Editorial
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Par Laurent joffrin
QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007
Ainsi la gauche virerait à droite… Réalisé par LH2, notre sondage paraît d’une clarté limpide : sur des thèmes clés comme la mondialisation, le rôle de l’Etat, la politique de sécurité et quelques autres, une majorité des sympathisants de gauche s’écarte des positions traditionnelles de la gauche et semble donc se rapprocher, par la force des choses, de celles de la droite. Mieux, ou pis (c’est selon), c’est l’évolution des classes moyennes et populaires - électorat de principe du «camp progressiste» - qui fait pencher en ce sens dérangeant le centre de gravité idéologique de la gauche. Diable ! Voilà les coups de canif abondamment pratiqués par Ségolène Royal pendant la campagne ratifiés a posteriori. Les choses bougent, donc.
Droitisation ? L’affaire est sans doute un peu plus compliquée. Le diagnostic qu’on ne manquera pas de formuler, à droite notamment, ou encore dans la gauche radicale, procède en fait de critères eux-mêmes traditionnels. Non pas que la césure droite-gauche tende à disparaître. Bien au contraire, elle structure aujourd’hui la quasi-totalité des grandes démocraties. Mais son contenu, il faudra s’y habituer, n’est plus le même. Il est une manière fort simple de l’exprimer : et si une politique de gauche se jugeait d’abord par ses objectifs et ses résultats, plus que par ses moyens ? Le fétichisme des instruments est l’une des maladies séniles de la gauche. Deux exemples. Une politique qui réduit le chômage - et donc les inégalités - en employant des moyens nouveaux est-elle moins à gauche qu’une autre qui échoue à le faire avec des méthodes classiques ? Une politique qui améliore le fonctionnement de l’école en réformant l’appareil scolaire est-elle plus à droite qu’une autre qui ne l’améliore pas en jouant le statu quo ? Voilà sans doute le vrai sens du message contenu dans cette enquête : il n’y a pas de gauche qui vaille en dehors des réalités. Les choses qui vont sans dire…
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La gauche vire-t-elle à droite?
Reuters
Selon notre sondage LH2-Libération, la famille libérale autoritaire fait une percée parmi les sympathisants de gauche.
Par Paul Quinio
QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007
L'intégralité du sondage au format PDF
C’est un peu le triangle des Bermudes de la gauche. Elle peut y perdre facilement une partie de son âme, mais aussi y trouver une planche de salut électoral… C’est un morceau «sociologique» de la gauche, mais qui transgresse ses frontières. C’est un bloc, mais mobile, infidèle, zappeur, qui lorgne parfois sur sa droite. C’est à l’arrivée, en ces temps de rénovation idéologique, un gros point d’interrogation stratégique et identitaire pour la gauche en général et le Parti socialiste en particulier.
Dans la livraison 2007 de son étude sur les familles de la gauche - réalisée pour Libération à l’occasion du forum Vive la politique qui va se tenir à partir de demain et pendant trois jours à Grenoble -, l’institut de sondages LH2 a identifié parmi les sympathisants de gauche qu’il a interrogés un groupe qui n’a pas fini de faire causer. Le nom de cette famille: libérale autoritaire, «numériquement la plus importante, politiquement la plus mobile, électoralement la plus décisive», résume François Miquet-Marty, directeur des études politiques à LH2.
«Bloc puissant». Qui sont-ils? En majorité des ouvriers, des employés, des salariés du secteur privé, qui estiment pour la plupart (67%) que leur «situation au sein de la société s’est détériorée» ou que notre «société va de plus en plus mal» (90%). Economiquement, ils acceptent le système libéral, sont favorables aux baisses d’impôts et à la réduction des dépenses publiques (87%). Ils sont sensibles à la productivité dans les administrations (73%) et aux questions comme la sécurité et l’immigration. Mais se disent «plutôt à gauche» pour 51% d’entre d’eux. Au premier tour de la présidentielle, ils ont privilégié le vote Royal (à 56%), mais ont aussi voté Bayrou (10%), Sarkozy (7%), ou Besancenot (6%).
Combien sont-ils ? 35% des sympathisants. Ce qui en fait la famille de gauche la plus nombreuse. Devant la famille sociale-libérale (26%), étatiste (24%) ou antilibérale (15%). «Au cœur de l’ensemble de l’échiquier politique s’est installé un bloc puissant qui se réclame de la gauche mais qui affiche des valeurs libérales et autoritaires et qui est à même de briser la cohérence de la gauche au profit de la droite, et de nourrir la popularité de Nicolas Sarkozy», analyse le directeur de LH2.
Giron. Dans le rétro de la campagne présidentielle, c’est cette famille que Ségolène Royal a tenté de ramener dans le camp de la gauche après la défection massive des ouvriers le 21 avril 2002, avec les conséquences que l’on sait pour le candidat socialiste Lionel Jospin. Les armes de séduction royalistes, son discours sur «l’ordre juste» et son positionnement antisystème, ont permis à la candidate PS d’en ramener une partie dans le giron de la gauche. Mais une partie seulement.
Après la défaite, l’enjeu est désormais de savoir quelle importance accordera le PS à cette famille dans ses débats sur sa rénovation idéologique. «Tout le travail de la gauche consiste à proposer une offre politique qui fédère durablement cette famille libérale et autoritaire, mais sans renier les valeurs en lesquelles se reconnaissent les antilibéraux, les étatistes et les sociolibéraux», explique Miquet-Marty. Pas simple quand on sait que les premiers veulent à 85% s’opposer «radicalement à la mondialisation», aspirent à des renationalisations (61%) et se reconnaissent dans Besancenot (51%). Que les deuxièmes sont opposés à 70% aux baisses d’impôts. Et que les derniers, majoritairement des cadres, trouvent que leur situation s’est globalement améliorée (49%) et se reconnaissent dans Dominique Strauss-Kahn pour porter la croissance économique.
Fermeté. Pas simple en résumé de «vertébrer» un nouveau projet capable de répondre «aux tentations centristes et droitières d’une gauche désarticulée». Travaux pratiques: le débat de ces derniers jours sur la réforme des régimes spéciaux, qui a vu les socialistes, de Jean-Luc Mélenchon à Manuel Valls, décliner une gamme impressionnante de positions. Le prochain débat parlementaire, à l’occasion de l’examen de la nouvelle loi sur l’immigration, devant leur fournir une nouvelle occasion de grand écart.
A l’arrivée, et ces débats recouperont évidemment ceux sur les alliances électorales à nouer (lire ci-dessous), c’est bien à la question de sa droitisation que la gauche devra faire face, puisque prêt de la moitié de ses sympathisants (si on cumule les familles libérale autoritaire et sociale-libérale) est réceptive au discours centriste et de droite en matière économique et au discours de fermeté sur les questions plus sociétales… Comme dans le même temps, les sympathisants de gauche sont plus nombreux qu’il y a deux ans à remettre au goût du jour le clivage gauche-droite, la voie est décidément bien étroite.
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La gauche tremble sur ses fondamentaux
Au premier rang des remises en cause : l’économie.
Par David Revault d’Allonnes
QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007
Y aurait-il aujourd’hui, à gauche, une fracture? C’est le premier des enseignements du sondage LH2- Libération consacré à «l’identité de la gauche» : 88 % des sympathisants estiment que trop de divisions la traversent. L’appréciation n’est pas nouvelle, mais prend aujourd’hui une acuité particulière, puisqu’ils n’étaient que 82% en 2003. Trop de divisions, donc, qui, loin de se limiter au choc des ambitions, recouvrent également des oppositions idéologiques difficilement conciliables. Le récent flottement du PS sur les régimes spéciaux le démontre, qui a vu s’affronter Manuel Valls, «rénovateur», à la gauche du parti, puis à sa direction.
Clivages. Voilà qui n’incite guère à rêver à des lendemains électoraux qui chantent : 57 % des personnes interrogées pensent que la gauche a «de fortes chances de revenir au pouvoir». Ils étaient 65 % en 2003. Les tenants de l’effacement des frontières politiques en seront néanmoins pour leurs frais: si 52 % des sondés jugent «dépassées» les notions de gauche et de droite, ils sont 47 % à estimer qu’elles sont «toujours valables», contre 36 % il y a deux ans.
Valeurs et clivages reprendraient-ils quelque vigueur ? Paradoxe : dans le détail, ceux-ci ont, doucement mais sûrement, glissé. Alors que les socialistes n’ont que le mot de «rénovation» à la bouche, sans toutefois s’accorder sur les moyens de celle-ci, les Français de gauche, eux, semblent avoir déjà, en partie du moins, révisé leurs positions.
S’habituer. C’est sur les questions économique que le glissement est le plus flagrant. Au moment où les socialistes clament que la question de l’acceptation du marché n’en est plus une, les sympathisants de gauche semblent ne plus combattre l’ordre économique avec la même vigueur. C’est le cas pour la mondialisation, à laquelle 39 % des sondés estiment qu’il faut s’opposer nettement. Il y a deux ans, ils étaient 44 %.
Le devoir de contester s’effrite. Alors qu’ils étaient 80 % à juger, en 2003, que les altermondialistes exprimaient des critiques justifiées contre la mondialisation, ils ne sont plus, aujourd’hui, que 68%. De même pour la structure de notre capitalisme national et le partage entre public et privé auquel, de plus en plus, ils semblent s’habituer. 52 % des sympathisants de gauche considèrent aujourd’hui qu’il y a, «juste ce qu’il faut d’entreprises nationales et privées», 7 points de plus qu’en 2005. Et sur le rôle de la puissance publique, 59 % d’estimer que «l’Etat joue un rôle trop important dans la société française».
La pilule du libéralisme serait-elle désormais moins amère à avaler ? Certes, pour beaucoup à gauche, l’urgence demeure sociale - 49 % considèrent la lutte contre le chômage comme la priorité, devant la précarité (37 %), l’éducation (32 %), les salaires (27 %), la santé (24 %) et l’égalité des chances à 23 % -, mais l’individualisme gagne du terrain. Et il investit l’école (77 % des sondés s’affirment favorables au libre choix de l’établissement scolaire par les parents), la protection sociale (61 % approuvent le développement d’organismes privés), la fiscalité (62 % approuvent l’idée de baisses d’impôt permettant de réduire les dépenses publiques).
Productivité. Même les fonctionnaires n’échappent pas à cette dernière injonction, 61 % des sondés se disant favorables au développement de la productivité dans l’administration…
Un peu moins ferme sur ses fondamentaux, l’opinion de gauche semble l’être toujours envers les partis. Ainsi, 81% des sondés considèrent qu’ «ils ne s’intéressent qu’au pouvoir et pas aux citoyens». Une opinion que ne manqueront pas de méditer les dirigeants socialistes.
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Des alliances à nouer rapidement
Du Parti socialiste à la LCR, les partis sont en pleine réflexion sur leur stratégie d’unions.
Par éCOIFFIER MATTHIEU
QUOTIDIEN : mercredi 12 septembre 2007
Rester fermement ancré à gauche ? Ou dériver au centre ? Après l’échec de la gauche plurielle en 2002, et une «gauche durable» introuvable à la dernière présidentielle, quelle stratégie d’alliances ?
La question taraude le peuple de gauche comme les dirigeants de partis en plein chantier de rénovation. Les sympathisants sondés par LH2 entrevoient une dynamique possible tant du côté de la gauche antilibérale que du centre (lire ci-dessous). Difficile de faire plus sioux, alors que les états-majors du PS, des Verts et du PCF naviguent à vue, enfumés par les débauchages d’un Sarkozy autoproclamé «DRH» du PS et le refus du Modem de choisir entre la droite et la gauche. Un flou sur lequel surfe à loisir Olivier Besancenot pour propulser son futur parti sur une ligne clairement anticapitaliste, antisarkozyste et indépendante du PS, taxé de formation social libérale.
«Ça reclive !». Hier, Stéphane Le Foll, bras droit de François Hollande, et Olivier Dartigolles porte-parole du PCF, réagissaient positivement face à un autre résultat du sondage LH2 : «Ça reclive!» se félicitent-ils en notant que le clivage droite-gauche reprend du poil de la bête. Pas sûr pourtant que cela suffise à remettre l’ex-trio PS-PC-Verts au goût du jour. Ni que l’opposition à la politique de Sarkozy permette d’unifier la gauche.
A preuve, les divergences des ténors socialistes sur la réforme des régimes spéciaux, qui alimentent le procès en «droitisation» du PS chez ses alliés de gauche. Ou du moins l’idée d’un positionnement «social-démocrate». «Beaucoup, au PS, rêvent d’une alliance à l’italienne, allant des communistes au centre, avec un PS hégémonique», analyse Clémentine Autain, figure parisienne des antilibéraux.
Pas sûr que le rendez-vous des municipales de mars 2008, avec ses enjeux locaux et souvent personnalisés apporte la clarification attendue. Au PS, la ligne est «claire», a martelé Hollande à La Rochelle : «Rassemblement de la gauche» au premier tour, à l’exception des troupes «guévaristes» de Besancenot qui «refuse toute relation avec nous». Et, au second tour, attirer sur son projet - voire intégrer sur ses listes - les électeurs et les candidats du Modem. «La question du centre n’est pas posée à la gauche mais au centre. S’il ne choisit pas son camp, il sera nulle part, explique le Foll. Une maturation va se faire à gauche en fonction de la politique de Sarkozy. A nous de l’organiser, sans renier les cultures de chacun. Il y a des équilibres différents à trouver», poursuit-il.
De quoi inquiéter communistes et Verts douchés à la présidentielle, notamment par le vote utile en faveur de Royal: «Le PS est tenté par des alliances à la carte : bien disposé là où on est intéressants. Et appelant à la recomposition ailleurs», dénonce Dartigolles, rétif à une «gauche à géométrie variable» avec un PS qui serait orienté au centre. Et le PCF de demander une «stratégie claire et cohérente» au Parti socialiste pour les municipales.
Travaux pratiques. Pour se tester entre ex-partenaires, les Verts leur ont proposé des travaux pratiques, en commençant par le Grenelle de l’environnement. «Ce qui est jouable à ce stade, à un moment où chacun se cherche, entre un centre introuvable et une gauche en difficulté de projet et de leadership, c’est de travailler sur les priorités», note Dominique Voynet. François Hollande a opiné, proposant à la gauche un «comité de liaison» en préambule à des «assises». En attendant, le premier secrétaire du PS doit participer, samedi à la fête de l’Humanité à une table ronde «des leaders de la gauche» aux côtés de Marie-George Buffet, Cécile Duflot et… d’Olivier Besancenot.