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Compte rendu
L'engrenage des "subprimes"
LE MONDE 2 | 03.10.08 | 12h04

ept cent cinquante milliards de dollars pour sauver le système financier américain, qui dit mieux ? Moi, dit l'un, qui a affiné ses calculs : mille milliards. Deux mille milliards, pronostiquent d'autres. Qui, à Mount Pleasant, à East Cleveland, à Slavic Village, peut se représenter la matérialité de telles sommes ? C'est pourtant ici que tout a commencé. Dans ces quartiers de Cleveland - la plus grande agglomération de l'Ohio - où, comme ailleurs en Amérique, une maison sur quatre est aujourd'hui saisie. Propriétaires insolvables, ont dit les sociétés de crédit : celles-là mêmes qui ont depuis fait faillite, se sont fait "avaler" par de grandes banques, ou vont l'être. Que peut-on faire, avec 750 milliards de dollars ? Acheter, par exemple, 2 142 857 résidences individuelles au prix moyen de 350 000 dollars.

Une maison au calme : quatre pièces, deux places de parking, un petit jardin autour. Deux millions, c'est presque autant que le nombre de familles menacées de saisie.

On estime que 700 000 foyers se sont déjà retrouvés à la rue. A Cleveland, le shérif et ses hommes, tous les jours, débarquent chez une cinquantaine d'Américains.

Penauds, ils expliquent à peine : "Décision de justice, vous n'avez qu'à signer: là, là et là…". Souvent, les gens sont déjà partis. D'autres ont rempli la camionnette de leurs effets, en attendant la venue des policiers.

A Cleveland, 13 % des logements sont vacants. Les expulsés ne sont pas des pauvres mais des salariés aux revenus "moyens-faibles". Ils avaient touché le coeur du "rêve américain" : la propriété. Un prêt sur la totalité du coût de l'achat. Un emprunt pas cher, mais "évolutif" : 5,5 % aujourd'hui, et 8,5 % dans trois ans. "D'ici là, votre situation se sera améliorée. Vous signez là, là et là." Lorsque le taux a "évolué", le nombre de ceux qui ne pouvaient pas payer a explosé. Les banques les ont mis à l'amende. Le cycle était enclenché. Un détail, au passage : la proportion de femmes seules avec enfants, de Noirs et d'Hispaniques parmi les victimes des saisies est trois à six fois supérieure à celle des autres.

Sylvain Cypel

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Eco-Terre
Mille milliards de dollars pour des fonds pourris
(Reuters)
Les Etats-Unis vont racheter aux banques leurs actifs invendables.
nicolas cori
QUOTIDIEN : samedi 20 septembre 2008

Mille? Deux mille milliards ? La somme est encore inconnue, mais c’est un plan d’une ampleur exceptionnelle que le gouvernement américain prépare pour sauver le système financier. Vendredi après-midi, George Bush et son secrétaire au Trésor Henry Paulson ont confirmé qu’ils étaient prêts à dépenser «des centaines de milliards de dollars du contribuable» afin de mettre en place un mécanisme permettant aux investisseurs (banques, assurances, fonds…) de se débarrasser de leurs actifs «toxiques». C’est-à-dire de tous les produits financiers structurés à base ou non de subprimes devenus invendables depuis le début de la crise.

Revirement. «Nous sommes à un moment crucial pour l’économie de l’Amérique, a déclaré Bush depuis la Maison Blanche. Etant donnée la précarité de la situation sur les marchés financiers et leur importance vitale pour la vie quotidienne des Américains, l’intervention du gouvernement n’est pas seulement nécessaire, elle est essentielle.» Un revirement complet par rapport aux convictions libérales de son administration.

Selon le Wall Street Journal, cela faisait des semaines que le Trésor réfléchissait à une telle solution. Mais il n’osait pas la proposer, de peur que le Congrès soit réticent à socialiser les pertes des banques privées. La faillite de Lehman Brothers et le sauvetage en catastrophe d’AIG ont cependant changé le climat. Jeudi soir, Paulson et Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, se sont entretenus avec les responsables du Congrès. Et ces derniers ont été convaincus par Paulson, indiquant qu’il était inutile de gérer la crise au «cas par cas», mais qu’il fallait «désormais prendre des mesures supplémentaires et décisives pour régler à la racine les tensions sur notre système financier». Un texte devrait être élaboré ce week-end, et un vote pourrait intervenir dès la semaine prochaine.

Envolées. Parallèlement, pour redresser la confiance des marchés, les institutions financières de la planète se sont coordonnées pour freiner la spéculation à la baisse. La Securities & Exchange Commission (SEC), et ses homologues anglaise et suisse, ont ainsi interdit - pour une durée indéterminée - les ventes à découvert sur les valeurs financières. Un mécanisme consistant à vendre un titre qu’on ne possède pas encore en comptant l’acheter quand le cours baisse. Mais, vendredi, il n’y avait pas vraiment besoin de cela pour faire passer les marchés dans le vert. Après avoir frôlé le chaos en début de semaine, les Bourses de la planète ont effectué des rebonds historiques. Suivant New York, qui montait de 4 % vendredi soir, Paris s’est envolé de 9,27 %, Londres de 8,84 %, Francfort de 5,56 %. Plus spectaculaire encore, Moscou, fermé les jours précédents, a pris 28,7 % ! De mémoire de trader, on n’avait jamais vu une telle semaine.


http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/353207.FR.php
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Monde
Silvio Berlusconi compte ses Roms
La campagne de recensement du gouvernement, critiquée par le Parlement européen, suscite craintes et angoisse chez les communautés roms d’Italie.
De notre correspondant à Rome ERIC JOZSEF
QUOTIDIEN : jeudi 24 juillet 2008

«Il paraît qu’ils veulent contrôler notre sang.» Sous un soleil de plomb, Naser Osmanovic vient de garer son camion rempli de ferraille sur le parking de la rue Mazzacurati qui jouxte Corviale, l’impressionnante cité HLM de la périphérie de Rome, de dix étages et un kilomètre de long. Autorité morale de la petite communauté de Roms bosniaques installée sur cette aire privée d’eau et d’électricité et à peine protégée par quelques pins parasols, Naser, âgé d’une trentaine d’années, calme ses troupes et organise le dialogue. «On ne sait pas pourquoi les Italiens viennent nous contrôler, on ne sait pas si c’est dangereux», s’agite un jeune. «Nos enfants sont nés en Italie et jusqu’à présent personne ne s’est occupé de nous», renchérit un autre.

Priorité. Vendredi dernier, après accord avec le préfet de Rome, un groupe de volontaires de la Croix-Rouge italienne (Cri) a fait irruption au milieu de la quinzaine de camionnettes et camping-cars stationnée depuis une semaine à Corviale. Installées provisoirement à cet endroit, les familles s’attendaient à voir débarquer la police. «Il y avait des flics mais ils étaient en civil», assure une jeune femme assise avec son bébé sur un sommier défoncé. Les membres de la Croix-Rouge se sont présentés en proposant aux familles de se faire volontairement enregistrer : nom, prénom, nationalité, situation scolaire et sanitaire. «Ils ne nous ont pas pris nos empreintes digitales», confirment les intéressés. «Aucune fiche ne sera transmise à la police», jure-t-on au Cri.

Ailleurs, à Naples ou à Milan, ce sont à l’inverse les forces de l’ordre qui, dans les dernières semaines, ont mené les opérations d’identification voulues par le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi. Sous la pression de ses alliés xénophobes de la Ligue du Nord, il a fait de cette question une priorité. En Campanie notamment, la préfecture avait rédigé des questionnaires sur la religion et l’ethnie des individus et prélevé les empreintes digitales des Roms, y compris celles des enfants. L’initiative a soulevé un tollé à l’étranger, notamment au Parlement de Strasbourg, et même aux Nations unies. Début juillet, les députés européens ont ainsi réclamé la fin des collectes d’empreintes digitales des Roms en Italie, estimant que cela constituait «un acte de discrimination directe» fondé sur la race et l’origine ethnique. Depuis, sous la pression internationale, le gouvernement italien a, semble-t-il, infléchi sa position. Le ministre de l’Intérieur (Ligue du Nord) Roberto Maroni a précisé mardi que les empreintes seront prises uniquement aux personnes âgées de plus de 14 ans, «sauf s’il y a une autre manière d’identification». Pour les moins de 14 ans, la prise d’empreintes ne pourra avoir lieu que dans le cas d’une demande d’un permis de séjour. Enfin, afin de repousser l’accusation de discrimination, à partir de 2009, tous les Italiens devront également donner leurs empreintes digitales.

Tri. Parmi les communautés roms, l’initiative, et surtout la campagne de stigmatisation, ont laissé des traces et beaucoup de soupçons. «Le fichage, c’est pas ça le problème, précise Naser Osmanovic. Cela peut même être acceptable si cela permet de s’occuper de nous et de faire le tri avec les autres Roms.»«Le problème vient des Roms roumains», précise Rusic, l’un de ses compagnons. Il explose : «Depuis qu’ils sont arrivés en Italie, la situation s’est compliquée pour nous. Ce sont des voleurs, des bâtards ! Alors que nous, on travaille dans la récupération et la ferraille.» «Cela fait sept ans que notre situation est devenue plus difficile, corrige Naser. La police a détruit notre campement [illégal, ndlr] de via Muratello, où certaines familles étaient installées depuis près de trente ans. Depuis, on doit changer d’emplacement régulièrement. On ne demande qu’une petite aire aménagée pour se stabiliser, envoyer les enfants à l’école. A quoi serviront les fiches de la Croix-Rouge ? A informer les autorités ? A nous faire avoir des papiers en règle ?» s’interroge-t-il, dubitatif.

Il dénonce l’agressivité renforcée de la police et l’hostilité croissante d’une partie de la population. En mai dernier, à Naples, un campement a été incendié et nombre de nomades ont préféré quitter la ville. Mardi, un autre regroupement de Roms a été attaqué, à Rome cette fois, dans le quartier de la Magliana, à quelques kilomètres de Corviale. «Trois voitures se sont arrêtées et trois cocktails molotov ont été jetés», raconte un témoin. Personne n’a été blessé mais le feu s’est rapidement propagé autour des baraques. Le maire (Alliance nationale) de Rome, Gianni Alemanno, s’est immédiatement rendu sur les lieux pour assurer la petite communauté de sa solidarité, déclarant que «les responsables [seraient] punis». Dans ce climat délétère, avant même l’agression de mardi soir, Naser Osmanovic a pris sa décision : «Dès que j’ai assez d’argent pour mettre de l’essence dans mon camion, je pars vers le nord et quitte l’Italie. J’irai sans doute en France.»


http://www.liberation.fr/actualite/monde/340915.FR.php
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La libération d'Ingrid Betancourt
«Près d'un Colombien sur cent est dans l'armée, c'est dire l'effort consenti»
Soldat colombien d'une brigade antidrogue de l'armée en intervention, le 17 mai, près de la frontière équatorienne. (Reuters)
Guillaume Belan, journaliste à TTU, une lettre spécialisée sur les questions de défense , s'est rendu en Colombie en février. Il détaille la stratégie de «pacification» menée par l'Etat colombien et son armée.
Recueilli par Philippe Brochen
LIBERATION.FR : vendredi 4 juillet 2008
(DR)

A quoi attribuer les libérations de ces otages des Farc et, plus largement, les derniers succès de l'armée colombienne?
Il ne faut jamais oublier que la Colombie est un pays en guerre intérieure. Politiquement, Alvaro Uribe a énormément misé sur l'armée et sur la sécurité du pays. Actuellement, l'armée colombienne compte 400.000 hommes (dont 100.000 policiers gérés par le ministre de la Défense, ndlr) - ou, du moins, c'est son objectif affiché (pour 45 millions d'habitants, ndlr). Car le but d'Uribe est d'augmenter les effectifs militaires de 30% par rapport à 2002, quand il est arrivé au pouvoir à Bogota. Tout ceci prend sa source dans le cadre de sa «politique de sécurité démocratique», qui a à la fois un aspect civil de développement des politiques publiques et de présence de l'Etat dans les zones autrefois abandonnées. Dont, précisément, celles où les Farc règnent.
Comment tout cela s'organise-t-il concrètement?
Les effectifs de l'armée ont été augmentés significativement, les équipements ont été renouvelés et l'armée a donc accru sa présence dans les anciens no man's lands de l'ère Pastrana. L'objectif d'Uribe est qu'en 2010 le pays soit totalement pacifié.

La lutte contre les Farc reste-t-elle la priorité de lutte de l'armée colombienne?
La Colombie reste un pays très dangereux: il y a des quartiers de certaines villes où l'on peut pas se rendre. L'Etat a visé les Farc. Mais il y a de nouvelles menaces: à commencer par les groupes de narcotrafiquants. Ces bacrim - des bandes criminelles sans idéologie - ne visent pas à renverser l'Etat et montent sacrément en puissance dans le pays. Il s'agit d'ancien groupes armés dont le seul but est de faire de l'argent. Il y a aussi le LN, un mouvement politique d'inspiration cubaine. Mais la priorité reste les Farc. C'était la seule entité capable de renverser l'Etat. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. En dix ans, les Farc sont passées de 20.000 à 10.000 individus. Et elles ont perdu beaucoup de fronts. Tous les Français que j'ai rencontrés sur place m'ont confirmé ce renversement de tendance.

Une tendance illustrée par la réélection d'Uribe?
Effectivement. C'est la meilleure illustration de la réussite de sa politique. Il y a aussi la manifestation de la population colombienne contre les Farc début février, lors de laquelle 2 millions de Colombiens sétaient donné rendez-vous dans les rues pour afficher leur opposition aux Farc. Tout cela ne se serait pas passé sous l'ère Pastrana: les gens avaient peur et se cachaient. On assiste clairement à un inversement de tendance.

Même si l'armée colombienne est très puissante, ce succès vous étonne-t-il?
Oui. Car les Farc sont un mouvement fermé et très difficile à pénétrer. Et, qui plus est, Ingrid Betancourt était leur otage le plus précieux. Ils ont donc perdu très gros avec sa libération. En revanche, je suis moins étonné de la manière dont les choses se sont déroulées. Les Farc ont connu plusieurs revers depuis deux-trois ans. Et on sait aussi que l'armée colombienne est très présente sur le terrain et qu'elle a acquis de vraies capacités sur le renseignement et l'intervention.

Le mode opératoire vous étonne-t-il davantage?
C'est vrai qu'il est nouveau pour les Colombiens. Avant, ils pratiquaient des actions armées coup de poing. Mais on sait que la famille d'Ingrid Betancourt était opposée à toute intervention militaire. Ce mode opératoire fait penser aux actions israéliennes sur le terrain. Il n'y a aucun doute là-dessus. Qui plus est, l'armement colombien vient d'Israël. Il ne faut pas non plus oublier le rôle des Américains. Même si, indéniablement, ce succès est à mettre au crédit de l'armée colombienne.

Quelles sont les qualités de cette dernière?
Elle bénéficie d'un très bon encadrement. Beaucoup d'officiers ont été formés aux Etats-Unis. Rien d'étonnant: le budget de la défense colombienne représente pas loin de 4% du PIB, contre 3% sous Pastrana. Pour financer cet effort de guerre, Uribe a créé un impôt atypique payé par les plus riches sociétés du pays.

Et ses faiblesses?
C'est la contrepartie de l'augmentation des forces: les soldats sont moins bien formés et on a connu des abus de soldats aux fins fonds de la jungle: action de racket... L'état major en a conscience.

Cette réussite n'est-elle pas plus symbolique qu'autre chose, vu le nombre d'otages qui restent entre les mains des Farc?
Ingrid Betancourt était évidemment l'otage emblématique des Farc, c'était même le seul avec un poids international. Du reste, l'armée colombienne a connu beaucoup de succès qui sont restés inconnus dans la presse internationale.

Dernier ouvrage paru: «La saga des missiles européens», TTU, 2006.


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Week-End
Joseph Stiglitz: «Le mode de vie américain n'est pas tenable»
Joseph Stiglitz. Dernier livre paru: «Une guerre à 3000 milliards de dollars» (Fayard). Photo Reuters
Le prix Nobel d'économie revient sur le coût de la guerre en Irak et explique en quoi ce conflit a fait exploser le modèle de croissance américain, entraînant les crises planétaires que nous connaissons.
Recueilli par GRÉGOIRE BISEAU et FABRICE ROUSSELOT
QUOTIDIEN : samedi 7 juin 2008

Vous estimez le coût de la guerre en Irak à 3 000 milliards de dollars. L’administration Bush parle de 800 millions. D’où vient une telle différence ?

Elle provient de la façon dont vous faites l’addition. Nous prenons en compte des coûts qui sont «cachés» dans le budget du ministère de la Défense. Par exemple, du fait de l’impopularité de la guerre et parce que de nombreux soldats américains doivent aller en Irak même s’ils n’en ont pas envie, les salaires ont été augmentés pour tous les militaires. Le gouvernement ne prend en compte que les salaires des troupes présentes en Irak, alors que nous incluons la masse salariale globale des forces armées. Mais le plus important, ce sont les coûts futurs de cette guerre. Les 800 millions, nous les avons déjà dépensés. Le candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain, pense que la plupart des troupes américaines auront quitté l’Irak en 2013. Or, selon notre calcul, la guerre nous coûte 12,5 milliards par mois. Il faut aussi considérer le coût de la démobilisation et du rapatriement des soldats et des équipements, et l’argent qu’il nous faudra dépenser pour rebâtir des forces armées aussi performantes qu’avant l’intervention en Irak. Enfin, reste le coût lié au rapatriement des soldats blessés et handicapés.

Vous évoquez aussi les coûts sociaux ?

Il y a les coûts sociaux micro-économiques et macro-économiques. Premier exemple : lorsqu’un soldat fortement handicapé revient d’Irak, souvent, l’un des membres de sa famille est obligé d’arrêter de travailler pour l’aider. Il faut alors prendre en charge cette famille et lui assurer des aides financières. En terme macro économique, il est évident que la guerre en Irak a eu un effet négatif sur l’activité américaine.

Quelles sont les conséquences de la guerre sur l’économie américaine ?

Tout d’abord, la guerre a contribué à l’augmentation des prix du pétrole. Les prix ont grimpé bien au-dessus de 100 dollars le baril et les experts les plus prudents estiment que 5 à 10 dollars de la hausse lui sont imputables. En 2002, les marchés énergétiques avaient analysé l’évolution du prix du pétrole pour les dix ans à venir. Selon eux, la production suivrait l’accroissement de la demande et le prix du baril serait relativement stable. L’Irak a totalement changé l’équation, principalement du fait de l’instabilité qui a gagné le Proche- Orient. Et l’un des effets pervers fut que les producteurs de pétrole, qui ont perçu des revenus plus importants, ont décidé pour certains de ne pas accroître leur production. Ensuite, il faut considérer les faibles retours sur investissement de cette guerre. L’argent dépensé en Irak, quand on paye une entreprise de travaux publics népalaise par exemple, ne profite pas de la même façon à l’économie américaine que si l’on construisait une école ou un parc de jeux.

L’intervention en Irak a-t-elle joué un rôle dans la crise des subprimes…

Oui, tout à fait. Le Président Bush a déclaré que la guerre n’avait rien à faire avec les problèmes économiques, que les Américains avaient simplement construit et acheté trop de maisons. Mais il faut essayer de comprendre. Parce que l’économie américaine était plus faible, la FED (Réserve fédérale) a voulu créer plus de liquidités, elle a donc décidé de garder les taux d’intérêts à des niveaux très faibles tout en laissant se développer de nombreux produits de crédits, sans aucun contrôle. Cela a permis de maintenir l’activité à un certain niveau pendant un certain temps, et cela a préservé aussi la bulle immobilière. L’économie américaine avait des problèmes et la guerre en Irak les a aggravés. Les économistes ont cru que nous étions entrés dans une nouvelle ère. La hausse du pétrole semblait ne pas affecter autant que cela l’économie, pas comme elle le faisait depuis les années 70. Mais en fait, c’est parce que l’on supportait à bout de bras cette même économie que l’effet était moindre. En un an, en 2006, plus de 900 millions de dollars ont été consacrés aux remboursements d’emprunt. C’est énorme dans une économie qui pèse 13 trillions de dollars. Le problème est que nous sommes au bord de la récession et que notre marge de manœuvre est considérablement réduite. En 2008, le déficit américain sera vraisemblablement de 500 milliards de dollars : nous n’avons plus les moyens de stimuler l’économie.

Les dépenses consacrées à l’industrie de la défense peuvent-elles avoir des effets positifs sur l’économie en matière de retombées technologiques ?

Bien sûr, certains secteurs en ont bénéficié. Mais dans sa globalité, l’argent dépensé pour la guerre n’accroît pas la productivité future des Etats-Unis. Pas de la même façon que si l’on avait investi dans les infrastructures ou la recherche. On note des bénéfices ponctuels et marginaux, dans les industries spécialisées pour les prothèses, à cause des blessés. Mais c’est sans comparaison avec les bénéfices que l’on aurait pu retirer si l’argent avait été investi dans l’amélioration de l’état de l’économie.

Peut-on parler de récession ?

Officiellement, l’économie fait face à un fort ralentissement. La crise des subprimes n’est pas terminée. Dans de nombreux cas aux Etats Unis, la valeur de l’emprunt immobilier dépasse celle de la maison. Ceux qui ne peuvent plus payer leurs emprunts sont souvent confrontés au chômage. Les gens se voient proposer des formules de crédit qui aggravent leur situation et prolongent leur endettement. On leur suggère de payer moins les trois premières années, en faisant le calcul que leur maison va prendre de la valeur et qu’ils pourront rembourser plus tard ou revendre leur bien. Seul problème : l’immobilier est en chute et tous ces montages s’écroulent. Tout cela était un leurre. De plus en plus d’emprunts s’effondrent forçant les gens à quitter leurs maisons. Et ça va continuer. Le gouvernement veut que les Américains aient confiance en leur économie. Il parle d’une situation de l’emploi stable, de croissance à 0,6 % du PIB. Mais on constate deux choses: la consommation, qui soutient la croissance, tient beaucoup à l’écoulement de stocks qui n’étaient pas vendus. Les ventes commerciales sont dans le rouge. Côté emploi, l’offre n’a pas progressé depuis six mois, il y a même moins d’heures de travail sur le marché. Un signe clair que l’économie est malade.

La crise des subprimes va-t-elle continuer à affecter l’économie européenne ?

Oui. De nombreuses banques européennes ont acheté des produits dérivés des subprimes et en subissent le contrecoup. De plus, si l’économie américaine continue à ralentir, l’une de ses rares forces restent les exportations, à cause de la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro. Tout cela n’est pas bon pour l’Europe.

On assiste à une flambée des prix du pétrole, des émeutes de la faim, une crise mondiale, des menaces de récession… Est-ce une juxtaposition de crises indépendantes ou une seule et même crise ?

Ces crises sont liées entre elles, mais elles ont leur propre dimension. La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprimes, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des bio carburants, résulte de la crise pétrolière. L’Inde a eu raison d’être très énervée lorsque George Bush avait montré du doigt les grandes économies émergentes comme responsables de la crise alimentaire mondiale. Or en matière d’agriculture, il n’y a eu aucune surprise : les Chinois ne se sont pas décidés à manger plus de céréales et de porc du jour au lendemain. La vraie surprise, l’événement totalement inattendu, c’est la guerre en Irak. Et comme le prix du pétrole a grimpé de façon soudaine et violente, les Etats-Unis ont augmenté les subventions à la production d’éthanol, entraînant la hausse des céréales…

A vous entendre, la guerre en Irak serait au commencement de toutes ces crises ?

Elle a en tout cas une grosse part de responsabilités. Peut-être que ces crises se seraient passées de toute façon, mais la guerre les a précipitées et les a amplifiées.

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de Nicolas Sarkozy à participer à sa commission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française ?

C’est une commission d’abord nationale, mais les problèmes dont on va parler sont globaux. En clair : comment mesurer les performances et le progrès social d’une économie. C’est très important car ce que vous mesurez dans les statistiques conditionne ce que vous faites en matière de politique économique. Par exemple, l’Argentine dans le milieu des années 90 donnait l’impression d’aller très très bien, notamment à travers la mesure de la croissance de son PIB. Mais cette croissance, basée sur la consommation, était financée par l’étranger et ne pouvait donc pas perdurer. D’où la crise qui a ensuite éclaté. Donc la mesure du PIB ne dit rien sur le caractère soutenable de la croissance. Et on pourrait dire aujourd’hui la même chose des Etats-Unis. L’ONU a développé un indicateur du développement humain, qui intègre ce que vous dépensez en matière d’éducation ou de santé… Et bien à l’aune de cette statistique, les Etats-unis se retrouvent la dixième économie mondiale.

Dans ce débat, la France présente-elle des spécificités ?

Je vois deux ou trois choses. D’abord, beaucoup de gens considèrent que le système de santé français, si vous le comparez à celui des Etats-Unis, est beaucoup plus performant. En terme de sécurité, de qualité et aussi d’accès aux soins, notamment pour les moins favorisés. Et cela est largement sous-évalué. Ensuite, c’est l’environnement. Les Français sont très sensibles aux questions écologiques, et le PIB n’intègre aucune trace de cela. Enfin, c’est la valeur que vous accordez aux loisirs. Dans une économie qui fonctionne bien, c’est très important qu’un chômeur qui veut travailler puisse trouver un travail rapidement. De même, un salarié qui souhaite passer plus de temps avec sa famille, doit pouvoir le faire. C’est le signe d’une société qui a choisi de profiter de la hausse de la productivité. Donc si vous mesurez le progrès social par des indicateurs économiques conventionnels, vous passez à côté de tout ça. Et la richesse que vous mesurez est bien moindre.

On est, là, très loin du modèle américain, pourtant beaucoup plus performant en terme de croissance…

Ce qui se passe aux Etats-Unis est contraire à ce qu’enseigne la théorie économique élémentaire. Selon elle, quand une économie devient plus productive, vous profitez normalement d’une augmentation du temps libre. Or, les Etats-Unis évoluent dans un sens opposé. Quelque chose ne fonctionne pas. Par ailleurs, le mode de consommation et de production américain, n’est absolument pas tenable en matière de préservation de la planète. Avec le modèle américain, le monde n’est pas viable. Dans un peu moins de cent ans, la Chine va avoir la capacité de consommer ce que consomment les Etats-Unis. Si cela devait arriver, ce serait une catastrophe pour la planète. Et comme il est impossible de dire aux pays en voie de développement, «vous allez vous restreindre pour nous permettre de continuer à consommer comme aujourd’hui», il n’y a pas d’autres choix que de changer de modèle de croissance.

Y-a-t-il une prise de conscience de cette révolution dans la société américaine ?

Ça commence à peine. Les Américains sont en train de se rendre compte qu’il va consommer moins d’essence. Mais ils n’ont pas mesuré l’amplitude de cette réduction ni ce que cela va signifier en matière de changement de comportement.

Vous êtes optimiste sur le fait que le futur président américain marquera une rupture vis-à-vis de l’administration Bush sur les questions climatiques …

Oui. Et y compris, si John Mac Cain est élu. Je suis très critique vis-à-vis de son programme économique et de sa position sur l’Irak, mais je suis convaincu qu’il est concerné depuis longtemps par le réchauffement climatique. Mais il sera toujours très attentif aux intérêts des grandes entreprises et défendra en priorité les solutions qui sont compatibles avec le mécanisme de marché, comme les permis à polluer. De toute façon, le mouvement est irréversible: il n’y a qu’à voir avec quel sérieux les autorités chinoises s’attaquent au problème. Le pouvoir central de Pékin a encore du mal à faire descendre ce message dans les provinces. Et je suis convaincu qu’on est juste au commencement d’un long processus qui ne s’arrêtera pas. Savoir mesurer et évaluer les coûts environnementaux dans la création de richesse nationale est la condition pour faire évoluer la société dans son ensemble.


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Monde
Les chrétiens poursuivis en Algérie
Religion. Accusée de prosélytisme, une protestante risque entre deux et cinq ans de prison.
Correspondance à Alger RYMA ACHOURA
QUOTIDIEN : mercredi 28 mai 2008

Habiba Kouider retient son souffle depuis une semaine. Mais elle devra encore attendre pour savoir si le fait d’être chrétienne en Algérie peut la conduire en prison. Hier, la communauté chrétienne tout entière attendait avec inquiétude le dénouement du procès de cette femme de 36 ans, accusée de «pratique sans autorisation d’un culte non musulman». Le tribunal correctionnel de Tiaret (nord-ouest du pays) a reporté son verdict pour «complément d’information», mais l’accusée risque trois ans de prison ferme selon les réquisitions du procureur.

Le 29 mars, Habiba Kouider, convertie au christianisme il y a quatre ans, est arrêtée par des gendarmes dans le bus qui la ramène d’Oran à son domicile de Tiaret. Ils découvrent en sa possession une douzaine d’exemplaires de la Bible. Elle est immédiatement embarquée, présentée à la police et placée en garde à vue. Le lendemain, elle est interrogée par le procureur de la République de Tiaret, saisi du dossier.

«Vous prêchez ?» Un procureur qui apparemment accepte mal la religion choisie par cette femme. «C’est soit le tribunal, soit la mosquée», l’aurait-il menacée. En clair, si la jeune femme accepte de redevenir musulmane, son dossier sera classé. Habiba Kouider subit la même intolérance alors qu’elle cherche un défenseur. Aucun avocat du barreau de Tiaret n’accepte de s’occuper de son dossier. C’est finalement Me Khelloudja Khalfoun, une avocate de Tizi-Ouzou, habituée des procès sensibles - elle a défendu notamment des émeutiers du «printemps noir» de Kabylie contre les forces de sécurité -, qui la défendra.

Le procès, qui a débuté le 20 mai, s’est déroulé dans une ambiance «d’inquisition», comme le dénonceront immédiatement des associations algériennes de défense des droits de l’homme. «A l’église, on t’a fait passer l’examen d’admission céleste ? On t’a fait boire l’eau qui te mènera droit au paradis ?» demande le juge pour savoir si la jeune femme a été baptisée.

Le procureur veut par ailleurs démontrer qu’elle est coupable de prosélytisme, ce qui est interdit par une loi votée le 28 février 2006. Car si la liberté de conscience est inscrite dans la Constitution, cette loi stipule que quiconque «incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion […], fabrique, entrepose ou distribue des documents […] qui visent à ébranler la foi d’un musulman» est passible d’une peine allant de deux à cinq ans de prison et d’une amende de 500 000 à 1 million de dinars (entre 5000 et 10 000 euros).

Alors, le procureur interroge : «Que faisiez-vous avec une douzaine d’exemplaires du même livre ? Vous les distribuez à votre entourage, n’est-ce pas ? Vous prêchez la parole chrétienne ?» Pour l’avocate de Habiba Kouider, Me Khelloudja Khalfoun, l’accusation de prosélytisme ne tient pas. «On ne juge pas sur les intentions mais sur les actes, a-t-elle plaidé devant la cour. Lorsque ma cliente a été arrêtée, elle n’était pas en train de prêcher. Elle ne distribuait pas de bibles. Elle était assise seule dans un bus qui la ramenait chez elle.» L’avocate dénonce une «hérésie juridique» et une plainte «imaginaire». «Aucun texte de loi ne conditionne la pratique d’un culte non-musulman à une autorisation. Au contraire c’est un acte licite, protégé par la Constitution», lance-t-elle.

Ce procès montre une nouvelle fois les dérives découlant de l’application de la loi de 2006. Ces derniers mois, une dizaine de procès ont eu lieu contre des chrétiens. A chaque fois, les accusés ont fait les frais d’une interprétation de plus en plus stricte de la loi et les condamnations se multiplient. Ainsi, le père Pierre Wallez, un prêtre catholique a été condamné, fin avril, à deux mois de prison avec sursis pour avoir effectué une prière avec des réfugiés camerounais.

«Sécurité nationale». Plusieurs religieux chrétiens se sont vus refuser leur visa d’entrée dans le pays. L’ancien président de l’Eglise protestante algérienne, Hugh Johnson, a été expulsé après le non-renouvellement de son titre de séjour. Et vingt-cinq lieux de culte en attente d’autorisation ont été fermés, notamment en Kabylie. Hier, le tribunal de Tiaret jugeait également six autres personnes pour prosélytisme. Le procureur a requis deux ans de prison ferme à leur encontre pour «exercice illégal d’un culte non-musulman». Le verdict doit être prononcé le 3 juin. Les représentants des Eglises chrétiennes dénoncent une «persécution» et des intellectuels ont lancé un appel au respect des libertés dans la presse et sur Internet.

Pour le ministre des Affaires religieuses, Bouabdellah Ghlamallah, «la communauté chrétienne jouit de tous ses droits». Les décisions de justice prises ont pour but de lutter contre une campagne d’évangélisation qui représente «une menace pour la sécurité nationale». Selon les statistiques officielles, il y aurait 11 500 chrétiens en Algérie, pays qui compte 33 millions d’habitants.


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Monde
Le résultat d’un lent travail de sape pour le «Parti de Dieu»
Le mouvement chiite n’a jamais désarmé.
JEAN-PIERRE PERRIN
QUOTIDIEN : samedi 10 mai 2008

Une petite phrase lâchée jeudi par Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, laissant entendre que son organisation incarnait désormais l’Etat, en dit long sur ses intentions. C’est bel et bien un coup d’Etat que le «Parti de Dieu»tente actuellement sur Beyrouth, comme le montre l’attaque des médias progouvernementaux, et l’encerclement des maisons particulières de Saad Hariri, le chef de la majorité parlementaire, et du leader druze, Walid Joumblatt.

Déjà, depuis le départ des troupes syriennes en 2005, le Hezbollah édifiait un véritable Etat parallèle au Liban, comme en témoigne l’installation de son système de communications que le gouvernement (pro-occidental) de Fouad Siniora a tenté d’empêcher, ce qui a provoqué la crise actuelle. Car ce système n’est en rien anodin : il comprend quelque 100 000 lignes et couvre presque tout le territoire libanais. Contre-attaquant, le «Parti de Dieu» a délibérément franchi une des dernières lignes rouges en prenant l’aéroport, en attaquant les quartiers sunnites de la capitale et en s’emparant du cœur de la ville.

Téhéran. Jusqu’alors, le Hezbollah semblait essentiellement se consacrer au réarmement massif de ses milices en prévision d’une nouvelle guerre avec Israël. L’épisode du 30 mars, au cours duquel un convoi de missiles en provenance de Syrie a pu continuer son chemin en dépit d’un contrôle, à Jbal al-Botm, d’un bataillon italien de la Finul montre bien qu’aucune force - ni celle des Nations unies, ni a fortiori l’armée libanaise - n’est en mesure de s’opposer à ce réarmement.

Dès lors, pourquoi ce brutal coup de force sur la capitale puisque les milices chiites sont quasiment libres de leurs opérations sur le territoire libanais ? Un coup de force qui n’a d’ailleurs pu être décidé sans l’aval de Téhéran - et sans doute de Damas - mais qui surprend cependant : le président iranien Ahmadinejad, en quête du leadership du monde musulman, n’avait jusqu’à ce jour jamais jeté de l’huile sur le feu sur les conflits entre chiites et sunnites.

Après l’assassinat en février à Damas, à l’instigation des services secrets israéliens, mais avec peut-être des complicités internes, de Imad Moughnieh, le cerveau des opérations militaires du Hezbollah et l’un de ses hommes clés, une réaction violente était cependant attendue. «L’assassinat de Moughnieh, c’est le déclic, ce qui explique l’attaque actuelle qui fait songer à ce qui s’est passé à Gaza, lorsque le Hamas a pris le pouvoir» , souligne Khattar Abou Diab, un politologue libanais proche de la majorité.

Golan. Le meurtre de ce dirigeant clandestin a aussi peu ou prou coïncidé avec la révélation de négociations secrètes, via la Turquie, entre la Syrie et Israël, un sujet sur lequel Nasrallah est resté muet. Or, ce que demande Israël pour restituer le Golan - si tant est que les dirigeants de l’Etat hébreu soient sincères - c’est non seulement un traité de paix, mais aussi la fin du soutien aux partis radicaux comme le Hamas ou le Hezbollah et la rupture de l’axe stratégique Damas-Téhéran. Le leader chiite, et derrière lui l’Iran, a-t-il craint d’être lâché par son parrain syrien ? Ou est-t-il passé à l’action - ce qui n’est pas forcément contradictoire - à la demande du régime de Bachar al-Assad pour empêcher la mise en place du tribunal à caractère international chargé de juger les assassins Rafic Hariri qui a commencé à se mettre en place ?

La réponse est dans l’agenda secret du Hezbollah. Comme celui-ci est aussi rédigé à Téhéran et, dans une moindre mesure à Damas, elle n’est jamais simple.


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Monde
Le Hezbollah règne à Beyrouth
A Beyrouth hier. (Reuters)
Après de violents affrontements, le parti chiite, allié de la Syrie et de l'Iran, a pris vendredi le contrôle de la partie ouest de la capitale libanaise.
De notre correspondante à Beyrouth ISABELLE DELLERBA
QUOTIDIEN : samedi 10 mai 2008

Le Hezbollah maître de la majeure partie de Beyrouth, c’est un scénario que tous les Libanais avaient envisagé mais auquel personne ne croyait réellement. Vendredi, pourtant, le «Parti de Dieu», estimant que les décisions du gouvernement mettaient sa «capacité de résistance» en danger, a pour la première fois retourné ses armes vers l’intérieur du pays. En quelques heures et après de violents affrontements, qui auraient fait une dizaine de morts, ses combattants ont pris le contrôle de l’ouest de la capitale.

L’action lancée par le parti chiite, allié stratégique de la Syrie et de l’Iran, pilier de l’opposition libanaise, s’est déroulée en trois temps. Mercredi, au moyen d’une grève lancée par la Confédération générale des travailleurs au Liban, ses partisans érigent des barrages sur les artères de la capitale. Le lendemain, son secrétaire général, Hassan Nasrallah, exige du cabinet qu’il revienne sur deux décisions prises lundi en Conseil des ministres, sinon ce sera l’escalade. La première prévoit de démanteler partiellement le réseau autonome de télécommunications du Hezbollah. La seconde consiste à limoger le chef de la sécurité de l’aéroport de Beyrouth. Le soir même, alors que les affrontements entre partisans de la majorité et de l’opposition font rage, le «Parti de Dieu» refuse la proposition de sortie de crise du leader sunnite Saad Hariri et déclenche la troisième phase : l’utilisation de la force pour mettre à genoux la majorité parlementaire.

Assiégé. Dans la nuit de jeudi à vendredi, il exécute un plan d’action militaire spectaculaire et parfaitement organisé. Ses miliciens, secondés par ceux d’Amal, l’autre formation chiite, font d’abord feu sur les éléments armés du camp adverse et s’emparent de plusieurs bureaux du Courant du futur, dirigé par le fils de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri assassiné en février 2005. Progressivement, les combats se concentrent sur le cœur de Beyrouth-Ouest, dans la région de Hamra, fief de Saad Hariri. A 6 h 30, vendredi, des hommes attaquent le journal du parti, Al Moustakbal et prennent l’immeuble qui abrite les locaux du quotidien. A 8 heures, les deux chaînes de télévision affiliées à Hariri, également menacées, cessent d’émettre. Vers 10 heures, une roquette touche la résidence du leader sunnite. Il est bientôt assiégé. Cette fois, les membres du Hezbollah sont parfaitement visibles. Non loin, une autre figure de la majorité parlementaire, Walid Joumblatt est à portée de fusil, juste protégé par une armée qui refuse de s’impliquer. Malgré tout, le leader druze, qui depuis quelques jours multipliait les attaques verbales contre le Hezbollah, réplique. Il ne quittera pas le «cœur de la capitale» et va résister. Mais comment ?

Remords. Les groupes antisyriens ont bien des armes, quelques munitions et des combattants aguerris, mais rien comparé à la puissance de frappe du Hezbollah qui est le seul parti libanais à avoir conservé une milice à la fin de la guerre civile, en 1990, pour poursuivre la lutte contre Israël. La disproportion des forces est telle que la bataille paraît perdue d’avance. Dans une rue de Hamra, un milicien chiite enrage : «Nous ne voulions pas en arriver là, c’est la majorité qui nous a poussés à réagir.» Des jeunes n’ont pas ces remords, ils s’amusent à griffonner un portrait de Saad Hariri.

Que va maintenant faire le Hezbollah ? Jusqu’à présent, il a soigneusement évité de mêler les quartiers chrétiens au conflit. Il a aussi affirmé que son objectif n’était pas de procéder à un coup d’Etat. Il semble néanmoins déterminé à obtenir la démission du gouvernement de Fouad Siniora auquel la majorité a réitéré son soutien. Le «Parti de Dieu» a prouvé à tous ceux qui en doutaient encore qu’il était le seul et véritable maître du jeu au Liban. Il peut maintenant choisir l’apaisement et imposer sa solution à une majorité défaite.


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L'histoire
En Suède, la femme tombe dans le panneau piéton
LIBERATION.FR : jeudi 1 mai 2008
La Suède, réputée pour ses efforts en matière d'équité entre hommes et femmes, va se doter de panneaux de signalisation des passages cloutés montrant non plus seulement un piéton mais aussi une piétonne, a-t-on appris mercredi auprès du gouvernement.
"Nous avons demandé à l'administration des routes de dessiner un logo et de nous soumettre ses propositions le 1er octobre", explique Jaana Vikman, porte-parole du ministère chargé des infrastructure.

L'idée a été lancée par la petite ville de Mariestad (sud-ouest) qui avait installé des panneaux montrant une femme traversant la rue.
"Nous avons trouvé que l'initiative était bonne", témoigne la porte-parole du ministère, qui précise que les panneaux au féminin seraient visibles fin 2008, début 2009 au plus tard.

Les communes décideront ensuite si elles veulent garder le traditionnel piéton ou bien adopter le panneau au féminin, voire de combiner les deux.


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Monde
La droite dure met Rome à sa botte
Gianni Alemanno à Rome, lundi (Reuters).
Italie. Gianni Alemanno, ancien néofasciste, triomphalement élu hier maire de la capitale.
ERIC JOZSEF
QUOTIDIEN : mardi 29 avril 2008

La gauche redoutait une «marée noire» berlusconienne sur Rome. C’est un raz de marée qui s’est abattu hier sur la capitale italienne. Le candidat du Parti du peuple de la liberté (PDL) Gianni Alemanno a sévèrement défait son adversaire Francesco Rutelli qui était pourtant en ballottage favorable, avec cinq points d’avance, à l’issue du premier tour il y a quinze jours.

L’ancien activiste d’extrême droite l’a finalement emporté avec 53,6 % des voix alors qu’il n’avait obtenu que 40,7 % à la mi-avril. Francesco Rutelli, ancien maire de Rome à deux reprises et vice-président du Conseil sortant, n’est pas parvenu à renverser la tendance nationale qui s’est affirmée autour de Silvio Berlusconi lors des élections législatives. Entre les deux tours, le taux de participation a chuté de dix points. Et le candidat modéré du parti démocrate (PD) qui avait fait dès le premier tour une alliance avec la gauche radicale n’a pas réussi à remobiliser ses électeurs. Les quartiers populaires et traditionnellement «rouges» de la capitale ont voté majoritairement pour Gianni Alemanno. «J’ai recueilli des voix de l’électorat de gauche qui était fatigué de la situation dans laquelle se trouve la ville», s’est-il réjoui. «Je suis l’homme le plus heureux d’Italie», a commenté Silvio Berlusconi tandis que des dizaines de taxis romains fêtaient la victoire d’Alemanno dans les rues de la capitale.

Loup. Pour ce dernier, l’accession à la mairie de Rome représente, à 50 ans, une véritable consécration. Il est passé des catacombes au Capitole, sortant définitivement de la marginalité politique pour la reconnaissance publique. Inscrit dès 1971 au Mouvement social italien (MSI, néofasciste) de Giorgio Almirante, il a en effet passé ses jeunes années dans les groupes d’extrême droite violents. Surnommé Lupamanno (contraction de loup et d’Alemanno) il a plusieurs fois été arrêté pour des agressions présumées. En 1982, il est incarcéré pendant huit mois pour avoir lancé un cocktail Molotov contre l’ambassade de l’Union soviétique à Rome. Il sera par la suite relaxé. A la tête du Fronte della Gioventù à partir de 1988, il incarne rapidement le courant social et populaire du mouvement néofasciste. Mais le MSI reste exclu du pouvoir. Ce n’est qu’avec les affaires de pots-de-vin qui, dans le cadre des opérations «Mains Propres», balaient la classe politique traditionnelle que les néofascistes parviennent en 1992 à sortir de l’ombre.

Dans le sillage de Gianfranco Fini, Alemanno participe à la création d’Alliance nationale (AN) qui rompt avec la tradition fasciste et se prononce pour une droite conservatrice et nationale. Il sera élu député puis pendant cinq ans ministre des Politiques agricoles du gouvernement Berlusconi. Ses adversaires de gauche lui reconnaissent alors sa défense des paysans, son combat contre les OGM et son recentrage politique. Alors que son ancien compagnon de parti et de courant de la droite sociale Francesco Storace décide de quitter AN jugée trop molle, Alemanno lance en 2007 «basta avec les vieux slogans, notre modèle c’est Sarkozy». Il défend Gianfranco Fini lorsque celui-ci déclare que «le fascisme a été le mal absolu» , mais il ne retire pas pour autant la croix celtique qu’il porte autour du coup. En campagne électorale pour la mairie de Rome, il tonne contre les clandestins, réclame la «tolérance zéro» et fait de l’insécurité le thème central de sa campagne. Entre les deux tours, Alemanno refuse l’apparentement avec Francesco Storace sous la pression de la communauté juive, tout en lâchant : «A propos de Storace, les juifs exagèrent».

Sécurité. Hier, à l’annonce de sa victoire, il a promis d’être le «maire de tous les Romains» et de gouverner «sans divisions et sans préjugés». Il a ensuite indiqué que sa première action consistera «à prendre des mesures pour rétablir la sécurité et le contrôle de la ville» après avoir été la semaine dernière à Paris pour y rencontrer, entre autres, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Brice Hortefeux.

«Le thème de la sécurité a pesé lourdement» , a reconnu hier soir Walter Veltroni alors qu’une agression sexuelle impliquant un immigré roumain, dans la banlieue de Rome, a marqué la campagne d’entre-deux tours. «C’est une grave défaite» , a admis le secrétaire du PD. A gauche, l’échec de Francesco Rutelli risque de laisser des traces. Certes, le candidat du Parti démocrate, Nicola Zingaretti, a sauvé le conseil provincial et les mairies de Vicence et d’Udine sont tombées au centre gauche. Mais pour Walter Veltroni, la perte de la capitale dont il était le maire jusqu’en janvier est un très lourd revers. Le PD pourrait ainsi être le théâtre de règlements de comptes dans les prochaines semaines.

Très critique à l’égard du secrétaire du PD, le quotidien Il Riformista, proche de l’ancien président du Conseil Massimo D’Alema, commentait hier matin avant même les résultats de Rome : «Veltroni n’est pas un type pour les traversées du désert. Il ne sait pas gérer les défaites. Saura-t-il tenir le coup ?»

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Cinquante-sept jeunes "dragueurs" arrêtés en Arabie Saoudite
LEMONDE.FR avec AFP | 23.02.08 | 17h53 • Mis à jour le 23.02.08 | 17h53

a puissante police religieuse d'Arabie saoudite a arrêté 57 jeunes hommes qui auraient cherché à séduire des jeunes filles dans plusieurs centres commerciaux de la Mecque, rapporte, samedi 23 février, le journal anglophone Saudi Gazette. Les jeunes hommes ont été arrêtés jeudi soir par la police, sur ordre de la Commission pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, communément appelée Moutawa.

Ils sont accusés d'avoir "porté des habits indécents, mis la musique à fond et dansé" dans des centres commerciaux de la ville sainte pour attirer l'attention des jeunes filles, ajoute le Saudi Gazette.

La police religieuse, qui veille à l'application stricte de la loi islamique, patrouille dans les lieux publics et s'assure qu'aucun contact n'a lieu entre les deux sexes. Elle a interdit, dans un édit religieux, la vente de roses rouges pour la Saint-Valentin, déclarée "fête païenne chrétienne".

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VU DE
La gauche italienne tétanisée face à l’empire médiatique de Berlusconi
De notre correspondant à Rome ÉRIC JOZSEF
QUOTIDIEN : mercredi 20 février 2008
l n’y a pratiquement plus que Nanni Moretti pour s’étonner. Alors que Silvio Berlusconi est en tête dans les sondages en vue des législatives anticipées d’avril, le réalisateur de Journal intime a rappelé, il y a quelques jours, que le candidat de la droite continue de «détenir un empire médiatique». «Le plus incroyable, c’est que pour la cinquième fois une démocratie autorise une compétition injuste», a t-il insisté en référence au conflit d’intérêts du Cavaliere. Une question qui a quasi disparu du débat public italien.

«Anomalie Berlusconi». Descendu en 1994 dans l’arène politique, à la tête de la plus grosse fortune du pays, d’un club de football, des trois plus grandes chaînes privées de la péninsule, d’une importante maison d’édition ou encore de la principale régie publicitaire, Berlusconi est, quatorze ans plus tard, en course dans les mêmes conditions. Aux affaires de 1996 à 2001, puis ces deux dernières années, la gauche n’a jamais fait passer de loi antitrust dans le secteur de l’audiovisuel, ni même cherché à résoudre le conflit d’intérêts. «C’est une erreur grave», juge le sénateur (centre gauche) Furio Colombo, qui s’est toujours battu contre «l’anomalie Berlusconi». Selon lui, «il faut toutefois distinguer deux périodes. Entre 1996 et 2001, la gauche aurait pu le faire parce qu’elle disposait d’une majorité solide et du soutien de l’opinion publique. Mais dans l’illusion d’un accord avec Berlusconi pour résoudre la question sans adopter une loi pouvant être perçue comme persécutrice, rien n’a été fait. Au cours des deux dernières années, le centre gauche n’avait qu’une petite majorité au Sénat, le texte risquait de ne pas passer».

«Nous avons eu peur que Berlusconi parvienne à faire tomber le gouvernement sur ce sujet», confie un ministre de Romano Prodi. «La gauche n’a même pas essayé», réplique le journaliste Marco Travaglio. En 2001, il s’était attiré les foudres du Cavaliere pour avoir évoqué l’origine trouble de sa fortune : «Il y avait au sein de la majorité de Prodi quelques centristes qui n’auraient jamais accepté de voter un texte touchant au pouvoir économique de Berlusconi. Et puis d’autres élus qui se sont accommodés de cette situation. En échange, ils ont trouvé beaucoup d’espace dans les médias [berlusconiens, ndlr], qui les ont dépeints comme des hommes de dialogue. Les rares élus qui ont insisté pour dénoncer le conflit d’intérêts ont à l’inverse été médiatiquement lynchés.»

Déposé trois jours après son élection au Sénat en mai 2006, le projet de loi de Furio Colombo stipulant qu’un détenteur de concession publique (en particulier pour les fréquences télévisées) ne peut exercer de fonction de ministre ou de président du Conseil n’a pas franchi le seuil de la commission parlementaire. Le texte n’a jamais été mis à l’ordre du jour des discussions. De même, la gauche n’a jamais fait appliquer la loi prévoyant de restituer à la chaîne Europa 7 les fréquences hertziennes occupées abusivement depuis 1999 par Rete 4, appartenant à Berlusconi. «Malgré les décisions de la Cour de justice européenne, qui a jugé la situation contraire au droit communautaire, le gouvernement Prodi n’a pas tenu sa promesse», note le propriétaire d’Europa 7, Francesco Di Stefano.

Contre-productif. Apparenté au Parti démocrate (PD, gauche), l’ancien juge anticorruption Antonio Di Pietro a jeté lundi un pavé dans la mare en annonçant sur son blog : «Nous ferons une loi sur le conflit d’intérêts [en cas de victoire, ndlr]», ajoutant que Mediaset, l’empire du Cavaliere, ne pourrait conserver qu’une seule chaîne hertzienne. Il a été sévèrement rappelé à l’ordre par l’entourage de Walter Veltroni, le leader du parti. Considérant l’argument comme contre-productif et dépassé, le candidat du PD ne veut surtout pas prononcer le terme de «conflit d’intérêts». «Nous ne voulons pas faire campagne contre Berlusconi mais pour Veltroni», s’énerve son conseiller Goffredo Bettini, qui veut croire que le Cavaliere et ses télévisions «c’est de l’histoire ancienne».

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Rebonds
En Italie, la science humilie le pape
Robert Maggiori professeur de philosophie, journaliste à Libération.
QUOTIDIEN : mardi 19 février 2008

Il y a mille raisons, politiques, morales, voire psychologiques, d’établir un lien entre Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy. Même populisme, même autocratisme, même histrionisme, même goût immodéré pour la scène, même manière de traiter en petit personnel collaborateurs et alliés, même emprise (réelle pour l’un, espérée pour l’autre) sur l’information, même inculture littéraire et philosophique - les imagine-t-on un livre à la main ? -, même habileté rhétorique, même façon d’exhiber la richesse… Mais un point commun mérite d’être spécialement souligné : divorcés et pères d’enfants de femmes différentes - situation que la Sainte Eglise romaine et catholique n’approuve que très peu -, ils mettent la même ardeur à affirmer les vertus de la religion et à disqualifier la laïcité.

En France - «République indivisible, laïque, démocratique et sociale» -, il n’y a pas eu des millions de gens dans les rues après que son président a déclaré que l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, indiquant par là qu’il n’est de morale que religieuse. En Italie, il y en a eu des manifestants, un véritable hourvari, avec pétitions, débats houleux à la télévision, interventions au Parlement, des centaines d’articles, des milliers de posts sur les blogs… Pour défendre la laïcité ? Non. Pour garantir la liberté d’expression du… pape, terriblement menacée ! En France, on a raison de s’inquiéter des propos du Président. En Italie, on se demande si se déclarer athée ou laïque ne va pas bientôt être passible de sanctions pénales.

Remontons loin, au 15 mars 1990. Dans un discours prononcé à Parme, Joseph Ratzinger, encore cardinal, cite une phrase de l’épistémologue «anarchiste» Paul Feyerabend, disant que, «à l’époque de Galilée, l’Eglise demeura bien plus fidèle à la raison que Galilée lui-même», et que «le procès contre Galilée fut raisonnable et juste». Il la reprend en 1992 dans Un tournant pour l’Europe (éditions Paoline, Rome), ce qui laisse croire qu’elle lui plaisait diablement, sinon qu’elle traduisait sa propre pensée.

Le 17 janvier dernier, Ratzinger, devenu Benoît XVI, est invité par le recteur de l’université La Sapienza de Rome, Renato Guarini, à tenir une lectio magistralis lors des cérémonies d’ouverture de l’année académique. Certains professeurs s’en émeuvent et, rappelant la citation tellement prisée par le pape, écrivent au recteur qu’«en tant qu’hommes de science fidèles à la raison et enseignants qui consacrent leur vie à l’avancée et à la diffusion des connaissances» ils se sentent offensés, et, «au nom de la laïcité de la science et de la culture, dans le respect de cette faculté ouverte à des chercheurs et des étudiants de toute obédience et de toute idéologie», expriment le vœu que «l’événement incongru» n’ait pas lieu. La lettre circule dans les autres universités et recueille rapidement près de 1 500 signatures de professeurs. Elle se diffuse aussi parmi les étudiants, qui, d’assemblée en assemblée, créent une «mobilisation» contre la venue du pape à La Sapienza. Sur les murs de la fac tombe une immense banderole : «La science est laïque».

S’appuyant sur le rapport du préfet, qui craint des troubles, le Vatican annule la visite du pape. Benoît XVI peut tenir tous les discours qu’il veut, et les plus réactionnaires, sur la famille, l’homosexualité, les unions de fait, l’avortement, la procréation assistée, l’euthanasie - mais hors de l’enceinte de l’université. Tout est bien qui finit bien ?

Eh non ! Le diabolique cardinal Ruini, vicaire général de Sa Sainteté pour le diocèse de Rome, retourne la situation : le pape est victime de l’intolérance des laïques. On l’empêche de parler, on l’humilie ! Que tous les défenseurs de la foi et de la liberté viennent à son secours ! Et, de fait, des milliers de manifestants «antilaïques» se retrouvent place Saint-Pierre. L’Osservatore Romano écrit que «la menace contre le pape est un événement dramatique». Des hommes politiques de tous bords entrent en scène pour manifester leur solidarité à l’Eglise bâillonnée, fustiger les «mauvais maîtres», les impies, les… intégristes ! Silvio Berlusconi en profite pour attaquer la gauche, alliée à des «franges intolérantes», et l’appelle à «un sévère examen de conscience». L’Italie est le pays où l’Eglise (catholique) a le plus de pouvoir. Pape, cardinaux, évêques, prêtres, se mêlent de tout, participent à tous les débats dans la presse écrite et audiovisuelle, infléchissent les politiques, ont des représentants dans tous les partis, possèdent des empires médiatiques, forment les consciences, dessinent les formes et les contenus de l’éthique - laquelle, disent-ils, est chrétienne ou n’est pas. Aussi, affirmer que «la science est laïque» devient-il preuve de suprême intolérance. Il est vrai que «l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé». My God!


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Un Saoudien décapité pour matricide
Un Saoudien, reconnu coupable du meurtre de sa mère, a été décapité au sabre aujourd'hui dans le nord de l'Arabie saoudite, a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Chalal Al-Amri a été exécuté pour avoir battu à mort sa mère Dalila Jabiri.
Cette décapitation porte à 27 le nombre des exécutions annoncées en Arabie saoudite depuis le début de l'année. Un record a été atteint en 2007 avec 153 exécutions, contre 37 en 2006. Le précédent record (113 exécutions) datait de 2000.

Source: AFP

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Monde
Turquie: le parlement légalise le port du voile à l'université
REUTERS
La mesure soulève une levée de boucliers des milieux laïcs et de l'opposition social-démocrate.
AFP
LIBERATION.FR : jeudi 7 février 2008
Le Parlement turc a adopté dans la nuit de mercredi à jeudi un amendement constitutionnel autorisant le port du voile dans les universités, une mesure qui divise la Turquie musulmane mais strictement laïque. Au terme d'une série de vote sur des amendements proposés ceux-ci ont largement obtenu la majorité des deux-tiers des voix requise pour une modification de la Constitution.
L'article clé du projet déclare notamment que "personne ne peut être privé de son droit à l'éducation supérieure", allusion aux jeunes femmes voilées. Un deuxième tour de vote est prévu samedi pour finaliser l'ensemble de la révision proposée par le parti issu du mouvement islamiste au pouvoir AKP et un parti d'opposition nationaliste MHP.

Le projet a soulevé une levée de boucliers des milieux laïcs et de l'opposition social-démocrate qui affirment qu'il érode les principes laïcs de la Turquie et qu'il risque d'entraîner l'accès des femmes voilées à la fonction publique et aux écoles, strictement interdite actuellement.

Le gouvernement du Parti de la Justice et du développement (AKP) assure défendre la liberté individuelle des étudiantes musulmanes et estime que cette réforme s'inscrit dans le processus d'adhésion à l'Union européenne. La révision devrait mettre fin à une jurisprudence obligeant les étudiantes à se dévoiler.

Le camp pro-laïc - l'armée, la magistrature et l'administration universitaire - perçoit le foulard comme le symbole de l'islam politique, dans ce pays au régime laïque mais dont la population est musulmane à 99%. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, un ancien islamiste, a voulu dissiper les craintes, assurant que le projet ne visait qu'à permettre "aux filles de ne plus attendre devant les portes des universités".

Les orateurs de sa formation ont soutenu lors des discussions que le projet allait dans la voie du caractère séculier du régime en atténuant les discriminations dont font l'objet, selon eux, les étudiantes portant le hijab.

Les épouses et les filles de la plupart des dirigeants de l'AKP sont voilées. L'amendement doit encore être approuvé par le chef de l'Etat, Abdullah Gül, un ancien poids lourd de l'AKP, dont la femme se couvre également la tête et qui avait milité en faveur de l'abolition de cette interdiction. Le parti d'opposition CHP (Parti républicain du peuple), pour qui "le projet défie la République laïque", a annoncé qu'il saisira la Cour constitutionnelle pour le stopper, après sa ratification par M. Gül.

"L'objectif c'est d'éroder la laïcité", a lancé devant les députés Kemal Anadol, vice-président du groupe parlementaire du CHP. Pour les laïcs, l'acceptation du foulard sur le campus risque d'accentuer la pression des religieux sur les femmes. Ils redoutent ainsi que "la pression du quartier" ne pousse les étudiantes non voilées à se couvrir.

Nur Serter, parlementaire CHP, a accusé l'AKP de vouloir "exploiter" les sentiments religieux pour des visées électorales, notamment lors des élections municipales prévues en 2009 et de faire de la Turquie "un Etat islamique". "Le voile divise le pays (...) il (le foulard) réduit les femmes en citoyens de deuxième classe", a-t-elle encore dit. Samedi, une vaste manifestation s'est tenue à Ankara contre la révision.

Les recteurs d'universités se sont aussi élevés contre le projet. Celui-ci ne satisfait pas davantage les milieux religieux car les critères sur le type de foulard autorisé (le fichu traditionnel noué sous le menton, et non le foulard enveloppant la tête et couvrant le cou, le "turban"), impliquent l'exclusion des femmes qui ne porteront pas celui préconisé.


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Jérôme Kerviel à ses supérieurs : "Je voulais vous faire la surprise"
LE MONDE | 04.02.08 | 15h36 • Mis à jour le 04.02.08 | 15h50

amedi 19 janvier : depuis plusieurs heures, les responsables de la salle des marchés de la Société générale tentent en vain de joindre sur son téléphone portable le trader Jérôme Kerviel. Celui-ci est aujourd'hui soupçonné d'avoir fait perdre 4,9 milliards d'euros à la banque. Mais ce samedi-là, ces responsables viennent juste d'avoir la confirmation, comme ils le soupçonnaient depuis la veille, qu'il a réalisé une énorme transaction, fictive, pour un montant de 30 milliards d'euros. Ils veulent des explications au plus vite. Ils finissent par recevoir un SMS inquiétant du jeune trader parti en week-end à Deauville : "Je ne peux pas vous répondre. Il n'y a pas de réseau."

"Là, on s'est dit que ça puait vraiment", raconte au Monde, sous couvert d'anonymat, un des responsables des middle et back-offices de la banque qui ont coordonné, durant le week-end des 19 et 20 janvier, les opérations ayant permis de découvrir la fraude. Un peu plus tard, M. Kerviel finit par appeler. Une conférence téléphonique est organisée. "On a joint la Deutsche Bank, censée être ta contrepartie sur tes opérations de forwards, lui demande-t-on. Ils ne sont pas au courant. C'est une transaction fictive ?" Réponse de Jérôme Kerviel, selon la Société générale : "Oui c'est vrai, c'est fictif. Mais j'ai inventé cette opération pour ne pas faire apparaître le gain de 1,4 milliard d'euros que j'ai réalisé en 2007. Je voulais vous faire la surprise. J'ai découvert une martingale sur le contrat à terme sur le Dax (l'indice boursier allemand), en jouant sur les horaires d'ouverture du marché."

Au sixième étage de la tour de la Société générale, à La Défense, c'est la stupeur. "Le trader qui ment pour cacher qu'il a fait un gain de 1,4 milliard d'euros, il n'existe pas", lâche notre témoin. On demande à M. Kerviel de rentrer au plus vite de Normandie.

Personne, parmi les responsables de la salle des marchés - tous mathématiciens de haut niveau, diplômés de Polytechnique ou de Centrale - ne croit à cette histoire de martingale. La cellule de crise constituée la veille pour tenter de démêler l'écheveau des transactions de M. Kerviel se met au travail, passe au crible toutes les opérations que le trader a effectuées en 2007. En guise de "martingale", Jérôme Kerviel a pris d'énormes positions spéculatives sur les contrats à terme d'indices boursiers européens, qui ont fait ressortir, fin décembre 2007, un gain pour la banque de 1,4 milliard d'euros.

Car le jeune trader, au moins sur ce point, dit vrai. Les positions cachées qu'il a mises en place à partir de mars 2007 et qu'il a dénouées fin décembre ont bien été gagnantes. "A 5 heures du matin, on pensait qu'il avait gagné 1,4 milliard d'euros, et on était dévastés, on était tous atterrés, confie notre témoin. Le fait que la position de M. Kerviel ait été gagnante ne changeait rien pour nous. On était conscients qu'il avait mis en péril la banque par ces opérations cachées. On se demandait tous comment Jérôme Kerviel avait pu déjouer tous les systèmes de contrôle. Nous étions conscients d'être confrontés au plus grand cas de rogue trading de l'histoire."

Samedi, en fin de journée, M. Kerviel arrive dans la salle des marchés. "Il était normal, un peu intimidé quand même de voir tous ses chefs réunis." Il est aussitôt interrogé, raconte le même responsable : "Quand on lui posait une question sur un fait précis, il l'admettait, disait la vérité pendant deux ou trois minutes, avant de repartir dans des explications confuses et des mensonges. Il se fermait comme une huître. Il était par exemple incapable de se souvenir des pertes qu'il avait fait subir à la banque : 2,2 milliards d'euros fin juin 2007. Il ne se rappelait que ses gains, lui qui savait négocier âprement ses bonus." Un médecin de la banque est appelé. Il raccompagne M. Kerviel jusqu'à la station de taxi. Celui-ci rentre dormir chez lui, dans son appartement de Neuilly-sur-Seine.

Dimanche matin, Jean-Pierre Mustier, le patron de la salle des marchés, arrive avec des croissants. Pendant toute la nuit, plusieurs dizaines de personnes ont travaillé pour tenter de reconstituer les transactions fictives et réelles de M. Kerviel en 2007. Mais ses dirigeants ignorent encore tout de celles qu'il a faites en 2008. Le pire est à venir...

A 9 heures, M. Kerviel revient. "Tu as fait quelque chose en 2008 ?", lui demande-t-on. "Oui, mais c'est rien", répond-il. Quelques heures plus tard, on sait ce que représente ce rien. En quinze jours, M. Kerviel a accumulé des positions spéculatives colossales sur les contrats boursiers européens, pour 50 milliards d'euros, plus importantes encore qu'en 2007. Au 7e étage de la tour, la "batterie" à laquelle il appartenait, avec sept autres "arbitragistes", avait une limite d'exposition au risque à ne pas dépasser : 125 millions d'euros. Cette fois, les positions de M. Kerviel sont perdantes. Il a parié sur une hausse des indices, alors que les marchés boursiers, en raison de la crise des subprimes, ne cessent de dégringoler. Vendredi 18, à la fermeture des places européennes, les positions de M. Kerviel sont perdantes de 2,7 milliards d'euros !

C'est la catastrophe, la banque est en danger. Les assistants traders de Jérôme Kerviel sont en larmes. La décision est prise de déboucler dès le lendemain les opérations de M. Kerviel. Elles vont se solder par une perte de 6,3 milliards d'euros. Si l'on y retranche le gain de 1,4 milliard d'euros de 2007, on arrive à la somme astronomique de 4,9 milliards.

Comment tout cela a-t-il été possible ? "Les systèmes de contrôle ont fonctionné, mais il a su produire des faux, c'est l'auteur d'un hold-up qui a utilisé tout un panel de techniques pour éviter les contrôles." Il avait su nouer des relations avec tous les gens des middle et back-offices, ce qui lui permettait d'être au courant des contrôles. Il n'était pas rare que le trader boive une bière avec eux au café d'en bas, le Valmy. Une incongruité, dans un monde aussi hiérarchisé que celui des salles de marchés. "Il leur envoyait des courriels, raconte le témoin, où il racontait ses vacances. On peut penser a posteriori que ces contacts étaient intéressés." M. Kerviel a-t-il recruté un complice ? Une enquête interne est en cours, à la Société générale, où l'on n'exclut pas cette possibilité. Devant les policiers, le trader a assuré qu'il avait bénéficié d'une certaine complaisance de sa hiérarchie directe. "Je suis certain qu'il ment, affirme le témoin, l'enquête interne le démontrera." Pour les responsables de la banque, le trader était surtout "malin". Au point d'être élu "trader le plus sympa" par les gens du back-office. "Il savait attirer la compassion, poursuit le témoin, après la mort de son père, il avait gardé un an un costume de deuil." En décembre 2007, un de ses chefs lui avait demandé de prendre des vacances. "Je ne peux pas partir à cette date, c'est l'anniversaire de la mort de mon père", avait-il répondu. Son chef avait accepté le report de ses congés. "Merci de ta compréhension", avait remercié M. Kerviel. Prendre des vacances, c'était aussi accepter le risque que les contrôleurs internes puissent découvrir sa chère "martingale".

Gérard Davet, Pierre-Antoine Delhommais et Anne Michel
Article paru dans l'édition du 05.02.08


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Reportage
L'espérance déçue des Palestiniens de Gaza, traqués par la police égyptienne à Al-Arich
LE MONDE | 29.01.08 | 16h59 • Mis à jour le 29.01.08 | 17h01
AL-ARICH (Egypte) ENVOYÉ SPÉCIAL

a chasse aux Palestiniens a commencé dans les rues du centre d'Al-Arich, cité balnéaire égyptienne. Dans le souk et les rues adjacentes, des forces de police en uniforme et en civil contrôlaient les identités et poursuivaient, lundi 28 janvier, les habitants de la bande de Gaza qui erraient en quête de nourriture et de logement depuis l'ouverture par la force de la frontière, le 23 janvier. Tous ont été embarqués dans des cars et des minibus pour être réexpédiés à la frontière. Difficile d'échapper aux rafles tant la présence policière est importante.

La plupart des magasins ont été fermés sur ordre des autorités afin d'essayer de tarir le flot continu de Palestiniens venus faire leurs emplettes. "C'était comme des sauterelles. Ils ont tout dévalisé. Certains produits sont devenus introuvables", fait remarquer un commerçant. La plupart des stations-service n'ont plus d'essence, et d'interminables queues s'allongent devant celles restées ouvertes. Les jerrycans sont interdits, et les pompistes sont passibles d'amende s'ils outrepassent les ordres de ne pas servir les Palestiniens.

"Même dans les boulangeries, on refuse de nous vendre du pain, dit l'un d'eux. Les Egyptiens veulent nous étrangler après que les Israéliens ont voulu nous étouffer."

Al-Arich est devenue la ville de l'angoisse pour les Palestiniens de Gaza. Après avoir échappé aux check-points qui jalonnent la route principale par les pistes du désert, ils se sont échoués dans cette ville en état de siège, transformée en port d'une espérance déçue. Impossible d'aller plus loin. Même les marchandises ne parviennent plus dans ce cul-de-sac du Sinaï, car elles sont bloquées à Ismaïlia par décision des autorités égyptiennes, afin de tenter de stopper l'exode d'un peuple aspirant à un peu d'oxygène et de denrées dont il est privé par le blocus israélien.

PASSAGE À TABAC

Certes, la frontière à Rafah est ouverte depuis le 23 janvier, mais elle a seulement reculé de 50 kilomètres. "Les murs de la prison ont été légèrement repoussés", comme le dit un étudiant qui déplore le manque de solidarité des Arabes. Impossible de trouver une chambre dans un hôtel ou les innombrables chalets du bord de mer, vides en cette saison. Des ordres ont été donnés de ne pas loger ceux qui se retrouvent une nouvelle fois comme des réfugiés. Ils dorment où ils peuvent et tentent d'échapper aux forces de sécurité en se cachant. Certains font état de passages à tabac. "Les habitants nous reprochent d'avoir fait monter les prix et d'avoir provoqué une pénurie, mais nous n'y sommes pour rien, protestent des Palestiniens exaspérés. Nous ne voulons que nous ravitailler. Les commerçants n'ont pas à se plaindre. Ce n'est pas une invasion !"

Al-Arich, porte de l'espoir, est devenue le cimetière des illusions. A l'entrée de la ville, plusieurs milliers de personnes ont trouvé refuge dans une rue, transformée en boulevard de l'attente, et dans deux mosquées, l'une pour les femmes et les enfants et l'autre pour les hommes, toutes deux encombrées de valises.

Il y a là des centaines de malades, d'étudiants, de résidents dans des pays étrangers bloqués dans la bande de Gaza depuis le coup de force du Hamas le 15 juin 2007, et qui ont cru qu'ils allaient pouvoir se faire soigner, poursuivre leurs études ou retrouver les leurs. Pas de tampon de sortie, pas de possibilités de se rendre au Caire. Alors, ils attendent, depuis le 23 janvier, que les autorités égyptiennes fassent un geste. Beaucoup ont des visas en règle, les documents médicaux appropriés, des cartes de séjour de pays étrangers valides. Ne manque qu'un coup de tampon égyptien, ce qui les classe parmi les illégaux.

"Je veux seulement aller à l'aéroport pour me rendre en Belgique, sinon je vais manquer le deuxième semestre après avoir manqué le premier. Pourquoi (le président égyptien) Hosni Moubarak ne nous donne-t-il pas cette permission ?", s'inquiète Mohammed.

Pour le moment, la police les tolère. Mais il n'y pas assez de couvertures pour tout le monde. Des malades ont dû être hospitalisés. "Faudra-t-il une révolte, un mort pour que l'on s'inquiète de notre sort", proteste Bassam, rongé par un cancer du pancréas.

Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 30.01.08


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Monde
L'Egypte s'organise face à l'afflux des Palestiniens
REUTERS
Des dizaines de camions et de voitures portant des plaques d'immatriculation de Gaza ont franchi samedi la frontière pour aller chercher en Egypte des vivres et du carburant.
AFP
LIBERATION.FR : samedi 26 janvier 2008
L'Egypte a annoncé samedi que sa frontière resterait ouverte aux milliers de Palestiniens qui continuaient, au quatrième jour consécutif, de s'approvisionner sur son territoire en raison du blocus israélien.

"Les Palestiniens continueront de passer jusqu'à ce qu'ils aient satisfait tous leurs besoins en produits divers et en nourriture", a affirmé le gouverneur du Sinaï nord, Ahmed Abdel Hamid, cité par l'agence officielle Mena.
Les forces de sécurité égyptiennes ont reçu l'ordre "de faciliter (leur) passage", a-t-il ajouté.

Dans le même temps, et en vue de débloquer la situation, les autorités égyptiennes ont annoncé avoir invité, séparément, des délégations de l'Autorité palestinienne et du mouvement rival Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007.
"Une invitation sera adressée à des leaders du Hamas pour se rendre au Caire d'urgence (...) et une autre sera adressée à l'Autorité palestinienne, séparément, afin de discuter des mesures concernant le terminal" de Rafah, a affirmé le chef de la diplomatie égyptienne Ahmed Aboul Gheit.

Situé entre la bande de Gaza et l'Egypte, le point de passage de Rafah est fermé quasiment en permanence depuis juin 2006.
"Il y a une volonté égyptienne de contrôler la frontière et de contrôler l'afflux de Palestiniens", a-t-il affirmé.
"Il y a aussi un désir de rétablir les arrangements qui existaient à la frontière" avant la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, a-t-il ajouté. Selon un accord de 2005, le point de passage de Rafah doit notamment être contrôlé par des observateurs internationaux.
Israël impose depuis le 17 janvier un blocus à la bande de Gaza en représailles aux tirs de roquettes contre son territoire qui a provoqué une pénurie de produits de base et d'essence.

Depuis mercredi, à la faveur de brèches faites dans la clôture frontalière par des hommes armés, des centaines de milliers de Palestiniens se sont rendus en Egypte par Rafah.

Vendredi, les forces de sécurité égyptiennes avaient tenté de reprendre le contrôle de la frontière en en fermant une partie mais des activistes du Hamas avaient ouvert de nouvelles brèches au bulldozer dans le mur de séparation.
Pour la première fois depuis mercredi, des centaines de voitures ont pénétré samedi côté égyptien de Rafah, entièrement embouteillée, grâce à l'ouverture de ces brèches.

Des membres des forces de l'ordre égyptiennes étaient présents à la frontière pour surveiller la circulation sans intervenir. Depuis mercredi, une quarantaine d'entre eux ont été blessés dans cette zone, a-t-on annoncé officiellement.
L'Egypte a toutefois établi des barrages aux sorties égyptiennes de Rafah pour empêcher les véhicules palestiniens de se rendre plus avant dans la péninsule du Sinaï. Ils laissaient cependant les gens se rendre en taxis ou dans des véhicules particuliers jusqu'à la ville d'El-Arich, située à une cinquantaine de kilomètres plus à l'ouest.

Des Egyptiens ont également fait le voyage en sens inverse en voiture pour la première fois depuis plusieurs années, provoquant le grand étonnement des habitants de Gaza.
"Je suis venu faire un peu de commerce ici. C'est la première fois que je vois Gaza de ma vie", a affirmé à l'AFP Rabi Zouhroub, 25 ans.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a de nouveau appelé samedi les groupes armés palestiniens à cesser les tirs de roquettes contre Israël, à l'origine du blocus, tout en accusant ce pays d'infliger une "punition collective" à Gaza.

"Nous disons à ceux qui tirent les roquettes: 'Arrêtez'. Ne leur donnez pas de prétexte et ne montrez pas au monde qu'ils (les Israéliens) sont les victimes", a affirmé M. Abbas lors d'une conférence à Ramallah, en Cisjordanie.
Selon l'armée israélienne, quatre roquettes ont été tirées vendredi et six jeudi, ce qui constitue une nette diminution par rapport aux jours précédant la mis en place du blocus.


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Etranglée, Gaza s’enflamme

Marche de protestation devant le terminal de Rafah. (photo Reuters)
Proche-Orient. Des violences ont éclaté à la frontière égyptienne malgré un allégement du blocus.
CHRISTOPHE AYAD
QUOTIDIEN : mercredi 23 janvier 2008
algré l’allégement du blocus de la bande de Gaza par Israël, l’exaspération dans le territoire palestinien a dégénéré, hier matin, en manifestation violente au point de passage de Rafah, à la frontière avec l’Egypte. Le mouvement islamiste Hamas avait organisé une marche de protestation devant le terminal de Rafah, pour demander sa réouverture, contrôlé par des gardes-frontières égyptiens et hermétique depuis le coup de force du Hamas contre le Fatah en juin dernier. Un temps débordées par la foule menaçante et visées par des tirs palestiniens, les forces de l’ordre ont usé de lances à eau puis ont fait feu à balles réelles. Bilan des affrontements : quatre Palestiniens et un policier égyptien blessés. La situation est revenue à la normale dans l’après-midi et l’Egypte a répété son refus d’ouvrir Rafah, craignant un afflux massif de Palestiniens.

Le fonctionnement du terminal de Rafah est régi par un accord international et implique Israël, l’Egypte et l’Union européenne. Or Israël refuse son ouverture depuis juin 2007. Sous la pression de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU prévue hier soir, et des Etats-Unis qui se sont inquiétés d’une possible «crise humanitaire», Israël a autorisé la livraison de 360 000 litres de fioul à l’unique centrale électrique de Gaza, qui fournit un tiers des besoins du territoire. L’électricité, totalement coupée depuis dimanche, a recommencé à fonctionner hier à Gaza, entrecoupée de longs délestages.

Le Hamas a qualifié cet allégement du blocus de «poudre aux yeux» tandis que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’a jugé «insuffisant». Il a demandé la «levée totale» du blocus tout en réclamant l’arrêt des tirs «futiles» de roquettes vers Israël. Le Comité international de la Croix-Rouge a estimé hier que Gaza restait menacé d’un «effondrement total».

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«Les habitants de Gaza se sentent humiliés»

A l afrontière égyptienne mecredi matin. Reuters.
Chef de mission de Médecins du monde en Palestine, Bruno Vinay indique que l'embargo décrété le 17 janvier par Israël aggrave une situation sanitaire déjà "catastrophique". Entretien.
ARNAUD VAULERIN
LIBERATION.FR : mercredi 23 janvier 2008
Bruno Vinay est le coordonnateur général de la mission Palestine à Gaza pour Médecins du monde. Libération l’a contacté mercredi matin alors que des centaines de Gazaouites manifestaient et quittaient Gaza pour s’approvisionner en marchandises. Il témoigne de la difficulté de fournir les premiers soins.
Comment se traduit concrètement le blocus de Gaza?
Cela fait déjà six mois que Gaza est sous embargo, avec un réel impact sur la santé des Gazaouites. Par exemple, pour procéder à des soins basiques, nous devons disposer d’une liste de 416 médicaments essentiels. Or 105 d’entre eux ne sont plus disponibles à Gaza. Il s’agit d’anesthésiants, d’antibiotiques, de médicaments pour les malades du diabètes, des psychotropes qui sont loin d’être négligeables. Tous les laboratoires d’analyses médicales ont quasiment arrêté de travailler du fait de l’absence de réactifs chimiques utilisés pour l’analyse du sang.

Le blocus décidé le 17 janvier à la suite des attaques de roquettes sur le territoire a aggravé ces manques.…
L’embargo israélien sur le fioul est un peu l’arbre qui cache la forêt. On parle de l’absence de l’électricité à Gaza, des problèmes d’alimentation régulière en eau, mais nous nous trouvons dans une situation de plus en plus catastrophique depuis des semaines. Des machines ne sont pas remplacées car elles sont usées, du petit matériel basique pour la chirurgie est introuvable, des services d’hôpitaux peinent à travailler.

Avez-vous manqué d’eau, d’électricité ces derniers jours?
Nous avons été plongés dans le noir du 18 au 21 janvier. Certes, les hôpitaux ont des générateurs, mais ceux-ci fonctionnent au fioul, qui manque cruellement. Ces générateurs ne sont pas assez puissants pour alimenter un grand bâtiment. Du coup, à l’hôpital central a dû couper l’électricité dans la plupart de ses départements pour permettre le fonctionnement du service de soins intensifs, de la maternité et de la chambre froide pour les morts. Quand les Israéliens ont refourni du fioul (mardi, ndlr), il ne restait plus que 4 heures d’autonomie à l’hôpital central de Gaza.

Avez-vous dû soigner beaucoup de blessés?
Hier (mardi, ndlr), des femmes de Rafah (au sud de la Bande de Gaza) ont voulu passer la frontière avec l’Egypte. Elles ont été blessées par l’armée égyptienne qui les a arrêtées en lançant des gaz et les arrosant avec des jets d’eau. Cela représente au moins 50 personnes.

Quel est l’état d’esprit des habitants de Gaza?
Les gens sont dans la rue et manifestent depuis hier. Il y a de plus en plus de manifestations. Ce matin, le Hamas défilait à vélo pour bien montrer qu’il n’y a plus de fioul. Il y a beaucoup de drapeaux verts (du Hamas) et des étendards palestiniens portés par des groupes d’hommes. Les gens sont plongés dans des difficultés quotidiennes très importantes.
Le bassin des eaux usagées est complètement plein. Il y a quelques jours, la menace terroriste anti-écologique qui prévoyait de déverser ces eaux dans la Méditerranée pour forcer la communauté internationale à prendre conscience et polluer Tel-Aviv a circulé. Il s’est passé la même chose à Rafah. Avant que le mûr soit partiellement détruit ce matin, les rumeurs d’explosions de la frontière ont été évoquées, il y a une semaine. Finalement, ils l’ont fait.
Les habitants de Gaza se sentent humiliés et renvoyés aux années 50 quand ils n’avaient pas d’eau et allait en chercher avec des bidons. Ils n’ont plus de gaz, donc ils ne se lavent plus, ne se chauffent plus. Une forme de résistance s’organise. Ils ont l’habitude.

Cette résistance se manifeste-t-elle à l’encontre des militants et des élus du Hamas?
Je ne le pense pas. Je n’entends pas des voix s’élever contre le Hamas. Tout le monde se sert les coudes. Les tracas quotidiens oblitèrent les discours politiques. Indirectement, j’ai le sentiment même que cela va renforcer une certaine solidarité. D’ailleurs, ce matin, c’est le Hamas qui a fait les 17 points passages dans la clôture entre Gaza et l’Egypte. Les gens se disent que c’est grâce au Hamas qu’ils peuvent passer.

Les Gazaouites gagnent-ils l’Egypte pour fuir ou pour s’approvisionner en marchandises avant de revenir?
Les agences de l’ONU indiquent que les gens reviennent après avoir fait leurs achats, ils seraient plusieurs centaines à franchir la frontière dans l’autre sens. Certains se trouvent à 50 kilomètres au sud de la frontière. Ceux-là pourraient très bien ne pas faire marche arrière.

Quelle est l’ampleur de la hausse des prix depuis l'embargo de Gaza?
Un paquet de cigarette il y a quelques jours coûtait environ 2 dollars, il faut maintenant débourser entre 9 et 12 dollars sur le marché noir. Le prix du pain et de la farine a augmenté de 60% depuis juin 2007. Certains produits ne sont plus du tout accessibles, le lait est hors de prix, les couches pour bébé sont introuvables. Un repas aujourd’hui, c’est très basique, du riz essentiellement.

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Des milliers de Palestiniens pénètrent en Egypte

Des Palestiniens gagnent l'Egypte après que des parties du mur a été détruite mercrredi. Reuters.
La clôture de séparation au sud de la bande de Gaza a été détruite en de multiples endroits pour permettre l'approvisionnement des Gazaouites sous blocus israélien.
LIBÉRATION.FR AVEC SOURCE AFP
LIBERATION.FR : mercredi 23 janvier 2008
es milliers de Palestiniens de la bande de Gaza soumise à un blocus ont pénétré mercredi en Egypte. Une partie de la clôture séparant les deux territoires a été détruite à l'aide d'explosifs et de bulldozers, a indiqué un responsable de la sécurité égyptienne. «Des milliers de Palestiniens sont passés en Egypte à travers les brèches créées par les explosions à la frontière. Ils sont entrés illégalement mais on n’a pas encore décidé que faire d’eux.»

Selon des témoins du côté palestinien de la frontière, ces Palestiniens s’approvisionnent en produits alimentaires dans la ville de Rafah avant de regagner la bande de Gaza. «Ils se rendent à Rafah à pied où ils font des provisions en nourriture, carburant et cigarettes», a confirmé le responsable égyptien de la sécurité sous couvert de l’anonymat. Rafah est située à cheval entre la bande de Gaza et l’Egypte.
Tirs et manifestations
Les quelque 2.000 membres des forces de sécurité égyptiennes déployées à la frontière ne sont pas intervenus, mais la police égyptienne a établi des barrages sur les accès à l’extérieur de Rafah, en particulier sur la route principale menant à el-Arich, la principale ville du Nord Sinaï, a-t-on précisé.
On ignorait dans l’immédiat qui était responsable de ces explosions qui ont continué de retentir jusqu’à 07h45 (heure de Paris) en divers points de la frontière, le long de la ligne dite de Philadelphie, entre la mer Méditerranée et la pointe sud de la bande de Gaza.
Cette entrée massive est survenue au lendemain d’une manifestation organisée par le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007, devant le terminal de Rafah pour protester contre le blocus de la bande de Gaza imposé par Israël. Les forces égyptiennes, tentant de repousser les manifestants, avaient échangé des tirs avec des hommes armés présents parmi les manifestants. Quatre Palestiniens et un garde égyptien ont été blessés par balles.

Coup de force
Les manifestants demandaient aux Egyptiens d’ouvrir le point de passage, fermé quasiment en permanence depuis juin 2006. Depuis le coup de force du Hamas en 2007, le terminal de Rafah est quasiment scellé alors qu’il était devenu l’unique fenêtre vers le monde extérieur pour la bande de Gaza depuis le retrait israélien de 2005.

Le Hamas a appelé lundi la Ligue arabe à «astreindre» l’Egypte à déverrouiller le poste frontière. Depuis le 17 janvier, Israël a imposé un blocus de la bande de Gaza en riposte à la multiplication des tirs de roquettes palestiniennes contre le sud de son territoire. Mardi, devant les critiques de la communauté internationale qui craignait une crise humanitaire dans un territoire pauvre de 1,5 million d’habitants, Israël a desserré son étau autorisant la livraison de 360.000 litres de mazout destinés à l’unique centrale électrique de la bande de Gaza.

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Charlie Wilson, un personnage à la réputation sulfureuse
De notre correspondant à New York Jean-Louis Turlin
11/01/2008 | Mise à jour : 18:28 |
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Charlie Wilson, au côté de sa femme, Barbara, lors de la première mondiale de La Guerre selon Charlie Wilson à Los Angeles, en décembre 2007.
Charlie Wilson, au côté de sa femme, Barbara, lors de la première mondiale de La Guerre selon Charlie Wilson à Los Angeles, en décembre 2007. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS
À 74 ans, Charlie Wilson, ancien élu du Texas, avoue avoir eu au cours de sa vie un comportement moins respectable et plus tapageur que son personnage à l'écran.

Tom Hanks donne de Charlie Wilson à l'écran une image « meilleure que je ne le suis en réalité », avouait dernièrement, dans une interview au Hollywood Reporter, l'ancien politicien texan dont le rôle en faveur des moudjahidins afghans a inspiré le film basé sur le livre du même nom (1). Grand buveur et trousseur de jupons devant l'Éternel, le « vrai » Charlie Wilson avait un comportement moins respectable et plus casse-cou que son interprète. La scène d'un accident de la route qu'il avait causé dans un état d'ébriété au volant a notamment été laissée de côté.

Baroudeur de la politique, le personnage n'en partage pas moins avec le héros du film un idéalisme authentique. Ce démocrate inspiré par John Kennedy avait acquis, pendant douze ans à l'Assemblée du Texas, la réputation d'un progressiste impénitent, qu'il s'agisse des questions sociales ou morales : dans le Sud, où les Dixiecrats (2) sont souvent plus conservateurs que les républicains, il était l'un des rares élus de son État favorables au droit à l'avortement. Les bonnes causes n'empêchaient pas la belle vie d'un bon vivant toujours fidèle à son surnom de « Good Time Charlie ».

À Washington, où Wilson représenta sa circonscription texane de 1972 à 1996 (soit douze mandats d'affilée), ce législateur discret à la tribune mais habile en coulisses, épousa les causes internationales perdues pour lesquelles il marchanda l'appui de ses collègues en échange de sa voix en faveur de leurs projets « domestiques ». Il ne parvint pas à sauver le régime de Somoza au Nicaragua, malgré sa menace de voter contre le plan Carter de cession du canal de Panama si les États-Unis ne reprenaient pas leur aide au dictateur corrompu, mais en qui Wilson voyait un allié abandonné.

« S'amuser et être sérieux »

Cet anticommuniste farouche allait connaître une brillante revanche en Afghanistan. Il sut convaincre la commission des finances de la Chambre des représentants de faire passer secrètement le montant de l'aide à la guérilla de quelques millions de dollars au début des années 1980 à près d'un milliard à la fin de la décennie. À lui seul, il a d'une certaine façon changé le cours de l'histoire, en bien dans l'immédiat, en mal à plus long terme, malgré lui : le départ des Soviétiques a coïncidé avec l'arrêt de la manne américaine dans un pays à reconstruire. Les talibans en ont profité pour combler le vide. La citation prononcée par Tom Hanks à la fin du film est réellement sortie de la bouche de l'homme politique désabusé : « On change le monde et puis on fout le camp et on fout en l'air la fin de partie. »

Le play-boy savait à la fois s'amuser et être sérieux. Mais, au moment de sa retraite, il a reconnu avoir été « un serviteur public parfois inconscient et tapageur ». Né en 1933 dans la petite localité de Trinity au Texas, Charles Nesbitt Wilson a vécu une vie de garçon moins qu'angélique, d'abord dans la Marine (après avoir fait l'École navale) puis en politique. Il a attendu 1999 pour épouser une ancienne ballerine, Barbara Alberstadt, qu'il avait rencontrée au cours d'une soirée à Washington en 1980. Après avoir subi à 74 ans une transplantation cardiaque en septembre dernier, il est sorti de sa convalescence pour la première du film à Los Angeles en décembre. Son impression ? « Ils ont été gentils avec moi. »
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Eco-Terre
Crise américaine: les craintes d’un effet domino
Trader à la bourse de Wall street (Reuters).