société

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 Lyon/femme calcinée: le frère en examen


Un jeune homme de 17 ans, soupçonné d'avoir tué sa soeur pour des raisons "d'ordre familial" avant de brûler son corps dans la cave d'une cité d'Oullins, dans la banlieue de Lyon, a été mis en examen jeudi et écroué pour "homicide volontaire", a-t-on appris de source judiciaire.

Le jeune Mohammed a été interpellé parce qu'il présentait de "sérieuses brûlures" aux jambes, pour lesquelles il avait des "explications farfelues", selon la même source.

Le corps calciné de sa soeur de 22 ans avait été découvert le 1er juillet par des pompiers qui intervenaient sur un incendie volontaire dans une cave.

La tête de la victime était recouverte d'un sac en plastique et un tuyau d'arrosage était enroulé autour de son corps, accréditant la thèse d'un homicide.

"Le mobile est pour l'instant assez obscur", a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête, évoquant "une famille avec des valeurs religieuses". Selon cette source, le jeune Mohammed, décrit comme un garçon "violent" et "religieux", n'aurait pas accepté le mode de vie de sa soeur aînée.

Le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud, a quant à lui appelé à la plus grande prudence quant aux hypothèses concernant le mobile, l'adolescent niant toujours les faits après 48 heures de garde à vue et assurant s'être brûlé les jambes lors d'un barbecue.

"Il est dès lors prématuré, vu son absence de déclarations, d'échafauder une quelconque hypothèse sur les mobiles... Rien ne permet de soutenir en l'état qu'il puisse y avoir une connotation religieuse", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'autopsie du corps a révélé que la victime avait eu un récent rapport sexuel avec son petit ami. Entendu par les enquêteurs de la police judiciaire de Lyon, ce dernier avait toutefois été écarté de tout soupçon.

Dans un communiqué, l'organisation Ni putes ni soumises s'est dite jeudi "horrifiée" par ce drame "qui démontre qu'aujourd'hui encore, on peut brûler une jeune fille dans l'indifférence générale".

Le mouvement, né après la mort de Sohanne, 17 ans, retrouvée brûlée vive dans un local à poubelles à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) en 2002, "demande à ce que toute la lumière soit faite sur ce drame et envisage toute initiative pour dénoncer, une fois de plus, le machisme et la dégradation de la condition des femmes dans les quartiers".

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Reportage
Maisons-cages à louer à Hongkong
LE MONDE | 03.07.09 | 14h01  •  Mis à jour le 03.07.09 | 20h48
HONGKONG CORRESPONDANCE


'anniversaire de la rétrocession de Hongkong à la Chine, le 1er juillet 1997, est devenu l'occasion officielle, depuis 2003, de manifester son mécontentement au gouvernement de la région administrative spéciale de Hongkong. Ce jour-là, Paul Pak, la cinquantaine, quitte la "cage" dans laquelle il vit à Tsim Sha Tsui et rejoint la marche qui traverse le centre de Hongkong, sous la bannière de l'ONG Soco, qui se bat inlassablement pour la cause des pauvres, des nouveaux migrants, des mal-logés. "Trop chaud, pas d'air conditionné, trop sale et trop cher. Beaucoup de puces et d'insectes qui vous mordent", résume-t-il à propos de son logement où, ajoute un autre : "Donald Tsang (le chef de l'exécutif hongkongais) ne tiendrait pas cinq minutes."

La pérennité des maisons-cages de Hongkong dans un territoire où le PNB par habitant est supérieur à celui de la Suisse reste, pour certains une énigme, pour d'autres un scandale...

L'entrée est sale et exiguë, comme dans tous les immeubles de ce quartier populaire. Vieille porte en ferraille, peinte et repeinte, cachée dans le mur décrépi, entre un chariot de vente ambulante de brochettes et un présentoir de DVD qui ont cannibalisé le trottoir. Le mur est tapissé de boîtes aux lettres métalliques déglinguées et de compteurs électriques camouflés par des années de poussière. Au-dessus de tout cela, quelques caractères chinois, peints en rouge à même le mur, proposent des "logements à louer" au septième étage. Sept étages donc, de marches usées, inégales. Au fond d'un long couloir, une salle-dortoir accueille une demi-douzaine de lits superposés, grillagés sur l'extérieur, avec une petite porte-fenêtre sur la "façade" du lit-maison. Le grillage protège contre le vol, et permet d'accrocher des cintres et des sacs plastique, autant de rangements pratiques et nécessaires quand on vit dans moins de deux mètres carrés...

Derrière un pan de tissu, Yau Kwei Neng se repose. En guise de présentation, il tend sa carte d'identité. Il est né le 19 décembre 1941, a quitté la Chine continentale pour travailler sur des chantiers à Hongkong jusqu'à ce qu'un cancer l'empêche de continuer. Il a finalement toujours vécu ici, sans jamais réunir assez d'argent pour faire venir sa femme et ses deux enfants, laissés à moins de cent kilomètres, mais qu'il n'a jamais revus. Rentrer en Chine ? Peut-être. "Quand (il sera) vieux."

Chaque matin, à 5 heures, il descend dans la rue prendre un bol de thé et des raviolis vapeur. Il s'occupe lui-même de son dîner : il y a un réchaud sur la terrasse du toit. Et le défi quotidien, c'est ce long moment entre les raviolis vapeur du matin et le dîner du soir. L'allocation de 2 000 dollars de Hongkong (200 euros) par mois que donne le gouvernement aux personnes âgées ne lui permet pas de manger trois repas par jour, une fois payé son "loyer" (1 500 dollars de Hongkong, 150 euros).

A propos de ses conditions de vie humiliantes, qu'il a toujours crues provisoires, il affirme que la promiscuité qu'impose ce type de logement n'est "pas naturelle". Il y a eu des disputes dans le passé. Un homme a failli se faire tuer. Mais, aujourd'hui, tout le monde est "ami". L'état des toilettes (un trou dans une minuscule pièce sans lumière) n'est "pas bien", dit-il sobrement, en ajoutant s'y être "habitué". Yau Kwei Neng s'occupe en recopiant des caractères chinois dont il a oublié la signification sur les pages d'un cahier, qu'il efface quand elles sont pleines. Le bruit de la rue ? Cela ne le dérange pas, il est un peu dur d'oreille. Son souci, hormis les puces, c'est qu'en 2008 le sac de riz est passé de 30 à 50 dollars.

Dans un lit du bas, catégorie la plus prisée, car on peut ranger ses affaires en dessous, un autre occupant brave l'obscurité du lieu en tentant de lire "de la philosophie et de l'histoire", à travers d'épaisses lunettes. Il voudrait en savoir plus sur le président français, qui l'intrigue. Arrive Wu So chiu, ancienne occupante, qui était la seule femme du dortoir et qui revient dîner ou faire une partie de cartes avec ses compagnons d'infortune. Elle a obtenu un logement plus décent à présent, mais elle s'ennuie parfois toute seule...

Les maisons-cages sont apparues dans les années 1950 comme mode de logement provisoire pour la main-d'oeuvre immigrée. Ho Hei Wah, le directeur de l'ONG Soco, a présenté un dossier aux Nations unies. Le Conseil économique et social des Nations unies (CESCR) a, à maintes reprises, estimé que "les maisons-cages sont un affront à la dignité humaine" et jugé "inacceptable l'inaction du gouvernement de Hongkong en dépit des ressources financières abondantes à sa disposition".

La disparité des niveaux de vie s'aggrave d'année en année à Hongkong. Le rattachement à la Chine n'y a rien changé. Les acteurs sociaux s'accordent à dire que seul l'avènement d'une "vraie" démocratie pourrait s'attaquer à ce problème. Sous le mandat de Tung Chee Hwa, chef de l'exécutif de 1997 à 2005, une politique du logement claire s'était pourtant amorcée : 50 000 logements sociaux par an, entre 1997 et 2004. Mais ces initiatives sociales ont effrayé les Hongkongais propriétaires, dont la richesse principale est souvent leur logement.

C'est donc sous la pression populaire que le gouvernement a cessé d'aider les pauvres, pour éviter d'appauvrir les riches... "Beaucoup de gens pensent désormais inutile de faire la demande d'un logement social. Certains ont vu indiqué sur le reçu de leur dossier : "Vingt ans d'attente". Alors à quoi bon ?", indique Ho.

D'après les chiffres officiels, il n'y aurait plus que trente maisons-cages dans Hongkong. Le gouvernement y contrôle le niveau d'hygiène et les précautions anti-incendie. Mais on joue sur les mots, car le gouvernement a défini les maisons-cages à partir de douze locataires par pièce, et les tenanciers ont vite compris les avantages de renoncer au douzième client. "Cette mesure a fait empirer la situation, car si un tenancier réduit son nombre de locataires comme le recommande le gouvernement, il n'est plus soumis aux contrôles associés aux maisons-cages", nous explique Soco.

Les occupants, ici, sont plutôt des "nouveaux migrants", arrivés de la Chine continentale depuis quelques années, et qui croient à leur tour à l'eldorado hongkongais. Officiellement, plus de 100 000 personnes sont ainsi "mal logées".


Florence de Changy

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Minc et Guaino, mauvaise foi siamoise

DESINTOX

Les deux conseillers de Nicolas Sarkozy ont estimé en choeur que la décision du Conseil constitutionnel retoquant la loi Hadopi revenait à placer l'accès à Internet au dessus de l'eau ou de l'électricité. Grosse intox.

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Par CÉDRIC MATHIOT

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.

Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. (Philippe Wojazer/Reuters)

Intox

Le 10 juin, la loi Hadopi a reçu une belle claque du Conseil constitutionnel, qui l’a privée du dernier étage de sa «riposte graduée», soit la possibilité pour l’autorité administrative de couper l’accès à Internet des «pirates récidivistes». Une décision qui a visiblement agacé l’Elysée, et conduit les conseillers du Président à cogiter pour pondre un argumentaire de défense. C’est Henri Guaino, conseiller (officiel) de Nicolas Sarkozy, qui a tiré le premier, à propos de la décision des Sages : «A titre personnel, je trouve assez curieux que le droit d’accès à Internet soit plus fortement défendu que le droit d’accès à l’eau ou à l’électricité. On peut couper l’eau et l’électricité à n’importe qui très facilement. Mais l’accès au réseau internet, c’est une violation des droits de l’homme et - rendez-vous compte ! - de la Déclaration de 1789, dont vous vous souvenez d’ailleurs qu’Internet était une préoccupation de ses rédacteurs.» Mot pour mot, ou presque, Alain Minc, conseiller (officieux) du même Sarkozy, a repris l’argument, le 24 juin sur BFM TV. Le Conseil constitutionnel a pris sa décision «au nom de principes que je trouve bizarres», s’est étonné Minc. «Je viens de découvrir que le droit d’accès à Internet est un droit plus essentiel que le droit d’accès à l’eau, à l’électricité ou au gaz. Je me demande s’il n’y a pas eu lieu, chez ces messieurs un peu assis, une espèce de coup de jeune ou de jeunisme bizarre.»

Désintox

Une sottise a beau être énoncée par deux personnes, cela n’en fait pas une vérité. «Cette affirmation est une énormité juridique», estime Gilles Guglielmi, professeur à l’université Paris-II Panthéon-Assas (1). Avant de parler d’eau et d’électricité, regardons d’abord la décision du Conseil constitutionnel sur Internet. Les Sages, se référant à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 , ont estimé que le droit à la libre communication des pensées et des opinions impliquait aujourd’hui la liberté d’accéder aux services du Net. Ils s’appuient sur le «développement généralisé des services de communication au public en ligne» et «l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions». C’est à ce titre qu’ils insistent sur le fait que «les atteintes portées à l’exercice de cette liberté doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées». Et c’est à ce titre qu’ils considèrent que l’accès à Internet ne peut donc être restreint ou empêché par une simple autorité administrative, comme la loi Hadopi le prévoyait.

Mais il faut avoir la mauvaise fois du mauvais perdant pour affirmer que cette décision place le droit d’accès à Internet au-dessus de l’accès à l’eau ou l’électricité. Ces derniers sont eux-mêmes, rappelle Gilles Guglielmi, garantis par la Constitution. «Il existe un droit constitutionnel aux moyens d’existence.» L’affirmation d’Henri Guaino selon laquelle «il est très facile de couper l’eau ou l’électricité de n’importe qui» est particulièrement grossière. Plusieurs textes - dont certains très récents - encadrent ces services. L’article L115-3 du code de l’action sociale et des familles précise : «Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, au regard notamment de son patrimoine, de l’insuffisance de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité pour disposer de la fourniture d’eau, d’énergie et de services téléphoniques dans son logement.» La loi sur l’eau de décembre 2006 postule que «l’usage de l’eau appartient à tous et chaque personne physique, pour son alimentation et son hygiène, a le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous». Le décret du 13 août 2008 a homogénéisé les protections dont bénéficient les consommateurs dans le cadre des coupures d’eau, d’électricité ou de gaz (délais minimums avant coupures, courriers de relance obligatoires, saisine des services sociaux, etc). Autant de pare-feu qui n’existent pas pour Internet (et la décision du Conseil constitutionnel n’y change rien) : n’importe quel fournisseur d’accès Internet peut et pourra couper son haut débit à un mauvais payeur. Et facilement. L’avocat blogueur Maître Eolas (2), qui avait le premier réagi à cette fantasque déclaration de Guaino, avait décerné au conseiller sarkozien un prix Busiris (récompensant les âneries juridiques énoncées par nos gouvernants). Un trophée qu’il pourra donc partager avec Alain Minc.

(1) http://guglielmi.fr/

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À Vénissieux, terre d'expansion de la burqa

Par Cécilia Gabizon, envoyée spéciale à Vénissieux, Cécilia Gabizon
30/06/2009 | Mise à jour : 21:52
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Une femme en burqa dans le quartier Belsunce, à Marseille.
Une femme en burqa dans le quartier Belsunce, à Marseille. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

REPORTAGE - Dans cette ville de la banlieue lyonnaise, le port du voile intégral se développe sur les visages féminins en même temps que s'ancre le rigorisme religieux.

«Vénissieux, c'est le pays de la burqa !», s'esclaffe Mourad, 19 ans, tandis que passe un couple : lui, barbe et petit calot ; elle, toute en noire «ensevelie». Dans les allées du vaste marché de la cité des Minguettes, elles ne sont qu'une poignée, ce jour-là, à porter le voile intégral. Un mot d'ordre est passé pour qu'elles se fassent discrètes. Les religieux essaient d'éteindre le feu. «D'habitude, on en voit une trentaine», raconte Corinne, qui vend des légumes. Au total, dans cette banlieue de 60 000 habitants mitoyenne de Lyon, elles seraient «plus d'une centaine», selon le maire communiste André Gérin. Une des concentrations les plus importantes de France. «La burqa est la pointe de l'iceberg. Dans certains quartiers, toutes les relations entre hommes femmes sont sous surveillance. L'islamisme nous menace réellement», explique l'élu, comme pour justifier le séisme qu'il a provoqué en réclamant une commission d'enquête parlementaire. Un pavé, un testament aussi. Après vingt-cinq ans de règne sur une ville autrefois érigée autour des industries de la région, le maire a décidé de passer la main avant la fin de son mandat. C'était la semaine dernière. Avant de partir, il a voulu alerter la République sur «l'intégrisme qui gangrène sa ville, et bien d'autres régions de France».

Incidents quotidiens aux guichets de la mairie

L'islam est probablement la première religion à Vénissieux, où plus de la moitié de la population est d'origine étrangère, principalement maghrébine selon Gérin. Et la plupart des salles de prières incrustées en bas des tours sont salafistes. Chaque jour, s'y diffuse un islam rigoriste. Près de la mosquée Essalem, bungalow enchâssé dans les bâtiments HLM, des adolescents commentent. «Une femme ne peut pas être près d'un homme sans que Sheitan (satan) ne rôde», dit un garçon. Son frère accompagne son épouse «partout». Dans la rue, les femmes portant le niqab - voile noir intégral - circulent presque sans choquer. Beaucoup les connaissent. Elles ont grandi dans le quartier. Elles ne se heurtent aux règles de la République qu'aux guichets de la mairie. «Les incidents sont quotidiens», se lamente Hélène Mexis. Responsable de toutes les formalités administratives à Vénissieux, elle est en première ligne. Pour le renouvellement de la carte d'identité ou du passeport, la photo tête nue entraîne de violentes protestations : «Ils nous accusent de racisme, nous menacent de représailles.» Certaines femmes refusent finalement de se découvrir. Elles restent sans pièce d'identité. Mais c'est à l'occasion du dépôt des dossiers de mariage que les agents sont confrontés «à des hommes qui, bien souvent, monopolisent la parole et refusent que leur future compagne ne se découvre». Or les textes sont clairs : les fonctionnaires doivent vérifier l'identité des futurs conjoints et mener l'entretien à visage découvert pour mieux cerner si l'union n'est ni contrainte ni feinte. Enfin, la célébration doit se dérouler tête nue. De quoi crisper les obsédés de la règle islamique, des immigrées, mais surtout des «Françaises, souvent jeunes et d'origine maghrébine, ainsi que des converties, comme les maris», précise Hélène Mexis. Sans oublier les sans-papiers, car certaines unions sont arrangées par des gourous religieux entre les deux rives de la Méditerranée.

Les enfants de ces couples sont, pour certains, scolarisés dans les écoles de la ville. Chaque directeur gère ses «mères en burqa». «J'en ai deux, je reconnais l'une à ses yeux que je distingue à travers la fente et l'autre à sa silhouette», assure la responsable de la maternelle Jean-Moulin. «La mienne se découvrait dans la classe quand on parlait de sa fille», se souvient une institutrice de l'école Léo-Lagrange, qui apparemment ne veut exclure personne. «Vous savez, on a aussi des parents ivres. On fait avec. Ce qui compte, c'est l'élève», ajoute-t-elle. Des fillettes à la féminité en sursis. Dans la cour, l'institutrice les entend souvent évoquer ces «jupes et dos nus qu'elles ne mettront bientôt plus. Elles ont une conscience aiguë de leur condition». Partout, la pression religieuse s'accroît et prend dans ses filets des enfants toujours plus jeunes. Directrice de l'école primaire Charles-Perrault depuis treize ans, Patricia Truong a vu les voiles fleurir. Presque la moitié des mères vont tête couverte tandis que les djellabas uniformisent les silhouettes. Les femmes sous burqa restent rares et Patricia Truong exige qu'elles se dévoilent pour vérifier leur identité avant de remettre un enfant. Mais «la question religieuse dépasse la burqa et s'avère très prégnante à l'école maternelle et élémentaire», s'inquiète-t-elle. Certains petits font le ramadan qui n'est pourtant pas prescrit aux enfants. «J'appelle systématiquement les parents pour expliquer que le jeûne est incompatible avec les activités scolaires», dit-elle. Beaucoup d'élèves boudent la cantine pour des raisons religieuses. La mairie a refusé la viande hallal, mais propose du poisson deux jours par semaine. «Les élèves sont beaucoup plus nombreux ces jours-là», confirme Bernard Curtet, directeur de l'école élémentaire Jean-Moulin. Jeudi, il y avait exceptionnellement du porc, mais les trois quarts des inscrits ont demandé le menu de substitution à l'école Charles-Perrault. Même ainsi, «on a des enfants en maternelle qui refusent de manger des carottes, car elles n'ont pas été égorgées !», raconte Patricia Truong. En primaire, le cours de biologie sur la reproduction est parfois contesté. «L'obscurantisme progresse», constate-t-elle.

Une contre-offensive municipale tardive

C'est pourtant de Vénissieux que partit «La Marche des Beurs» en 1983. Après une bavure, quelques fils d'immigrés mettent le cap vers la capitale pour enrayer la violence, et clamer leur désir d'être «des Français à part entière». À l'arrivée, ils sont 100 000 venus dire à la société française, autant qu'à leurs parents, qu'ils vont rester en France, qu'ils veulent s'intégrer, qu'ils réclament l'égalité. La gauche fraîchement arrivée au pouvoir donnera la carte de séjour de dix ans aux immigrés. L'égalité attendra. L'amertume gagne, l'islam aussi. Des prêcheurs sillonnent les banlieues dans le Rhône. Mais c'est à Vénissieux que se tient le premier congrès de l'Union des jeunes musulmans (UJM) en 1992. Inspirés par les Frères musulmans et Tariq Ramadan, les leaders relisent les injustices sociales à l'aune du mépris racial, du rejet de l'islam. Des animateurs, des éducateurs, des médiateurs, des professeurs de sport sortent de la pépinière UJM et relaient depuis ces années ce message. Dans les années 1990, des hommes vérifient parfois les cabas des ménagères pour traquer le jambon. On refuse des femmes aux enterrements. Il faudra l'expulsion de l'imam salafiste Bouziane, en 2002, pour déclencher la contre-offensive municipale. Deux projets de mosquée hors des caves sont en cours. Les relations avec les communautés musulmanes traditionnelles ont été renforcées. Sans stopper l'expansion des salafistes à ce jour.

«Apporter une réponse religieuse à ces dérives»

Partout en France, le nombre de femmes «ninja» suit une courbe «exponentielle», selon l'imam de Guyancourt (Yvelines), Abdelali Mamoun. Des communautés prospèrent en région parisienne. À Trappes, aux Mureaux, à Mantes, Argenteuil, Stains, Nanterre, Sartrouville, mais aussi Puteaux, Grigny, Évry ou encore Longjumeau et, désormais, dans des zones plus rurales. «Il faut apporter une réponse religieuse à ces dérives, prévient Abdelali Mamoun. Même si ces salafistes ne sont pas djihadistes, ils haïssent l'Occident, ils crachent sur les koufars, les infidèles, mais profitent de tous les avantages sociaux de la France. Sans s'installer sur une terre musulmane comme le veut pourtant leur doctrine. Leur duplicité nuit aux Français de confession musulmane.» Une position que partage Mustapha Ghouila, président de l'Association nationale des élus de banlieue, qui a grandi à Vénissieux : «On ne peut pas tourner le dos à la France, à ses traditions, en provoquant ainsi en burqa.»

Si le front antiburqa est large, certains ne voudraient pas «qu'un voile, même intégral, masque le fléau du chômage et la précarité». Parmi les Français de confession musulmane, beaucoup «sentent même une forme de solidarité avec celles qui portent le niqab, explique Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman du Rhône, non pour défendre leur tenue, mais par réflexe identitaire.» Parmi la jeunesse, toutefois, subsiste une relative indifférence devant ces voiles qui ont recouvert tant de têtes. Un «chacun fait ce qui lui plaît», version islamique, que résume Nizar : «Si la femme veut burquer, elle burque. Si elle ne veut pas, elle ne burque pas !» Des mots et un ton légers en décalage avec l'inquiétude grandissante que manifestent des élus devant un phénomène difficile à maîtriser. 

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«Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers»

Evacués de force mercredi de la Bourse du travail à Paris par la CGT qui voulait récupérer ses locaux, 200 travailleurs en situation irrégulière campent sur le trottoir.

CORDÉLIA BONAL

Jeudi devant la Bourse du travail, dans le IIIe arrondissement à Paris.

Jeudi devant la Bourse du travail, dans le IIIe arrondissement à Paris. (CB)

Un semblant de calme est revenu autour de la Bourse du travail ce jeudi à Paris, après la violente évacuation la veille des occupants par le service d'ordre de la CGT. Les sans-papiers délogés, au nombre de 200 environ, ont passé la nuit sur le bout de trottoir où ils ont échoué avec matelas et couvertures, et ne comptent pas en bouger pour le moment.

Ce matin, personne n'est parti travailler, tous s'en tiennent au mot d'odre: ne pas bouger tant que les demandes de régularisations déposées par le collectif (750 dossiers déposés à ce jour à la préfecture, 1200 au ministère) n'avanceront pas. En attendant, on s'organise, sous l'œil de quelques policiers. Des chaises, réchauds, radios ont rejoints le fatras de sacs et matelas. Voisins et associations passent discuter, dire leur colère, distribuer pain et bouteilles d'eau. Sur le trottoir d'en face, quelques cafetiers ouvrent l'accès à leurs toilettes.

Travailleurs isolés en situation irrégulière, originaires d'Afrique pour la grande majorité, les occupants avaient investi il y a 14 mois la Bourse du travail, bâtiment appartenant à la ville de Paris mais géré par plusieurs syndicats, dont la CGT.  L'occupation avait été décidée après le refus par la préfecture de police de Paris de recevoir 1.000 dossiers que le collectif, la CSP 75 (coordination de sans-papiers) voulait voir traiter, la préfecture renvoyant vers la CGT.

«Bandits»

«On est en France depuis des années, on travaille, on cotise, nos grands-parents se sont battus pour la France», énumère Keita, intérimaire dans le bâtiment grâce à de faux papiers, comme beaucoup ici. «Alors on ne bougera pas de ce trottoir. Maintenant, ce sera les CRS ou les papiers.»

Depuis hier, les deux accès au bâtiment sont bloqués: grilles baissées côté boulevard, porte close côté rue, qui s'ouvre de temps à autre pour laisser passer une poignée de responsables syndicaux venus reprendre possession des locaux. Entre le collectif de sans-papiers et les membres de la CGT, on évite soigneusement tout contact.

«La CGT ? C'est des bandits!», s'insurge Keita. Même colère chez Anzoumane Sissoko, délégué du collectif, la CSP 75: «Nous ne voulons plus avoir affaire à eux. Après ce qu'ils nous ont fait hier, venir comme ça nous taper et nous asperger de gaz lacrymogène, ça suffit comme ça.» Au lendemain de l'évacuation, Sissoko compte les absents: «six blessés» et «quatre interpellés». Chiffres qui n'ont pas été confirmés ce jeudi par la préfecture.

«Violence injustifiable»

Après l'épisode violent de la veille, associations et partis ont condamné, plus ou moins fermement, la décision de la CGT, syndicat qui se pose par ailleurs régulièrement en intermédiaire pour le dépôt de dossiers de régularisations de travailleurs. Pour France Terre d'asile, «la CGT, avec cette intervention, qu’elle l’ait souhaité ou non, indique clairement qu’elle change de logiciel en se recentrant sur sa "clientèle" habituelle. Nous devons veiller collectivement (...) à ne pas laisser la division et le rejet de l’autre se propager».

Le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) «dénonce la brutalité de la CGT et demande au gouvernement des actions concrètes pour faciliter une sortie de crise de manière plus humaine», tandis que les Verts s'élèvent contre une «violence injustifiable».

Droit au logement, qui s'était «désolidarisé de l'occupation de la Bourse par les sans papiers motivée par des considérations peu crédibles», dénonce néanmoins la méthode, «expéditive».

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Reine des Nieulles, une élection pas vraiment comme les autres

dimanche 17.05.2009, 04:47 - La Voix du Nord

   
De g. à dr.: Virginie (2e demoiselle), Amandine (1r e demoiselle) et Justine, nouvelle reine des Nieulles. De g. à dr.: Virginie (2e demoiselle), Amandine (1r e demoiselle) et Justine, nouvelle reine des Nieulles.
|  ÉVÉNEMENT |

Quand le chef m'a dit, vendredi matin, que je devais couvrir l'élection de la reine des Nieulles, j'étais perplexe. Il faut dire que les concours de beauté et moi, ça a toujours fait deux. C'est donc un peu avec des pieds de plomb que, vendredi soir, je suis partie pour l'école de musique, persuadée que j'étais que la soirée allait plus tenir de la corvée que du plaisir... Grossière erreur ! Cinq heures plus tard, j'étais séduite...

PAR FLORENCE PIAZZETA
 

armentieres@lavoix PHOTOS « LA VOIX »

«  Ce soir, nous élisons une reine pas une miss », précise Jean-Michel Parega, le Monsieur Loyal de la soirée. «  La reine et ses demoiselles deviendront les ambassadrices de la ville. Elles doivent donc avoir une personnalité leur permettant de s'adapter à toutes les situations et toutes les circonstances », enchérit Francis Coisne, chef du protocole. Premier cliché mis à mal : la plastique des demoiselles (11 candidates au titre cette année) ne sera pas l'unique critère de sélection. La première épreuve, à l'école de musique, est là pour en témoigner : chacune des concurrentes passe au grill des questions du jury présidé par Catherine De Paris. Une brève présentation, suivie de trois minutes de questions tournant principalement sur la connaissance d'Armentières et de son canton, histoire de vérifier que la future ambassadrice saura « vendre » son secteur.

Une heure et demie plus tard, direction salle Carnot où se tiendra le plus gros de la soirée. Là encore, mes idées reçues sur les élections de miss - pardon, de reines !- vont être mises à mal. Ici, pas de défilé de mode. Les filles montent sur scène dans la tenue qu'elles ont choisie et qu'elles garderont tout au long de la soirée. Et, là encore, c'est sur leur prestance, leur élocution et leur présence sur scène qu'elles vont être jugées. Et l'exercice n'est pas facile. Imaginez un peu d'avoir à deviser devant les représentants d'une ville et de les convaincre, sans autre artifice que votre personnalité, que vous êtes celle qu'il faut pour représenter la commune. Pas de surprise, dès lors, à voir l'émotion gagner le rang des concurrentes.

Pendant un long moment, on a même pu croire au forfait d'une jeune concurrente qui, submergée par l'émotion et le trac, a bien failli déclarer forfait. Et, là encore, un cliché est tombée : loin de la bataille sans pitié des concours de beauté où tous les coups, ou presque, sont permis, les filles ont su faire preuve de solidarité, réconfortant du mieux qu'elles le pouvaient la candidate pour finalement l'accompagner sur scène pour la présentation publique.

Malgré tout, il aura fallu se résoudre à faire un choix. «  Il n'a pas été facile », annonce Jean-Michel Parega. À tel point que, pour la première fois de l'histoire de l'élection de la reine, le jury n'a pas réussi à départager la troisième demoiselle d'honneur et a dû se résoudre à rendre un palmarès (lire ci-dessous) avec des ex-aequo. • 

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La Forge poussée vers la sortie

Squat. Mobilisation hier contre l’expulsion.

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Thomas Stélandre

Manifestation ou performance ? Hier matin, vingt artistes ont investi le parvis de l’Hôtel de Ville en brandissant de grandes clés argentées pour dire non à leur expulsion. Suite à une décision du conseil de Paris et à une lettre en date du 11 mars, ils doivent évacuer l’ancienne usine de clés du bas Belleville (Paris, XXe arrondissement) qu’ils occupent, pour certains, depuis 1990.

Offres. La demande d’expulsion est consécutive à l’appel d’offres lancé par la direction des affaires culturelles, en juillet 2008, pour la gestion et l’animation du site. Deux associations y avaient répondu : les anciens de la Forge et Traces. Plus axée social, cette dernière l’a emporté en proposant des animations et des ateliers pour les enfants du quartier. Pour avoir privilégié l’art sur le social, les résidents de la Forge sont punis.

Un conseiller de Christophe Girard, adjoint au maire de Paris, s’en explique : «Un site municipal dans un quartier comme Belleville ne peut pas être un îlot refermé sur lui-même, alors que les quartiers populaires ont besoin de culture.» Le refrain n’est pas sans rappeler celui servi lors de l’ouverture du Centquatre ou de la Maison des métallos. Une fois encore, l’art se fait ciment social. Au détriment des artistes eux-mêmes ?

Clés.«On nous fait passer pour des méchants qui n’aimont pas les enfants, le quartier. C’est dégueulasse de nous manipuler comme ça»,s’énerve Pierre Chandelier, résident historique de la Forge.«On voit bien le type de fantasmes que l’art véhicule, poursuit la peintre Annie Barel, mais ce n’est pas la réalité.» A son tour, la plasticienne Catherine Binon élève la voix contre le représentant de la mairie : «On nous demande d’exercer un autre métier que le nôtre. Mais l’art ne peut pas tout soigner. C’est une représentation surannée. Maintenant, pour être artiste, il faut faire des travaux d’intérêt général.»

Création d’un côté, social de l’autre ? Pas pour Wanda Savy, présidente du lieu jusqu’en 2003 : «On se plaint aussi que tout le travail qu’on a fait depuis dix-sept ans ne soit pas reconnu : on a ouvert, fait des manifestations culturelles. Notre travail sur le quartier n’a jamais été reconnu.»

En attendant la remise des clés, prévue pour le 22 avril, les artistes organisent un concert gratuit le 18, à la Forge de Belleville, pour mobiliser la population et les élus. Et ne comptent pas en rester là.

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Molex : les deux patrons séquestrés racontent

MARCUS KERRIOU ET COLINE COLBOC, cogérant et DRH de l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne)

Vingt-six heures de séquestration n’ont pas entamé leur détermination et n’ont en rien émoussé l’indignation de Marcus Kerriou et Coline Colboc, respectivement cogérant et DRH de l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne). Alors que 300 salariés sont menacés par la fermeture de ce site spécialisé en connectique pour l’automobile, les deux patrons veulent croire à une sortie de crise négociée, tout en fustigeant le comportement des « meneurs », selon eux « manipulés ».

 
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La colère de la CGT
 


Comment s’est déroulée votre séquestration ?
Marcus Kerriou.
Les premières heures, on ne réalise pas trop. Nous n’avons pu dormir que deux heures.
Les salariés tapaient sur les cloisons. Sous les flashs des photographes, je me sentais comme un singe dans un zoo. C’était très humiliant de devoir demander la permission d’aller aux toilettes. Et en même temps, il nous fallait une escorte pour des raisons de sécurité. Le matin, on se sent sale.
Coline Colboc. Je savais que ça pouvait nous arriver, mais pas à ce stade des discussions. C’était prémédité. Ils prétendaient discuter, mais leurs revendications, qu’il s’agisse des 100 millions d’euros d’indemnités, du rapatriement des stocks de pièces de l’étranger ou du maintien de l’activité, étaient surréalistes. A un moment, j’ai craqué. Le pire, c’était la sortie. On nous a abreuvés d’insultes. Marcus a été légèrement blessé. Il doit se rendre à l’hôpital.

Avec le recul, comment analysez-vous ce type d’action ?

M.K. C’est tout simplement criminel. Je ne vois aucune excuse pour ces atteintes à la liberté personnelle. Ce n’est rien d’autre que de la prise d’otages. J’envisage de déposer plainte. Ces actes donnent une image catastrophique de la France dans le monde des affaires.
C.C. On ne peut pas négocier sous la contrainte. Ça nous braque, alors que les gens pourraient partir dignement, c’est-à-dire en paix avec l’entreprise, et en poursuivant un projet de reclassement identifié.

Comprenez-vous la colère des salariés ?
M.K. Mais tout cela est piloté de l’extérieur ! Il y a un décalage entre le professionnalisme avec lequel est gérée la communication, et le niveau intellectuel de certains salariés. Clairement, ça veut dire que, derrière tout ça, il y a les centrales syndicales, à commencer par la CGT, et des éléments radicaux déconnectés de la réalité économique. Au final, c’est l’anarchie totale et ça ne va ni dans l’intérêt des salariés ni dans celui du bassin d’emploi.
C.C. Nous avons pris une décision industrielle dans le respect de la légalité. En cherchant à gagner du temps, les syndicats empêchent la mise en place du reclassement. Du coup, les gens sont abandonnés, désespérés, et tout se concentre dans le rejet de l’entreprise et la haine du patron.

François Fillon accuse Molex de délit d’entrave…
C.C.
Alors, non seulement on est séquestrés, mais en plus, maintenant, il faudrait qu’on aille en prison ? Un défaut d’information au CE, si tant est que nous soyons condamnés, ce n’est pas non plus criminel.
M.K. Depuis juillet 2008, nous avons perdu quatre millions d’euros sur ce site. Tous nos marchés s’effondrent. Nous fermons d’autres usines en Europe, vers lesquelles nous avions prévu au départ de délocaliser. Avec l’arrêt de la production de Villemur, les lignes de PSA étaient sur le point de stopper en fin de semaine dernière. Ça aurait coûté 1,2 million d’euros de pénalité par jour à Molex, et pénalisé plusieurs milliers de salariés.

Comment abordez-vous les semaines à venir ?
C.C.
C’est l’incertitude. L’équipe de management a peur. Nous allons sécuriser le site. Je trouvais ces mesures de protection disproportionnées, mais quand je vois le directeur recevoir par courriel des menaces de mort, je me dis que c’est nécessaire. J’espère que la production va reprendre. Sinon les salariés seront livrés à eux-mêmes, et on risque de se retrouver face à une véritable Cocotte-minute. Je crains l’acte d’un désespéré isolé. Maintenant, je vais prendre du recul, dépasser l’émotionnel, et gérer la situation dans le respect des personnes.
M.K. Je suis déterminé, dé-ter-mi-né. Et je ne me laisserai pas intimider.

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Besson s'attaque à la «jungle» de Calais

REPORTAGE

Le ministre de l'Immigration Eric Besson, en visite ce jeudi à Calais, a confirmé son intention de fermer «avant la fin de l'année» le campement de fortune qui accueille nombre de migrants.

Dans la zone industrielle des dunes, près du port, entre les grands parkings et les usines, survivent dans des campements de fortune des centaines de migrants sur un espace sablonneux et boisé. C’est «la jungle», comme l’appellent les migrants. Le ministre de l’Immigration est là pour présenter un train de mesures pour Calais.

D’abord, une usine, Tioxide, spécialisée dans le traitement des éfluents. Huit patrons s’installent autour d’une table. Eric Besson veut « écouter » ces entrepreneurs qui se plaignent de l’entrave au développement économique que constituerait la présence des migrants. Tour de table. «Des intrusions », des « comportements agressifs », des branchements dans « les armoires électriques » pour recharger les téléphones portables, les risques que prennent les migrants en se planquant sous les camions pour gagner la Grande-Bretagne, dit le premier. « Les rixes », « le personnel qui a peur », ajoute un autre. « Après tout, on est chez nous », finit par dire un patron exalté. « On est tous en train de perdre nos entreprises. »

L’un d’eux, Guy Portal, invite le ministre à venir voir son entreprise d’autocars. Le ministre accepte le détour imprévu. Deux cent mètres plus loin, on découvre le vaste parking, une clôture et un camp de fortune au-delà. Des hommes, jeunes, se dressent à l’arrivée de l’attroupement. Le ministre ne leur prête pas attention. Les journalistes si. Caméras et appareils photos, « on se croirait à un safari », soupire un photographe. En arrière, le patron raconte qu’on lui pique de l’eau. Et puis, « quelle image ça donne ».

Une image, un poids économique et des contraintes que la ville de Calais ne peut plus supporter explique en substance la maire de Calais, Nathalie Bouchart. « Plutôt que de fermer ces entreprises, nous démantelerons la jungle », lui a répondu le ministre lors d’un discours à la mairie de la ville. Voilà l’objet de cette visite. Plus de six ans après la fermeture de Sangatte, par Nicolas Sarkozy, Eric Besson, veut vider la « jungle », sans créer un « mini-Sangatte ». Comment? « J’ai demandé un plan pour que cela soit fait d’ici fin 2009. » Le ministre avance que les passeurs y font régner « la loi de la jungle », martèle-t-il. Pour les associations « cela ne fera que déplacer le problème ».

Par ailleurs, des discussions avec les Britanniques doivent débuter «dans les semaines qui viennent. » « Nos amis britanniques doivent prendre une part dans le contrôle de leur frontière avec l’espace Schengen. »

Devant la mairie où le ministre doit faire son allocution, quelques manifestants. Suzanne, militante à l’association Salam s’interroge: « Mes chiens sont mieux traités que ces jeunes migrants. Qu’est-ce qu’on en fait? » Elle rit, amère. « Ca fait six ans que je répète la même chose. Quand ils ont fermé Sangatte, il y avait peut-être 200 migrants. Maintenant, ils sont 800. Ca n’a strictement rien changé. »

Pour remédier à la situation humanitaire désastreuse, le ministre a prévu un plan en six points pour Calais. « Un point de recueil des demandes d’asile à la sous-préfecture, une agence pour suivre les droits des migrants, un point de distribution des repas mieux adapté, une permanence d’accès aux soins, un point sanitaire et un nouveau point d’accueil de jour. » « Des avancées hummanitaires réelles », estime Jean-Claude Lenoir, cofondateur de l’association humanitaire Salam.

Et les 200 personnes arrêtées puis relâchées, c’était pour quoi? « Signifier aux passeurs qu’ils ne font pas ce qu’ils veulent », dit le ministre. « Complètement inutile », répond Suzanne. « De la dissuasion » déclare le patron de la police aux frontières, présent aux côtés de Besson. « Ce n’est pas parce que ce n’est pas suffisant qu’il ne faut rien faire. Nous devons remettre de l’ordre.» Une opération intervenue le jour-même de la présentation par Nicolas Sarkozy de ses projets sur la sécurité.

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200 clandestins arrêtés avant la visite ministérielle

A deux jours de la venue du ministre de l’Immigration à Calais, la police a interpellé hier de nombreux migrants. Enquête sur ces clandestins qui rêvent de l’eldorado anglais.


 
 
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Pascale Égré | 22.04.2009, 07h00

Des campements de fortune cernés par des centaines d’uniformes. Près de deux cents migrants interpellés et placés en garde à vue. Plusieurs opérations coups de poing ont été menées hier à Calais (Pas-de-Calais) et sur des aires d’autoroute de la région, où affluent en permanence des centaines d’exilés qui cherchent à passer en Grande-Bretagne. Conduites sur réquisition judiciaire, mais à l’avant-veille d’une visite du ministre de l’Immigration sur place, ces vagues d’arrestations ont suscité une volée de critiques. « Un coup de communication qui ne répond pas au besoin de protection de ces gens, dont la plupart viennent d’Afghanistan et d’Irak », jauge Pierre Henry, de France Terre d’asile. « Est-ce courir après les passeurs que de rafler ces réfugiés qui dormaient ? » interroge l’abbé Boutoile, du collectif calaisien C’Sur.

« La guerre aux passeurs »

« Il fallait réaffirmer, face à la dégradation de la situation, que force doit rester à la loi ! » rétorque Eric Besson, qui se défend de toute corrélation avec sa visite. Le ministre, qui a fait du dossier « Calais » une priorité, doit annoncer demain une première série de mesures. « Rétablir l’Etat de droit dans cette ville, là est la question de fond, que ce soit deux jours avant ou trois après ma venue », insiste le ministre, pour qui l’objectif est d’engager « la guerre aux passeurs ». « Ce type d’opération est nécessaire. Notre ville est prise en otage ! Il y a en ce moment huit cents migrants à Calais », souligne la maire (UMP) de la ville, Natacha Bouchart, qui s’emporte contre les Britanniques, non signataires des accords de Schengen, et dont les conditions d’accueil pour les étrangers, estime-t-elle, demeurent « trop attrayantes ».
Depuis la fin des années 1990, à l’unisson de l’Union européenne, la Grande-Bretagne a pourtant fermé ses portes de façon drastique : enfermement illimité des demandeurs d’asile dans des centres de rétention prisons, établissement de contrôles d’identité pour les étrangers et expulsions massives… Dans les réseaux qui leur font franchir les frontières, et qui vendent désormais le mirage des pays scandinaves, le bouche-à-oreille l’a depuis longtemps diffusé : hormis pour quelques « chanceux », l’eldorado anglais n’est plus le rêve espéré. Auparavant transitoire, le passage par Paris s’inscrit de plus en plus dans le temps. Ainsi de ce jeune Afghan, tué le 5 avril dernier square Villemin, en France depuis plusieurs mois. Et ceux qui parviennent encore à traverser la Manche n’ont désormais pour seule issue, lorsqu’ils s’extirpent des camions, que de se fondre dans la clandestinité.


Le Parisien