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Un sénateur dénonce "des intérêts mercantiles" au sein de l'UMP
NOUVELOBS.COM | 01.04.2008 | 18:48
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Alors que les députés examinent le projet de loi, Jean-François Legrand dénonce "des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques" défendus au sein même de l'UMP.

Un champ de maïs transgénique dans le sud de la France en août 2007

Un champ de maïs transgénique dans le sud de la France en août 2007 (c) AFP
Le sénateur UMP de la Manche Jean-François Legrand dénonce à propos des OGM "des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques" défendus au sein même de l'UMP.
"Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques (...) la force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale", accuse-t-il dans une interview au quotidien Le Monde, daté de mercredi.
L'Assemblée nationale devait entamer mardi après-midi l'examen du projet de loi sur les OGM.
"Il suffit de comparer les arguments des uns et des autres - identiques - pour comprendre l'origine de leur colère. Ils ont été actionnés. J'ai été approché par Monsanto et j'ai refusé de leur parler", insiste celui qui fut président du groupe de travail sur les OGM lors du Grenelle de l'environnement, et président de la Haute autorité provisoire sur les organismes génétiquement modifiés.

Accoyer réplique

Le sénateur poursuit sa charge en ajoutant que "la question des OGM est un combat d'arrière-garde, mené par ceux qui pensent encore que l'économie l'emporte sur l'homme: des obscurantistes qui ferment les yeux sur le devenir du monde".
Jean-François Legrand ajoute cependant qu'il "ne renonce pas à faire valoir (son) point de vue au sein de (son) parti" lors de la deuxième lecture du texte devant le Sénat, qui l'avait fortement amendé lors du premier examen.
Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a souligné de son côté "l'exigence absolue" d'une information "équitable et équilibrée" sur les OGM, jugeant "inacceptable" la mise en cause de l'impartialité des parlementaires sur ce dossier.

"A la solde d'intérêts privés ou de groupes de pression"

Dans une déclaration à plusieurs journalistes, peu avant l'ouverture de l'examen du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) mardi à l'Assemblée, Bernard Accoyer a souligné "l'exigence absolue d'une information équitable et équilibrée des parlementaires".
Il a jugé "inacceptable" le fait de "considérer que parce que tel ou tel parlementaire défendrait telle ou telle position, telle ou telle conviction, il serait à la solde d'intérêts privés ou de groupes de pression".
"Les parlementaires doivent pouvoir travailler dans les meilleures conditions d'information, de liberté d'expression et de vote", a affirmé le président de l'Assemblée nationale.

"Intérêts mercantiles"

Dans une interview au quotidien Le Monde, daté de mercredi, le sénateur UMP Jean-François Legrand dénonce à propos des OGM "des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques" défendus au sein même de l'UMP.
"Certains ont fait main basse sur l'UMP afin de défendre des intérêts mercantiles (...) la force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale", accuse le sénateur.

Début des travaux

L'assemblée nationale a débuté ses travaux, mardi 1er avril à 16h45, sur le projet de loi controversé portant sur les OGM.
Les députés ont déposé 460 amendements, mais le texte n'a fait l'objet d'aucune demande de vote solennel, a-t-on appris mardi à l'issue de la conférence des présidents. Lundi, le député Noël Mamère (Les Verts) avait pourtant assuré qu'un vote solennel serait demandé afin que chaque parlementaire puisse "prendre sa responsabilité devant la société, devant nos enfants". Une demande de vote solennel peut encore être présentée durant les travaux.

Trois motions de procédure

L'examen du projet de loi devait s'ouvrir juste après le débat sans vote sur l'engagement français en Afghanistan, avec les interventions du ministre d'Etat Jean-Louis Borloo (Ecologie) et du ministre de l'Agriculture Michel Barnier.
L'examen des articles et des amendements ne devrait cependant débuter que mercredi après-midi. La conférence des présidents a programmé les travaux jusqu'à vendredi soir (éventuellement), soit un jour de plus que prévu, en raison du nombre d'amendements et des trois motions de procédure déposées par la gauche contre ce texte.
Les groupes PS et GDR (Verts-PCF) ont déjà annoncé qu'ils voteraient contre le projet de loi, sur lequel le député UMP François Grosdidier a revendiqué "une liberté de vote".

"Piquet de vigilance"

Après des manifestations "pour le droit de produire et consommer sans OGM", samedi, dans plusieurs villes, à l'appel d'un collectif d'associations et syndicats (notamment Greenpeace, Attac, les Amis de la Terre, les Faucheurs volontaires, la Confédération paysanne et la Fédération nationale de l'agriculture biologique), les opposants au projet de loi comptent poursuivre leur mobilisation. Le leader altermondialiste José Bové a annoncé lundi son intention de tenir un "piquet de vigilance" aux abords du Palais Bourbon. "On fera un piquet de vigilance devant l'Assemblée nationale jusqu'à la fin des débats et on restera là jour et nuit", a déclaré José Bové, qui estime qu'"on est en train de trahir ce qui a été la volonté collective qui est issue du Grenelle" de l'environnement. Des "faucheurs volontaires" et des associations participeront au piquet de vigilance.

Favorable aux semenciers

Adopté le 8 février dernier par les sénateurs, le projet de loi vise à mettre en oeuvre les recommandations du Grenelle et à transposer en droit français la directive européenne sur les OGM. Mais le texte a été réécrit par le Sénat dans un sens favorable aux semenciers.
Fondé sur les principes de transparence, de précaution, de prévention, d'information et de responsabilité, il stipule que les OGM "ne peuvent être cultivés, commercialisés ou utilisés que dans le respect de l'environnement et de la santé publique". Leur autorisation ne pourra intervenir qu'après une "évaluation préalable indépendante des risques pour l'environnement et la santé publique". La loi garantit en outre "la liberté de consommer et de produire avec ou sans organisme génétiquement modifié", et prévoit une "coexistence" des cultures OGM et non-OGM.
Si les grands principes du texte n'ont pas été modifiés lors de l'examen par la Haute assemblée, les sénateurs en ont largement amendé les modalités.
La Haute autorité instituée par le projet gouvernemental pour évaluer les risques liés aux OGM est devenue un "Haut conseil des biotechnologies", obligatoirement présidé par un scientifique. La place des scientifiques y sera prééminente par rapport aux représentants de la société civile.

"Délit de fauchage"

Les sénateurs ont aussi créé "un délit de fauchage" de champ d'OGM passible de deux ans de prison et 75.000 euros d'amende. Le texte n'oblige pas les producteurs de semences à participer à l'indemnisation en cas de contamination par des OGM des récoltes des parcelles voisines. Cette indemnisation en cas de présence fortuite d'OGM au delà d'un seuil de 0,9% sera de la responsabilité de l'exploitant du champ.
Ces modifications inspirées par les membres de la majorité pro-OGM font bondir les écologistes. "Ce projet de loi est une imposture politique qui s'attache à tordre le cou aux prescriptions du Grenelle", estime Noël Mamère, qui dénonce un texte qui donne "plus de liberté et de grain à moudre aux grands semenciers" et constitue une "menace sur la biodiversité, l'environnement et la santé".

"Vitaux" pour l'avenir de l'agriculture et de la recherche

Mais la bataille s'annonce inégale. La majorité UMP n'a pas l'intention de revenir sur les modifications des sénateurs. Le président UMP de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer a souhaité la semaine dernière un débat "équilibré où l'amalgame, le terrorisme intellectuel, la violence ne l'emportent pas sur la rationalité et la connaissance". Pour lui, les OGM sont "vitaux" pour l'avenir de l'agriculture et de la recherche en France.
"L'adoption de ce texte par l'Assemblée nationale va dans le sens de l'histoire", estime Marc Laffineur, porte-parole du groupe UMP dans ce débat.
Quelques députés de la majorité ont toutefois exprimé des réserves sur un texte "manifestement amendé sous l'influence des groupes voulant une mise en culture rapide et massive des OGM en France", selon François Grosdidier (UMP), qui défendra des amendements pour revenir à la philosophie du texte initial.
Le débat ne s'arrêtera pas là. Le gouvernement a accepté de lever l'urgence sur le projet de loi, qui repassera donc en deuxième lecture à l'Assemblée et au Sénat. (avec AP)

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Songdo, première "ville de l'ubiquité"
De notre envoyé spécial en Corée du Sud ARNAUD RODIER.
Publié le 31 octobre 2007
Actualisé le 31 octobre 2007 : 08h29

La cité verra le jour en 2014 en Corée du Sud. Les technologies de l'information y régneront en maître. On y sera partout en étant n'importe où. Au risque d'être en permanence sous contrôle.

Big Brother existe. Il est sud-coréen. C'est un informaticien à l'allure sage dont la porte-parole est une jeune femme brune aux cheveux courts, pétaradante dans sa minijupe noire. Ses yeux pétillants séduisent. Sa parole mécanique glace. «Les visionnaires de l'immobilier ne construisent pas des bâtiments. Ils construisent des expériences, de l'interactivité, une façon de vivre. »

«Welcome to Songdo. » Une fois passé sous l'arceau vert qui enjambe l'autoroute, on quitte le monde réel pour la Corée virtuelle. La ville en construction à 60 kilomètres de Séoul est un laboratoire à 25 milliards de dollars. Entièrement financé par l'industrie privée. Ce n'est pour le moment qu'un vaste chantier de 600 hectares récupérés sur la mer, mais quand elle ouvrira en 2014 ce sera la première « U-City » au monde. La première « ville de l'ubiquité ». Une ville où l'on sera partout en étant n'importe où.

Son secret, c'est la technologie de l'information poussée à outrance. « Les ordinateurs seront omniprésents, dans les bureaux, dans les appartements, dans les rues, et tous les systèmes, qu'ils desservent les résidents, les entreprises ou les services médicaux, pourront échanger leurs données », expliquent ses concepteurs, l'américain Gale International et le sud-coréen Posco. «Vous rêvez, nous construisons », promet une immense pancarte au pied d'une tour. Et ça marche. «Tout ce que vous voyez sorti de terre est d'ores et déjà entièrement vendu », se félicite Kim Hee-jeung, chargée

des relations publiques de la zone économique spéciale d'Incheon, qui abrite Songdo. À qui et à quels prix ? On ne le saura pas. Mais Songdo attend 500 000 personnes travaillant sur place en 2020, dont la moitié de résidents à temps plein.


Des bureaux ultramodernes, 9 000 appartements neufs, un centre international de conférences, des centres commerciaux au design futuriste, un hôpital dernier cri, un centre culturel, un musée, un hôtel 5 étoiles, un golf, rien n'a été laissé au hasard pour que les habitants de Songdo «profitent d'une vie de luxe dans les meilleures conditions ». Car il s'agit de réunir «le meilleur des villes du monde entier ». Il y aura donc un bâtiment qui ressemble à l'Opera House de Sydney, un Central Park comme à New York, des canaux comme à Venise...

Les confidences de Jorge O. Nelson, président de la future école internationale, laissent pantois. Il reçoit dix demandes d'inscription

de familles coréennes par jour, alors qu'elle ne commencera ses cours qu'en septembre 2009 ! «Les Coréens sont fanatiques de numérique et nous proposerons dès l'école communale une éducation digitale individualisée qui permettra de suivre en temps réel tous les stades de l'évolution de l'élève », explique cet Américain né à Seattle qui n'a pratiquement jamais vécu aux États-Unis. Une éducation fondée sur un système qui permettra aussi à ses parents et à ses professeurs de le suivre partout dans la ville. C'est ce qui s'appelle «l'organisation personnelle au jour le jour ». En effet, Songdo a prévu dans les moindres détails un scénario qu'on ne croyait possible que dans la science-fiction. Une même clé permettra de prendre le métro, de payer son parking, d'ouvrir son appartement, d'aller au théâtre, au cinéma ou de louer un vélo. Les poubelles publiques utiliseront des étiquettes de radio-identification qui créditeront directement le compte en banque de la ménagère qui aura recyclé ses bouteilles vides ou ses canettes de bière. Les planchers des habitations pour les personnes âgées seront sensibles aux chutes et alerteront directement les services d'urgence dès qu'ils en détecteront une. Les téléphones mobiles auront en mémoire les paramètres de la santé de leurs propriétaires et appelleront automatiquement le médecin s'ils enregistrent une anomalie. Les ampoules adapteront seules leur intensité en fonction de la luminosité ambiante enregistrée à l'extérieur des immeubles.

La liste n'est pas close, mais il y a plus grave. U-City doit pouvoir se corriger et s'améliorer d'elle-même. C'est pourquoi elle sera dotée d'un « U-Life Management Center », sorte de cellule centrale intelligente capable de contrôler et de modifier tous les services proposés pour qu'ils soient absolument parfaits. Et donc de se passer de l'homme ! Les concepteurs de Songdo s'en défendent. «Notre objectif n'est pas de construire une simple ville câblée, mais une ville où la technologie inspire au contraire les gens et leur permet de faire peut-être des choses qu'ils n'imaginent même pas. » Mais d'autres, comme l'écrivain Victor Rozek, s'interrogent. Les habitants de Songdo risquent de s'apercevoir très vite «que le prix à payer pour mener une existence numérique est la perte de l'intimité ». Voire de celle de l'identité. Et le paradis informatique prend soudain des couleurs de cauchemar.


Jusqu'à quel point la possibilité d'être partout à la fois n'implique-t-elle pas celle d'être en permanence sous contrôle ? À partir de quel degré de sophistication le système ne va-t-il pas briser toute personnalité ? «En 2002, à ses débuts, on appelait ce chantier Hongapour, contraction de Hongkong et de Singapour. Aujourd'hui, on y voit surtout la traduction de la mégalomanie de nos hommes politiques », critique une habitante de Séoul. Un film projeté en fin de visite, tourné en superbes images de synthèse, n'apporte pas de réponse, même s'il tente de gommer la mauvaise impression que laisse cette mécanique trop bien huilée. Seul un petit jardin, au pied d'un bloc de quatre tours identiques, qui cache un minuscule temple, rappelle que l'on est en Corée et pas dans un monde inventé. Mais quand, la nuit tombée, le chauffeur de la voiture tourne sans pouvoir trouver la sortie sur des routes désertes, dont certaines s'arrêtent en cul-de-sac devant de lourdes portes de métal, on se prend soudain à revivre la série télévisée Le Prisonnier.

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Chronique
L'architecte au Parthénon, par Francis Marmande
LE MONDE | 21.06.06 | 13h37 • Mis à jour le 21.06.06 | 13h37


aire un musée : penser, classer, regarder, rester ferme, aller au compromis, discuter, dépenser, intégrer (Paris, la tour Eiffel). Faire le Musée du quai Branly : penser les êtres, les objets, les lieux ; classer, chanter dans un buisson de questions (René Char : "Nul rossignol n'a le coeur à chanter dans un buisson de questions"). Passer à l'acte : se faire peur, se faire plaisir, se faire outrage, nuits blanches, engager une équipe, un projet, vivre comme vivent les toreros : le courage n'y intervient pas. La peur, elle, est partout : peur de défaillir, peur de se manquer, peur que ça ne marche pas, peur de la peur qui est la peur de l'architecte.
Cette année, l'architecte Jean Nouvel (né à Fumel, Lot-et-Garonne, en 1945) aura donné trois conférences : Columbia (New York), Harvard (Boston), Institut français d'Athènes (le 27 février). A l'Institut français, l'architecte s'exprime avec calme, devant un pupitre en plastique translucide. Il met son grain de sel aux images qu'il montre : "Vous aurez compris que je participe à pas mal de concours. D'une façon générale, j'en perds plus que je n'en gagne. En fait, les choses se passent un peu comme à Vegas : vous perdez pendant trois heures, et d'un coup, vous gagnez deux fois." L'architecte présente deux concours gagnés ensemble : le Musée du quai Branly (ouverture le 23 juin) et un bouquet de trois théâtres à Minneapolis, en porte à faux sur le Mississippi (inauguration, le 24 juin).

A l'Institut français d'Athènes, l'architecte raconte son architecture. Il dit la proximité écrasante du Parthénon. Voix douce, à distance, confiante. De façon récurrente, un petit rire joue à saute-mouton avec le propos. Nouvel : l'architecture est la pétrification d'un moment de culture. Ce moment suppose qu'on s'intéresse à autre chose qu'à l'architecture : "On ne peut pas inventer l'architecture à partir de l'autonomie de l'architecture." Résumons : le substrat, ce sont les arts plastiques (poussés à une autre échelle) ; le cinéma comme inspiration permanente ; mais au-delà des arts de l'oeil, la culture de l'époque, liée aux idées de l'époque. La musique avant toute chose. L'architecture est cet art dernier qui vient après les autres mais se montre plus qu'eux.

N'importe quel torero vous le dira : on n'est jamais que le contemporain de sa propre époque. "Je ne serais pas l'architecte que je suis, si je n'étais né dans cette époque : le structuralisme, Lévi-Strauss, Michel Foucault, Deleuze..." En retour, l'architecte se doit de se plier aux données du lieu où il oeuvre : à ses couleurs, son génie, ses matériaux, son histoire, sa géographie, à la direction des vents dominants qui l'inondent.

De l'Ecole des beaux-arts comme machine à recettes, l'architecte a retenu l'impératif de singularité, la recherche personnelle d'ancrages, de correspondances, d'échos. Elle interfère avec ce qui précède : "Plus que jamais, l'architecture annule les lieux, les banalise, les violente. Alors qu'elle doit révéler les géographies, les végétations, les horizons, les lumières. Elle est l'extension de notre monde au moment où celui-ci rapetisse." Au début d'un projet, tel un tireur à l'arc, un musicien free, un sage, l'architecte se met dans un état de non-savoir. Valéry : "Le temps scintille et le songe est savoir." Parti de l'inconnu, l'architecte fait vibrer le temps. Conscient que la maîtrise est méprise, il vise le dérapage, la griffure, la lumière, le rythme, la digression, l'instant, les contraires et le plaisir de vivre quelque part. "Nous pensons avec nos sens, nous sentons avec nos idées."

Quai Branly, le théâtre modulable frise la perfection. La question n'est pas là, l'architecture gît dans les détails : "Ma cousine et ma tante étaient brodeuses. De sorte que, pensant à elles, j'ai fait broder les numéros des places sur les sièges."

Francis Marmande
Article paru dans l'édition du 22.06.06

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Menaces sur le palais Stoclet, chef-d'oeuvre bruxellois
   
LE MONDE | 03.03.06 | 13h03  •  Mis à jour le 03.03.06 | 13h03
Bruxelles, correspondant

e palais Stoclet est une fabuleuse demeure privée, située avenue de Tervueren, dans les faubourgs de Bruxelles, qui a été habitée jusqu'au décès d'Anny Stoclet, en 2002. Cette réalisation de l'architecte autrichien Josef Hoffmann est même un des chefs-d'oeuvre de l'Art nouveau, qui déferle en Europe à la fin du XIXe siècle. La superbe exposition "Le Désir de la beauté", au Palais des beaux-arts de Bruxelles, raconte les liens entre ce palais et le mouvement Wiener Werkstätte, atelier viennois qui, de 1903 à 1932, voulut refaçonner la vie en fonction de critères esthétiques. Et d'évoquer les figures qui ont séjourné chez les Stoclet : Serge Diaghilev, Jean Cocteau, Sacha Guitry ou Darius Milhaud.

Hasard ? L'exposition coïncide avec une polémique sur l'avenir incertain de la demeure commandée à Hoffmann par Adolphe et Suzanne Stoclet, incarnations de cette grande bourgeoisie d'affaires, fortunée et éclairée, à laquelle s'adressait le Werkstätte et les protagonistes de l'Art nouveau. L'imposant bâtiment de 60 mètres de long qui continue de fasciner les Bruxellois (rares sont ceux qui ont pu le visiter) a été classé en 1976, tout comme ses jardins. En octobre 2005, la Région bruxelloise et la ministre francophone de la culture annonçaient leur intention de classer tous les éléments du mobilier encore contenus dans ce qu'Hoffmann avait voulu comme "un chef-d'oeuvre total".

Près de trois cents rubriques ont été ouvertes pour répertorier les trésors du palais. Argenterie, livres, instruments de musique, sculptures, luminaires, peintures étaient les richesses d'une maison qui abrita, en outre, l'une des plus importantes collections d'art privée au monde, avec des oeuvres égyptiennes, mésopotamiennes, précolombiennes ou byzantines. Le palais Stoclet est orné de fresques réalisées par Gustav Klimt, de vitraux de Carl Otto Czescka ou de sculptures signées Richard Luksch ou Franz Metzner, qui orna la tour de la demeure d'une couronne de roses et de lauriers, gardée par quatre statues d'Héraclès.

DRAME PATRIMONIAL EN VUE

Classer Stoclet est une initiative a priori louable. Mais qui peut engendrer un nouveau drame patrimonial pour la Belgique. Car les quatre filles d'Anny Stoclet sont divisées sur le principe de la procédure de classement, qui vise à maintenir dans sa globalité une oeuvre que les ministères espèrent inscrire sur la liste de sauvegarde de l'Unesco en tant que chef-d'oeuvre du patrimoine mondial.

La volonté de préserver l'harmonie et la beauté du palais a un coût important pour la famille Stoclet. Il est estimé à 30 millions d'euros - le palais est estimé 100 millions. Toute vente séparée d'objets leur étant interdite, trois des héritières ont introduit un recours devant le Conseil d'Etat, qui pourrait bientôt leur donner raison. Dans ce cas, seule une loi fédérale sur la sauvegarde de ce patrimoine unique au monde pourrait empêcher une dispersion qu'Aude Stoclet, en désaccord avec ses soeurs, juge "désastreuse".

Le morcellement des compétences politiques dans la Belgique fédérale et le peu d'empressement des pouvoirs publics à assurer la défense des biens culturels laissent peu d'espoir à ceux qui veulent éviter la catastrophe. Le royaume a connu d'autres épisodes navrants, comme la destruction de la Maison du peuple, de Victor Horta. Certains espèrent voir naître une fondation internationale apte à sauver le palais et l'unité de ses collections. Car le palais Stoclet répondait au souhait des fondateurs : créer un lieu enchanté, "un coin du monde où l'on se sent plus beau et meilleur", comme l'écrivait un ami d'Hoffmann.

 


"Le Désir de la beauté, le Wiener Werkstätte et le palais Stoclet", Palais des beaux-arts de Bruxelles, 23, rue Ravenstein, 1000 Bruxelles. Tél. : 00-32-2-507-82-00. Du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures ; lundi pour les groupes, sur réservation. Entrée de 3,50 € à 9 €. Jusqu'au 28 mai.
Catalogue (anglais), 38 €.

Jean-Pierre Stroobants