pour rire

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Isabelle Huppert : «A Cannes, je n’ai pas été dictatoriale»

Pékin (Chine) DE NOTRE CORRESPONDANT


Propos recueillis par Richard Arzt | 19.06.2009, 07h00
 

L’exposition « Isabelle Huppert, la femme au portrait », que plus de 450 000 visiteurs ont déjà pu voir dans différentes capitales, est actuellement à Pékin, au Centre Ullens pour l’art contemporain (Ucca). Cent vingt portraits de l’actrice pris au fil des ans par les plus grands photographes. L’occasion pour la présidente sortante du Festival de Cannes d’établir un contact d’une semaine avec la Chine.

Avec cette exposition, vous venez à la rencontre du public chinois ?
Isabelle Huppert. Je l’espère. Les Chinois qui s’intéressent au cinéma sont tellement cinéphiles, avides de tout connaître, qu’ils sont au courant de tout, même des films qu’ils sont censés ne pas avoir vus ! En fait, ils les voient : ils ont différents moyens pour ça. Ils connaissent les metteurs en scène, les acteurs. Je ne dis pas que cela s’étend à la Chine profonde.

Le Festival de Cannes reste-t-il un bon souvenir pour vous ?

C’est un souvenir extraordinaire !

On a pourtant entendu dire que l’ambiance avait été très tendue…
C’est ce qu’on appelle une rumeur. Je n’avais jamais été aussi proche d’un pareil phénomène. Dans un premier temps, ça m’a agacée bien sûr. Ensuite, ça m’a beaucoup intéressée de voir comment des informations aussi fausses et aberrantes pouvaient circuler si vite et avec autant de détails entièrement faux. Mais, au final, je n’ai pas d’explication. Tout le monde s’est engouffré dans cette rumeur.

James Gray et Asia Argento, par exemple, ne se sont pas affrontés à vous ?
Demandez-le à James Gray et à Asia Argento et vous verrez leurs réactions. Franchement, c’est lamentable. Il n’y a eu aucun conflit. La plus grande harmonie a régné au sein de ce jury.

Vous n’avez pas été une présidente dictatoriale ?
Non, je n’ai pas été dictatoriale. La Palme d’or a été attribuée à la quasi-unanimité : 7 voix sur 9. C’est assez parlant, non ? Ce qui compte, c’est la qualité des films, le souvenir qu’on en garde, le plaisir que le jury a eu à faire partie de cette aventure. Le reste est anecdotique.

Un film chinois, « Nuits d’ivresse printanière » de Lou Ye, a obtenu le prix du meilleur scénario. Ce film évoque l’homosexualité, et il est censuré en Chine…
Ce n’est pas non plus pour ça qu’il a reçu un prix. Je pense qu’il a intéressé le jury parce que c’est une photographie très réaliste d’une certaine jeunesse chinoise. C’est un film qui parle de la vie quotidienne, des relations amoureuses, du rapport au travail. Ça rend la Chine très proche. Très universelle.

Avez-vous l’impression qu’au-delà de la censure, le cinéma chinois est en train de prendre son essor ?
Oui. Les conditions de tournages restent très difficiles pour les cinéastes chinois. Mais quand leurs films sont présents dans des festivals internationaux, ils sont reconnus. Le cinéma chinois, rien ne peut l’arrêter.

On peut imaginer que des acteurs français tournent dans des films chinois ?
Il y en a déjà qui tournent dans des films hongkongais ou taïwanais. Mais moi, j’adorerais jouer dans un film ici, en Chine…

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Barack and Michelle Obama decline dinner with the Sarkozys

The Obamas turn up in Paris this evening, but have declined a dinner invitation from the couple next door: the Sarkozys.

President Obama’s reluctance to spend more than minimum time with the French leader on his visit for the D-Day anniversary has come as an embarrassment to the Elysée Palace.

America’s First Family will not be dining with President Sarkozy and his wife, Carla Bruni, even though they are staying at the residence of the US Ambassador, yards from the Elysée apartments where the Sarkozys spend their weekends.

Mr Sarkozy’s staff were trying yesterday to arrange another private moment between the couples. Mr Obama is due to fly back to Washington tomorrow night or on Sunday.

Mr Sarkozy’s dream date would be dinner somewhere spectacular such as the Jules Verne, an Alain Ducasse restaurant on the Eiffel Tower. The Obamas were reported on French celebrity websites to be planning a meal there.

A glamorous joint outing might be compared with the ones that President de Gaulle undertook with John and Jackie Kennedy in 1961. On that trip, Mrs Kennedy was such a hit that JFK presented himself as “the man who accompanied Jackie Kennedy to Paris”.

Failure to socialise with the Obamas will add to mockery that has greeted Mr Sarkozy’s attempts to stage the 65th anniversary of D-Day as a “Barack and Sarko show”. The media and Opposition have mocked Mr Sarkozy over Mr Obama’s coolness towards him, which is only partly due to his handling of the Normandy commemoration.

Mr Sarkozy has been pilloried in France for his failure to invite the Queen to the events. “The palace is fearing a snub,” Le Parisien newspaper said yesterday after the news emerged of the Obamas’ plans to keep themselves to themselves.

Yesterday the popular comedian Nicolas Canteloup did an impression of Mr Sarkozy worrying that he had “only two days to become tall, handsome and elegant”. The French leader is 5½ inches shorter than Michelle Obama.

The French were also piqued after the White House said that it was working on an invitation to Normandy for the Royal Family. Face was saved when the Prince of Wales agreed to attend with Gordon Brown. “Sarkozy has pulled off a double hit: insulting Queen Elizabeth and exasperating Obama,” the weekly Canard Enchaîné said on Wednesday.

French worries about being snubbed were matched in Germany, where media and politicians are convinced that the brevity of Mr Obama’s trip there and a decision to avoid Berlin demonstrated his disapproval of Angela Merkel, the Chancellor. Mr Obama was due in Germany last night for a visit to Dresden and the Buchenwald death camp.

Mr Obama’s irritation with his French counterpart began when Mr Sarkozy tried to grab the limelight at the G20 summit in London in April and talked condescendingly of the US President in private. Mr Sarkozy told colleagues that he found Mr Obama to be inexperienced and unbriefed, especially on climate change. Mr Obama hit back last month, telling a visiting French minister: “Please tell Nicolas that I shall do my homework, and in two months I’ll know all about climate change.”

The leaders will have lunch in Caen tomorrow while their wives meet near by. They will then all attend the ceremony at the US cemetery at Colleville-sur-Mer, above Omaha Beach.

Philippe Duron, the Mayor of Caen, has minted a slogan for his town in honour of Mr Obama: “Yes we Caen!”

As anyone stop to think that they declined dinner because of the children. The POTUS will be leaving tomorrow to head back home. Maybe, just maybe he wanted to spend the evening as a family. Sounds reasonable to me....Family Values!!

Mary, Knoxville, TN, USA

Looks like the Drudge Report drew lots of right-wingers to this comment section. These are the same people who brought you 'Freedom fries" and now they want to criticise Obama for snubbing the French. What a bunch of hypocrites. Good thing they ave almost no power in American politics these days.

Dylan, Austin, Texas, US

It was wrong not to invite the Queen of England (who lived through the war), shame on you.

liam, bedford, England

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A Cannes, un an après "Entre les murs", le 7e Art français se porte bien

L'actrice Charlotte Gainsbourg a reçu le Prix d'interprétation avec le dérangeant "Antichrist", du Danois Lars von Trier. (© AFP Anne-Christine Poujoulat)

CANNES (AFP) - Avec les trois prix cannois remportés par Charlotte Gainsbourg, Alain Resnais et Jacques Audiard, un an après la Palme d'or à "Entre les murs", le 7e Art français jouit d'une belle reconnaissance artistique, qui s'ajoute à une fréquentation et une production soutenues.

Si la Palme était autrichienne, les Français ont fait la fête dimanche soir.

Alain Resnais, 87 ans début juin, a reçu un Prix spécial saluant un demi-siècle de créativité de ce vétéran de la Nouvelle vague, qui avait fait sensation avec le novateur "Hiroshima mon amour" sur la Croisette en 1959.

De son côté l'actrice Charlotte Gainsbourg a reçu le Prix d'interprétation avec le dérangeant "Antichrist", du Danois Lars von Trier.

Grand favori des critiques, Jacques Audiard est reparti avec le Grand prix pour "Un prophète". Il a souhaité que ce prix permette de faire "bouger les lignes" en faveur d'une nouvelle génération d'acteurs. "J'ai envie de fabriquer de nouvelles icônes!" a déclaré Audiard, dont le film a fait découvrir le prometteur Tahar Rahim, 27 ans.

Dans le reste de la sélection, la jeune Mia Hansen-Love a remporté un Prix spécial Un Certain Regard, avec "Le père de mes enfants", ex-aequo avec l'Iranien Bahman Ghobadi.

Et à la Semaine de la critique, sélection parallèle du festival, "Adieu Gary" de Nassim Amaouche a remporté le Grand Prix dès vendredi soir.

Au delà des palmarès, les Français étaient nombreux dans cette édition: l'actrice Mélanie Laurent, héroïne d'"Inglourious basterds" de l'Américain Quentin Tarantino, le rocker Johnny Hallyday, tueur à gages dans "Vengeance" du Hongkongais Johnnie To, ou le footballeur Eric Cantona chez le Britannique Ken Loach. Quant au casting de "Visage" du Taïwanais Tsai Ming-liang, co-produit par le musée du Louvre, il réunissait Laetitia Casta, Jean-Pierre Léaud et Fanny Ardant.

En outre, nombre des films en sélection ont fait appel à des producteurs et des techniciens français, dont les directeurs de la photo Eric Gautier ("Taking Woodstock" du Taïwanais Ang Lee), Jean-Claude Larrieu ("Carte des bruits de Tokyo" de l'Espagnole Isabel Coixet) ou Marc-André Batigne ("The time that remains" du Palestinien Elia Suleiman, monté par Véronique Lange).

Cette vitalité transparaît plus généralement dans les chiffres de la production cinématographique, où l'an dernier les investissements ont progressé de 24% pour atteindre près de 1,5 milliard d'euros.

Côté fréquentation aussi les curseurs sont au vert. Les salles de cinéma ont engrangé 189,7 millions d'entrées en 2008 (+6,7% sur un an), la production hexagonale s'octroyant 45,2% du marché soit 86,14 M d'entrées, un record depuis 25 ans.

Car les Français sont les plus gros consommateurs de cinéma d'Europe, avec 3,2 entrées en moyenne par habitant et par an contre 2,7 pour les Britanniques ou 2,4 pour les Espagnols.

Et le 7e Art français s'exporte mieux, enregistrant presque autant d'entrées à l'étranger que sur le territoire national, avec des films majoritairement en français (84,5%). Mais ce sont des productions en anglais telles que "Babylon A.D.", "Taken" et "Le Transporteur 3" qui récoltent les plus gros succès au box-office à l'étranger.

Toutefois, la crise qui touche les principaux bailleurs de fonds du cinéma, les chaînes de télévision dont les recettes publicitaires fondent, pourrait affecter la production et les ventes à l'étranger en 2009 et 2010.

C'est ce qu'a rappelé la directrice générale du CNC Véronique Cayla ces derniers jours, estimant la période actuelle pleine "d'incertitudes".

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L'assistant de Carla Bruni sort un livre


 
 
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08.05.2009, 14h10 | Mise à jour : 15h46
 

L'homme de l'ombre de Carla Bruni-Sarkozy se dévoile. Franck Demules, 42 ans, écorché par les épreuves de la vie, publie aux Editions du Moment un livre autobiographique intitulé «Un petit tour en enfer», en librairie depuis le 7 mai. Un ouvrage sombre, sans concession, dans lequel il revient sur les nombreuses galères qui ont jalonné sa vie : la perte de son père à 9 ans, son enfance passée avec les maoïstes, le viol qu'il a subi de son propre tuteur, la mort de sa femme, la drogue, la prison. .. puis sa rencontre avec la future première dame de France.

Avec l'aide du journaliste Ludovic Perrin, Demules raconte comment son destin a basculé le jour où Carla Bruni est entrée dans sa vie. C'était il y a plus de dix ans. Il suivait à l'époque les cours de Patrice Chéreau au théâtre des Amandiers. Là, il y rencontre Valéria Bruni-Tedeschi qui le prend sous son aile... avant de le recommander à sa soeur. Carla Bruni l'embauche alors comme chauffeur.

«En devenant son chauffeur, j'ai certes renoncé à mon métier d'acteur, mais Carla m'a rendu espoir et vie», explique-t-il cette semaine dans les colonnes de Paris-Match. «Elle m'a confié petit à petit la logistique de sa maison : ampoules à changer, devis de plombier et d'électricien, etc.», poursuit-il. Petit à petit la confiance s'installe, «au fil du temps, elle m'a laissé les clefs, puis de l'argent liquide, enfin sa carte bleue». 

Carla Bruni «aime son côté destroy, rock'n'roll, ses blessures nombreuses qui résonnent en elle», raconte de son côté le journaliste Ludovic Perrin au Nouvel Observateur. Pour lui, elle paye les études de sa fille, prête de l'argent et l'envoie en cure de désintoxication. «Quand je lui ai posé le manuscrit sur son piano, elle savait déjà tout. Elle m'a félicité. Son seul conseil a été : C'est ton bouquin. On va essayer de le ramener sur moi, ne te laisse pas faire», ajoute-t-il dans Paris-Match.

«Quand je me suis mariée, je n'ai pas imaginé une seconde m'en séparer», précise à son tour la première dame dans l'hebdomadaire. «Même si je suis désormais très protégée, il y a un tas de choses personnelles et intimes que je n'ose pas demander aux personnes du palais ou aux agents de sécurité. C'est pourquoi j'ai deux fois plus besoin de Franck aujourd'hui».////

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Des professionnels du cinéma et de la musique "en colère" contre le PS


 
 
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27.04.2009, 17h38
Quelque 180 organisations, artistes et professionnels du cinéma et de la musique ont demandé lundi dans une lettre ouverte à rencontrer Martine Aubry, estimant que le PS "tournait le dos au monde de la création" en combattant le texte contre le téléchargement illégal.
"Nous sommes atterrés par les positions défendues par le Parti socialiste et voulons exprimer publiquement notre colère", écrivent à la Première secrétaire du PS les signataires de ce texte à l'initiative de l'Association des Producteurs de Cinéma (APC) et l'UPFI (Union des producteurs de phonogrammes français indépendants).
"Nous avons le sentiment d?être les otages d?une bataille politique menée par les députés socialistes contre le projet de loi Création et internet", qui doit être soumis à nouveau aux députés mercredi après son rejet surprise le 9 avril, poursuivent ces professionnels.
L'humoriste Guy Bedos, les acteurs Jean Rochefort, Gérard Jugnot, Sarah Biasini ou Bruno Putzulu, des réalisateurs comme Coline Serreau, Philippe Lioret, Nadine Trintignant ou Jean-Paul Rappeneau font partie des signataires. On trouve aussi des producteurs indépendants de cinéma et de musique, des distributeurs, exploitants de salles, des techniciens, des agents artistiques et leurs organisations professionnelles.
Le "coup de théâtre" du 9 avril "pourrait engendrer de graves conséquences dans les relations entre le monde de la Culture et le Parti socialiste", affirment ces professionnels. "Cet acte a été accompli au mépris de la défense de la création, des droits d?auteur, de notre diversité culturelle", considèrent les signataires.
"Nous avons le sentiment que le PS, celui-là même qui était porteur de la loi Lang de juillet 1985 sur les droits d?auteur et les droits voisins, a décidé de tourner le dos au monde de la création et des industries culturelles", considèrent-ils.

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Madame la Présidente de Poitou Charente,

J’ai longtemps hésité avant de vous écrire ces quelques lignes. J’ai hésité car je me suis dit seulement que ces phrases seraient vite prises pour une position politique, pour ou contre, alors qu’il ne s’agit ici que de la réaction d’un simple citoyen.

Je suis outré par votre démagogie et votre populisme. Vos déclarations au Sénégal, pays de votre naissance,  revenant sur les propos de Nicolas Sarkozy qui avait dit que “l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire”, sont dangereuses.

Vous savez pertinemment ce que le Chef de l’Etat voulait dire : que hélas, l’Afrique n’est pas assez mondialisée et qu’elle n’a pas pris à bras le corps son avenir pour entrer dans l’Histoire. Lorsque l’on parle d’Afrique, ce n’est le plus souvent pour parler de misère, de famine et de maladie, le tout sur fond éternel de  la ” mauvaise colonisation”.

L’Afrique, que je connais et aime, a besoin de considération et d’aides. Mais surtout, elle a besoin pour se développer qu’on lui parle vrai : la colonisation n’expliquera pas tout jusqu’à la fin des temps ; la corruption de ses élites est une plaie ouverte…L’Afrique ne doit pas attendre toujours en tendant la main. Elle travaille et se bat. Elle lutte avec espoir pour se construire et trouver les voies d’un développement qui lui est propre.

Madame Royal, vos propos ne sont pas corrects. D’abord parce qu’ils distillent l’idée d’une repentance tellement à la mode en ce moment. Ensuite, parce qu’il me semble donc d’une incroyable mauvaise foi… Vous faîtes de la politique. Vous vous dîtes que l’on parle de vous sur cette nouvelle affaire en bien ou en mal, l’important c’est d’en parler … Ce que je fais !

Vous avez décidé que la politique n’était plus l’exposé d’idées et de convictions mais un simple chemin de communications réussies. C’est votre problème. Je ne partage pas cette conception de la politique. Merci d’avoir pris un peu de votre temps que je sais précieux pour lire cette lettre.

Recevez, Madame la Présidente, l’expression de mon sentiment le plus direct,

Eric Revel"

du pareil au même

Peggy Guggenheim, l'extravagante visionnaire

 Anthony Palou 03/04/2009 | 
 Trente ans après sa disparition, une biographie retrace la vie de la grande dame aux petits chiens, mécène de génie. Telle qu'on la voit sur les photographies dans les années 1960 avec ses lunettes à la Elton John, Peggy Guggenheim fut sa vie durant une infatigable excentrique. C'est de famille. Son oncle stockait des glaçons dans la poche isotherme de son veston, son cousin était un maniaque de la propreté, son frère un avare redoutable et son père Benjamin, un coureur frénétique. C'est d'ailleurs avec une de ses maîtresses que ce richissime homme d'affaires disparut par une belle nuit bleu pétrole en parfait gentleman, verre de cognac à la main, sur le Titanic, le 14 avril 1912. La petite Marguerite, que feu son père avait surnommée amoureusement Peggy, n'avait alors que 14 ans. Autant dire qu'elle hérita de bonne heure, pauvre petite fille riche. De sa mère hystérique, peu de choses à part qu'elle mène sa fille à la baguette. L'adolescente Peggy déteste son visage. Laide, elle aimera le beau. Ah, ce nez affreux qu'elle se fera malencontreusement refaire ! Quel profil ingrat ! Qui voudrait d'elle ? Un drôle de personnage, le noceur Laurence Vail, né d'une mère américaine et d'un père américano-breton, fait irruption dans sa vie. C'est un bel alcoolique écrivain, peintre dépressif du dimanche. Il passe son temps entre les deux continents. Orgies à répétition À cette époque, Paris est une fête non-stop, la capitale intellectuelle du monde. Les modes, comme les couples, s'y font et se défont. Elle se marie, part en guise de voyage de noces pour Capri où elle fait la connaissance de la Divine Marquise, Luisa Casati, fille d'un industriel milanais, femme d'un grand nom de la noblesse italienne et maîtresse de l'écrivain Gabriele D'Annunzio. Luisa Casati est la propriétaire du palais Venier dei Leoni à Venise, inachevé depuis 1749, et qui deviendra, trente ans après, la propriété de Peggy et abritera son célèbre musée. Peggy tombe enceinte comme on tombe de sa chaise : toute étonnée. Accouche en mai 1923 à Londres (c'est un garçon, Sindbad), revient à Paris. Elle s'achète des robes de Paul ­Poiret, Man Ray la prend en photo, elle croise Marcel Duchamp, fréquente dadaïstes et surréalistes, se fatigue des orgies à répétition. Retombe enceinte d'une fille qui naît le 17 août 1925, Pegeen Jezebel, et tombe sous le charme érotique de la sage-femme. Son mari Laurence s'enfonce inexorablement dans les ténèbres de l'alcool et la petite famille s'installe à Pramousquier, dans le sud de la France. Les célébrités et les animaux traversent la propriété, et l'écrivain Samuel Beckett, « cet intellectuel desséché » comme elle le qualifiera, furtivement sa vie. Nous sommes en 1937, à Paris. Lors d'un dîner avec les Joyce, elle ne cesse de l'observer. Elle fut amoureuse treize mois et lui « dix minutes », avouera-t-elle. Soumise sentimentalement et sexuellement à l'Irlandais taiseux, elle s'en lasse lorsqu'elle rencontre le peintre Yves Tanguy qui veut l'épouser mais c'est à Max Ernst qu'elle dira « oui », en 1942, après l'avoir aidé à fuir l'Europe en guerre pour New York. Une relation éclair autant que chaotique. Extravagante jusqu'au bout de ses ongles, on lui reconnaît un goût visionnaire très sûr. Rien de ce qui se fait à son époque ne lui échappe : elle se glorifie d'avoir découvert le peintre Pollock. Après guerre, elle n'a plus que deux idées en tête : satisfaire sa libido bisexuelle et s'occuper de son musée à Venise, au bord du Grand Canal. La bonne société de la sérénissime voit d'un mauvais œil l'arrivée de Peggy que l'on considère comme une nymphomane décadente. Trois ans après avoir pris soin de faire don de son palais et de ses collections à la fondation Salomon R. Guggenheim, NY, Peggy Guggenheim décède à Venise âgée de 81 ans, en cette ville qui s'enfonce, tel le Titanic dans la mer, comme un dernier clin d'œil à Ben, son père. Ses cendres sont enterrées parmi ses « beloved babies », ses chiens-chiens, qui furent ses vrais amants. C'est touchant, en fait. «Peggy Guggenheim, un fantasme d'éternité», de Véronique Chalmet, Payot, 272 p., 20 €.

Edie Sedgwick, trajectoire d'une Factory Girl

Fine comme l’aiguille d’une seringue, excentrique et belle comme ses amis de la Factory, Edie Sedgwick, égérie de Warhol et figure des nuits new-yorkaises, a marqué les sixties de ses débordements. Une vie brûlée par la drogue, le fric, le sexe et les électrochocs. Jusqu’à sa mort, à 28 ans. A découvrir dans une impressionnante biographie.
Créé le
03 avril 2009
- par
Nelly Kaprièlan
1 Commentaire(s) Agrandir la taille du texte Réduire la taille du texte Imprimer Envoyer à un ami

Femme fatale du Velvet Underground, c’est elle. Just Like a Woman de Bob Dylan, c’est elle encore. Héroïne pop, Edie Sedgwick a traversé les sixties gavée d’amphétamines, inspiré Warhol, marqué la Factory et tout simplement son temps en météorite anorexique, morte d’une surdose de barbituriques à 28 ans, en 1971. Celle qui a rencontré le king albinos de New York en 1965 devient vite sa “superstar”, égérie de ses films (Vinyl, Kitchen, Beauty # 2…) vite initiée aux drogues douces et dures comme tous ceux qui pénètrent à cette époque à la Factory.

 

Elle se coupe les cheveux, les teint en platine argenté, comme Andy, porte comme lui des brassières de marin sur sa maigreur de fille qui ne veut pas grandir, et se retrouve bien souvent tard dans la nuit en tête à tête avec lui à discuter gentiment autour d’un hamburger pendant qu’autour d’eux les autres partouzent allègrement. Edie et Andy seront inséparables pendant un an, déclenchant des émeutes partout où ils passeront, comme deux frères jumeaux glam. Magiques. Comme en témoigne Truman Capote : “Si Andy avait pu être une femme, il aurait voulu être Edie : voilà pourquoi il s’identifia à elle, tel Pygmalion. (…) En somme, il aurait aimé être n’importe qui, excepté Andy Warhol.”

 

Entreprise en 1972, un an après la mort d’Edie Sedgwick, l’impressionnante biographie (rééditée ces jours-ci) que lui consacre Jean Stein, rédactrice à The Paris Review, Esquire, Grand Street…, a nécessité dix ans de travail pour rencontrer 250 protagonistes de la vie d’Edie comme de l’époque, puis monter avec l’aide de George Plimpton ces fragments d’interviews à la manière d’un cut up – et on y croise tout le monde, Gerard Malanga, Allen Ginsberg, Paul America, Paul Morrissey, Gore Vidal, Diana Vreeland, Leo Castelli, Jasper Johns, Ondine, Viva, Roy Lichtenstein, Norman Mailer et bien sûr Warhol.

 

Ce qui est génial, c’est que l’icône pop y est partout et nulle part, absente de sa propre bio et seulement restituée en morceaux par les mots des autres, tel un contenant vide seulement rempli par la projection de tous ceux qui l’auront croisée. Fille-fantôme, fillefantasme. Star pop par excellence, c’est-àdire concept warholien vivant : une artiste sans oeuvre, qui n’était star que de sa propre vie, actrice d’ellemême, rejouant jusqu’à l’écoeurement son propre rôle d’égérie excentrique et glamour.

 

Car Edie Sedgwick, c’est d’abord un style : elle mise tout sur ses jambes, qu’elle a fait remodeler en institut, et traverse la décennie en collants noirs opaques, qu’elle ne porte qu’avec un mini T-shirt et des talons aiguilles, des capes en zibeline ou en plumes d’autruche, et des capelines géantes. Patti Smith, pas encore musicienne, l’avait aperçue sur une photo dans Vogue, et alors encore au fin fond du New Jersey, elle se souvient de l’impact de cette image : “J’ai été tellement frappée que j’ai vraiment eu le sentiment d’avoir découvert quelque chose, et quelque chose qui pour moi était tout… Parfaitement branchée, Edie irradiait l’intelligence et l’énergie.”

 

Et plus loin, alors qu’elle la croisera dans une boîte avec Warhol et sa clique : “Ils étaient tous ultra maigres, tout en angles, en coudes, en genoux et en boucles d’oreille. Il n’était alors même pas question pour moi de vouloir être des leurs. J’étais simplement heureuse qu’ils existent, et heureuse de pouvoir les voir.”

 

Pourtant, le portrait que dessine d’Edie le livre de Jean Stein est moins celui d’une superstar warholienne que celui d’une héroïne fitzgeraldienne, la dernière peutêtre, fonçant comme un bolide dans le mur d’une tragédie américaine. Sa vie commence comme un drame de Douglas Sirk, de Vincente Minnelli ou d’Elia Kazan, dans une grande famille américaine de Santa Barbara, en Californie, richissime grâce au pétrole et qui ne lésine pas sur le bourbon. Le malheur des huit enfants Sedgwick, c’est d’avoir un père sublime et tyrannique, qui embrasse d’autres femmes sous les yeux de la sienne, effacée. Jeune fille, Edie va perdre à cause de ce père deux de ses frères : Minty, qui se pend à 26 ans en HP, après avoir été violemment rejeté par son père parce qu’il est homosexuel ; et Bobby, suicidaire, qui se tue en moto. Edie, ado, est devenue anorexique, se faisant vomir après chaque repas. “Quand elle était soûle, elle commençait à en parler de façon très directe, comme si l’admiration qu’elle lui portait (à son père – ndlr) lui faisait violence, à elle-même, une violence qui tenait un peu du viol qu’elle ressentait peut-être sur le plan psychologique.” Après ces drames, débarquée à New York à 20 ans, elle est prête pour se perdre.

 

Elle claque des sommes folles, invite ses amis à dîner au Ritz, se paie un manteau en léopard et ne se déplace qu’en limousine avec chauffeur – et toute sa vie, les parasites, de plus en plus nombreux, lui piqueront son fric. Au faîte de sa gloire, quand des producteurs d’Hollywood s’intéressent à elle, elle les envoie au diable parce qu’elle les trouve “trop cons” et préfère traîner avec ses copains à Manhattan. Elle se lève tard, se gave d’amphètes, dépense des milliers de dollars en make-up et passe des heures à se farder les yeux, se rend à la Factory, se fait piquer, sort toute la nuit… Et le livre de Jean Stein prend peu à peu des allures d’enfer selon Jérôme Bosch : des séances de piquouzes chez le très louche Dr Mercer à la baise sauvage pendant des heures sous acide avec n’importe qui, en passant par des orgies qui durent plusieurs jours, c’est toute une époque que saisit et restitue comme en live, et jusqu’à l’effroi, ce livre édifiant.

 

Deux fois, Edie Sedgwick, trop stone, mettra le feu à son appartement (notamment celui qu’elle occupe au Chelsea Hotel), et les séjours en HP, jusqu’aux dizaines de séances d’électrochocs, vont se multiplier dans un tourbillon de plus en plus frénétique. Elle essaie un temps d’être mannequin pour Vogue, mais l’institution de la mode US ne veut pas s’associer à l’image d’une camée.

 

Entre-temps, Edie et Andy ont rompu – il ira même, par cruauté, jusqu’à remplacer certaines de ses scènes dans The Chelsea Girls par celles tournées avec Nico. C’est vrai qu’elle l’a plaqué pour s’enfuir avec Bob Dylan, qui promettait de la faire tourner avec lui, jusqu’au moment où Warhol, pure cruauté aussi, lui apprend que Dylan s’est marié avec une autre en secret quelques mois auparavant.

 

De ce portrait d’Edie Sedgwick, Andy Warhol ne sort pas grandi, et c’est le poète Gregory Corso qui en parle le mieux : “J’ai fini par dire à Warhol ce que je pensais de la façon dont il s’était comporté avec Edie. On était au Max’s Kansas City, lui assis tout seul, et moi avec Allen Ginsberg. Et je lui ai sorti : “Tu pompes les gens, tu comprends. Tu prends ces gamines, tu en fais des superstars, et puis tu passes à autre chose et tu les laisses tomber… littéralement, comme ça.”

 

A force de tomber, la gamine est retournée en Californie, vivant moitié en clinique, gavée de médicaments et continuant à s’y piquer, moitié avec une communauté de Hells Angels. Elle finit par épouser le seul homme qui lui résiste, un certain Michael Post, de huit ans son cadet, qui a décidé de la sauver. Trop tard : six mois après leur mariage, il la retrouve morte au petit matin dans leur lit. Andy Warhol, apprenant la mort de sa superstar au téléphone, ne sourcillera pas.

 

 

 

Edie de Jean Stein (Christian Bourgois éditeur), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Durastanti, préface de Norman Mailer, 452 pages, 20 €
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Ultra Violet, illuminée par Warhol
LE MONDE 2 | 27.02.09 | 16h16
New York, envoyé spécial

e portier de l'immeuble donne de drôles de consignes. Prendre l'ascenseur jusqu'au dernier étage. Puis aller au fond du couloir à droite et emprunter l'escalier de secours qui mène jusqu'au toit. Ensuite, impossible de se tromper. Il y a une quarantaine d'années, Andy Warhol a emprunté le même chemin. Et il a débouché, lui aussi, sur l'immense terrasse surplombant New York. Après un temps d'arrêt, le souffle coupé par le scintillement des toits de Manhattan à perte de vue, il a contemplé l'Empire State Building, les arbres de Central Park, les bateaux sur l'Hudson et, au fond, le pont George-Washington qui permet de rejoindre les collines du New Jersey. Il s'est appuyé contre la rambarde pour découvrir en contrebas la rotonde en béton blanc conçue par Frank Lloyd Wright, qui abrite le musée Guggenheim. Warhol a pris une dizaine de polaroids du panorama. Et n'a eu qu'un mot : "C'est fabuleux, tout simplement fabuleux ! Il faudra qu'on vienne tourner." Quarante-deux ans plus tard, Ultra Violet habite toujours au milieu de la terrasse, dans un duplex immaculé de sept pièces posé au sommet d'un immeuble en retrait de la Cinquième Avenue. Dans les années 1960, elle fut, avec Brigid Berlin, Baby Jane, Edie Sedgwick, Viva, Ingrid Superstar, International Velvet, Billy Name, Ondine, Paul America, Nico, Candy Darling, Holly Woodlawn, Jackie Curtis, l'une des "superstars", moitié égéries, moitié starlettes de pacotille, qui permirent à Warhol de transformer sa Factory en un mini Hollywood rock, défoncé et déjanté.

EXTRAVAGANCE JOYEUSE

"Il a mis ma vie sens dessus dessous. Il était doté d'une dimension magique, omniprésente. Pour moi, il fut l'incarnation des années 1960, aussi difficile à définir que l'est cette période, porteuse de peurs, de vérités, de mauvais goût, d'éphémère et d'éternel. Sa vie fut un manifeste pop art. Et sa mort signifia l'enterrement définitif de la part sombre des sixties", explique aujourd'hui Ultra Violet. Derrière elle, accrochée au mur du salon, il y a une des célèbres grandes fleurs jaunes de Warhol. Tunique violette, cuissardes et pantalon noir, l'œil malicieux et l'accent distingué d'une femme du monde, elle n'a rien perdu de cette extravagance joyeuse qui séduisit des gens aussi différents que Salvador Dali, Norman Mailer, Milos Forman ou David Bowie. Andy Warhol, elle l'a rencontré grâce à Dali. C'était en 1963. A l'époque, elle ne s'appelait pas encore Ultra Violet mais Isabelle Collin-Dufresne. Pour échapper à sa famille de grands bourgeois grenoblois, qui, à l'adolescence, n'avait rien trouvé de mieux que de l'enfermer dans une maison de correction, la jeune Française fantasque s'était exilée à New York. Elle y était devenue la muse du peintre surréaliste qui aimait dessiner son corps et surtout le caresser avec un homard. "Nos relations sexuelles étaient daliesques, c'est-à-dire théâtrales, abracadabrantes mais jamais pénétrantes dans le sens clinique du terme", s'amuse-t-elle. Un après-midi où elle prend le thé au San Régis avec son compagnon fantasmagorique surgit un personnage albinos, un œil bleu, l'autre gris. "D'abord j'ai cru que c'était une femme. Il avait quelque chose de vulnérable, de très enfantin, de naïf. J'étais intriguée." Warhol lui propose de tourner le lendemain dans un de ses films. Rendez-vous à la Factory, au 231 de la 47e Rue Est de Manhattan. Elle est bien décidée à le déshabiller au sens figuré comme au sens propre. "J'étais un être très, très passionné. Ce sorcier à la perruque argentée, cette créature venue d'une autre galaxie, cet ultra-terrestre m'aimantait. Je l'ai embrassé en lui proposant de faire l'amour. Il s'est débattu. Son corps est devenu froid, froid, glacial. Sa nuque était le seul endroit un peu tiède. J'ai eu peur qu'il ne s'évanouisse et l'ai laissé s'échapper. Sa perruque s'était déplacée et j'ai vu un bouton-pression en haut de son front."

A défaut d'être amants, ils vont jouer dans le même show, celui où l'on est célèbre pendant quinze minutes, où les taxis sont jaunes, où tout le monde a la bouche de Marilyn Monroe, où un billet d'un dollar devient une œuvre d'art, où les grands magasins ont des allures de musée, un microcosme du chaos de l'Amérique… Pour intégrer la petite cour des miracles qui peuple l'atelier argenté de la Factory, Isabelle, comme les autres superstars, doit changer de nom. Elle devient Ultra Violet. Andy lui avait proposé Poly Ester ou Notre Dame. En lisant un article sur la lumière dans le Time, elle est tombée sur le terme ultraviolet, qui comporte les cinq voyelles de base, les fameuses "A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert" d'Arthur Rimbaud… Va pour Ultra Violet. Dans la foulée, elle teint ses cheveux, ses paupières, ses ongles et ses vêtements en violet. Une nouvelle femme émerge. Audacieuse. Extravertie. Mystérieuse. Provocante. Brûlant sa guêpière en public. Roulant en Lincoln. Habillée par de grands couturiers. Et prête à tout pour décrocher un début de célébrité. Dans son livre, Popisme (Flammarion), Warhol raconte : "Elle ressemblait beaucoup à Vivian Leigh. Ultra faisait tout ce qu'elle faisait pour la publicité. […] Toutes les superstars féminines se plaignaient qu'elle réussissait à avoir vent de toutes les interviews ou séances de photo qu'elles avaient prévues et y allait avant elles. La façon dont elle s'y prenait pour être au bon endroit au moment où les flashs crépitaient était aussi très étrange. Elle disait aux journalistes : “Je collectionne l'art et l'amour”. En vérité, ce qu'elle collectionnait, c'était les coupures de presse. Elle était très populaire parce qu'elle avait un nom débile, des cheveux violets, une langue incroyablement longue et un discours aussi simple que séduisant sur les significations de l'underground."

Illuminée mais pas folle Ultra Violet découvre les grandeurs et les misères de l'univers d'un publicitaire proche de l'art qui s'est mué en un artiste proche de la publicité. "Il fut le confesseur de tous les gosses égarés qui échouaient à la Factory avec leurs problèmes : drogue, sexe, argent, famille. Dans son confessionnal, le père Andy, visage incliné sous sa mitre de platine, prêtait l'oreille sans écouter, mais enregistrait tout", dit-elle. A cette époque, la transgression devient la loi et, comme les autres, elle le suit sur des chemins peu orthodoxes, à la recherche d'une hypothétique révélation dans les excès en tout genre. Illuminée mais pas folle, elle évite soigneusement les pièges de la drogue, participe à quelques orgies où Warhol se contente de regarder et tourne dans des films plus ou moins bricolés, comme Chelsea Girls, aujourd'hui symptomatiques du désordre des sixties. "Avec ses sérigraphies, ses modèles de chez l'épicier du coin, sa palette digne d'une boîte de crayons de couleur, son absence de perspective, sa volonté d'ôter tout mystère à l'art, Andy créait une esthétique nouvelle. Et moi, avec les autres, j'étais dans son atelier à l'observer secouer les valeurs traditionnelles des arts visuels. L'idée de participer à ce show m'enchantait", se souvient-elle. Dans ce monde décalé où l'art côtoie le rock, la mode, le cinéma et les partouzes, autant elle apprécie l'humour froid de Paul Morissey, autant la prétention hautaine de Lou Reed la laisse de marbre… Quant à Warhol, il sait utiliser les relations mondaines de cette jeune femme de la jet-set internationale, nièce de René Capitant, un des ministres du général de Gaulle. Ultra Violet connaît aussi bien les Kennedy que Grace Kelly ou Carlo Ponti, le plus gros producteur italien de cinéma.

LA FIN DE LA FÊTE

Il la suit dans les soirées les plus huppées où il approche ses futurs clients dont il peint ensuite le portrait pour 25 000 dollars, en leur livrant quelques oracles de son cru : "Je suis un miroir. Regardez-vous en moi", "Je suis le médium des médias", "La gloire, c'est de réussir à commercialiser son aura"… Pendant ce temps, elle rencontre Rudolf Noureev : "Il travaillait comme un homme, baisait comme une bête et valsait comme un ange." Et David Bowie : "Je l'ai accueilli nue dans une baignoire remplie de quarante litres de lait. Il a dû me trouver un peu extravagante." Ou Norman Mailer : "J'ai joué le rôle d'une Belle de jour dans son film, Maidstone [1969] où il se présentait à la présidence des Etats-Unis. Il n'était pas facile. Un jour, je lui caressais les cheveux. Cela ne lui a pas plu et il m'a décoché un coup de poing. Je l'ai planté là." La fête va s'achever au début des années 1970. Trop de morts, de suicides, d'overdoses, de meurtres, de violence… Lorsque Edie Sedgwick, la star des superstars, la top-model blonde qui inspira Blonde On Blonde à Dylan et Femme fatale au Velvet Underground se suicide, après des mois de déchéance tant mentale que physique, sans que Warhol n'esquisse le moindre geste, Ultra Violet craque. Nervous breakdown. Ce monde-là n'est plus pour elle. En plus, elle a rompu avec le peintre et photographe Edward Ruscha, l'homme de sa vie.

Pendant un an, elle reste allongée, hagarde et pantelante. "Je suis cliniquement morte vers 1973. J'ai été sauvée par la grâce. J'avais le choix entre me réformer ou périr… J'ai revu ma vie comme un film : les ménages que j'ai désunis, mes mensonges, mes vols, mes avortements, mes adultères, mes cruautés, mon insouciance, mes péchés. J'ai lu la Bible. Je me suis rendu compte avec horreur que j'avais failli aux Dix Commandements !" Ensuite, Isabelle Collin-Dufresne ne renonce pas pour autant à être Ultra Violet. Apaisée et ayant renoué avec sa famille, elle écrit des pièces de théâtre, un opéra, apparaît dans Taking Off (1971), le premier film américain de Milos Forman ("Nous eûmes une passion de trois minutes…"). Et surtout se lance elle aussi dans la peinture. A la recherche de la lumière et des anges. En hommage à Warhol, elle imagine une double chaise électrique inspirée d'une "conversation" aperçue dans le salon de Louise de Vilmorin. Ou affuble d'une tête de Mickey un dessin de Michel-Ange… Plusieurs galeries et même musées américains et européens exposent ses œuvres.

Aujourd'hui, Ultra Violet vit toujours à New York. Elle a 73 ans. Se nourrit de jus de carotte et de flocons d'avoine. Evoque en riant l'orgasme lunaire qu'elle eut avec un chanteur de rock, en plein Central Park, au moment précis où Armstrong mettait le pied sur la lune. Se méfie de Barack Obama ("Il est trop bon orateur"). Se rend chaque jour à son atelier de la 26e Rue. Dessine des sexes d'homme en forme de pistolet. Et s'interroge sur la manière d'obtenir une seizième minute de célébrité, puis une autre, et encore une autre…

Yann Plougastel
A voir

"Le grand monde d'Andy Warhol", aux Galeries nationales du Grand Palais, 3, avenue du Général-Eisenhower, Paris-8e. Tél. : 01-44-13-17-17. Du 18 mars au 13 juillet.

"Warhol TV", à la Maison rouge, Fondation Antoine de Galbert, 10, bd de la Bastille, Paris-12e. Tél. : 01-40-01-08-81. Jusqu'au 3 mai.




 

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Récit
"Décrochez-moi ça !"
LE MONDE | 13.03.09 | 16h36  •  Mis à jour le 13.03.09 | 16h37

Le 11 mars, les quelques journalistes autorisés à visiter au Grand Palais l'exposition "Le Grand Monde d'Andy Warhol", en cours de finition, y voyaient quatre portraits d'Yves Saint Laurent réalisés par Warhol en 1974, propriété de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent. Ils étaient la pièce principale de la section dite "Glamour", qui comprend d'autres figures de la mode : Hélène Rochas, Giorgio Armani, Sonia Rykiel. Surprise : le 12, ces quatre toiles avaient disparu des cimaises. Décrochées. A la demande de Pierre Bergé.

Le collectionneur a manifesté ainsi son mécontentement de ne pouvoir obtenir du commissaire de l'exposition, l'historien et critique d'art Alain Cueff, et de la Réunion des musées nationaux (RMN), organisatrice de la manifestation, que les portraits soient accrochés où et comme il le souhaitait. Regrettable épilogue d'une histoire dans laquelle la peinture a moins compté que les sentiments. Un tel incident n'est pas sans précédent, mais il est rarissime qu'il concerne des oeuvres, un artiste et un collectionneur aussi célèbres.

Quand les oeuvres arrivent au Grand Palais le 10 mars, raconte Alain Cueff, "rien ne permet d'imaginer ce qui s'est passé". Accompagnées par la régisseuse de la Fondation, elles sont accrochées dans leur salle, au centre d'un mur qui leur est entièrement consacré, placées de telle sorte qu'elles apparaissent de loin dans l'enfilade des salles. "Ni la régisseuse ni l'attachée de presse de la Fondation n'ont manifesté un mécontentement quelconque", continue Cueff.

Mais, quelques heures plus tard, un coup de téléphone lui annonce que Pierre Bergé refuse que les portraits d'Yves Saint Laurent soient placés avec ceux d'autres "couturiers". "Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes", s'entend dire le commissaire, qui n'avait jamais pensé en ces termes à Hélène Rochas ou Sonia Rykiel. Il obtient de parler directement à Pierre Bergé, entend une deuxième fois cette formule, s'efforce de rétablir une meilleure entente en rappelant à son interlocuteur leurs conversations antérieures et l'invite à venir au Grand Palais vérifier par lui-même que ses tableaux sont en bonne place et qu'il est désormais impossible de les en changer. Invitation restée sans réponse.

Pourquoi changer serait-il impossible ? Un prêteur, peut-on penser, a son mot à dire sur la manière dont est traitée dans une exposition l'oeuvre dont il a accepté de se priver pendant plusieurs mois. Tel est le cas, mais dans des conditions précises : un contrat de prêt peut mentionner des clauses de cet ordre, touchant à la sécurité ou à l'éclairage, par exemple. Mais l'accord de prêt entre la Fondation Pierre Bergé et la RMN ne dit rien de tel.

D'autre part, toute oeuvre, particulièrement quand elle est de grande valeur artistique et financière, arrive sur le lieu d'exposition accompagnée d'un conservateur ou d'un régisseur chargé de cette mission par le musée ou le collectionneur propriétaire de l'oeuvre. Il lui revient d'en vérifier l'état au moment du déballage - ce que l'on appelle "un constat d'oeuvre" - et de surveiller l'installation. Cela fait, il devient très difficile de la déplacer, puisque cela signifierait faire revenir le "convoyeur", qui peut fort bien, entre-temps, être reparti aux Etats-Unis ou au Japon. Déplacer une oeuvre alors qu'une exposition est déjà accrochée presque dans sa totalité, ce qui était le cas le 11 mars, susciterait des retards et des dépassements budgétaires considérables. Ce sont là les arguments techniques qu'Alain Cueff oppose à Pierre Bergé lors de leur conversation téléphonique.

Et qu'il lui répète le lendemain, lors d'un deuxième appel. En vain, puisque Pierre Bergé demande d'abord que les Saint Laurent soient placés, seuls, sur le palier de l'escalier monumental qui conduit les visiteurs du rez-de-chaussée au premier étage. Dans ce cas, précise Cueff, il se dit prêt "à fermer les yeux" sur les conditions d'exposition, évidemment médiocres dans cet escalier où, outre le flux continuel des visiteurs, la poussière et un taux d'humidité impossible à maîtriser mettraient en danger les toiles. "J'ai aussitôt répondu qu'il était impensable de prendre ce risque. L'intégrité des toiles aurait été menacée."

Deuxième contre-proposition : que les toiles soient placées dans la section "Artistes", avec les effigies de Man Ray, Beuys, Lichtenstein ou Hockney. On en revient aux "serviettes" et aux "torchons" : Saint Laurent doit, selon Pierre Bergé, être classé parmi les artistes, et non parmi les couturiers - qui, en conclut-on, ne sont pas des artistes. Nouveau refus, en raison de l'impossibilité matérielle et juridique de décrocher des Warhol appartenant à d'autres prêteurs déjà évoquée. "Je ne lui ai même pas parlé de la cohérence de mon travail d'accrochage et de la manière dont il a été méprisé. De toute façon, ce n'était pas une affaire de peinture, mais de personne... Nous n'avons plus eu de nouvelles jusqu'à ce matin (le 12 mars) et au verdict final : le décrochage. C'est une décision que je regrette profondément, parce que ces portraits sont de ceux où l'empathie de Warhol pour son modèle apparaît à son plus haut degré. Et parce qu'ils appartiennent à l'histoire - de Saint Laurent, de Warhol, de la peinture."

Sollicité par Le Monde, Pierre Bergé n'a pas souhaité répondre.

Philippe Dagen
Article paru dans l'édition du 14.03.09

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Coolio humilié sur scène


Coolio n'a plus la cote. Le rappeur américain bien connu pour son tube Gangsta's Paradise vient de faire son come-back. Il aura constaté à ses dépens que les temps ont bien changé.

De retour sur les écrans après un passage dans une téléréalité, Coolio a décidé de retrouver son public. Il était donc en concert le week-end dernier à l'Université de Staffordshire en Angleterre.

Ne se sentant plus, Coolio a décidé de sauter dans la foule pour se faire porter par son cher public. Mais pas de chance, ils étaient peu nombreux à vouloir assister au retour sur scène de l'ancienne star du rap, le chanteur est donc tombé par terre. Comble de l'humiliation, les étudiants se sont précipités sur le chanteur blessé non pas pour l'aider mais pour le dépouiller. Bijoux et chaussures, tout lui a été dérobé.

Contraint de remonter sur scène, Coolio a quand même terminé son concert sous les cris des étudiants récupérant heureusement ses chaussures, les voleurs lui ayant lancé au visage. (CB)