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Compte rendu
Le Japon illustre la difficulté d'exporter les films français
LE MONDE | 31.03.08 | 16h26 • Mis à jour le 31.03.08 | 16h26
TOKYO ENVOYÉE SPÉCIALE

la question, "que faut-il pour distribuer davantage de films français au Japon ?", Ken Nakagaya, l'un des plus importants distributeurs de cinéma au Japon, répond sans détour : "Davantage de stars et d'argent pour soutenir la promotion des films." Lors du Festival du film français au Japon, organisé à Tokyo et à Osaka, du 13 au 18 mars, et qui se poursuit jusqu'en avril par une rétrospective Jacques Rivette, les distributeurs japonais n'ont pas caché leurs difficultés à imposer le cinéma français.

La formule de Ken Nakagaya illustre le caractère antinomique des missions d'Unifrance, organisme public chargé de promouvoir le cinéma français à l'étranger et qui, à ce titre, organisait ce festival : aider au marketing des films ou promouvoir des oeuvres innovantes ? Certains distributeurs, à l'instar de M. Nakagaya, ont ainsi demandé à Unifrance d'arrêter ce festival pour concentrer leurs investissements sur des sorties de films en salles. Mais d'autres ont prôné le maintien d'un festival exigeant, garant d'un public de fidèles. Ce débat est au coeur d'un rapport récent, reprochant notamment à Unifrance d'être trop culturel (Le Monde du 17 mars).

Entre 2003 et 2006, les films français ont perdu presque les deux tiers de leur public au Japon, chutant de 4,2 millions à 1,3 million de spectateurs. La tendance s'est inversée en 2007, avec 2,9 millions de spectateurs, essentiellement grâce à trois films : Taxi 4 (458 000 entrées), Arthur et les Minimoys (426 000 entrées), et La Môme (362 000 entrées). Taxi 4 est sorti au Japon, sur 250 copies. Sa distributrice, Kayo Yoshida, est la seule à être associée, via sa société Asmik Ace, à un producteur français, Luc Besson. Pour rentrer dans ses frais de lancement (5 millions d'euros), il lui fallait 370 000 entrées. Pari gagné. Toutefois, Taxi 4 et Arthur et les Minimoys, doublés ou diffusés en anglais, ne sont pas considérés au Japon comme des films français, tempère Tetusya Kurosaki, directeur général du numéro un de l'exploitation au Japon, le groupe Toho Cinemas.

De plus, les 41 films français sortis en 2007 ne représentent que 1,9 % du marché, rapportant 23 millions d'euros. Ils sont aussi nombreux que les films coréens et, surtout, ont du mal à exister face à la forte production japonaise (plus de 400 films par an, 51 % du marché) ou américaine (22 %). "Deux ou trois films sont rentables par an, la plupart ne le sont pas", reconnaît Ken Nakagaya. Le distributeur Albatros, devenu New Select, dont on raconte qu'il a pu se construire un immeuble à Tokyo grâce au succès du Fabuleux destin d'Amélie Poulain, fait figure d'exception.

"Ce qui marche bien, ce sont les films qui font pleurer, ceux qui sont liés à la musique, à la danse, à l'art. On nous demande aussi des "films mignons", des biographies, mais surtout des sujets simples, basiques", souligne Saya Huddelston de StudioCanal. Le public des films français est surtout féminin, plutôt âgé, ajoute-t-elle.

Grâce à la persévérance de distributeurs indépendants, Lady Chatterley, Persepolis, La Science des rêves, Le Cauchemar de Darwin ou Saint-Jacques... La Mecque ont trouvé leur public - 70 000 spectateurs dans le meilleur des cas. Norio Hatano, de Longride, défend depuis des années les documentaires de Nicolas Philibert (Etre et avoir), mais son dernier film, Retour en Normandie, n'a pas percé. "La jeune génération perd le goût et l'intérêt pour les films étrangers, regrette Norio Hatano. Ils vont dans un multiplexe sans idée d'un film précis."

Autre difficulté, l'encombrement des salles : on en compte 3 200 contre 5 300 en France alors que la population japonaise est quasiment le double et que la fréquentation est moindre (163 millions d'entrées contre 180 millions en France en 2007). De plus, chaque samedi, une vingtaine de nouveaux films - là encore, bien plus qu'en France - déboulent sur les écrans. Aussi, des films achetés peuvent rester de longs mois sur les étagères d'un distributeur - deux ans pour Fauteuils d'orchestre, de Danièle Thompson.

Dans ce contexte de concurrence exacerbée, le prix des campagnes de promotion pour un film français a explosé, avoisinant les 50 000 euros. Yoann Ubermulhin, de Pyramide, déplore aussi une forte chute des prix payés par les distributeurs pour avoir un fim, "de 300 000 euros il y a trois ans à 40 000 euros". Même chute dans les achats des télévisions même si plus 400 films français y ont été programmés en 2007.

Distributeur de Jean-Luc Godard au Japon et promoteur de Nagisa Oshima dans l'Hexagone, Hayao Shibata attribue aux années 1950 l'âge d'or du cinéma français à Tokyo. Il se souvient des jeunes fans japonaises séduites par Alain Delon, en 1975 lors de la sortie de Flic Story. Et se désole que le marketing ait pris une telle ampleur. "Quand les multiplexes sont arrivés au Japon, on nous promettait que la diversité n'en pâtirait pas. Il n'en a rien été. Aujourd'hui, je ne suis pas sûr qu'il existe un blog qui incite les jeunes Tokyoïtes à découvrir Jacques Rivette."

Nicole Vulser
Article paru dans l'édition du 01.04.08


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VU DE
La gauche italienne tétanisée face à l’empire médiatique de Berlusconi
De notre correspondant à Rome ÉRIC JOZSEF
QUOTIDIEN : mercredi 20 février 2008
l n’y a pratiquement plus que Nanni Moretti pour s’étonner. Alors que Silvio Berlusconi est en tête dans les sondages en vue des législatives anticipées d’avril, le réalisateur de Journal intime a rappelé, il y a quelques jours, que le candidat de la droite continue de «détenir un empire médiatique». «Le plus incroyable, c’est que pour la cinquième fois une démocratie autorise une compétition injuste», a t-il insisté en référence au conflit d’intérêts du Cavaliere. Une question qui a quasi disparu du débat public italien.

«Anomalie Berlusconi». Descendu en 1994 dans l’arène politique, à la tête de la plus grosse fortune du pays, d’un club de football, des trois plus grandes chaînes privées de la péninsule, d’une importante maison d’édition ou encore de la principale régie publicitaire, Berlusconi est, quatorze ans plus tard, en course dans les mêmes conditions. Aux affaires de 1996 à 2001, puis ces deux dernières années, la gauche n’a jamais fait passer de loi antitrust dans le secteur de l’audiovisuel, ni même cherché à résoudre le conflit d’intérêts. «C’est une erreur grave», juge le sénateur (centre gauche) Furio Colombo, qui s’est toujours battu contre «l’anomalie Berlusconi». Selon lui, «il faut toutefois distinguer deux périodes. Entre 1996 et 2001, la gauche aurait pu le faire parce qu’elle disposait d’une majorité solide et du soutien de l’opinion publique. Mais dans l’illusion d’un accord avec Berlusconi pour résoudre la question sans adopter une loi pouvant être perçue comme persécutrice, rien n’a été fait. Au cours des deux dernières années, le centre gauche n’avait qu’une petite majorité au Sénat, le texte risquait de ne pas passer».

«Nous avons eu peur que Berlusconi parvienne à faire tomber le gouvernement sur ce sujet», confie un ministre de Romano Prodi. «La gauche n’a même pas essayé», réplique le journaliste Marco Travaglio. En 2001, il s’était attiré les foudres du Cavaliere pour avoir évoqué l’origine trouble de sa fortune : «Il y avait au sein de la majorité de Prodi quelques centristes qui n’auraient jamais accepté de voter un texte touchant au pouvoir économique de Berlusconi. Et puis d’autres élus qui se sont accommodés de cette situation. En échange, ils ont trouvé beaucoup d’espace dans les médias [berlusconiens, ndlr], qui les ont dépeints comme des hommes de dialogue. Les rares élus qui ont insisté pour dénoncer le conflit d’intérêts ont à l’inverse été médiatiquement lynchés.»

Déposé trois jours après son élection au Sénat en mai 2006, le projet de loi de Furio Colombo stipulant qu’un détenteur de concession publique (en particulier pour les fréquences télévisées) ne peut exercer de fonction de ministre ou de président du Conseil n’a pas franchi le seuil de la commission parlementaire. Le texte n’a jamais été mis à l’ordre du jour des discussions. De même, la gauche n’a jamais fait appliquer la loi prévoyant de restituer à la chaîne Europa 7 les fréquences hertziennes occupées abusivement depuis 1999 par Rete 4, appartenant à Berlusconi. «Malgré les décisions de la Cour de justice européenne, qui a jugé la situation contraire au droit communautaire, le gouvernement Prodi n’a pas tenu sa promesse», note le propriétaire d’Europa 7, Francesco Di Stefano.

Contre-productif. Apparenté au Parti démocrate (PD, gauche), l’ancien juge anticorruption Antonio Di Pietro a jeté lundi un pavé dans la mare en annonçant sur son blog : «Nous ferons une loi sur le conflit d’intérêts [en cas de victoire, ndlr]», ajoutant que Mediaset, l’empire du Cavaliere, ne pourrait conserver qu’une seule chaîne hertzienne. Il a été sévèrement rappelé à l’ordre par l’entourage de Walter Veltroni, le leader du parti. Considérant l’argument comme contre-productif et dépassé, le candidat du PD ne veut surtout pas prononcer le terme de «conflit d’intérêts». «Nous ne voulons pas faire campagne contre Berlusconi mais pour Veltroni», s’énerve son conseiller Goffredo Bettini, qui veut croire que le Cavaliere et ses télévisions «c’est de l’histoire ancienne».

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Roger Karoutchi et "le fascisme rampant"
NOUVELOBS.COM | 17.02.2008 | 15:52
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Le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement n’a pas hésité à assimiler les "attaques" contre Nicolas Sarkozy à celles subies par Jean Zay, "mi juif, mi protestant", cible de la presse d'extrême-droite sous le gouvernement de Vichy. Il dénonce aussi l'appel du 14 février "pour une vigilance républicaine".

Roger Karoutchi, sénateur UMP des Hauts-de-Seine (Sipa)

Roger Karoutchi, sénateur UMP des Hauts-de-Seine (Sipa)
Dans la défense du soldat Sarkozy malmené dans les sondages, ses partisans osent tous les rapprochements avec les pires périodes de l'histoire française. Tant lorsqu'il s'agit de dénoncer les "agissements" de la presse que ceux des politiques. Samedi 16 février, lors d'une réunion politique dans le IVème arrondissement de Paris où il était venu soutenir Vincent Roger, candidat UMP, Roger Karoutchi a comparé l'attitude des journalistes d'aujourd'hui à celle de la "presse des années 30". Se référant au SMS de Sarkozy à Cécilia, publié sur le site du Nouvel Observateur, et plus largement au "déballage médiatique" de ces "journalistes qui passent derrière vous dans les chambres", il a dit : "On a l'impression d'un vent de folie qui respire les années 30 avec ce que cela a de plus nauséabond".

Référence à Jean Zay

Devant une assistance imperturbable, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement n’a pas hésité à assimiler les "attaques" contre Nicolas Sarkozy à celles subies par Jean Zay "mi juif, mi protestant" cible de la presse d'extrême-droite sous le gouvernement de Vichy. "Cela a contribué au fait qu'il soit assassiné", a-t-il même tenu à préciser. Dans son élan, Roger Karoutchi s’en est ensuite pris à la pétition dans laquelle 17 personnalités dénoncent les "dérives de pouvoir personnel" du président de la République. "Il y a des types qui n'ont toujours pas accepté que Sarkozy gagne les élections. C'est du déni de démocratie"…et "du fascisme rampant". Ni plus ni moins.

Nicole Pénicaut,
journaliste au Nouvel Observateur

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Société
Christine Lagarde invente la discrimination par l’épargne
TONINO SERAFINI
QUOTIDIEN : mardi 12 février 2008

On n’arrête pas le progrès. Le gouvernement a l’intention de créer un Livret A spécial pour les pauvres, appelé «Livret d’accessibilité bancaire» distribué à l’avenir par la seule Banque postale. Cette idée avant-gardiste a germé à Bercy. Christine Lagarde l’a annoncée mercredi dernier, lors de son audition devant la Commission des finances de l’Assemblée nationale. La création d’un tel dispositif interviendrait dans le cadre d’une réforme de la distribution de l’actuel Livret A. Si cette idée devait prospérer, ce serait une véritable rupture avec le système d’épargne populaire actuel.

Stigmatisant. Tel qu’il fonctionne aujourd’hui, le Livret A, détenu par 45 millions de personnes, n’opère aucune distinction : riches ou pauvres ont accès au même produit d’épargne. C’est dire que l’annonce d’un «livret spécial» très stigmatisant est considérée comme un recul dans les milieux associatifs engagés dans la lutte contre la pauvreté. «Le fondement de toute politique publique de lutte contre les exclusions commence par l’accès de tous les citoyens aux mêmes droits, pointe Pierre Saglio président d’ATD Quart Monde. Toute mesure consistant à créer un livret spécial pour les pauvres serait totalement inacceptable.» Même propos à la Fondation Abbé-Pierre. «Le cachet "pauvre", figurera-t-il au recto ou au verso de ce livret ?» ironise son délégué général Patrick Doutreligne.

La Fondation Abbé-Pierre et ATD Quart Monde ont été auditionnés, il y a quelques mois, par Michel Camdessus, ancien président du FMI et auteur d’un rapport sur la «modernisation de la distribution» du Livret A. Lors de ces auditions, «il n’a jamais été question de créer un tel livret pour les pauvres. On nous a toujours dit, que le Livret A continuerait à être accessible à tous», témoignent aujourd’hui Patrick Doutreligne et Pierre Saglio.

Alors, comment Bercy en est-il arrivé à envisager la création de ce qu’il est convenu d’appeler un «livret spécial» ?
Tout commence en mai dernier, lorsque la Commission européenne met en demeure la France d’élargir la distribution du Livret A à tous les établissements bancaires, au nom de la libre concurrence. Cette décision de Bruxelles fait suite à un recours des banques françaises qui contestaient le monopole en la matière des Caisses d’épargne et de la Banque postale. L’enjeu, c’est 45 millions de livrets, représentant un encours de 140 milliards d’euros. Cette jolie cagnotte leur échappait. Il leur fallait mettre la main dessus.

Petit problème : une partie des détenteurs du Livret A sont des personnes de condition très modeste, victimes de l’exclusion bancaire. On estime leur nombre à 400 000. Leur Livret A fait donc office de compte courant. Elles se rendent fréquemment aux guichets pour retirer au coup par coup des petites sommes indispensables à la vie quotidienne. Une tracasserie dont veulent s’affranchir les banques commerciales.

C’est là qu’entrent en scène les services de la ministre de l’Economie et des Finances. On aurait pu imaginer que l’Etat oblige les banques à assumer les conséquences de l’élargissement de la distribution du Livret A qu’elles ont réclamé en déployant un lobbying constant à Bruxelles. Mais ce n’est pas cette option qui semble avoir été retenue avec la création de ce «livret spécial» pour les pauvres confiné à la seule Banque postale.

A Bercy, on affirme pourtant que les choix opérés n’ont pas pour objectif de faire plaisir aux banques mais «de réduire le coût du financement du logement social». En effet, la collecte du Livret A est centralisée à la Caisse des dépôts. Cet argent est ensuite prêté aux organismes de HLM pour la construction de logements sociaux (lire encadré ci-dessous).

Milliard. Le raisonnement de Bercy est le suivant : si le Livret A cesse d’avoir sa mission d’accessibilité bancaire pour les personnes très modestes, il sera alors possible de rémunérer les banques à un taux très bas (0,4 %) au titre de leur collecte (contre 1,12 % actuellement en moyenne). Ce qui ferait gagner, 1 milliard d’euros a indiqué Christine Lagarde devant la Commission des finances de l’Assemblée. Autrement dit, si on élimine les pauvres du paysage du Livret A, on finance plus les HLM. Il fallait y penser !

Sauf que ce raisonnement ne tient pas la route. Car, si tous les pauvres sont aiguillés sur un «livret spécial» dont la Banque postale aura la gestion, il faudra bien rémunérer la Poste à hauteur des coûts de fonctionnement de ce dispositif. Et qui paiera ? Combien cela coûtera-t-il ? Dès lors, le milliard d’économies est-il réel? En Commission des finances, la ministre a passé sous silence cet élément décisif du débat.


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«Il a failli faire sauter une banque française et il est à la pêche ?! »

(Reuters)
Âgé d’une trentaine d’années, trader en salle des marchés, celui qui a fait perdre à la banque 4,9 milliards d’euros ne s’est pas enrichi. Aujourd’hui libre, personne ne sait où il se trouve.
FRANÇOIS VIGNAL
LIBERATION.FR : jeudi 24 janvier 2008
n ne connaît ni son nom, ni son prénom. Mais, depuis son ordinateur de la salle des marchés, «il a failli faire sauter une des premières banques françaises, et il est à la pêche !» s’exclame un journaliste lors de la conférence de presse donnée par les patrons de la Société générale, Daniel Bouton en tête.
A la pêche, car dans la nature. Le PDG de la banque reconnaît lui-même qu’il ne sait pas «où il est actuellement». Est-il en fuite ? «Je ne sais pas Monsieur». Une plainte est-elle déposée ? «Elle est en cours de dépôt». Mais il n’a «toujours pas été interrogé par la brigade financière.» Uniquement par des dirigeants de la banque, dans la nuit de samedi à dimanche et dimanche.

Les journalistes insistent. Ne fallait-il pas porter plainte tout de suite, qu’il ne puisse pas partir libre ? «On a peut-être commis une erreur là-dessus»…«Mais si jamais il s’enfuit, il sera retrouvé, il n’y a aucun doute», tente de rassurer Daniel Bouton, qui ne sait cependant pas «quel est le délit pénal qu’il a commis.»

Un opérateur de base

L’homme, ou plutôt le jeune homme, n’a qu’«une trentaine d’années». «C’est un opérateur de base dans une salle de marché. Il gérait des petites positions», précise Jean-Pierre Mustier, qui dirige la banque de financement et d’investissement de la Société générale. Un opérateur comme il en existe des dizaines dans les banques.

Détail étonnant, mais d’importance : il ne s’est pas enrichi sur cette fraude. «Il ne semble pas qu’il en ait bénéficié directement. Il faudra savoir s’il a pu en bénéficier indirectement,» souligne Jean-Pierre Mustier.

Salaire de ce trader : «100 000 euros par an avec les bonus». Ça semble beaucoup, mais au regard des échelles de salaires en vigueur dans le milieu, rien d’exceptionnel. Ce trader de base a néanmoins réussi à monter «une gigantesque entreprise de dissimulation» au sein de la banque, comme l’explique Daniel Bouton, qui reconnaît son «intelligence».

Il connaît tous les rouages de la banque

Passé d’abord, lors de son entrée à la banque en 2000, par «le middle et le back office», qui rassemble notamment les services de contrôle de la banque comme le «risque», il rejoint le «front» et la salle des marché en 2005. Il connaissait ainsi tous les rouages du système. Pour mieux le tromper.

Le truc ? S’organiser une «couverture fictive» qu’il «déplace à chacune de ses étapes». «Les positions qu’il a prises en 2007 étaient gagnantes.» Mais pour ne pas se faire repérer, «ces positions étaient annulées par des positions perdantes qui étaient fictives», détaille le PDG. «Il a ainsi trompé successivement toutes les formes de contrôle de la banque». Seule une erreur récemment faite dans ses opérations fictives l’a trahi. C’est vendredi soir que la banque a compris.

«C’est une histoire de fou»

Si, au final, la fraude se termine par 4,9 milliards d’euros de perte, les opérations menées ont permis de gagner «beaucoup, beaucoup» d’argent à un moment, a affirmé en marge de la conférence de presse Philippe Lucas, DG adjoint en charge des gestions d'actifs et des services aux investisseurs.

Les dirigeant de la Société générale ne comprennent tout simplement pas les motivations de ce trader, qui a travaillé seul, affirment-ils. «C’est un acte inexplicable, de malveillance, affirme Jean-Pierre Mustier. Cet individu n’avait pas conscience de ce qu’il faisait». Une sorte de jeu virtuel derrière son ordinateur, «un Second life de la finance» lancera un journaliste.

«C’est l’exemple même du type qui a pété les plombs. Il a eu des problèmes familiaux très importants à un moment, affirme Philippe Collas. Cette histoire, pour un banquier, c’est incompréhensible. C’est du délire, une histoire de fou.»


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bruno chaouat

Rebonds
Chiens, rats, anticommunistes…
Bruno Chaouat professeur de littérature française à l’université du Minnesota.
QUOTIDIEN : jeudi 10 janvier 2008

«Tout anticommuniste est un chien.»
Alain Badiou propose une glose subtile du célèbre verdict sartrien. Un chien, l’anticommuniste ? Il faut donc l’éliminer, ou construire des fourrières. Badiou l’incorruptible est favorable à l’épuration des appareils «capitalo-parlementaires». Comment en finir avec la corruption et le règne des intérêts privés, c’est-à-dire avec les démocraties occidentales ? Le philosophe ne le dit pas, le lecteur est invité à faire preuve d’imagination. La terreur révolutionnaire n’a jamais été à court d’idées pour imposer la vertu. Parole de praxis plus que de théorie, ce nouveau brûlot appartient à la série «Circonstances».

C’est de l’agit-prop chic, Badiou y donne des références de sites Internet militants, esquisse les grandes lignes d’une organisation future du mouvement ouvrier élargi aux sans-papiers, aux étrangers, eux-mêmes assimilés aux Juifs d’hier, ce qui permet de ne guère se soucier du sort des Juifs d’aujourd’hui, en France et en Europe. Car dans l’algèbre de Badiou, tout pauvre est un Juif, tout immigré un pauvre, tout Juif un immigré, ou un Juif qui trahit le Nom.

Le livre a été dénoncé, notamment par Pierre Assouline, pour sa rhétorique pamphlétaire qui bestialise les électeurs et supporteurs de Sarkozy, les «nouveaux philosophes», les anciens communistes passés à l’ennemi, que Badiou appelle «les rats», et Sarkozy lui-même, par hommage perfide à Freud, «l’homme aux rats». Suivant le précédent sartrien, Badiou aurait pu appeler tous ces social-traîtres des «chiens». Mais «rat», c’est plus virulent, plus excrémentiel, et surtout l’un des sens du mot est «radin, avare», et rappelle la rhétorique de l’antisémitisme de gauche associé à l’anticapitalisme.

Un lacanien comme Badiou ne peut être insensible à la connotation et à l’inconscient de la langue. Nul besoin de revenir sur les effets, sinon les intentions, antisémites de la pensée de Badiou, depuis au moins son livre sur saint Paul et l’universalisme, effets pervers de son philosémitisme analysés par Eric Marty dans son dernier livre. La rhétorique des «Circonstances» est militante, violente jusque dans le cabotinage. C’est la règle du jeu : il s’agit d’utiliser les mots, comme le voulait Sartre, comme des armes. Badiou croit dans le communisme qui vient. Son mantra : «Il n’y a qu’un monde.» Pour étayer sa foi dans l’indivisible unité du monde, il rappelle la formule de Marx, «un spectre hante l’Europe». Mais l’opuscule de Badiou est hanté par deux spectres.

Le bon spectre du communisme, dont le philosophe se veut le médium, et le mauvais spectre du pétainisme. Résistance d’un côté, collaboration de l’autre. Si Mai 68, ultime avatar du mouvement ouvrier et de l’idée communiste en Europe, après la Révolution, la Commune et le Front populaire, hante la France de Sarkozy, spectre que le nouveau président cherche à exorciser, un autre spectre hante Alain Badiou, celui du pétainisme. La hantise du pétainisme et de l’Occupation est à son comble lorsque l’auteur évoque un «pétainisme transcendantal», ou, dans son jargon, le pétainisme comme «transcendantal des abjections possibles de notre pays», comme si le pétainisme était un marqueur de l’identité française depuis, nous dit Badiou, et là il convient de se frotter les yeux… 1815, le retour d’exil des émigrés, et la Restauration.

Jamais on n’était allé aussi loin dans la hantise des années noires, jamais on n’avait fait du pétainisme et de la capitulation un moment historial constitutif de l’identité française, identité dès lors construite comme une essence démoniaque, ontologiquement capitularde devant les forces du Mal (que ces forces aient pour noms l’Ancien Régime, le nazisme, et, aujourd’hui, le «capitalo-parlementarisme», le bushisme ou le blairisme).

S’il est naïf de prétendre exorciser le spectre de Mai 68, n’est-il pas temps de se demander si l’on ne pourrait pas en finir avec celui du «pétainisme», de Vichy, et des ondes mémorielles que ces noms répercutent : rafles, listes de noms, camps, génocide. Ne pourrait-on enfin cesser, au nom de la nostalgie pour une Résistance dont on a manqué les fastes pour être né trop tard, de vider la spécificité de l’Occupation, du nazisme, de la Shoah, du pétainisme de tout contenu empirique pour nous servir ces événements historiques à la sauce métaphysique ?

Ce dont Alain Badiou, pour l’heure, est le nom, c’est de cet esprit de système déjà dénoncé par le pétainiste transcendantal, l’émigré légitimiste Chateaubriand, qui connaissait assez bien ceux qu’il avait baptisés les «théoristes de Terreur».

Auteur de Je meurs par morceaux. Chateaubriand, Presses universitaires du Septentrion, 1999, et de Lire, écrire la honte, Actes du colloque de Cerisy, Presses universitaires de Lyon, 2007.


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de la politique comme un paquet de lessive

Royal fait un flop à l’audimat

En tournée pour la promotion de son dernier ouvrage, l’ex-candidate PS à la présidentielle enchaîne les contre-performances d’audience lors de ses interventions télévisées.

Les coups durs se succèdent pour Ségolène Royal. Devancée dans les sondages de popularité par Delanoë et Strauss-Kahn, sèchement taclée par François Hollande sur la gestion de sa campagne présidentielle, serait-elle désormais en passe de lasser les téléspectateurs ? Depuis une semaine, l’ex-candidate PS à la présidentielle se veut omniprésente dans la presse, à la radio et à la télévision pour parler de son ouvrage «Ma plus belle histoire, c’est vous» (Ed. Grasset).

Une énorme campagne de promotion qui s’est traduite par deux flops télévisés à une grande heure d’écoute. Dernier en date : jeudi soir, dans l’émission politique « A vous de juger » sur France 2. Selon Médiamétrie, elle n’a réuni que 3,19 millions de téléspectateurs et un faible 15,1% de part d’audience (PDA). Un chiffre qui chute à 9,6% chez la ménagère de moins de 50 ans.

Zapping massif

Une 4e place seulement pour la chaîne publique - plutôt habituée à la seconde position -, les Français rivés devant leur écran lui ayant préféré le commissaire Moulin et Johnny Hallyday sur TF1 (6,1 millions de téléspectateurs, 26% de PDA), et Michael Scofield dans «Prison Break» sur M6 (5,2 millions de fans, 20,5% de PDA). Même la saga de Noël de France 3 «Le réveillon des bonnes» la devance nettement avec 4,1 millions d’accrocs (16,3% de PDA).

Mardi soir, déjà, le journal de 20 heures de TF1 avait tourné au fiasco pour la présidente de Poitou-Charentes. Patrick Poivre d’Arvor avait débuté son interview devant 9,2 millions de téléspectateurs. Huit minutes plus tard, ils n’étaient plus que 7,8 millions. Soit 1,4 million de personnes qui ont zappé l’intervention, une bonne moitié allant directement gonfler les chiffres du JT de France 2 de David Pujadas !

Malgré ces chiffres cruels, la tournée médiatique va continuer pour Ségolène Royal. Le week-end prochain, elle est invitée dans «Dimanche +», où elle répondra aux questions de Laurence Ferrari. Puis le 15 décembre, elle devrait être présente sur le plateau de «On n’est pas couché» sur France 2, face à Laurent Ruquier et ses chroniqueurs caustiques.
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Monde
Nicolas Sarkozy a entamé sa visite officielle en Chine
Le chef de l'Etat devant les soldats de terre cuite de l'empereur Qin. (Reuters)
Au menu de la visite du chef de l'Etat: un peu de tourisme, mais surtout les contrats (centrales nucléaires, Airbus) et la politique internationale, notamment la situation en Iran.
AFP
LIBERATION.FR : dimanche 25 novembre 2007

Nicolas Sarkozy est arrivé dimanche à Xian, au nord-ouest de la Chine, pour une première visite d’Etat en Chine de trois jours.

L’avion présidentiel s’est posé vers 10H00 (02H00 GMT) sur l’aéroport de cette ancienne capitale impériale où le chef de l’Etat visitera le Mausolée de l’empereur Qin (vers 200 avant JC), célèbre pour son armée de terre cuite.

Nicolas Sarkozy est accompagné de sept ministres et secrétaires d’Etat, ainsi que de sa mère Andrée Mallah, pour cette visite destinée à renforcer les liens politiques et commerciaux avec le géant asiatique mais au cours de laquelle seront aussi abordées des questions internationales comme l’Iran.

«Le dossier capital pour la communauté internationale est celui de l’Iran. Pour la France, un Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable. Ce qui se passe est un facteur grave de déstabilisation (…) La France compte beaucoup sur l’engagement et la fermeté de la Chine» sur ce dossier, a-t-il déclaré à l’agence Chine Nouvelle avant son départ.

La crise en Birmanie fera également partie des discussions qu’auras Nicolas Sarkozy avec les dirigeants chinois.

Le président français ne passera que quelques heures à Xian. Il rejoindra ensuite Pékin où il dînera avec son homologue Hu Jintao avant de prononcer une allocution à la Chambre de commerce et d’industrie française en Chine.

La cérémonie officielle d’accueil, les entretiens politiques et les signatures de contrats auront lieu lundi.

Une quarantaine de chefs d’entreprises sont du voyage. Areva table notamment sur la vente de deux réacteurs de 3e génération EPR et EADS sur une commande d’Airbus.

Sur ce dossier, les discussions étaient particulièrement difficiles à Pékin, les deux parties n’arrivant pas à se mettre d’accord sur le nombre d’appareils, a-t-on indiqué de source industrielle.

L’environnement et les droits de l’Homme sont également au menu de cette visite, selon l’Elysée.

La secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme Rama Yade ne fait toutefois pas partie du voyage auquel participent la ministre de l’Economie Christine Lagarde, celui de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, la responsable de la Justice Rachida Dati ou encore l’ancien chef du gouvernement Jean-Pierre Raffarin.

«C’est le président qui se chargera de cette question», selon l’Elysée. Il «a l’habitude d’évoquer la question des droits de l’Homme où qu’il se trouve», a souligné son porte-parole David Martinon.


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Cinéma
Cinéma à l'affiche
Chez les aveugles, «Minor» est roi
Pan, truie, pets... Jean-Jacques Annaud se réinvente en visionnaire de l'idiotie ultime.
Par Gilles RENAULT
QUOTIDIEN : mercredi 10 octobre 2007
Sa Majesté Minor de Jean-Jacques Annaud, avec José Garcia, Vincent Cassel, Sergio Peris-Mencheta... 1 h 41.
Parler de ratage spectaculaire est sans doute encore faible, tant le film de Jean-Jacques Annaud remplit tous les critères pour figurer en tête de gondole dans la saga pourtant fournie des nanars flamboyants : budget dispendieux, promo maousse (une campagne d'affichage déclinée sur plusieurs mois), distribution over-bankable prête à faire le siège de tous les plateaux télé, ambitions artistiques réelles (oui !)... et, au finish, un monument d'inanité si vertigineux qu'à la stricte condition qu'on soit prêt à manier le paradoxe comme une grenade dégoupillée, il en deviendrait presque énigmatique.
Silence gêné. «Dans une île imaginaire perdue en mer Egée», Sa Majesté Minor se situe entre RRRrrrr !!! de Chabat et Legend de Ridley Scott, ou DeuxHeures moins le quart avant Jésus-Christ de Yanne et le Decameron de Pasolini. Mais où, exactement ? Disons, au fond du gouffre. Fait inhabituel, au cours de la grande projection de presse, qui s'est déroulée mi-septembre sur les Champs-Elysées, Jean-Jacques Annaud a déboulé en personne pour faire sa propre réclame, disant en substance qu'il avait voulu s'intéresser «avec beaucoup de liberté à une époque qu'on n'avait pas beaucoup vue au cinéma» (pardon ?). Qu'avec son défunt compère Gérard Brach, ils en avaient assez des «films qui se ressemblent et correspondent à des publics ciblés» . Surtout, qu'entouré de «quelques bons copains», il avait envisagé Sa Majesté Minor comme un «parcours libre». Du «hors piste», précisément. A la fin de son intervention, des applaudissements ont trahi une certaine bienveillance dans l'assistance. Cent minutes plus tard, les lumières à peine rallumées, c'est pourtant un silence gêné qui prévalait dans les rangs.
Depuis, Annaud a sorti le parachute, adoptant, faute d'alternative crédible, la posture du visionnaire incompris (cf. une interview gonflée dans le Journal du dimanche, sur l'air «la critique ne pardonne pas mon tempérament audacieux»). Mais les images et les dialogues sont là, que chacun saura juger sur pièces, sidérants de laideur et de vulgarité, sous le chromo d'une antiquité délirante mais jamais drôle, dont nul ne réchappe. Pas plus Gérard Brach, qui signait là son dernier scénario (le tournage débutant quelques jours avant son décès, en septembre 2006), que José Garcia, envoyé au casse-pipe en héros de ce conte philosophico-mythologique, obligé de surjouer l'ahuri, créature mi-homme mi-cochon, idiot du village qui, après diverses péripéties est sacré roi d'une communauté à laquelle il ne faut pas se fier.
Vacuité triviale. Certes, Sa Majesté Minor comporte des dialogues pittoresques («Tu viens pour ta sodomie ?», «Non, pour un conseil.», «L'un n'empêche pas l'autre») et surtout, clin d'oeil au cinéma muet, un intertitre à l'outrecuidance très actuelle («Où il est plus facile de duper son peuple que la reine de son coeur»). De même, les deux ou trois apparitions totalement facultatives de Vincent Cassel en dieu Pan, détraqué sexuel, semblent démontrer la joie du comédien à attiser le feu de la lubricité.
Mais ces bribes de pitrerie sont ensevelies sous un déluge de vacuité triviale qui ne laisse aucun espoir de rémission : des problèmes de constipation de Claude Brasseur à l'édifiante altercation entre les deux chéries de Minor ­ la jeune Clytia, aka Mélanie Bernier, et la truie Mauricette, la première crachant sur la seconde qui, en retour, pisse et pète ­, la parabole s'abîme immanquablement dans la soue.
Jean-Jacques Annaud a fait l'effort de venir expliciter sa démarche aux médias. Il serait avisé de renouveler l'opération dans toutes les salles où sort Minor, car plus d'un spectateur risque fort de ne rien comprendre du tout à cette conception du «hors piste» consistant à foncer dans le mur.
Tout schuss.


http://www.liberation.fr/culture/cinema/283617.FR.php
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Culture
Julie Depardieu, dans l’intimité de Violette Leduc
Festival. L’actrice était à l’affiche de la 9e édition des Correspondances de Manosque, qui s’achève ce week-end.
Par Frédérique Roussel(envoyée spéciale à Manosque)
QUOTIDIEN : samedi 29 septembre 2007
Les Correspondances A Manosque (04). Jusqu’au 30 septembre. www.correspondances-manosque.org
«Décidément nos rapports amicaux et épistolaires deviennent ardents puisque je vous réponds un quart d’heure après lecture de votre dernière lettre.» Le 16 février 1948, Violette Leduc écrit à Georges, un collégien de Rennes, avec qui l’écrivain de 40 ans correspond depuis septembre 1947. Depuis que Georges a lu l’Asphyxie et qu’il a fait part de son admiration à son auteure. Elle envoie aussi des lettres à Alain, son camarade de classe. Puis à Robert. «Enfin nous continuerons le manège de la correspondance. Après tout, il faut frôler aussi les petits dangers.»…
Jeudi soir, Julie Depardieu a mis en bouche les mots de Violette Leduc, soixante ans après leur rédaction, dans le théâtre Jean le Bleu à Manosque, où se tient jusqu’à dimanche la 9e édition des Correspondances. Sur la scène de la grande salle, un bureau et un divan symbolisent l’intérieur de Violette Leduc, à droite un sofa représente la maison de sa mère.
Crâneuse. Jeudi, milieu d’après-midi, l’actrice Julie Depardieu répète et tente de s’approprier la voix de l’auteure alors quadragénaire. Ce soir, c’est sa première lecture à voix haute. Pointe l’angoisse : «Rien à voir avec le cinéma ou avec le théâtre. Il faut travailler seule avec son texte. Depuis trois semaines, depuis que j’ai réalisé que la date approchait, je harcèle mes voisins pour qu’ils m’écoutent sans me trouver soporifique.»
Feuilles en main, elle retrace son parcours du soir, du sofa au divan. S’asseoit au bureau : «Là, Violette se tait. Elle a envoyé trop de télégrammes, elle est plombée. Puis, je me relève.» Le spectacle est émaillé de morceaux de musique, notamment de Bartók et Beethoven, choisis par Julie Depardieu, mélomane obsessionnelle. L’actrice juge l’écrivain crâneuse, quand elle évoque à grand train son dîner avec Simone de Beauvoir, avec qui elle entretiendra une correspondance unilatéralement amoureuse jusqu’à sa mort.
Le soir, la salle de 700 places sera pleine pour applaudir son interprétation. On a conseillé à Arnaud Cathrine, de l’équipe de programmation du festival, de lire le livre de Violette Leduc à sa parution. Il a apprécié ce texte intime et parfois pathétique. Dans le début, il a déniché le spot littéraire qui rendra ce monologue captivant. «Il faut un minimum de fil narratif pour tenir un spectacle d’une heure, explique-t-il. J’ai eu la joie de trouver une petite centaine de pages de lettres avec des collégiens qui ressemblait à une version féminine et licencieuse de Lettres à un jeune poète.»Il a proposé à Julie Depardieu de lire le passage, en élaguant un peu. «Nous prenons des comédiens connus pour passer des textes pas si connus, comme Edouard Baer avec Un pedigree de Patrick Modiano ou Jacques Gamblin qui va lire La nuit sera calme de Romain Gary [ce samedi, à 21 heures]», ajoute le directeur Olivier Chaudenson.
Assoiffée d’amour. Les lettres de Violette Leduc ont été publiées pour la première fois cette année (1). Son aventure épistolaire avec ces trois collégiens n’était pas totalement connue. Quelques mois après la parution de sa biographie en 1999, Carlo Jansiti reçoit une lettre d’Alain qui en dira plus long. Ne pouvant écrire à Georges au collège, Violette Leduc passait par son intermédiaire. Puis, elle écrira aux deux, à Georges et à Alain. Entrera en scène un troisième mineur, Robert. La soif d’être aimée transparaît entre les ­lignes, avec la crainte d’être déçue, voire de décevoir. Les collégiens n’ont jamais vu ­Violette, qui se sait plus âgée et laide. Ils finiront par se rencontrer. Georges, d’abord, viendra la voir à Paris, il repoussera ses avances.
Elle viendra à son tour à Rennes. Cloîtrée dans sa chambre d’hôtel avec Robert, Violette Leduc vivra, d’après Alain, «trois jours d’orgies et de violences». La police raccompagnera manu militari Violette Leduc à la gare. «Je m’accroche à des amours qui sont des causes perdues d’avance mais c’est peut-être ce grand luxe de mon sentiment qui subsistera de moi dans l’éternité.»
(1) Violette Leduc, Correspondance 1945-172, édition établie par Carlo Jansiti, Gallimard «les Cahiers de la NRF», 2007.


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