Trente ans après sa disparition, une biographie retrace la vie de la grande dame aux petits chiens, mécène de génie.
Telle qu'on la voit sur les photographies dans les années 1960 avec ses lunettes à la Elton John, Peggy Guggenheim fut sa vie durant une infatigable excentrique. C'est de famille. Son oncle stockait des glaçons dans la poche isotherme de son veston, son cousin était un maniaque de la propreté, son frère un avare redoutable et son père Benjamin, un coureur frénétique. C'est d'ailleurs avec une de ses maîtresses que ce richissime homme d'affaires disparut par une belle nuit bleu pétrole en parfait gentleman, verre de cognac à la main, sur le Titanic, le 14 avril 1912.
La petite Marguerite, que feu son père avait surnommée amoureusement Peggy, n'avait alors que 14 ans. Autant dire qu'elle hérita de bonne heure, pauvre petite fille riche. De sa mère hystérique, peu de choses à part qu'elle mène sa fille à la baguette. L'adolescente Peggy déteste son visage. Laide, elle aimera le beau. Ah, ce nez affreux qu'elle se fera malencontreusement refaire ! Quel profil ingrat ! Qui voudrait d'elle ?
Un drôle de personnage, le noceur Laurence Vail, né d'une mère américaine et d'un père américano-breton, fait irruption dans sa vie. C'est un bel alcoolique écrivain, peintre dépressif du dimanche. Il passe son temps entre les deux continents.
Orgies à répétition
À cette époque, Paris est une fête non-stop, la capitale intellectuelle du monde. Les modes, comme les couples, s'y font et se défont. Elle se marie, part en guise de voyage de noces pour Capri où elle fait la connaissance de la Divine Marquise, Luisa Casati, fille d'un industriel milanais, femme d'un grand nom de la noblesse italienne et maîtresse de l'écrivain Gabriele D'Annunzio.
Luisa Casati est la propriétaire du palais Venier dei Leoni à Venise, inachevé depuis 1749, et qui deviendra, trente ans après, la propriété de Peggy et abritera son célèbre musée. Peggy tombe enceinte comme on tombe de sa chaise : toute étonnée. Accouche en mai 1923 à Londres (c'est un garçon, Sindbad), revient à Paris. Elle s'achète des robes de Paul Poiret, Man Ray la prend en photo, elle croise Marcel Duchamp, fréquente dadaïstes et surréalistes, se fatigue des orgies à répétition. Retombe enceinte d'une fille qui naît le 17 août 1925, Pegeen Jezebel, et tombe sous le charme érotique de la sage-femme. Son mari Laurence s'enfonce inexorablement dans les ténèbres de l'alcool et la petite famille s'installe à Pramousquier, dans le sud de la France.
Les célébrités et les animaux traversent la propriété, et l'écrivain Samuel Beckett, « cet intellectuel desséché » comme elle le qualifiera, furtivement sa vie. Nous sommes en 1937, à Paris. Lors d'un dîner avec les Joyce, elle ne cesse de l'observer. Elle fut amoureuse treize mois et lui « dix minutes », avouera-t-elle. Soumise sentimentalement et sexuellement à l'Irlandais taiseux, elle s'en lasse lorsqu'elle rencontre le peintre Yves Tanguy qui veut l'épouser mais c'est à Max Ernst qu'elle dira « oui », en 1942, après l'avoir aidé à fuir l'Europe en guerre pour New York. Une relation éclair autant que chaotique.
Extravagante jusqu'au bout de ses ongles, on lui reconnaît un goût visionnaire très sûr. Rien de ce qui se fait à son époque ne lui échappe : elle se glorifie d'avoir découvert le peintre Pollock. Après guerre, elle n'a plus que deux idées en tête : satisfaire sa libido bisexuelle et s'occuper de son musée à Venise, au bord du Grand Canal. La bonne société de la sérénissime voit d'un mauvais œil l'arrivée de Peggy que l'on considère comme une nymphomane décadente.
Trois ans après avoir pris soin de faire don de son palais et de ses collections à la fondation Salomon R. Guggenheim, NY, Peggy Guggenheim décède à Venise âgée de 81 ans, en cette ville qui s'enfonce, tel le Titanic dans la mer, comme un dernier clin d'œil à Ben, son père. Ses cendres sont enterrées parmi ses « beloved babies », ses chiens-chiens, qui furent ses vrais amants. C'est touchant, en fait.
«Peggy Guggenheim, un fantasme d'éternité», de Véronique Chalmet, Payot, 272 p., 20 €.
Edie Sedgwick, trajectoire d'une Factory Girl
Fine comme l’aiguille d’une seringue, excentrique et belle comme ses amis de la Factory, Edie Sedgwick, égérie de Warhol et figure des nuits new-yorkaises, a marqué les sixties de ses débordements. Une vie brûlée par la drogue, le fric, le sexe et les électrochocs. Jusqu’à sa mort, à 28 ans. A découvrir dans une impressionnante biographie.
Créé le
03 avril 2009
- par
Nelly Kaprièlan
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Femme fatale du Velvet Underground, c’est elle. Just Like a Woman de Bob Dylan, c’est elle encore. Héroïne pop, Edie Sedgwick a traversé les sixties gavée d’amphétamines, inspiré Warhol, marqué la Factory et tout simplement son temps en météorite anorexique, morte d’une surdose de barbituriques à 28 ans, en 1971. Celle qui a rencontré le king albinos de New York en 1965 devient vite sa “superstar”, égérie de ses films (Vinyl, Kitchen, Beauty # 2…) vite initiée aux drogues douces et dures comme tous ceux qui pénètrent à cette époque à la Factory.
Elle se coupe les cheveux, les teint en platine argenté, comme Andy, porte comme lui des brassières de marin sur sa maigreur de fille qui ne veut pas grandir, et se retrouve bien souvent tard dans la nuit en tête à tête avec lui à discuter gentiment autour d’un hamburger pendant qu’autour d’eux les autres partouzent allègrement. Edie et Andy seront inséparables pendant un an, déclenchant des émeutes partout où ils passeront, comme deux frères jumeaux glam. Magiques. Comme en témoigne Truman Capote : “Si Andy avait pu être une femme, il aurait voulu être Edie : voilà pourquoi il s’identifia à elle, tel Pygmalion. (…) En somme, il aurait aimé être n’importe qui, excepté Andy Warhol.”
Entreprise en 1972, un an après la mort d’Edie Sedgwick, l’impressionnante biographie (rééditée ces jours-ci) que lui consacre Jean Stein, rédactrice à The Paris Review, Esquire, Grand Street…, a nécessité dix ans de travail pour rencontrer 250 protagonistes de la vie d’Edie comme de l’époque, puis monter avec l’aide de George Plimpton ces fragments d’interviews à la manière d’un cut up – et on y croise tout le monde, Gerard Malanga, Allen Ginsberg, Paul America, Paul Morrissey, Gore Vidal, Diana Vreeland, Leo Castelli, Jasper Johns, Ondine, Viva, Roy Lichtenstein, Norman Mailer et bien sûr Warhol.
Ce qui est génial, c’est que l’icône pop y est partout et nulle part, absente de sa propre bio et seulement restituée en morceaux par les mots des autres, tel un contenant vide seulement rempli par la projection de tous ceux qui l’auront croisée. Fille-fantôme, fillefantasme. Star pop par excellence, c’est-àdire concept warholien vivant : une artiste sans oeuvre, qui n’était star que de sa propre vie, actrice d’ellemême, rejouant jusqu’à l’écoeurement son propre rôle d’égérie excentrique et glamour.
Car Edie Sedgwick, c’est d’abord un style : elle mise tout sur ses jambes, qu’elle a fait remodeler en institut, et traverse la décennie en collants noirs opaques, qu’elle ne porte qu’avec un mini T-shirt et des talons aiguilles, des capes en zibeline ou en plumes d’autruche, et des capelines géantes. Patti Smith, pas encore musicienne, l’avait aperçue sur une photo dans Vogue, et alors encore au fin fond du New Jersey, elle se souvient de l’impact de cette image : “J’ai été tellement frappée que j’ai vraiment eu le sentiment d’avoir découvert quelque chose, et quelque chose qui pour moi était tout… Parfaitement branchée, Edie irradiait l’intelligence et l’énergie.”
Et plus loin, alors qu’elle la croisera dans une boîte avec Warhol et sa clique : “Ils étaient tous ultra maigres, tout en angles, en coudes, en genoux et en boucles d’oreille. Il n’était alors même pas question pour moi de vouloir être des leurs. J’étais simplement heureuse qu’ils existent, et heureuse de pouvoir les voir.”
Pourtant, le portrait que dessine d’Edie le livre de Jean Stein est moins celui d’une superstar warholienne que celui d’une héroïne fitzgeraldienne, la dernière peutêtre, fonçant comme un bolide dans le mur d’une tragédie américaine. Sa vie commence comme un drame de Douglas Sirk, de Vincente Minnelli ou d’Elia Kazan, dans une grande famille américaine de Santa Barbara, en Californie, richissime grâce au pétrole et qui ne lésine pas sur le bourbon. Le malheur des huit enfants Sedgwick, c’est d’avoir un père sublime et tyrannique, qui embrasse d’autres femmes sous les yeux de la sienne, effacée. Jeune fille, Edie va perdre à cause de ce père deux de ses frères : Minty, qui se pend à 26 ans en HP, après avoir été violemment rejeté par son père parce qu’il est homosexuel ; et Bobby, suicidaire, qui se tue en moto. Edie, ado, est devenue anorexique, se faisant vomir après chaque repas. “Quand elle était soûle, elle commençait à en parler de façon très directe, comme si l’admiration qu’elle lui portait (à son père – ndlr) lui faisait violence, à elle-même, une violence qui tenait un peu du viol qu’elle ressentait peut-être sur le plan psychologique.” Après ces drames, débarquée à New York à 20 ans, elle est prête pour se perdre.
Elle claque des sommes folles, invite ses amis à dîner au Ritz, se paie un manteau en léopard et ne se déplace qu’en limousine avec chauffeur – et toute sa vie, les parasites, de plus en plus nombreux, lui piqueront son fric. Au faîte de sa gloire, quand des producteurs d’Hollywood s’intéressent à elle, elle les envoie au diable parce qu’elle les trouve “trop cons” et préfère traîner avec ses copains à Manhattan. Elle se lève tard, se gave d’amphètes, dépense des milliers de dollars en make-up et passe des heures à se farder les yeux, se rend à la Factory, se fait piquer, sort toute la nuit… Et le livre de Jean Stein prend peu à peu des allures d’enfer selon Jérôme Bosch : des séances de piquouzes chez le très louche Dr Mercer à la baise sauvage pendant des heures sous acide avec n’importe qui, en passant par des orgies qui durent plusieurs jours, c’est toute une époque que saisit et restitue comme en live, et jusqu’à l’effroi, ce livre édifiant.
Deux fois, Edie Sedgwick, trop stone, mettra le feu à son appartement (notamment celui qu’elle occupe au Chelsea Hotel), et les séjours en HP, jusqu’aux dizaines de séances d’électrochocs, vont se multiplier dans un tourbillon de plus en plus frénétique. Elle essaie un temps d’être mannequin pour Vogue, mais l’institution de la mode US ne veut pas s’associer à l’image d’une camée.
Entre-temps, Edie et Andy ont rompu – il ira même, par cruauté, jusqu’à remplacer certaines de ses scènes dans The Chelsea Girls par celles tournées avec Nico. C’est vrai qu’elle l’a plaqué pour s’enfuir avec Bob Dylan, qui promettait de la faire tourner avec lui, jusqu’au moment où Warhol, pure cruauté aussi, lui apprend que Dylan s’est marié avec une autre en secret quelques mois auparavant.
De ce portrait d’Edie Sedgwick, Andy Warhol ne sort pas grandi, et c’est le poète Gregory Corso qui en parle le mieux : “J’ai fini par dire à Warhol ce que je pensais de la façon dont il s’était comporté avec Edie. On était au Max’s Kansas City, lui assis tout seul, et moi avec Allen Ginsberg. Et je lui ai sorti : “Tu pompes les gens, tu comprends. Tu prends ces gamines, tu en fais des superstars, et puis tu passes à autre chose et tu les laisses tomber… littéralement, comme ça.”
A force de tomber, la gamine est retournée en Californie, vivant moitié en clinique, gavée de médicaments et continuant à s’y piquer, moitié avec une communauté de Hells Angels. Elle finit par épouser le seul homme qui lui résiste, un certain Michael Post, de huit ans son cadet, qui a décidé de la sauver. Trop tard : six mois après leur mariage, il la retrouve morte au petit matin dans leur lit. Andy Warhol, apprenant la mort de sa superstar au téléphone, ne sourcillera pas.
Edie de Jean Stein (Christian Bourgois éditeur), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Durastanti, préface de Norman Mailer, 452 pages, 20 €
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Vos commentaires
As anyone stop to think that they declined dinner because of the children. The POTUS will be leaving tomorrow to head back home. Maybe, just maybe he wanted to spend the evening as a family. Sounds reasonable to me....Family Values!!
Mary, Knoxville, TN, USA
Looks like the Drudge Report drew lots of right-wingers to this comment section. These are the same people who brought you 'Freedom fries" and now they want to criticise Obama for snubbing the French. What a bunch of hypocrites. Good thing they ave almost no power in American politics these days.
Dylan, Austin, Texas, US
It was wrong not to invite the Queen of England (who lived through the war), shame on you.
liam, bedford, England