politique

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

Minc et Guaino, mauvaise foi siamoise

DESINTOX

Les deux conseillers de Nicolas Sarkozy ont estimé en choeur que la décision du Conseil constitutionnel retoquant la loi Hadopi revenait à placer l'accès à Internet au dessus de l'eau ou de l'électricité. Grosse intox.

188 réactions

Par CÉDRIC MATHIOT

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. (Philippe Wojazer/Reuters)

Intox

Le 10 juin, la loi Hadopi a reçu une belle claque du Conseil constitutionnel, qui l’a privée du dernier étage de sa «riposte graduée», soit la possibilité pour l’autorité administrative de couper l’accès à Internet des «pirates récidivistes». Une décision qui a visiblement agacé l’Elysée, et conduit les conseillers du Président à cogiter pour pondre un argumentaire de défense. C’est Henri Guaino, conseiller (officiel) de Nicolas Sarkozy, qui a tiré le premier, à propos de la décision des Sages : «A titre personnel, je trouve assez curieux que le droit d’accès à Internet soit plus fortement défendu que le droit d’accès à l’eau ou à l’électricité. On peut couper l’eau et l’électricité à n’importe qui très facilement. Mais l’accès au réseau internet, c’est une violation des droits de l’homme et - rendez-vous compte ! - de la Déclaration de 1789, dont vous vous souvenez d’ailleurs qu’Internet était une préoccupation de ses rédacteurs.» Mot pour mot, ou presque, Alain Minc, conseiller (officieux) du même Sarkozy, a repris l’argument, le 24 juin sur BFM TV. Le Conseil constitutionnel a pris sa décision «au nom de principes que je trouve bizarres», s’est étonné Minc. «Je viens de découvrir que le droit d’accès à Internet est un droit plus essentiel que le droit d’accès à l’eau, à l’électricité ou au gaz. Je me demande s’il n’y a pas eu lieu, chez ces messieurs un peu assis, une espèce de coup de jeune ou de jeunisme bizarre.»

Désintox

Une sottise a beau être énoncée par deux personnes, cela n’en fait pas une vérité. «Cette affirmation est une énormité juridique», estime Gilles Guglielmi, professeur à l’université Paris-II Panthéon-Assas (1). Avant de parler d’eau et d’électricité, regardons d’abord la décision du Conseil constitutionnel sur Internet. Les Sages, se référant à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 , ont estimé que le droit à la libre communication des pensées et des opinions impliquait aujourd’hui la liberté d’accéder aux services du Net. Ils s’appuient sur le «développement généralisé des services de communication au public en ligne» et «l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions». C’est à ce titre qu’ils insistent sur le fait que «les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées». Et c’est à ce titre qu’ils considèrent que l’accès à Internet ne peut donc être restreint ou empêché par une simple autorité administrative, comme la loi Hadopi le prévoyait.

Mais il faut avoir la mauvaise fois du mauvais perdant pour affirmer que cette décision place le droit d’accès à Internet au-dessus de l’accès à l’eau ou l’électricité. Ces derniers sont eux-mêmes, rappelle Gilles Guglielmi, garantis par la Constitution. «Il existe un droit constitutionnel aux moyens d’existence.» L’affirmation d’Henri Guaino selon laquelle «il est très facile de couper l’eau ou l’électricité de n’importe qui» est particulièrement grossière. Plusieurs textes - dont certains très récents - encadrent ces services. L’article L115-3 du code de l’action sociale et des familles précise : «Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, au regard notamment de son patrimoine, de l’insuffisance de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité pour disposer de la fourniture d’eau, d’énergie et de services téléphoniques dans son logement.» La loi sur l’eau de décembre 2006 postule que «l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous». Le décret du 13 août 2008 a homogénéisé les protections dont bénéficient les consommateurs dans le cadre des coupures d’eau, d’électricité ou de gaz (délais minimums avant coupures, courriers de relance obligatoires, saisine des services sociaux, etc). Autant de pare-feu qui n’existent pas pour Internet (et la décision du Conseil constitutionnel n’y change rien) : n’importe quel fournisseur d’accès Internet peut et pourra couper son haut débit à un mauvais payeur. Et facilement. L’avocat blogueur Maître Eolas (2), qui avait le premier réagi à cette fantasque déclaration de Guaino, avait décerné au conseiller sarkozien un prix Busiris (récompensant les âneries juridiques énoncées par nos gouvernants). Un trophée qu’il pourra donc partager avec Alain Minc.

(1) http://guglielmi.fr/

Super crevure, (ou laval et moi),

 Bockel appelle la gauche à voter UMP

AFP
03/06/2009 | Mise à jour : 20:01
| Commentaires 16 | Ajouter à ma sélection

Le secrétaire d'Etat à la Défense et aux anciens combattants, Jean-Marie Bockel, a lancé un appel aujourd'hui à Mulhouse aux électeurs de gauche à voter pour les listes de la majorité.

"Je me sens d'autant plus à l'aise pour dire cela, pour appeler les femmes et les hommes de gauche de notre pays à voter pour les listes de la majorité que je sais qu'à Strasbourg ces idées sont entendues", a dit le maire ex-PS de Mulhouse, dans un discours prononcé au titre de ses fonctions de président de son jeune parti La Gauche moderne.

Ces idées "rencontrent le soutien des femmes et des hommes de gauche européens, qui savent où ils habitent, qui ne confondent pas l'intérêt du pays, l'intérêt de nos concitoyens et des européens, et une campagne de dénigrement sans fin du président de la République", a-t-il ajouté.

M. Bockel a fustigé "le Parti socialiste et ses dirigeants, qui ne savent plus où ils en sont, ni où ils vont, ni où ils mèneraient les Français s'ils étaient aux responsabilités".

Il a également décoché des critiques à l'égard de François Bayrou "qui s'évertue à vouloir faire de cette élection une répétition de 2012, jusqu'à en oublier l'Europe elle-même".
"L'Europe est un sujet trop grave, une ambition trop noble pour être exploitée, par les uns à des fins personnelles et par les autres comme un outil de revanche qui, aujourd'hui, n'a ni lieu, ni raison d'être".

////////////////////////////////////////////////

Madame la Présidente de Poitou Charente,

J’ai longtemps hésité avant de vous écrire ces quelques lignes. J’ai hésité car je me suis dit seulement que ces phrases seraient vite prises pour une position politique, pour ou contre, alors qu’il ne s’agit ici que de la réaction d’un simple citoyen.

Je suis outré par votre démagogie et votre populisme. Vos déclarations au Sénégal, pays de votre naissance,  revenant sur les propos de Nicolas Sarkozy qui avait dit que “l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire”, sont dangereuses.

Vous savez pertinemment ce que le Chef de l’Etat voulait dire : que hélas, l’Afrique n’est pas assez mondialisée et qu’elle n’a pas pris à bras le corps son avenir pour entrer dans l’Histoire. Lorsque l’on parle d’Afrique, ce n’est le plus souvent pour parler de misère, de famine et de maladie, le tout sur fond éternel de  la ” mauvaise colonisation”.

L’Afrique, que je connais et aime, a besoin de considération et d’aides. Mais surtout, elle a besoin pour se développer qu’on lui parle vrai : la colonisation n’expliquera pas tout jusqu’à la fin des temps ; la corruption de ses élites est une plaie ouverte…L’Afrique ne doit pas attendre toujours en tendant la main. Elle travaille et se bat. Elle lutte avec espoir pour se construire et trouver les voies d’un développement qui lui est propre.

Madame Royal, vos propos ne sont pas corrects. D’abord parce qu’ils distillent l’idée d’une repentance tellement à la mode en ce moment. Ensuite, parce qu’il me semble donc d’une incroyable mauvaise foi… Vous faîtes de la politique. Vous vous dîtes que l’on parle de vous sur cette nouvelle affaire en bien ou en mal, l’important c’est d’en parler … Ce que je fais !

Vous avez décidé que la politique n’était plus l’exposé d’idées et de convictions mais un simple chemin de communications réussies. C’est votre problème. Je ne partage pas cette conception de la politique. Merci d’avoir pris un peu de votre temps que je sais précieux pour lire cette lettre.

Recevez, Madame la Présidente, l’expression de mon sentiment le plus direct,

Eric Revel"

////////////////////////////////////////////////

A Montreuil, Voynet souffre sa première bougie d’anniversaire

Gauche. La sénatrice Verts peine à s’imposer dans cette commune longtemps tenue par le PCF.

17 réactions

MATTHIEU ÉCOIFFIER
Dominique Voynet, maire de Montreuil.

Dominique Voynet, maire de Montreuil. (Reuters)

Maire de Montreuil depuis un an ? Dominique Voynet «domine» la situation, assure-t-elle. «Enfin, dominer ce n’est pas le mot, disons qu’on a trouvé nos marques», corrige la sénatrice. A la tête de cette ville de Seine-Saint-Denis de plus de 100 000 habitants, l’ex-candidate des Verts à la présidentielle vient à peine de «lever le nez du guidon».

C’était il y a un an, «à certains moments j’ai l’impression que c’était hier, à d’autres que je suis restée vissée à mon bureau». A la tête d’une liste rassemblant des Verts, des socialistes dissidents et des acteurs de la société civile, Voynet avait créé la surprise aux municipales en expulsant de son fief Jean-Pierre Brard (apparenté PCF), après vingt-quatre ans de règne et avec plus de 54 % des voix. Et ce, sans le soutien des états-majors du PS et du PCF et même des Verts, avec qui Voynet entretient des relations difficiles.

Pendant la campagne la candidate avait comparé Montreuil, ville communiste depuis soixante-dix-sept ans, à la Roumanie sous Ceausescu. Mais aujourd’hui, quid de la pérestroïka promise ? Pour Voynet, 50 ans, ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette première année. En maire de Montreuil, «Dominique la batailleuse», selon ses proches, «l’emmerdeuse», d’après les mêmes, apprend à faire la paix.

Bras de fer. «Montreuil était en guerre avec le monde entier. Brard faisait la leçon à nos voisins. Il a fallu les convaincre qu’on aurait un comportement normal et amical avec eux», explique la maire. Jeudi, une nouvelle communauté d’agglomération va être annoncée. «De Montreuil à Bobigny en passant par Pantin, c’est la plus grosse agglo d’Ile-de-France avec plus de 450 000 habitants. C’est la grande victoire de Dominique», se réjouit Jacques Archimbaud, son directeur de cabinet, fidèle d’entre les fidèles.

Dans cette ville endettée et touchée par la crise, cette structure devrait permettre de cofinancer une piscine et une médiathèque dans le haut-Montreuil populaire. Et réduire la fracture avec le bas-Montreuil, ses bobos et ses bureaux. «Avant, ici, c’était Fort Alamo, raconte René, un militant du NPA, le parti d’Olivier Besancenot. Après dix ans de guerre totale, une pacification s’est faite entre la mairie et la population.» En revanche, entre la sénatrice-maire et le député Brard, le bras de fer persiste (1).

Vendredi 27 mars. Pour leur premier anniversaire, «Dominique» et sa majorité de 41 élus reçoivent dans la salle des fêtes. Sur invitation. Les 400 Montreuillois présents, pour la plupart responsables d’associations et d’organismes publics, ont été triés sur le volet. «On voulait des échanges constructifs, éviter que trois brardistes casse-couilles viennent mettre le boxon», raconte un proche de Voynet. Au micro, cette dernière se montre pugnace. «Un peu cassante. Mais en même temps pour diriger, il ne faut pas être mièvre», juge un habitant. «Elle est franche et directe», estime une autre. En tout cas pas démago quand elle explique que seuls les trottoirs de la rue Allende soulevés par les racines d’arbres seront refaits, pas l’ensemble de la voirie. Le choix de ne pas augmenter les impôts locaux oblige à faire des sacrifices.

Cris d’orfraie. L’ombre de Brard et de ses réseaux, pourtant atrophiés par la défaite, plane encore dans la salle. A plusieurs reprises, Voynet exhorte son auditoire à ne pas «accorder trop d’attention aux cris d’orfraie qui accompagnent chacun de nos mouvements». A surtout ne pas se laisser freiner par «les ragots et les rumeurs débiles» distillées depuis un an par «ceux qui estiment que nous avons usurpé le pouvoir».

Sous la municipalité précédente, les enfants de chômeurs étaient privés de cantine. A la rentrée, 900 élèves ont été pris en charge par la ville. Pour les intégrer, la question de la rotation des repas s’est posée. «J’ai évoqué les écoliers allemands qui mangent un Brötchen [pain bagnat, ndlr] et des fruits à midi. Et tout de suite, j’ai eu un tract : "Elle va mettre des distributeurs de sandwichs dans les écoles" !» La maire sait que s’obséder avec son prédécesseur, c’est continuer à le faire exister. Et qu’elle ferait mieux de s’adresser aux Montreuillois. Mais elle a du mal à retenir ses coups. Son prédécesseur, il est vrai, la marque constamment à la culotte.

«Immobilisme». «M. Brard est toujours extrêmement présent dans sa circonscription qui se trouve être sa ville. Il est là le 19 mars, le 8 mai, le 11 novembre, pour toutes les manifestations publiques et patriotiques», précise Frédéric Molossi élu (PS) de la minorité. Après avoir taxé la majorité municipale «d’amateurisme», la minorité stigmatise désormais son «immobilisme».«La ville reste endormie», se désole un élu communiste. Beaucoup de lettres de sollicitation et de coups de fil des Montreuillois restent sans réponse. «Il y a un problème de gouvernance, ils ne maîtrisent pas encore bien les services. Des gens leur savonnent encore la planche. Ce qui me surprend le plus c’est qu’ils ne fassent pas plus de nettoyage», s’étonne une responsable associative. Résultat : «La population se plaint de n’être au courant de rien. Ils doivent faire des trucs très bien, mais comme rien n’est encore visible, on a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose», ajoute cette habitante. «On est passé du monologue au dialogue, mais les actes se font attendre», s’impatiente Ismaël, un responsable d’association.

«On a semé, ça n’a pas encore levé», admet Archimbaud. Mais Houria, une militante associative, ne voit pas les choses d’un même œil : «La rupture politique, on l’a sentie. Sur les Roms, le syndicat des eaux, les sans-papiers, je suis presque fière d’habiter ici.» Voilà qui devrait conforter la sénatrice-maire.

(1) Jean-Pierre Brard a refusé de répondre aux questions de Libération.

Imprimer l'article 

////////////////////////////////////////////////


Sarkozy à la télévision: «une insulte aux journalistes»

MEDIA - Le SNJ-CGT ne décolère pas et des journalistes français et étrangers ne comprennent pas comment une telle émission puisse même exister...
Au lendemain de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, la presse est amère. Le syndicat français SNJ-CGT a dénoncé vendredi dans un communiqué cette interview, perçue comme une «insulte» envers la profession.

>> A lire: la revue de presse des journaux français.

«Vieille France»

Pour le SNJ-CGT, les journalistes qui ont interviewé le chef de l’Etat (David Pujadas de France 2, Laurence Ferrari de TF1, Guy Lagache de M6 et Alain Duhamel de RTL) ont «parfaitement joué leur rôle de fou du roi» car le chef de l'Etat les a «adoubés». «Dans aucun autre pays dit démocratique les politiques en responsabilité ne choisissent leurs interlocuteurs», poursuit-le communiqué.

Ce que confirment certains correspondants de journaux européens, interrogés par 20minutes.fr. «Vu d’Allemagne, ce scénario est impensable. On ne verra jamais la Chancelière Angela Merkel inviter et sélectionner des journalistes pour une interview retransmise en direct sur plusieurs grandes chaînes de télévision, assure Michael Kläsgen, correspondant économique du quotidien allemand «Süddeutsche Zeitung». La liberté de la presse suppose qu’on invite soi-même une personnalité politique si on pense que cela est nécessaire.»

«Cela fait très vieille France, limite Roumanie sous Ceausescu, renchérit Magnus Falkehed, correspondant du quotidien suédois «Aftonbladet». D’autant que Nicolas Sarkozy, qui était présent sur trois chaînes, a envahi l’espace médiatique comme si on lui devait une sorte d’allégeance.» D’où la colère du SNJ-CGT. «Interlocuteurs déférents, questions convenues et jamais dérangeantes, absence de contradiction quand le président assénait des contre-vérités. La profession de journaliste ne sort pas grandie du "show télévisé" du président de la République», écrit encore le syndicat.

Un point de vue partagé par José Maria Patiño, correspondant de la radio espagnole «Cadena Ser». «J’ai trouvé cet exercice superficiel. Quant aux journalistes, ils semblaient davantage préoccupés par leur propre image que par les questions qu’ils devaient poser à Nicolas Sarkozy, explique-t-il. C’est lui qui a mené l’interview, abordant de lui-même les sujets.»

«Fiasco journalistique»

«En étant à l’Elysée, les journalistes ne sont pas sur leur terrain et cela influence leurs questions», souligne Michael Kläsgen. Ce que confirme le présentateur David Pujadas qui, à la sortie de l'interview, évoque sa «frustration». Le SNJ-CGT dénonce une «mascarade qui va encore accroître la méfiance du public envers les journalistes». De son côté, le site Mediapart évoque un «fiasco journalistique». «Nicolas Sarkozy offrit le piteux spectacle d’un roi fainéant se repaissant laborieusement de questions approximatives mais dorées sur tranche», déclare le site. Puis, plus loin: «Sa mécanique d’autodéfense (fulminer, rebondir et surtout questionner en retour ses questionneurs pour mieux bâillonner leur agressivité) tournait à vide, puisque d’attaque il n’y avait point.» Et le site de se désoler que cette prestation apparaisse «comme un degré supplémentaire dans la déconfiture démocratique française.»

«Les journalistes ne sont pas revenus à la charge sur certains sujets importants, regrette également Magnus Falkehed qui aurait souhaité une chose: pouvoir demander à Nicolas Sarkozy "quand compte-t-il répondre à une vraie interview, dans un cadre et sur un thème choisi par les journalistes?"»

Sandrine Cochard 

////////////////////////////////////////////////

M. Besson : "Je n'ai pas de problème avec le concept d'identité nationale"
LE MONDE | 20.01.09 | 09h37  •  Mis à jour le 20.01.09 | 09h37

enu des rangs de la gauche, Eric Besson vient d'être nommé au ministère de l'immigration et de l'identité nationale en remplacement de Brice Hortefeux. Il va également entrer dans les instances dirigeantes de l'UMP.

Vous avez accepté de prendre en charge le ministère le plus décrié, notamment par votre ancienne famille politique. Est-ce une manière de marquer définitivement votre rupture ?

J'ai accepté parce que le président de la République me l'a proposé. Lorsque vous êtes dans une équipe et que vous faites confiance à celui qui la pilote, vous devez accepter de jouer à la place qu'il vous assigne. Ce n'est pas parce que c'est complexe, délicat, subtil, qu'il faut s'en éloigner ou fuir ce type de ministère. Le fait que la gauche ait protesté contre sa création ne suscite chez moi ni intérêt particulier – je n'ai pas de goût pour la provoc – ni suspicion quant à la légitimité de ce ministère.

Vous aviez pourtant critiqué la politique migratoire de M. Sarkozy, lorsque vous étiez au PS dans un rapport "l'inquiétante 'rupture tranquille' de M. Sarkozy".

Je suis totalement responsable de ce rapport, mais la vérité est que je n'ai pas écrit un mot sur la partie concernant l'immigration. Ce n'était pas ma compétence. Les socialistes le savent. Mais j'assume ce que le PS a dit pendant toute la période où j'étais au sein de sa direction.

En acceptant d'entrer dans l'organigramme de l'UMP, vous franchissez une nouvelle étape dans votre transgression, au risque de passer définitivement pour un "traître".

Je suis dans l'avion, on me propose d'aller dans le cockpit, j'y vais. La transgression n'est pas un objectif en soi. J'appartiens à la majorité présidentielle. Je ne cherche pas à biaiser, je vais au bout de mes choix, en me réengageant politiquement. Je ne renie rien de mon passé. Mais j'assume le programme de Nicolas Sarkozy et le fait d'appartenir à une majorité, sans état d'âme. Ce qui justifie mon éventuelle prise de responsabilité à l'UMP, c'est le fait que Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand veulent faire de l'UMP un grand mouvement populaire, un parti de masse réformateur, un parti d'ouverture. Qui incarne aujourd'hui la réforme, le mouvement ? Qui porte la régulation du capitalisme, le multilatéralisme, l'Union pour la Méditerranée ?

Pour le député UMP Axel Poniatowski, vous restez un homme de gauche, vous n'avez pas votre place dans les instances de l'UMP.

Je peux comprendre ce type de réaction. Elle ne me paraît pas représentative de la majorité des élus UMP. Je crois que ce que veut Nicolas Sarkozy, c'est refaire à l'intérieur de l'UMP l'ouverture qu'il a faite au sein du gouvernement.

Vous avez vécu dix-sept ans au Maroc. Votre histoire va-t-elle avoir une incidence sur votre politique de l'immigration ?

Le cadre de cette politique a été défini par le président de la République. Tout ministre applique d'abord cette politique. Il peut bien sûr y avoir des variations liées à sa propre sensibilité, sa propre histoire. Tous les Français nés hors de France, singulièrement au Maghreb, ont un rapport singulier à la France.

La vraie question est de savoir si une autre politique de l'immigration est possible au sens où le proposent certaines associations et des mouvements d'extrême gauche, qui défendent le principe d'accueil général et de la libre circulation. Ce n'est pas crédible. Aucune politique alternative n'est proposée. Le PS est sur la même ligne. Ségolène Royal s'est elle-même prononcée contre les régularisations massives, mais pour le cas par cas. La France a le droit et le devoir d'adapter ses flux migratoires à sa capacité d'accueil, à son propre taux de chômage. Il faut assumer une immigration maîtrisée, préalable à une bonne intégration, que je souhaite renforcer. Fermeté et humanité seront mes deux guides. Je suis décidé à renforcer la politique de lutte contre l'immigration clandestine, la traque des filières mafieuses et des passeurs, qui exploitent la misère humaine. Je veux m'appuyer sur les quatre piliers du ministère, immigration, intégration, identité nationale, développement solidaire.

Le concept d'identité nationale accolé à celui d'immigration ne vous gêne-t-il pas ?

Je n'ai pas de problème avec ce concept. L'identité nationale c'est l'identité républicaine. J'ai toujours été frappé par l'incapacité de certaines élites françaises à assumer cette dimension-là. Pourquoi être fier d'être français serait une difficulté? L'identité nationale ce n'est pas le nationalisme. Dire qu'on ne peut associer immigration et identité nationale, c'est une tartufferie. Il y a une dialectique évidente entre les deux. La France est une terre de métissage et l'immigration l'a enrichie. Mais il y a une tension, c'est évident. Nous avons échoué dans le fait que les jeunes qui sifflent La Marseillaise ne se reconnaissent pas en tant que Français. On doit donc traiter ce problème. Je vais travailler main dans la main avec Fadela Amara [secrétaire d'Etat à la ville] et Yazid Sabeg [commissaire à la diversité et à l'égalité des chances].

Propos recueillis par Sophie Landrin et Laetitia Van Eeckhout

////////////////////////////////////////////////


Alain Badiou: «C'est le communisme qui est une idée neuve en Europe»
TCHAT

Le philosophe, auteur de l'essai «De quoi Sarkozy est-il le nom?», a passé la journée de lundi à Libération. Il a répondu à vos questions.
Kangourou. Il est de plus en plus clair que ce sont toujours les citoyens qui sont perdants, la crise l'a démontré amplement. Pourquoi la société donne-t-elle l'impression d'être neutralisée, incapable de réagir et d'exiger un autre modèle?
Alain Badiou. La difficulté actuelle est qu'il est très difficile de résister et de réagir dans les cadres politique et institutionnel existants. Il faudrait inventer à la fois les moyens de réagir et le contenu de cette réaction. Cela prendra du temps, mais je reste convaincu que c'est possible.

Senso69. Pensez-vous, comme l'a affirmé Jean-Luc Mélenchon hier soir chez Serge Moati, que l'ambiance se "pourrit" au plan des libertés publiques en France ces derniers mois sous l'action du gouvernement et du président?
Sans aucun doute. Toute une partie de la politique de Sarkozy produit une diminution des libertés publiques. Il y a multiplication des contrôles, aggravation de peines, et attaques ouvertes contre les institutions chargées de défendre ces libertés. Il ne fait maintenant aucun doute que la conception que se fait Sarkozy de l'action de l'Etat est de façon principale une conception autoritaire et répressive.

Hugues. Le PS appelle jeudi à une mobilisation "sociale et politique". Le temps est-il enfin venu de la mobilisation contre la politique de Sarkozy?
Je ne crois pas que le PS ait démontré, dans la dernière période, une vocation particulière à être le moteur d'une mobilisation. Il semble plutôt courir après les initiatives prises en ce sens. Le temps est donc venu de cette mobilisation depuis longtemps. Toute la question est de savoir si elle va enfin s'unifier et se renforcer.

Equalbeings.net. Pendant le premier tiers de son quinquennat, y a-t-il eu des choses auxquelles vous ne vous attendiez pas dans la politique qu'a menée Sarkozy avec ses ministres et capitalo-parlementaires complices ? Avez-vous été surpris ou bien au contraire a-t-il été à la hauteur de vos "espérances"?
Une partie de l'action répressive de Sarkozy a été au-delà de ce que je pouvais imaginer. Je citerai notamment la rétention administrative concernant les malades mentaux, et les tentatives répétées de durcissement sans limite de la répression des mineurs. D'un autre côté, on peut évidemment être surpris de l'intervention systématique de l'Etat pour renflouer les banques, alors que la doctrine libérale voulait comprimer, presque sans mesure, les dépenses publiques.

Prataine. Nous sommes sans doute nombreux à attendre que des "intellectuels" s'il en existe encore, sortent du silence, que des grandes voix s'élèvent, ensemble, et de manière forte, pour ne pas laisser nos braves instits seuls à "résister" et à "désobéir". Que quelques universitaires, qui ne courent aucun risque, élèvent le ton et passent à l'action...
Il me semble injuste de dire qu'aucun intellectuel ne prend aujourd'hui la parole contre l'état des choses. Il est vrai que nous sortons péniblement d'une période où bon nombre d'intellectuels paraissaient s'accomoder de l'ordre établi. Je crois et plus encore, je souhaite, que cette situation change. En tout cas en ce qui me concerne, le fait nouveau n'est pas tant que je prenne la parole, que le fait qu'elle soit plus entendue qu'autrefois.

Soussou. Que pensez-vous du traitement de l'information en France concernant l'agression israélienne sur Gaza?
Je voudrais intervenir sur un point d'apparence secondaire mais à mes yeux, très important: il aurait été essentiel de produire plus d'informations et de témoignages sur les manifestations opposées à la guerre, en Israël même. Ce courant était, certes, minoritaire, mais il existait, il était courageux et déterminé, et si l'avenir doit être celui de la paix, c'est ce courant qui incarne l'avenir.

Simone. Tu es athée. Dirais-tu que les religions ne sont jamais autre chose que des formes archaïques ou totémiques de la politique? Politique comme destitution de la transcendance comme norme du destin collectif?
Ma position sur ce point, renforcée par un récent voyage en Palestine, est qu'il est aujourd'hui tout à fait décisif de séparer la politique de la religion.Tout comme il faut la séparer, par exemple, des questions raciales ou identitaires. Des religions peuvent et doivent coexister dans un même pays, mais elles ne le peuvent que si la politique et l'Etat en sont séparés.

Spartacus2. Pensez-vous que les Francais se réveilleront avant la fin de ce quinquennat? Car quand on pense qui a été élu en 2007, cela en dit long sur l'etat de délabrement du cerveau de nos nombreux concitoyens...
L'élection de Sarkozy est le résultat de deux processus. Premièrement, la captation des voix du Front national par la droite classique, et deuxièmement, le caractère illisible de la politique de la gauche. Ce n'est que dans cet élément que les cerveaux ont pu se ramollir.

Xalatparis. Pourquoi le non au référendum européen n'a-t-il pas provoqué un éclatement du Parti socialiste et par là même une reconstruction cohérente à gauche?
L'avenir a montré que dans une large mesure le ralliement de certains dirigeants du PS au non du référendum correspondait plus à un choix tactique, interne au parti, qu'à une volonté sincère de créer une nouvelle gauche. Ce vote a été en réalité instrumenté, bien plus qu'il n'a trouvé son expression politique.

Dodcoquelicot. La philosophie s'invitant auprès de la politique, c'est nouveau? Croyez-vous que Nicolas Sarkozy en vaille la peine et n'est-ce pas lui faire trop honneur?
L'engagement politique de la philosophie est une tradition française depuis le XVIIIème, je n'ai donc rien inventé. Quant à Sarkozy, il fonctionnait pour moi comme un symptôme de la situation de la politique actuelle, et c'est pourquoi je parlais de ce dont "il est le nom", et non pas de sa personne.

Albanulle. Les intellectuels ont un petit porte-voix alors que les gouvernements et les institutions ont accès à un très gros micro et à des millions de téléviseurs. Pensez-vous comme Chomsky que les mass media font leurs affaires de la manufacture du consentement en tournant l'économie politique à leur avantage? N'est-ce pas un détournement de la démocratie?
L'Etat et les puissants ont toujours disposé de beaucoup plus de moyens et de propagande et d'information que les pauvres et les révoltés. Considérons par exemple l'appareil de propagande de l'Eglise au Moyen-Age, avec une église dans chaque village, il n'y a là rien de nouveau. Le succès du mouvement populaire ou des révolutions a toujours dû triompher des opinions dominantes. Et nous savons que c'est possible, y compris en utilisant certains des nouveaux moyens disponibles, comme l'imprimerie, la radio, la télévision et finalement Internet.

Gogol. Vous ne pensez pas qu'il y a une juste mesure entre le capitalisme débridé d'un Sarkozy et votre ligne radicale archaïque ?
Commençant son aventure il y a quatre siècles, le capitalisme, même débridé, est beaucoup plus ancien et archaîque que toutes les lignes radicales qu'on lui oppose. Cessons de considérer que le libéralisme, à la mode dans les années 1840, incarne la modernité et les réformes. C'est le communisme qui est une idée neuve en Europe.

Simone. Quelles sont les limites politiques des émeutes de la jeunesse en France?
Le problème est un problème d'unité de la jeunesse, et ensuite de l'unité de la jeunesse et de la masse des travailleurs ordinaires. Sur le premier point, la limite c'est qu'il n'y a, pour l'instant, pas de convergence réelle, entre les émeutes de la jeunesse populaire et la protestation des lycéens et des étudiants. Sur le deuxième point, la limite est qu'il manque un mot d'ordre unificateur qui pourrait être commun à la frustration de la jeunesse et aux graves difficultés de la vie des adultes.

////////////////////////////////////////////////

Julien Dray, apparat-chic grand angle Accro aux montres et autres objets de luxe, le député PS est suspecté d’abus de confiance au préjudice d’associations liées à SOS Racisme.




C’est un peu une bouteille à la mer. Ce soir, Julien Dray a convié ses amis à Sainte-Geneviève-des-Bois, sa circonscription de l’Essonne, pour ses vœux 2009. «On peut tout collectionner, même les ennuis, écrit-il sur son invitation, et les amis, qu’on apprécie encore plus par ces temps de crise.» Les ennuis sont là. Indéniables. Quant aux amis, difficile de dire s’ils viendront. Les perquisitions de décembre, l’ouverture d’une enquête préliminaire pour abus de confiance au préjudice des Parrains de SOS Racisme et du syndicat lycéen Fidl, ont laissé l’entourage du député tétanisé et silencieux. «Pour certains, tout s’effondre, dit un militant. C’est dix ou quinze ans d’engagement militant derrière un mec. Julien les a perdus.» Etablie par Tracfin, le service antiblanchiment du ministère des Finances, la liste des montres et des produits de luxe achetés par Julien Dray donne le tournis - 313 180 euros de 2006 à 2008. Selon Tracfin, l’argent viendrait, en partie, des associations, via deux militants proches qui le lui reversaient, Nathalie Fortis, son attachée de presse, et Thomas Persuy. En 2006, le député, alors porte-parole du PS, s’offre une montre à 29 000 euros à Milan. Quatre mois plus tard, une autre à 18 500 euros à Cannes. Pour les avocats de Dray, il n’y a «aucune infraction». «J’ai le sentiment que Tracfin parle de la vie privée de Julien Dray, assure Me Florence Gaudillière. Il y a une multitude de gens qui ont versé de l’argent à Julien Dray sur ses comptes.» Les deux militants, s’ils étaient légitimement rémunérés par les associations, pouvaient reverser ce qu’ils voulaient à Julien Dray, assurent les avocats.

«Ça ne tenait pas la route»

Les amis d’avant ne sont pas surpris par le train de vie. «Nous avons tous une montre achetée à Julien Dray dans les années 80, dit l’un d’eux. Après, on n’a pas pu suivre. Trop cher. C’est un collectionneur qui fait tourner sa collection. Il revend en permanence.»«Au début des années 90, il est apparu dans Montres magazine, se rappelle un syndicaliste étudiant. Il présentait ses plus belles pièces. Elles valaient 40 000 francs (6 000 euros), soit pour lui un mois de salaire. Aujourd’hui, sa plus belle montre est à 30 000 euros : deux fois son salaire. On est passé à autre chose.»

En décembre 1999, il y avait eu l’affaire de la Patek Philippe. Une enquête préliminaire - encore une - pour l’achat, deux ans plus tôt, d’une montre «à complication» de 250 000 francs (38 000 euros). Dray avait réglé 100 000 par carte bancaire et le solde en liquide, alors que le plafond des paiement en espèces était passé à 50 000. L’enquête est classée sans suite.«L’explication qu’il donne, c’est qu’il a eu un héritage, rumine un militant. Ses parents sont des petits retraités de la fonction publique. Ça ne tenait pas la route, mais on n’a pas insisté.» La politique avant tout. «La caisse noire a toujours existé. Dès 1985, assure un ancien dirigeant étudiant. Mais elle servait pour 95 % à l’activité militante.»

L’enquête préliminaire confiée à la police livrera-t-elle les secrets financiers de SOS Racisme ? Certains y voient le signe d’une volonté de la chancellerie de garder l’affaire sous contrôle, hors du champ d’action d’un juge. Selon des sources militantes, Julien Dray, qui n’a pas été encore entendu, aurait été prévenu, la veille, des perquisitions prévues dans ses bureaux, le 19 décembre. Une marque d’attention du pouvoir vis-à-vis d’un élu qui, malgré sa position au PS, ne s’est pas opposé à l’entrée d’une de ses proches au gouvernement, l’ex-présidente de la Fédération nationale de la Maison des Potes, Fadela Amara. La Fédé, une autre pièce du dispositif, réunit 350 associations.

Deux observations psychologiques. «Dray est d’une timidité farouche, mais dès qu’il en sort, il est dans l’affrontement», dit un ami. «Julien, c’est un hypocondriaque qui vit la moitié du temps au régime, tente d’expliquer un autre. Il peut varier de dix kilos assez facilement.» En feuilletant le dossier de presse, on le voit bien : il y a deux Julien Dray. Celui qui maigrit et celui qui grossit. Le timide et l’impulsif.

 

Un chèque de Mitterrand

 

«Il est tout fou. Il est incapable de gérer du fric !» dit Gérard Filoche, ex-dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire, devenu l’animateur de la Gauche socialiste (GS), qui l’a connu aux prémices de sa carrière politique, en 1973. A la Ligue, son pseudo devient «Titus». Il s’engage dans la réunification de l’Unef, l’Union nationale des étudiants de France, et se rapproche des socialistes. Beaucoup trop au goût de la Ligue. «Julien avait participé à un stage à Biarritz, et la Ligue l’avait appris, se souvient Filoche. Le bureau politique a voulu faire voter un "blâme à Titus". Pendant trois mois, l’organisation n’a parlé que de ça. Fin 1981, le congrès de la Ligue repousse le blâme mais Titus est viré du bureau politique. Julien s’effondre en pleurs. On le cache parce qu’il pleure. Quelques semaines plus tard, j’apprends qu’il a adhéré au PS.»

C’est à l’Unef et à la fac de Villetaneuse que Dray et son premier réseau créent SOS Racisme, après la marche des Beurs, en 1984. Dray décroche un contact avec l’Elysée. Filoche offre le fichier des personnalités de la Ligue. Les «petites mains»Touche pas à mon pote se vendent par sacs entiers. Avec les premiers concerts, des fonds spéciaux arrivent. «Julien lui-même allait chercher l’argent, 500 000 francs (76 000 euros) à chaque fois, dit l’un des fondateurs. Mais personne ne peut dire combien il y a eu de fois. Je me suis installé un jour à une terrasse de café avec cette somme répartie dans mon blouson. Ça avait un goût d’aventure, d’action clandestine.»

Ces contacts sont sans témoins. Certains anciens de SOS contestent ces financements, mais l’argent secret est déjà là. «C’est un secret de Polichinelle, approuve Gérard Filoche. Un chèque de Mitterrand était aussi affiché sur les murs de SOS.» Les «parrains» et donateurs de SOS Racisme, parmi lesquels Pierre Bergé, soutiennent la cause de manière informelle.

Les mouvements étudiant et lycéen, la création d’un nouveau syndicat lycéen, la Fidl, favorisent la réélection de Mitterrand. Julien Dray y gagne la 10e circonscription de l’Essonne, en 1988. Durant quelques heures, il obtient même à l’Elysée l’assurance d’un secrétariat d’Etat à la jeunesse. Fausse joie. Il découvre la banlieue Sud, et ne ménage plus Mitterrand. Il s’achète une Golf 16 soupapes. Ses amis le croient alors associé à dans une affaire d’horlogerie, les Montres, rue Bonaparte, à Paris. Dray dément. «Il a donné des conseils à des nombreux amis, mais il n’a pas ouvert d’enseigne», assure son avocate Le gérant est un proche, Jean-Philippe D. «J’ai racheté les boutiques à Patrick C. et Claude Z., explique l’actuel propriétaire Jean Lassaussois. Des gens de la mouvance SOS Racisme. M. Dray n’a pas traité avec moi. Il est devenu un client.Il avait un côté frénétique, assez incroyable. C’est un déchaîné des montres.»

«Julien a acheté une maison à Vallauris, saisie sous douanes, rapporte un proche. Il avait obtenu un prêt parlementaire à taux zéro, et une somme d’argent de Pierre Bergé.» Le parrain de SOS confirme : «Pour Vallauris, je lui ai accordé un prêt, enregistré, qu’il m’a remboursé.» Les services de l’Assemblée lui demandent d’ailleurs de justifier ce remboursement. «Julien Dray est un ami. Il l’était hier. Il le sera demain», ajoute Pierre Bergé.

Par son refus de la guerre du Golfe, en 1991, sa prise de contrôle de l’Unef, en 1994, Dray fait grandir la Gauche socialiste, mais reste en marge. Trublion toujours. En 1997, lors d’un déjeuner, Jospin lui reproche les «flèches» lancées contre lui au ministère de l’Education. «C’était contre Rocard», temporise Dray. Olivier Spithakis, alors directeur général de la Mnef, la mutuelle étudiante, lui prête aussi 150 000 francs à titre personnel. «C’était purement amical, pour les législatives se souvient-il. Il m’a remboursé.» Son complice de la Gauche socialiste, Jean-Luc Mélenchon, refuse un secrétariat d’Etat en 1997 mais en accepte un autre en février 2000. Julien Dray, lui, n’obtient qu’un poste de vice-président du conseil régional d’Ile-de- France en 1998. «Mais Julien était craint, assure Filoche. Quand tu avais SOS, l’Unef, la Fidl, tu avais toute la jeunesse.» Il en joue. «Lors des mouvements contre Claude Allègre, il a tenté de désamorcer la mobilisation, raconte un ancien cadre. Il prétendait que le mouvement déclinait. Il a confié plus tard qu’il négociait son entrée au gouvernement.»

En 2001, Dray perd tout contrôle sur les étudiants, dont certains désapprouvent ses premières considérations sécuritaires. «La mère de toutes les batailles, c’est l’Unef, qui génère le plus de cadres, résume un dirigeant. L’Unef considérait que SOS était devenue une coquille vide, institutionnalisée.» Les relais du député de l’Essonne sont mis en minorité. Mais il s’accroche.

En janvier 2002, il provoque une réunion pour conduire l’Unef à envisager une recapitalisation de La Mutuelle des étudiants (LMDE) par des fonds privés. Echaudés par l’affaire de la Mnef, les syndicalistes étudiants refusent. «Julien Dray soutenait qu’une somme de 80 millions de francs pouvait être avancée par des hommes d’affaires de la grande distribution, explique un ex-dirigeant étudiant. Il a dit aux représentants de l’Unef qu’il leur ordonnait d’accepter.» Les étudiants quittent le rendez-vous, près d’en venir aux mains. «La rupture se fait sur une conception d’éthique financière.»

«Sans militants ni statuts»

Du côté de SOS, la Cour des comptes signale les «graves insuffisances de gestion et de rigueur»de 1997 à 2000. L’association au budget de 7 millions de francs n’échappe au redressement judiciaire qu’avec l’aide de l’Etat. L’association des Parrains, au cœur de l’enquête de Tracfin, n’est créée qu’en 2000. «Pourquoi faire une assos pour ramasser de l’argent pour une autre assos ? s’interroge un fondateur. C’est le truc de Pierre [Bergé] et de Juju. C’est totalement opaque. Il n’y a pas de militants, pas de statuts, personne ne contrôle !» En 2003, Malek Boutih cède sa place de président de SOS Racisme à Dominique Sopo, et Julien Dray quitte la minorité du PS pour rejoindre François Hollande. Il l’a dit aux militants : «Pour moi, c’est la dernière ligne droite.» A 48 ans, il se verrait bien place Beauvau, à l’Intérieur. «Un type qui passe son temps à vendre des montres à l’Assemblée ne sera jamais à l’Intérieur», prévient un de ses amis. S’il veut intégrer l’exécutif, il lui faut prendre la direction du parti. «Avec Hollande, ce sera une direction faible», explique-t-il à Filoche. «Conseiller du prince, un jour. Disgracié, bientôt», lui répond ce dernier. Et puis, Dray devient le poisson pilote de Ségolène Royal. Pas disgracié. Simplement battu.

Sa circonscription ne peut lui servir de repli. Pas son truc. Les proches y sont installés, y compris à la mairie de Sainte-Geneviève-des-Bois, dirigé par un ancien attaché parlementaire. Mais l’Essonne est aussi un terrain délicat. En rapportant des versements d’entrepreneurs sur les comptes de Dray, Tracfin signale qu’ils ont obtenu «un chantier public dans sa circonscription», ou encore «un marché avec le conseil régional d’Ile-de-France». Mais «sur ce point, Julien Dray réserve ses réponses au parquet», prévient son avocate.

////////////////////////////////////////////////

Obama qui a copié Royal: c’était de l’humour !

Un journaliste qui l’a interrogée explique pourtant n’avoir «personnellement pas perçu la réponse de Ségolène Royal comme étant de l'humour».

C’était une blague. Et personne ne l’avait comprise. Lundi, Ségolène Royal, partie à Washington pour l’investiture d’Obama, affirmait à quelques journalistes que les équipes du nouveau Président américain l’avait «copiée» sur ses méthodes de campagne, notamment Internet.

«Je viens de prendre connaissance des commentaires moqueurs sur les radios, ce matin, au sujet d’une de mes déclarations sur la campagne de Barack Obama, que j’aurais "inspirée"», écrit Ségolène Royal sur son site Désirs d’avenir.

«Après une conférence de presse centrée sur le moment historique que nous vivions, moment auquel je participe au milieu du peuple américain, en toute humilité et sans protocole, c’est à une question amicalement provocatrice d’un des journalistes que j’ai répondu de façon humoristique!», poursuit-elle. «Je comprends que cette phrase ait pu surprendre ceux qui, à distance, n’avaient ni le son ni l’image: "Son ego est devenu totalement démesuré!", se sont-ils dit».

Un journaliste du Monde qui l’a interrogée, explique pourtant n’avoir «personnellement pas perçu la réponse de Ségolène Royal comme étant de l'humour».

Histoire de remettre les pendules à l’heure, elle ajoute même: «Sur la campagne et l’utilisation d’Internet, c’est sans doute nous qui aurons à nous inspirer de Barack Obama, et peut-être même, ici ou là, à le "copier"», dit-elle, assurant que «la force de l’événement vécu ici et dans le monde (l)’a impressionnée… mais pas au point de perdre la lucidité!».

Côté inspiration, il est vrai que le «FRA-TER-NI-TE» scandé au Zénith par Ségolène Royal n’allait pas sans s’inspirer du «Yes, we can» que la foule des meetings d’Obama reprenait en cœur.

Libération.fr (avec source AFP)

///////////////////////////////////////////////////////////

Sarkozy a été un «député fainéant»

Nicolas Sarkozy, qui a raillé la semaine dernière les «rois fainéants», sans citer nommément Jacques Chirac, a été un «député fainéant», a affirmé mercredi l e député René Dosière (app. PS), spécialiste du budget de l’Elysée.

«Lui en tout cas a été un député fainéant. En tout et pour tout, il a parlé moins d’une heure dans l’hémicycle pendant les 12 années où il a été député mais il a été payé à temps complet!», a déclaré à l’AFP l’élu de l’Aisne.

«Les compromis, l’écoute de l’autre, on comprend mieux pourquoi il ne sait pas faire: il n’a pas la culture du député. Il a peu d’expérience législative donc il n’apprécie pas que le Parlement discute librement. Il ne comprend pas les procédures», a-t-il ajouté.

Dans un communiqué ironiquement intitulé «Les exploits parlementaires de Nicolas Sarkozy», M. Dosière indique que le chef de l’Etat n’a pas siégé 20 ans à l’Assemblée nationale comme il l’avait affirmé lors des voeux aux parlementaires mais seulement «12 ans», sur les périodes 1988-1993 et 1995-2002.

En réalité, M. Sarkozy a été député des Hauts-de-Seine deux mois et demi supplémentaires, entre le 13 mars et le 2 juin 2005, date à laquelle il était devenu numéro deux du gouvernement Villepin.

Durant ces années, poursuit M. Dosière, il n’a participé à «aucun débat parlementaire», «n’a déposé aucun amendement» et «sa présence à l’Assemblée se résume à 10 interventions brèves: deux questions au gouvernement, soit quatre minutes, huit interventions de cinq à dix minutes, soit au total moins d’une heure de parole en 12 ans de vie parlementaire!».

«Pendant de nombreuses années, en 1988, 1991, 1992, 1993, 2000, 2001, 2002, on ne trouve aucune trace de sa présence à l’Assemblée. C’est dire à quel point son expérience parlementaire est faible, pour ne pas dire plus», souligne-t-il.

«Si chaque député prenait exemple sur lui, alors l’Assemblée nationale deviendrait inutile», ironise-t-il avant de lancer: «pour parodier Clemenceau, gloire aux députés qui parlent, honte aux députés qui se taisent».

(Source AFP)