, Jean Narboni, Sylvie Pierre, Jacques Rancière, Fabrice Revault (d’Allonnes), Jean Louis Schefer, Barbet Schroeder, Louis Skorecki, Xavier Tresvaux, Dominique Villain.
QUOTIDIEN : jeudi 17 juillet 2008

Nous sommes des rédacteurs actuels et anciens des Cahiers du cinéma. Nous avons fait les Cahiers hier et nous les faisons aujourd’hui. Nous sommes critiques de cinéma. Nous sommes aussi cinéastes, scénaristes, journalistes, enseignants, philosophes, écrivains… Nous incarnons l’unité et la diversité des Cahiers. Nous sommes attachés à leur passé et nous croyons en leur avenir. C’est pourquoi nous avons décidé de prendre la parole, au moment crucial où ils sont mis en vente par Le Monde et doivent se réinventer.

Les Cahiers doivent prendre la mesure des nouveaux enjeux du cinéma. A l’heure de la révolution numérique - où c’est le mode même de production, de réalisation et de diffusion qui se trouve bouleversé -, les films ne se font plus et ne sont plus vus de la même manière. Le cinéma n’est d’ailleurs plus seulement dans les films, et il n’est plus seulement dans les salles. S’ils veulent retrouver l’impulsion combative de leurs débuts et se porter à la pointe de ce qu’est aujourd’hui le cinéma, les Cahiers doivent donc accomplir une révolution à la fois éditoriale et économique. Thierry Lounas et Emmanuel Burdeau (actuel rédacteur en chef) ont élaboré un projet de reprise et de relance pour les Cahiers. Leur initiative, soutenue par la majeure partie de la rédaction, est logique, en cela qu’elle émane de la revue et procède d’une longue réflexion sur son histoire et sur sa mission. C’est un projet éditorial, mais c’est aussi un projet d’entreprise. Indissociablement.

Il est clair en effet que les nouveaux enjeux critiques sont inséparables de nouvelles pistes de développement.

Les Cahiers doivent rester ce qu’ils furent toujours, d’abord et avant tout : une revue mensuelle d’actualité et de pensée du cinéma, accompagnant ses aventures, ses promesses et ses risques, vendue en kiosque et attachée à l’éthique du «bien dire» et du «bien décrire».

Mais s’ils veulent élargir leur champ aux supports et aux lieux qui accueillent et transforment le cinéma - DVD, séries télé, art contemporain, littérature, Internet… -, les Cahiers doivent eux-mêmes se diversifier et développer une complémentarité nouvelle entre une revue, un site Internet et un éditeur liés par une vision et des objectifs communs.

S’ils veulent rendre compte de la manière dont Internet modifie en même temps les outils du cinéma et ceux de la critique, la fabrication et la réception des films, ils doivent mettre en ligne des productions sonores et visuelles spécifiques, mais aussi développer sur leur site de nouvelles approches critiques et journalistiques (chroniques en direct, analyses d’images en mouvement, journaux tenus par un cinéaste ou un chef opérateur…).

S’ils veulent jouer un rôle réellement militant à l’égard des films qu’ils défendent - dont beaucoup trouvent de moins en moins accès aux salles -, ils doivent acquérir un nouveau métier et devenir un acteur à part entière de la diffusion, sur Internet, en DVD et en salle.

S’ils veulent affirmer et surtout transmettre leur histoire - et celle du cinéma - à une nouvelle génération de spectateurs, ils doivent valoriser le trésor de leurs archives numériques en France et à l’étranger, éditer des ouvrages anthologiques et publier un dictionnaire du cinéma qui fasse référence.

S’ils veulent étendre leur rayonnement international et en faire bénéficier leurs lecteurs, ils doivent développer leurs éditions en langue étrangère et nouer des collaborations avec des revues du monde entier afin d’écrire - sur le papier et en ligne, en articles et en images - la carte de demain, celle d’un cinéma à nouveau «voyagé».

Le projet de Thierry Lounas et Emmanuel Burdeau entend donc faire des Cahiers un objet unique, mais présent en plusieurs lieux et sur plusieurs supports avec la même force. Des Cahiers voués au plaisir et au combat critique, au cinéma en train de se faire, à ceux qui le font et aux nouvelles générations qui le découvrent. Des Cahiers directement impliqués dans les défis que pose l’évolution des modes d’accès aux œuvres, établissant un nouveau type de relations et d’échanges avec leurs lecteurs et abonnés.

Bref, des Cahiers contemporains, dans leurs moyens comme dans leurs buts, participant à leur manière à la réinvention du cinéma. Aujourd’hui, nous voulons dire que ce projet est également le nôtre


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Les nouveaux "droits et devoirs" des chômeurs adoptés à l'Assemblée
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 05h07 • Mis à jour le 18.07.08 | 11h25

es députés ont adopté, dans la nuit de jeudi 17 à vendredi 18 juillet, le projet de loi sur les "droits et devoirs des demandeurs d'emploi". Le texte institue la notion de "projet personnel d'accès à l'emploi" et "d'offres raisonnables d'emploi". Un chômeur sera radié des listes du service public de l'emploi s'il refuse deux "offres raisonnables". Dès le 4e mois de chômage, les demandeurs d'emploi devront accepter un emploi rémunéré à au moins 95 % de leur salaire antérieur, 85 % au bout de six mois, et du montant de l'allocation qu'ils perçoivent au bout d'un an. Les députés ont adopté un amendement indiquant que ces durées "sont prorogées du temps de formation", pour "encourager et non pénaliser les demandeurs d'emploi qui suivent une formation".

L'UMP et le Nouveau Centre ont voté pour ce texte, déjà adopté par le Sénat, l'opposition (PS, Verts, PCF) a voté contre. "La philosophie était de mieux accompagner [les demandeurs d'emploi] avec du sur-mesure et, d'autre part, de mieux contrôler les abus", a résumé le secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez. Le député PS Michel Issindou a dénoncé un "texte humiliant pour les demandeurs d'emploi" et le PCF Maxime Gremetz a parlé d'une "régression du code du travail".
"ABSENCE TOTALE DE GARANTIES APPORTÉES POUR LES SENIORS"

L'Assemblée a aussi voté la suppression progressive, d'ici à 2012, de la dispense de recherche d'emploi dont pouvaient bénéficier les chômeurs âgés de plus de 57 ans et demi. "On ne peut pas continuer avec cette espèce d'hypocrisie à trois acteurs : le gouvernement et les politiques, qui ont expulsé les seniors en dehors du marché de l'emploi pour gérer les statistiques, les employeurs, qui l'ont utilisé comme un instrument commode de gestion des ressources humaines, et aussi les partenaires sociaux, qui s'en sont parfois servi dans des procédures de licenciement collectif", a développé M. Wauquiez.

Marisol Touraine (PS) et Martine Billard (Verts) se sont inquiétées de "l'absence totale de garanties apportées pour les seniors à ce stade".

Enfin, l'Assemblée a voté, à la demande du gouvernement, la création d'un "médiateur du service public de l'emploi", conçu comme voie de recours en faveur des chômeurs dans leurs relations avec l'ANPE. Le service public de l'emploi doit naître de la fusion ANPE-Unedic, qui doit être effective dans les prochains mois.

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Monde
Sarkozy livre Petrella à l’Italie
CHRISTIAN LOSSON (à Toyako) et ÉRIC JOZSEF (à Rome)
QUOTIDIEN : mercredi 9 juillet 2008

Personne ne lui avait posé la question. Mais c’est à l’autre bout du monde, entre la crise alimentaire ou les dossiers énergétiques au menu du G8 de Toyako, que Nicolas Sarkozy a confirmé hier, dans un point presse, son intention d’extrader en Italie l’ancienne membre des Brigades rouges (BR) Marina Petrella, 54 ans, arrivée en 1993 en France pour échapper à une condamnation à la réclusion criminelle à la perpétuité et qui y a refait sa vie (lire page 4). «Conformément aux accords européens» et aux «décisions de justice françaises», l’ex-brigadiste sera extradée a assuré le chef de l’Etat. Une annonce confirmée quelques heures plus tard à Cannes par la garde des Sceaux, Rachida Dati. La procédure devrait toutefois durer encore plusieurs mois dans l’attente d’un arrêt du Conseil d’Etat saisi par les défenseurs de Marina Petrella.

Obstacles. «Ma cliente est en train de mourir», a insisté Irène Terrel, l’avocate de l’ex-brigadiste «gravement dépressive» et alitée au service psychiatrique de la prison de Fleury-Mérogis qui se bat pour l’application immédiate «d’une clause humanitaire» suspendant la procédure d’extradition. Evoquant dans sa déclaration «un geste humanitaire», Nicolas Sarkozy a précisé qu’il avait demandé à Silvio Berlusconi «de solliciter du président la république italienne, la grâce compte tenu de l’ancienneté de la condamnation et compte tenu de la situation psychologique et de santé». Il s’est limité à assurer que «le président du Conseil italien m’a fait valoir qu’il partageait mon analyse et qu’il interviendrait auprès du président de la République italien pour essayer d’obtenir la grâce».

En théorie, au vu de ses conditions de santé, le Président, Giorgio Napolitano, pourrait se prononcer favorablement sur une grâce. Il y a deux ans, l’actuel chef de l’Etat avait en effet pour des motifs similaires pris une telle mesure à l’endroit d’Ovidio Bompressi. En mai 2006, l’ancien dirigeant de Lotta Continua, condamné avec l’intellectuel Adriano Sofri à vingt-deux ans de prison pour l’homicide, en 1972, du commissaire Luigi Calabresi, avait ainsi pu recouvrer la liberté au bout de neuf ans de prison.

Mais pour Marina Petrella plusieurs obstacles rendent cette hypothèse peu probable. «En général, il faut que l’intéressé ait déjà effectué une bonne partie de sa peine ou encore qu’il y ait eu le pardon des parents des victimes», fait remarquer le journaliste Giovanni Bianconi, auteur de plusieurs livres sur le terrorisme des années 70. Hier, Salvatore Berardi, fils d’un policier tué par les BR et membre de l’Association italienne des victimes du terrorisme a lancé : «Cela ne nous intéresse pas de savoir si Petrella pourra se balader mais je tiens à rappeler qu’avant de concéder des remises de peines, il faudrait penser au dédommagement des victimes.» Surtout, une éventuelle grâce risque de voir l’opposition très forte des alliés politiques de Silvio Berlusconi. Le président (ex-communiste) n’a pour sa part jamais rien dit publiquement sur les ex-terroristes réfugiés en France, ni sur le cas Petrella.

«Revanche d’Etat». En France, les propos du chef de l’Etat ont entraîné de nombreuses réactions. «Nous dénonçons des petits arrangements entre amis dont on ne sait ni les tenants ni les aboutissants, alors que la vie d’une femme est en jeu», a réagi Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la Magistrature (gauche) regrettant que «vingt-cinq ou trente ans après, ces anciens activistes qui ont renoncé à la lutte armée se voient victimes d’une sorte de revanche d’Etat». La Ligue des droits de l’Homme (LDH) est tout aussi virulente affirmant que «Nicolas Sarkozy a décidé de livrer à son ami Silvio Berlusconi une femme en danger de mort, Marina Petrella, avec le souhait délicat que les autorités italiennes fassent si possible œuvre d’humanité à sa place.»

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chauvinisme minable et anti-américanisme primaire,

Les Ch'tis ne devraient pas battre "Titanic"
LE MONDE | 03.07.08 | 16h40 • Mis à jour le 03.07.08 | 16h40

'est une cause nationale depuis quelques jours, si l'on en croit la ministre de la culture, Christine Albanel : que le film de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch'tis, dépasse en audience le Titanic de James Cameron (1998), lequel détient le record historique de fréquentation en France avec 20,7 millions de spectateurs.

Le 26 juin, dans les locaux du ministère de la culture, Christine Albanel remettait à Dany Boon les insignes d'officier dans l'ordre des Arts et des Lettres, le jour des 42 ans du réalisateur. Elle en a profité pour évoquer le raz-de-marée "Ch'tis". "J'invite le public à se mobiliser pour dépasser le record !, a lancé la ministre. Vous avez ravivé l'amour des Français pour les salles obscures et rien que pour cela, cher Dany Boon, nous vous sommes infiniment reconnaissants."

Avec plus de 20 millions d'entrées juste avant l'été, Dany Boon et Pathé, producteur et distributeur d'un film sorti en salles le 27 février, pouvaient rêver. Mais la comédie nordiste avait déjà montré des signes d'essoufflement. Durant la semaine du mercredi 18 au mardi 24 juin, le film a totalisé "seulement" 15 748 entrées.

La perspective de la Fête du cinéma, du 29 juin au 1er juillet, avec des tickets d'entrée à prix réduit, a donné des idées à l'équipe de Pathé : du 25 juin au 2 juillet, le nombre de copies du film a été multiplié par deux, passant de 254 à 498, avec pour principale motivation de battre le record. Un peu partout en France, des salles de cinéma ont été sollicitées pour réintégrer Bienvenue chez les Ch'tis sur leurs écrans. Au détriment d'autres films, forcément. "Nous avons demandé un renvoi d'ascenseur pour toutes les recettes que le film a généré dans les salles", souligne Jean-Claude Bordes, de Pathé Distribution.

Las, les résultats n'ont pas été à la hauteur des attentes. Mardi 2 juillet au soir, après la Fête du cinéma, le compteur s'arrêtait au chiffre de 20 260 975 spectateurs. Presque 500 000 de moins que pour le film de Cameron. "Le retard semble assez difficile à rattraper", pronostique-t-on chez Ecran Total, qui réalise un box office du cinéma en France. Mais on ne pourra pas dire que tout n'a pas été tenté.

Les promoteurs des "Ch'tis" pensent déjà à l'avenir. Le film, qui cumulait 121 millions d'euros de recettes fin mai, va faire l'objet d'un remake italien, tandis qu'une version américaine serait coproduite et interprétée par Bruce Willis.

Clarisse Fabre
Article paru dans l'édition du 04.07.08

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Une assistante sociale dénonce un Sénégalais sans papiers à la police
LE MONDE | 27.06.08 | 12h19 • Mis à jour le 27.06.08 | 17h37


lle se nomme B. H. et elle s'est rendue, le 10 juin, à 11 h 15, au poste de police, établir un "PV de dénonciation" : "Je suis venue vous dénoncer la situation administrative clandestine d'un ressortissant sénégalais qui vit à Besançon", a-t-elle annoncé au brigadier chef, qui a consigné ses propos.


B. H. est assistante sociale. Dans le cadre de son travail, elle dit avoir rencontré "par hasard", chez une dame dont les quatre enfants bénéficient d'une mesure de protection éducative du juge des enfants, "un individu inconnu". Elle a informé l'homme "qu'il ne pouvait rester à cette adresse, Madame B. vivant dans une situation financière et familiale fragile". Au policier, elle a précisé : "J'ai appris au hasard des discussions qu'il n'avait pas de titre de séjour et vivait de façon clandestine en France, et à la charge de Madame B." Puis elle a dressé un portrait : "C'est un individu de 22 ans, mesurant 1,80 m, portant des lunettes de vue rondes en métal, cheveux crépus très courts, toujours bien habillé, parlant un français très châtié. Il dort le matin jusqu'à 12 heures au moins et sort peu de peur d'être contrôlé par la police. Il arriverait d'Italie." A 11 h 35, B. H. n'avait "rien d'autre à ajouter" ; elle a cosigné le procès-verbal et a quitté le poste de police.

Ce PV, recopié mot à mot (seuls les noms ont été anonymisés), a été publié, mardi 24 juin, sur l'un des blogs les plus lus dans le monde judiciaire, celui de maître Eolas, un avocat qui, pour cet exercice, conserve l'anonymat (Maitre-eolas.fr).

VIOLATION DU SECRET PROFESSIONNEL

Lundi 23 juin, le Sénégalais qui partageait l'appartement de madame B., en réalité son demi-frère, a comparu devant le juge des libertés du tribunal de Besançon, à la demande du préfet qui souhaitait prolonger de quinze jours son placement en centre de rétention. L'homme avait été interpellé après la dénonciation de B. H. Il est de nouveau libre aujourd'hui.

L'histoire a suscité 150 commentaires sur le blog dans la seule après-midi qui a suivi sa mise en ligne. Au coeur de l'affaire : la violation de son secret professionnel par B. H. Plusieurs internautes se sont interrogés. Le séjour irrégulier étant un délit, cette fonctionnaire n'avait-elle pas l'obligation de le dénoncer ? Elle n'avait aucune obligation à agir comme elle l'a fait, et n'encourait aucune sanction, a répondu l'avocat.

Le code de l'action sociale prévoit les cas dans lesquels un professionnel est dispensé de son secret. "La dénonciation d'un sans-papiers ne figure pas parmi ces cas", précise Me Eolas. Par ailleurs, l'article 40 du code de procédure pénale impose aux fonctionnaires de "donner avis sans délai", au procureur de la République - et non à la police -, des crimes ou des délits dont ils auraient connaissance. Mais il écarte les faits connus dans le cadre du secret professionnel. "La raison en est simple, rappelle l'avocat : faites des assistants sociaux des auxiliaires de police, et les familles refuseront de les recevoir ou leur cacheront des informations essentielles."

Me Eolas a cherché en vain d'autres cas de dénonciation spontanée. Jusqu'à présent, c'est l'inverse qui s'est produit : des assistantes sociales ont été poursuivies pour non-dénonciation. À Belfort, en septembre 2007, l'une d'elles fut gardée à vue pendant deux heures parce qu'elle refusait de dénoncer un étranger en situation irrégulière. Le procureur avait classé l'affaire sans suite.


Nathalie Guibert
Article paru dans l'édition du 28.06.08

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Politiques
Bouclier fiscal: l'Etat rembourse 16.000 euros en moyenne
Eric Woerth, ministre du Budget (Reuters).
73% des bénéficiaires du «bouclier fiscal» sont des foyers modestes, affirme le gouvernement. Mais les gros patrimoines sont les vrais bénéficiaires de la mesure, rétorque le Syndicat unifié des impôts.
AFP
LIBERATION.FR : jeudi 26 juin 2008
Près de 15.000 foyers fiscaux ont bénéficié d’un remboursement au titre du «bouclier fiscal» à 60% en vigueur pour 2006, pour un montant moyen de 16.000 euros, même si trois quarts d’entre eux ne sont pas assujettis à l’ISF.
Selon des chiffres communiqués par le ministère du Budget confirmant une information parue dans Le Figaro, le fisc avait reçu au 30 avril 23.159 demandes de remboursement - dont 14.981 ont été acceptées - au titre du «bouclier fiscal» sur les revenus de 2006.

Entré en vigueur en 2007, ce dispositif plafonne à 60% des revenus le niveau des impôts directs, CSG (Contribution sociale généralisée) et CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) comprises. Les contribuables qui s’étaient acquittés d’une somme supérieure pouvaient donc être remboursés de la différence. Le plafond de cette «niche fiscale» a été abaissé à 50% pour 2008 (revenus perçus en 2007) dans le cadre de la loi Tepa votée en juillet dernier, aussi appelée «paquet fiscal».

L’adoption de cette mesure avait suscité une vive polémique, des parlementaires de toutes tendances estimant qu’elle visait principalement les grosses fortunes, candidates potentielles à l’expatriation fiscale. En moyenne, chaque bénéficiaire du «bouclier fiscal» à 60% aura touché un chèque de 16.100 euros, pour un coût budgétaire total de 241 millions d’euros.

Ce montant élevé du remboursement moyen cache évidemment d’importantes disparités: près de 9.300 des demandes acceptées portent ainsi sur des remboursement inférieurs à 800 euros, et 5.700 concernent un montant supérieur.

Selon les profils des bénéficiaires, recensés à la fin février (12.288 au total), 74% avaient un patrimoine inférieur à 750.000 euros, qui correspondait en 2006 au seuil de déclenchement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune). Et 84% avait un revenu fiscal de référence inférieur à 42.000 euros.

En croisant ces données, l’administration fiscale a établi que 73% de ces bénéficiaires du «bouclier fiscal» avaient à la fois un revenu inférieur à 42.000 euros en 2006 et n’étaient pas concernés par l’ISF, pouvant donc être considérés comme des ménages modestes.

«La majorité des bénéficiaires sont effectivement des gens qui n’ont pas de gros revenus, mais en termes de montants remboursés, c’est une minorité de contribuables aisés qui profitent du bouclier fiscal», insiste Vincent Drezet, secrétaire général du Syndicat national unifié des impôts (Snui).

«Une majorité de contribuables aux revenus relativement faibles (pensionnés qui ont hérité d’un patrimoine, commerçants indépendants qui accusent un déficit) auront un faible remboursement. Les gros patrimoines sont les vrais bénéficiaires durables, structurels, de cette mesure, et ils sont en train de réorganiser leur stratégie fiscale» pour optimiser leurs gains, assure M. Drezet.

Selon lui, la «loi Tepa» prévoit un coût budgétaire de 810 millions d’euros pour 235.000 bénéficiaires potentiels du bouclier à 50%.
Parmi ces 235.000 contribuables, 18.000 personnes soumises à l’ISF percevraient à elles seules 564 millions d’euros de remboursement, dont un millier qui se partageraient 250 millions, souligne le responsable du Snui.

Les chiffres définitifs des bénéficiaires du «bouclier fiscal» pour 2008 ne sont pas encore connus.


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Société
A l'audience, Jean Sarkozy prétend ne pas avoir eu d'accident en scooter
Archive (Reuters)
Le fils cadet du président de la République, costume gris et cravate bleue, a de nouveau contesté avoir percuté un automobiliste avec son scooter.
AFP
LIBERATION.FR : mercredi 25 juin 2008
L'automobiliste qui accuse Jean Sarkozy de l'avoir percuté avec son scooter a contesté mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris, l'expertise diligentée par la justice, qui conclut à l'impossibilité de l'accident. D'après l'automobiliste, M'Hamed Bellouti, l'accrochage aurait eu lieu le 14 octobre 2005, place de la Concorde à Paris. Jean Sarkozy aurait percuté à scooter l'arrière de sa BMW, avant de prendre la fuite.
M. Bellouti, 37 ans, et son passager ont réaffirmé mercredi avoir relevé le numéro du deux-roues. Ils ont toutefois reconnu ne pas être en mesure de reconnaître le conducteur du scooter, "un jeune", "imberbe", alors coiffé d'un casque. Après plusieurs tentatives vaines de son assureur pour obtenir de la partie fautive le paiement des réparations, M. Bellouti avait finalement décidé de porter plainte en février 2006. C'est seulement alors qu'il aurait découvert l'identité du propriétaire du scooter.

Son père, propriétaire de la BMW et partie civile au procès, réclame 260,13 euros pour les frais de réparation de la voiture et 4.000 euros de dommages et intérêts.

Mercredi, le fils cadet du président de la République, costume gris et cravate bleue, a de nouveau contesté les faits. "Je n'ai à aucun moment été impliqué dans un accident de circulation", a assuré le jeune homme de 21 ans, affirmant ne "pas avoir l'habitude de (se) cacher ou de (se) dérober". A 16H30, heure des faits, "j'étais vraisemblablement en train de suivre mes cours", a-t-il assuré aux magistrats de la 10e chambre.

Mais les débats de mercredi ont tourné pour l'essentiel autour de l'expertise judiciaire réclamée par le tribunal le 4 décembre, lors d'une première audience. Cette expertise, réalisée par un expert indépendant désigné par le tribunal, parvient quasiment aux mêmes conclusions que celle produite le 4 décembre par l'avocat du prévenu. Toutes deux affirment, au vu des dégâts constatés sur les deux véhicules, que le choc n'a pu avoir lieu, du moins tel que décrit par l'automobiliste.

Après avoir déploré qu'un banal accident de la circulation ait pris de telles proportions, les avocats de M. Bellouti, Mes Christophe Launay et Philippe Lejard, ont regretté le dépôt "hors délai" de cette expertise, mais surtout son caractère "non-contradictoire". "On parle d'une expertise contradictoire, mais l'expert ne m'a jamais laissé l'occasion" de préciser les circonstances de l'accident, a confirmé à la barre M. Bellouti qui, pas plus que Jean Sarkozy, n'a été entendu par l'expert Michel Gilabert. Dénonçant "une atteinte aux droits de la défense", les deux avocats ont demandé au tribunal "de prononcer la nullité de ce rapport" et de diligenter une nouvelle expertise.

Rejetant ces griefs, Me Herzog a pour sa part tenté, documents à l'appui, de démontrer que l'expertise avait été menée normalement et que M. Gilabert avait réalisé "tous les souhaits et desiderata de la partie civile". L'avocat a également relevé le fait qu'entre l'accident d'octobre 2005 et la plainte de février 2006, M. Bellouti avait subi un deuxième accident, "qui concerne également le pare-choc arrière-gauche". Difficile donc, selon lui, de déterminer les dégâts imputables au premier et au second accident. S'appuyant sur l'expertise "dénuée de toute ambiguïté" de M. Gilabert, "remarquable dans sa clarté et dans sa concision", le procureur de la République, Jean-Marc Coquentin, a quant à lui requis la relaxe du prévenu. Le tribunal rendra sa décision le 29 septembre.


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Grand Angle
De Saint-Simon à la République
Pierre Rosanvallon, en fermant la fondation Saint-Simon, a pris acte de l'échec du rapprochement de la gauche et du centre droit pour revenir vers la critique sociale. Histoire d'un parcours intellectuel.
Par Eric AESCHIMANN, Pascal RICHE
QUOTIDIEN : Lundi 18 septembre 2006 - 06:00
Au milieu des années 90, Pierre Rosanvallon a compris que quelque chose ne tournait plus très rond au royaume du «modernisme de gauche». Jean-Marie Messier, futur ex-«maître du monde», était venu frapper à la porte de la fondation Saint-Simon : «Puis-je faire partie du club ?» Saint-Simon, c'était le salon chic des intellectuels antitotalitaires et des patrons sociaux, le trait d'union entre les rocardiens et le centre droit, la machine à tisser du consensus. Rosanvallon l'avait créé en 1982 avec l'historien François Furet, le chef d'entreprise Roger Fauroux et l'essayiste Alain Minc. Mais pour cet ancien de la CFDT, très attaché à la question sociale, voir qu'un balladurien comme Messier souhaite en devenir membre est un révélateur. Sa créature était en train de lui échapper. Quelques années plus tard, en 1999, autoritairement, il a décidé de mettre la clé sous la porte.
Messier, Minc, fondation Saint-Simon : les étoiles d'hier ont pâli, se sont éteintes. Pierre Rosanvallon, 58 ans, lui, est toujours là, avec sa silhouette confortable, son visage posé, son propos structuré. Mais il a rompu avec une partie de son passé. En 2001, au terme d'une intense campagne, il a été élu professeur au Collège de France, stade ultime d'une carrière universitaire entamée par la petite porte : en 1970, tout juste diplômé d'HEC, il avait choisi de devenir conseiller économique de la CFDT. Désormais, le voilà rue d'Ulm, dans l'annexe neuve du Collège de France. Après une éclipse où il a été absorbé par ses travaux, il a replongé doucement dans le débat public, en fondant la République des idées. Un «atelier intellectuel» plus qu'un réseau mondain. Les travaux, qui font l'objet d'une collection de petits livres, ont connu un retentissement inespéré . Ségolène Royal elle-même s'y abreuve.
En mai, la République des idées a organisé un grand colloque à Grenoble, dont Pierre Bourdieu, symbole de tout ce que Saint-Simon détestait, n'aurait pas renié le titre : «La nouvelle critique sociale». Ce mois-ci, Pierre Rosanvallon publie la Contre-Démocratie, un essai sur les formes non institutionnelles de la démocratie. «Une façon de dire que, contrairement à ce que dit la pensée libérale, il n'y a pas lieu de se défier du mouvement social», résume un proche. Désormais solidement implanté dans le monde savant, à l'écoute de la société, Pierre Rosanvallon ne veut plus entendre parler de l'élite énarco-entrepreneuriale qu'il fréquentait jadis. Par touches, sans le crier sur les toits, il prend acte de l'échec du projet qui consistait à moderniser la gauche en la frottant aux grands patrons. «On est allé trop loin. La culture de gouvernement est devenue la culture de gestion.»
Quatre familles de pensée
Le côté «club snob» ne doit pas faire illusion : Saint-Simon a marqué un moment important dans l'histoire des idées en France. Lorsque la fondation est créée, après l'alternance de 1981, l'enjeu est de convertir la «première gauche» à l'économie de marché. De l'ouvrir à la société civile. De jeter des passerelles entre des élites qui se méprisaient mutuellement, patronat, université, haute fonction publique. De contrer l'influence d'un Parti communiste déjà en déclin. En somme, d'en finir avec «la machine égalitaire» (Alain Minc), «la passion révolutionnaire» (François Furet). Quatre familles de pensée s'associent : la deuxième gauche (CFDT, rocardiens) ; des hauts fonctionnaires qui aspirent à la modernisation de l'Etat (François Bloch-Lainé, Simon Nora) ; une poignée de patrons humanistes qui se sentaient «investis d'une mission d'intérêt général» (Antoine Riboud) ; et enfin, les intellectuels «antitotalitaires», qui, depuis les années 60, ferraillaient contre le communisme et le marxisme et dont le chef de file était François Furet ­ lui-même un ancien du PCF.
Au début, chacun y a trouvé son compte. La chute du mur de Berlin vient confirmer les intellectuels antitotalitaires dans leur conviction ­ leur «illusion», dit Olivier Mongin, le directeur de la revue Esprit ­ que «l'ouverture du marché est un accoucheur de démocratie» et que «le capitalisme est régulable». Les jeunes énarques, futures élites de la nation, se bousculent à la porte de Saint-Simon. «J'ai vu défiler les plus brillants d'entre eux», raconte Pierre Rosanvallon, qui les incite à publier des «notes» pour la fondation. Pour le seconder, il fait appel à Denis Olivennes, jeune et talentueux normalien-énarque. Tout ce beau monde dissèque et critique l'Etat-providence, et Pierre Rosanvallon, qui en a théorisé la crise dès 1981, est dans son élément. En décembre 1995, proche de Nicole Notat et allergique à la rhétorique des avantages acquis, il signe la pétition de soutien au plan Juppé lancée par la revue Esprit .
«Mais pendant ce temps le capitalisme connaissait des mutations radicales. Saint-Simon ne les a pas vus venir», ajoute Olivier Mongin. Les premiers craquements ont eu lieu quelques mois plus tôt, avec la campagne pour l'élection présidentielle de 1995. Saint-Simon est au sommet de sa gloire ­ et à la veille de sa chute. Entre les tenants de l'orthodoxie européenne et les partisans d'une «autre politique», la guerre fait rage. La fondation fait figure de QG de la pensée unique, de laboratoire caché des réformes à venir. Lors des déjeuners avec les candidats, Lionel Jospin est écouté avec dédain, Jacques Chirac brocardé, Balladur applaudi. Faiseurs de roi ? Des agents du KGB viennent roder dans les couloirs des locaux cosys, rue du Cherche-Midi, à la recherche d'on ne sait quels plans secrets. «Des cabinets de consultants se faisaient payer pour dire aux PDG comment être admis à la fondation», sourit Pierre Rosanvallon.
Un tremplin de luxe
A l'époque, tout cela ne le fait pas tellement rire. Il est déçu par la jeunesse dorée qui sort de l'ENA et qui, tournant le dos à l'intérêt général, se sert de Saint-Simon comme tremplin de luxe. «La génération des hauts fonctionnaires réformateurs et keynésiens s'est décomposée. La suivante n'a d'autres ambitions que d'aller dans le privé», déplore-t-il, en citant Denis Olivennes, qui a rejoint Air France, puis Canal + et dirige aujourd'hui la Fnac (groupe Pinault). Il ne voit qu'une seule exception à cette évolution : Martin Hirsch, un conseiller d'Etat, aujourd'hui président d'Emmaüs France. Daniel Cohen, économiste qui accompagne Pierre Rosanvallon depuis une décennie, pointe un autre facteur de désagrégation, l'évolution de la sociologie patronale : «Dans les années 90, des patrons différents sont apparus dans le paysage: Bébéar, Pinault, Arnault, des rock-stars.»
Pierre Rosanvallon s'est vite méfié du dévoiement de l'idée de modernisation. En 1988, dans la République du centre, dont le titre est un bon résumé de l'état d'esprit de l'époque, François Furet se réjouissait que «l'idée de gauche, l'idée de socialisme, l'idée de République, ont dépéri en même temps». Rosanvallon, lui, déplorait au contraire que la «"centrisation" de la vie politique s'appuie sur une sorte de consécration de l'impuissance». Plus tard, à Saint-Simon, il a envoyé quelques signaux, pour «marquer [sa] désapprobation». Il a ouvert ses «notes» au démographe antimaastrichtien Emmanuel Todd ou au sociologue formé par Bourdieu Robert Castel. Il a piloté le Nouvel Age des inégalités, qui amorçait la description des nouvelles conditions de vie des salariés. Mais sa contestation est restée passive. Jamais il n'a demandé à ses puissants amis de Saint-Simon : sommes-nous allés trop loin ?
«L'antitotalitarisme ne peut plus jouer le rôle moteur qui a été le sien au milieu des années 70», écrivait-il également dans la République du centre. Là se trouve probablement le noeud de l'histoire de Pierre Rosanvallon et, à travers lui, de la deuxième gauche. Réinvestir la question sociale, prendre au sérieux les thématiques portées par le mouvement social, ne pas y voir forcément un piège gauchiste, c'est déjà rompre la digue de protection que François Furet et d'autres avaient voulu dresser contre tout ce qui rappelait de près ou de loin l'utopie marxiste. Dans son ultime article dans la revue le Débat, écrit quelques jours avant sa mort à l'été 1997, François Furet s'indignait avec véhémence du fait que, malgré la chute de l'URSS, la gauche française n'ait pas renoncé à son vieux rêve : «séparer démocratie et capitalisme». Comme si la critique du libéralisme relevait forcément du réflexe stalinien.
Un travail d'enquête sociale
Il a fallu du temps à Pierre Rosanvallon pour revenir à sa famille d'origine, la gauche syndicale réformiste. Du temps aussi pour se démarquer de François Furet, son maître, qui, dès le premier jour, lui avait fait confiance et l'avait encouragé dans la carrière universitaire. En fondant la République des idées, Pierre Rosanvallon s'est de facto éloigné des autres «furétistes». L'un des premiers ouvrages parus sous ce nouveau label est une charge contre les «nouveaux réactionnaires». Marcel Gauchet, le rédacteur en chef du Débat, lui aussi un protégé de Furet, y est nommément cité (1). Depuis, sur l'école, le rapport à la nation, la relation entre le politique et le social, la République des idées et le Débat divergent nettement. «Les tâches que nous voulons accomplir ne sont plus les mêmes», admet Rosanvallon. Au centre Raymond-Aron, où se retrouve toute la mouvance antitotalitaire, l'ambiance s'est rafraîchie.
Rosanvallon n'est pas devenu gauchiste. Il croit à la réforme, à la société civile, à l'Europe. Mais depuis quatre ans les petits livres de la République des idées ont mis au coeur du débat public des pans de la réalité sociale jusque-là ignorés : l'atomisation du salariat, la constitution de ghettos de riches, l'explosion des maladies professionnelles, notamment. Un travail d'enquête sociale qui, note-t-il en souriant, était autrefois l'apanage des sociologues d'extrême gauche... Les ventes assurent les deux tiers de son petit budget : 150 000 euros. Le reste vient du mécénat. Rétif à l'argent, Pierre Rosanvallon ne se plaint pas : «Nos travaux seraient-ils de meilleure qualité si nous disposions de plus de moyens ? Quand on voit la production des instituts dotés d'énormes budgets, j'en doute.» Son modèle, ce serait plutôt Marx et Engels. «Ils ont décrit la mise en place du capitalisme avec une étonnante prescience. Quand Engels écrit la Situation de la classe laborieuse en Angleterre, en 1848, on dénombrait plus de domestiques que d'ouvriers en Angleterre. Mais il avait compris que la nouveauté était là.» En ce début de IIIe millénaire, un nouveau capitalisme s'est imposé, et, en plaisantant à peine, Rosanvallon confie son ambition pour la République des idées : écrire un nouveau Capital, «par petits morceaux».
(1) Le Rappel à l'ordre, par Daniel Lindenberg, la République des Idées-le Seuil.


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Agnès b., cinéaste
LE MONDE | 23.05.08 | 12h43

'est en lisant, il y a une quinzaine d'années, un fait divers – un prévenu qui se suicide en s'enfonçant un coupe-papier dans le cœur dans le bureau d'un juge d'instruction, Quai des Orfèvres à Paris – qu'Agnès b. a eu envie d'écrire un scénario. Sur la culpabilité, l'inceste, la peur enfouie dans le cœur d'une enfant. "J'ai écrit l'histoire d'une traite, en deux jours, sur un petit bloc Rhodia. Le français, c'était ma "bonne matière" à l'école", dit-elle. Cela donnera Je m'appelle Hmmm..., son premier long métrage, qui devrait être tourné en mars 2009. Avec deux acteurs qu'elle chérit, Sylvie Testud et Jacques Bonnaffé.

"C'est un handicap d'être styliste de mode quand on veut faire un film. C'était déjà la même chose quand j'ai lancé une galerie d'art. Comme au début du siècle dernier, on n'invitait pas les actrices à sa table", s'amuse-t-elle. Agnès b., qui est redevenue Agnès Troublé – son nom de jeune fille – pour signer ce film, connaît bien caméras et cinéma. Elle a longtemps filmé ses collections en guise de défilé projeté sur grand écran. Et a créé une société de production, Love Streams Productions, en 1997. En s'en tenant à des choix esthétiques qui mêlent arts plastiques et cinéma, elle y produit des films de Gaspard Noé, du musicien et cinéaste F. G. Ossang, du photographe Emmanuel Bovet ou d'Harmony Korine, son partenaire dans le collectif pour une nouvelle génération d'artistes, O'Salvation, basé à Londres et à Nashville (Tennessee, Etats-Unis). Agnès b. distribue aussi l'œuvre cinématographique de Guy Debord dans le monde entier.

PETIT VERRE DE VODKA

Mécène de multiples causes humanitaires, écologiques ou artistiques, elle a longtemps donné, de manière discrète, un petit coup de pouce financier pour permettre à un film de voir le jour. Celle qui souhaite créer sa propre fondation de mécénat adopte désormais une politique un peu différente. Et cite volontiers le conseil que lui a donné Marin Karmitz quand elle s'est lancée dans la production : "Ne fais jamais de films avec ton argent." "Pour produire, on cherche des partenaires avec qui on ne parle pas que business, mais des gens qui défendent des projets courageux", explique-t-elle.

Pour son propre film ou pour celui de sa fille Ariane Michel – Les Hommes –, Agnès b. jugeait hors de propos de les financer à compte d'auteur. Avant de passer devant le jury du Centre national de la cinématographie pour obtenir les aides au développement de son scénario, elle confesse avoir pris un petit verre de vodka à midi pour se donner du cœur à l'ouvrage. "J'ai obtenu cette aide, ce qui m'a énormément encouragée."

Nicole Vulser

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Les films de la quinzaine
Courts doubles
Le Genou d'Artémide. Photo: DR
Encore. Deux films de Straub et Huillet.
OLIVIER SÉGURET
QUOTIDIEN : mardi 20 mai 2008
Quinzaine des réalisateurs Le Genou d’Artémide de Jean-Marie Straub, 26 mn. Itinéraire de Jean Bricard de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, 40 mn.

La manie des «séances spéciales» n’est pas l’exclusivité de la Sélection officielle, qui y range un peu n’importe comment ses objets les plus insaissable. La Quinzaine s’y adonne aussi, qui proposait hier une séance encore plus «spéciale» que les autres, puisqu’elle présentait à la fois le dernier film cosigné par Jean-Marie Straub et la défunte Danièle Huillet et le premier que Straub signe seul depuis cette inconsolable disparition. C’est d’ailleurs à la cinéaste disparue qu’Olivier Père, sélectionneur en chef de la manifestation, a tenu a dédier l’ensemble de la Quinzaine cette année.

Théâtres antiques. Curiosité encore inexplicable, le Genou d’Artémide, court métrage (en) italien qui ressemble tant à leurs derniers films communs, est signé de Straub seul et le documentaire Itinéraire de Jean Bricard, tourné en France par Straub, est doublement signé.

Ce Genou prolonge en effet les dispositifs typiques du cinéma des Straub de ces dernières années, notamment Ces Rencontres avec eux et Ouvriers, paysans. Adapté du texte la Bête sauvage, lui-même extrait des Dialogues avec Leuco, de Cesare Pavese, le film est l’occasion de redresser une nouvelle fois les tréteaux du petit Teatro communale de Buti, troupe provinciale d’acteurs italiens improprement qualifiée d’amateurs. Ce théâtre est déterritorialisé : les sous-bois font office de scène comme les grands arbres de cintres, ce qui se révèle éminemment propice à faire flotter un esprit fidèle à celui des théâtres antiques, construits eux aussi en plein air et souvent cernés de nature. Le film est d’ailleurs l’enregistrement d’une scène répondant aux règles des dialogues classiques : deux étrangers s’apostrophent sur le chemin du mont Latmos, échangeant une leçon réciproque de vie, de sagesse et d’amour. Notons à ce propos que si le cinéma de Straub reste toujours aussi chaste à l’image, la langue est ici le réceptacle et le vecteur d’une haute incarnation sexuelle, sans doute unique dans sa filmographie. Il faut dire que la créature évoquée par le dialogue est des plus troublantes…

Envoûtante. Avec Itinéraire de Jean Bricard, aussi mouvant que le précédent est statique, on change à la fois de registre (c’est un document), d’image (on passe au noir et blanc) et de pays (la France, et plus précisément la Loire, au fil de laquelle on ne cessera de glisser). Une voix off nous parle de la vie sur l’île Coton, bande de terre sableuse typique de celles qui émaillent le fleuve dans son cours le plus large et qui ont connu une activité humaine importante avant leur abandon progressif. C’est une évocation extrêmement sobre, ténue, et par là même envoûtante, un morceau de temps passé filmé au présent.

Des travellings intemporels tracent la topographie du paysage comme un trait de cadastre enfin poétique. Ce petit bout du monde a un goût d’infini : on sort de là en se disant que cette île Coton, dont on n’avait jamais entendu parler, on la connaît désormais dans notre chair. Il n’y a pas cinquante manières de le dire : c’est très beau. Et c’est un sacré cadeau.


http://www.liberation.fr/culture/cinema/festival_cannes_2008/les_films_quinzaine/327124.FR.php
© Libération

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Agnès B.

Productrice

Vous êtes à Cannes avec votre société Love Streams. Qui la dirige ?
Moi, en étroite collaboration avec Charles-Marie Anthonioz et François-Xavier Sanz. Nous sommes tous trois producteurs.

Quels sont vos projets ?
On souhaite produire les prochains F.J. Ossang et Eva Ionesco, et on devrait soutenir le prochain Patrice Chéreau. Il y a aussi le film que je vais réaliser, Je m’appelle hmm… Le tournage est prévu pour mars 2009. J’ai déjà fait les repérages. Jacques Bonnafé, Sylvie Testud et le philosophe italien Toni Negri, qui tient son propre rôle, font partie de l’aventure. Jonas Mekas et Harmony Korine, des amis très proches, tourneront deux scènes avec moi. Une autre sera tournée avec Gaspar Noé. Je trouvais intéressant, en tant que novice, de leur demander de bien vouloir mêler leur caméra à la mienne.

Ca fait longtemps que vous avec ce projet en tête ?
Ca fait 15 ans et je viens de le fignoler avec Jean-Pol Fargeau, le scénariste de Claire Denis, qui a écrit de nombreuses pièces. J’ai reçu l’aide à l’écriture du CNC, ce qui m’a vraiment encouragée, et nous cherchons de l’argent et des partenaires financiers.

Beaucoup d’acteurs à Cannes sont en contrat avec des marques qui les habillent…
On ne procède pas vraiment de cette manière : on prête ou on donne des vêtements, ça se sait ou pas. J’adore faire mon travail, le reste de nos activités, c’est plutôt le reste de ma vie. L’année dernière, j’avais fait un “western tuxedo” pour Jarmusch, je lui avais envoyé le dessin à New York. J’ai aussi fait deux costumes pour Gilles Jacob et Thierry Frémaux.

Propos recueillis par A.-L. B.

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++ Laurent Laborie : Bonjour

++ Les Cahiers : Début du chat à 17h

bonjour, le chat va débuter dans quelques instants, désolé pour le retard... un problème technique.


-- Ludovic : Un peu de retard ?

++ admin : EB : Oui, un peu de retard. Sont là HA, CN, ER, les meilleurs.

EB : Léos Carax sera peut-être là dimanche ; il est question de son film dans le journal d'hier, en ligne dans une heure. Désolé de cet autre retard.

++ admin : EB : Demandons à CN ce qu'il a pensé de Merde.

++ admin : CN : c'est de loin le meilleur des trois films réunis dans Tokyo ! Un film enragé, presque haineux, d'une mysanthropie sans concession au bon goût ou à un quelconque humanisme.

++ admin : CN : Le contrepoint de la rage, c'est une joie évidente à jouer avec des images de texture différente, avec le numérique.

-- louis blanchot : Pour ceux d'entre vous qui avaient eu la chance d'être un mâle d'une vingtaine d'années pendant les 80's, quels rapports entretenez-vous avec leos carax et son cinéma?

++ admin : EB : Un peu jeune à l'époque de Boy Meets Girl et Mauvais sang ; vu à sa sortie Les Amants du Pont Neuf, sans être sûr de l'avoir compris. Un peu la même impression avec Pola X, qu'il faudrait revoir. Grand souvenir en revanche des quelques notules publiées par Carax dans les Cahiers, dont une sur La Taverne de l'enfer, plus au moins un beau, déjà très rageur compte-rendu de festival.

++ admin : EB : Carax a quand même été, pendant deux ou trois

++ admin : EB : ans, le nouveau Godard, ce qui semblait alors irréalisable, et l'est toujours.

HA : Rapport assez douloureux avec Carax. Bien aimé, adolescent, Mauvais Sang. Ensuite... plus compliqué avec Les Amants du Pont Neuf. Un Beineix qui aurait des lettres ? aurait lu Dostoievski ?

++ admin : VM : Il est culte en Corée. Lavant était à Jeon-Ju : superstar ! Une hystérie...

-- sebthecat : avec le recul que diriez-vous aujourd'hui des Amants du pont neuf?

++ admin : EB : Le numéro spécial des Cahiers, Lavant courant sur la plage le sexe dressé, la compresse sur l'oeil de Binoche...

++ admin : HA : Paris en parc d'attraction.

-- Flavien : Bonjour à tous,
L'analogie qu'Emmanuel Burdeau fait entre Carax et Godard me semble juste mais elle mérite, peut-être, que nous nous arrêtions dessus, quitte à voir ce qu'il y a encore dans "Merde" de cette filiation avec Godard.

-- Greg : J'aime Carax depuis mes 14 ans et ma vision de Mauvais Sang. J'ai beaucoup de mal à le comparer à Godard, Carax me semble être un grand créateur de forme. Comment vous placeriez Merde dans la continuité de son oeuvre ?

++ admin : CN: rapport évident entre Merde et Les Amants du Pont neuf. Une grande ville devenue terrain de jeu pour un marginal débridé, une pure énergie lancée dans la ville, contre le bon goût et la mesure. Le feu d'artifices des Amants devient lancé de grenades et massacre au coeur de Tokyo. Même mélange de monstruosité et de grâce chorégraphique (du personnage et du film).

-- louis blanchot : "Pola X" était un film très grave et très borné, il y avaitune sorte de dégout de cinéma assez fascinant. Je n'ai vu que qu'une image de "Merde" (celle de Lavant sortant des égouts) et elle est terrifiante de beauté : Lavant a un côté Grenouille séquestré pendant 3 siècles et n'ayant gardé du mythe que la mépris du monde. Carax a-t-il retrouvé un appétit de l'image?

++ admin : CN: Oui, le film est d'une grande beauté, pas du tout au sens d'une belle image. Au contraire : la merde la crasse ne sont pas du tout enjolivées, mais récupérées en matière picturale par la texture numérique. Vision devenue commune de la grande ville prise dans une régression, une involution, revanche des bas-fonds et des égouts. Mais Carax va plus loin en traitant frontalement les peurs contemporaines, la xénophobie.

-- Greg : Un dégoût du cinéma mais une insistance magnifique à vouloir le faire aller de l'avant, à créer, à proposer des choses nouvelles. Ce que dit CN me met en appétit, c'est le moins que l'on puisse dire

++ admin : CN : je ne vois pas de dégout du cinéma dans ce film, au contraire. Un dégout du monbde contemporain, une rage antisociale. Je ne vois aucun ciinéaste français qui manifeste un telle liberté à l'égard de l'image, de son imaginaire. Rien que cette énergie émeut beaucoup.

-- guillaume massart : Ca veut dire quoi "récupérées en matière picturale par la texture numérique"?

++ admin : CN : ça veut dire que Carax fait de la peinture, ce qui n'est pas nouveau, mais la proximité du numérique avec la matière, la matérialité des choses, la manière dont il les rend, produite une pâte nouvelle, moins lisse, plus rugueuse.

CN: on pourrait aussi parler d'autres films, dont le très beau et passionnant Waltz with Bashir.

ER : pour l'instant, de tous les films que j'ai vus ici à cannes, waltz est celui qui m'a le plus touché

-- Marco Materazzi : Un conte de Noël? Le voyage aux Pyrénées? De la guerre?

++ admin : ER de la guerre c'est pour demain. un conte de noël est un film troublant.

++ admin : je ne pense pas que ce soit le plus beau desplechin, certes c'est le film par lequel ce cinéaste s'approche le plus d'un certain cinéma américain

++ admin : le cinéma de shyamalan notamment

-- Flavien : Le Monde parle de Bergman pour ce Desplechin.

++ admin : er oui, le monde a raison. mais c'est une évidence. laissons bergman un peu tranquille

++ admin : er : c'est un film sur les petites patries de sang. c'est mon avis

-- Greg : Enfin quelqu'un qui rend la texture numérique profonde. Vous feriez donc un rapprochement avec une actualité des formes cinématographiques ? Il s'inscrit bel et bien et ne se contente pas de faire du Carax d'il y a presque 10 ans ? Encore une bonne nouvelle... D'autres films actuels vous sont venu à l'esprit durant la vision de Merde ?

-- l. blanchot : IL y des accointances fortes entre Shyamalan et Desplechin, non?

-- Flavien : Les petites parties de sang ? C

-- Greg : De la guerre n'est pas encore passé je crois. Je suis curieux d'avoir les premiers échos.

EB : On parlera peut-etre demain du film de Bertrand Bonello. En attendant, merci à tous. Et à très vite. Bonsoir.

-- Henri Langlois : Très bel article des Cahiers sur Un Conte de Noël!

-- Flavien : Les petites parties de sang ? Comme chez Ozu, cette nécessaire accointance qui nous relie aux êtres familiaux et auxquels nous somment soumis ?

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Pour l’avenir des « Cahiers du cinéma »

Dans une tribune publiée par Libération le jeudi 24 avril, « Les Amis des Cahiers du cinéma » ont marqué leur attachement à la préservation de l'identité des Cahiers du cinéma, après l'annonce brutale de leur mise en vente par Le Monde. Comme l'ensemble de la presse, les Cahiers se trouvent aujourd'hui à un tournant de leur histoire. C'est un moment délicat, mais qui peut être porteur de promesse et de renouveau. Dans toutes leurs composantes, revue, éditions, photothèque, site Internet, les Editions de l’Etoile / Cahiers du cinéma doivent demeurer un acteur central de la vie culturelle française.
 
Nous partageons à cet égard une conviction : le meilleur moyen pour les Cahiers de garantir leur identité est de se tourner vers l'avenir. Ils doivent aujourd’hui être en mesure d'affronter de nouveaux enjeux critiques. Le cinéma, en effet, n'est plus le même qu'à l'heure de leur création. Autrefois dernier né des arts, il est aujourd'hui l’un des premiers. Il ne cesse de stimuler la littérature, l'art contemporain, la musique, la fiction télévisuelle, Internet... Sa diffusion ne se limite plus à la salle obscure : les films sont sur DVD, sur les sites web, dans les livres, au musée....
 
Autant dire que le cinéma nous concerne désormais tous au premier chef : artistes, philosophes, écrivains, cinéastes, critiques, acteurs, directeurs de festivals…

Les mutations de l’époque rendent les Cahiers plus indispensables que jamais, en réclamant l'invention d'un type d'intervention critique apte à répondre à la nouvelle place du cinéma dans le concert des arts et des images. Si le cinéma est désormais au centre, les Cahiers peuvent l'être également, puisqu'ils sont présents sur le papier et sur Internet, et que leur aura demeure un atout majeur. Seront-ils alors contraints d'oublier leur histoire ou de dévoyer leur identité ? Nullement. Ils garderont au contraire intactes la vigueur et la nécessité de leurs débuts, lorsqu'André Bazin et la jeune garde des futurs cinéastes de la Nouvelle Vague se tournèrent vers ce qu'il y a d'impur dans le cinéma ou lorsque, quelques années plus tard, la revue s'ouvrit aux sciences humaines et à la philosophie. C'est, à plus large échelle encore, un moment similaire que nous traversons aujourd'hui.
 
Emmanuel Burdeau et Thierry Lounas, respectivement rédacteur en chef et membre du comité de rédaction, ont fait part de leur volonté de relever ces défis en élaborant un nouveau projet éditorial et économique pour les Cahiers. Ce projet a la confiance de la rédaction et du conseil éditorial. Il entend assurer la pérennité de l'entreprise dans toutes ses composantes, tout en l'adaptant aux enjeux présents et futurs. Une telle décision nous semble à la fois naturelle et réjouissante. Elle ouvre la perspective de Cahiers renouvelés et fidèles à eux-mêmes.
 
Au nom de l'avenir des Cahiers du cinéma, nous assurons ce projet de notre soutien et de notre confiance.

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Pour une revue de plaisir et de combat »
PAR Christophe Kantcheff
jeudi 8 mai 2008

« Les Cahiers du cinéma » ont été mis en vente par le groupe Le Monde. Emmanuel Burdeau, leur rédacteur en chef, expose les grands axes du plan de reprise soutenu par la rédaction. Au cœur du projet : une vision qui ne dissocie pas la critique de l’économique.

Les Cahiers du cinéma comptent parmi les publications mises en vente par le Monde, dans le contexte de la crise actuelle traversée par le quotidien. Pour les lecteurs de cette revue à la riche histoire, et pour le cinéma lui-même, en particulier pour celui que l’on dit « d’auteur », ou, plus précisément, « de recherche », cette nouvelle a de quoi inquiéter. Car les Cahiers du cinéma sont l’un des lieux, de plus en plus rares dans les médias, où non seulement se maintient une forte activité critique, mais où la nécessité de cette activité est sans cesse pensée et réaffirmée. Or, la persistance d’un débat critique et