octobre 2008

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Ecrans-Médias
Moi jeux
Une chambre avec vues
Olivier Séguret
QUOTIDIEN : jeudi 18 septembre 2008

Pour obtenir une chambre à l’hôtel Vue des Alpes, il faut s’y prendre longtemps à l’avance. La nôtre, la 102, a été réservée en octobre 2007, pour un séjour de cinq nuitées qui a débuté hier. L’endroit n’est vraiment pas mal : alpestre, sain, placide ; le site est superbe sans être écrasant de grandiose. Depuis le petit balcon de cette chambre, on peut faire défiler le panorama. On se croirait dans une nouvelle de Robert Walser : un paysage de prairies vertes et de sommets moyens portant quelques traces d’humanisation avec, au fond du paysage, la couronne des cimes enneigées. Je suis descendu puis remonté par l’escalier et enfin redescendu par l’ascenseur, juste pour voir s’il fonctionnait. Je suis sorti de l’hôtel par la terrasse arrière et j’ai suivi un sentier engageant. J’ai fait un tour complet du petit lac, et une halte sur une presqu’île où gisait l’épave d’une barque. Plus loin, je détournai un pédalo apponté, autorisant un retour à l’hôtel par la voie aquatique. De l’autre côté de l’hôtel, un chemin mène à un chantier puis à une station de téléphérique. L’endroit a l’air abandonné, mais puisque la cabine est disponible… prenons-la.

Longue progression vers les sommets, premières petites piqûres de l’angoisse : et si le téléphérique était cassé, et si c’était un piège, et pourquoi n’y a-t-il absolument personne nulle part ? Comme des bouffées de cauchemars anciens, remontent à la surface les souvenirs d’autres hôtels virtuels, désertiques, fantômes et inquiétants. Les premiers Silent Hill, Hotel Dusk, Folklore…

Bien que fort ludique, il n’est pas sûr que Vue des Alpes soit un jeu. Une expérience. Un concept. Un exercice d’art numérique. Un paysage virtuel qui se visite sous réserve de patience et d’autorisation (exclusivement obtenue sur www.vuedesalpes.com). L’entreprise est mystérieuse et ce secret, qui défie le journalisme, inspire le respect.

A la rubrique FAQ du site, on trouve cette question : «Pourquoi n’y a-t-il pas d’objets préhensibles dans Vue des Alpes ? Pourquoi ne puis-je pas emporter ce que je veux avec moi ?» Réponse des administrateurs : «Vue des Alpes n’est pas un jeu d’aventures. Il n’y a pas d’énigme à résoudre d’un clic de souris, pas de monstres à abattre, pas de trésors à découvrir. Il n’y a que de l’air pur et frais dans des montagnes idylliques».

Il y a des places disponibles à partir du 14 juillet prochain.


http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/352607.FR.php
© Libération

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Les fournisseurs d'accès au Web doivent aussi rendre des comptes
LE MONDE | 22.09.07 | 13h34 • Mis à jour le 22.09.07 | 14h58

ie quotidienne, formalités... Le Monde répond aux questions des lecteurs


Avec les progrès technologiques et l'ouverture à la concurrence, les offres de service dans le domaine de l'accès à l'Internet à haut débit (ADSL) se multiplient. Mais que faire lorsque le prestataire est défaillant ? Après avoir épuisé tous les recours amiables, il n'y a parfois d'autre solution que d'aller en justice pour être indemnisé du préjudice.

Utilisateur des services d'un fournisseur d'accès à l'Internet (FAI) depuis octobre 2003, Marc, notre lecteur, a demandé, en septembre 2004, le dégroupage total. Il a ainsi confié sa liaison à Internet, son courriel et sa ligne téléphonique à Free. Un mois plus tard, il se retrouvait privé de connexion au Web et de téléphone. Malgré ses demandes réitérées et ses multiples démarches, ceux-ci n'ont été rétablis qu'en janvier 2005.

Marc a attaqué son fournisseur d'accès pour manquement à l'article L.121-20-3 du code de la consommation, qui impose au professionnel une obligation de résultat. Ce dernier a répondu que, dans le cadre d'une demande de dégroupage total, il n'était intervenu qu'en qualité de mandataire de Marc, et non en tant que fournisseur d'une prestation de service commandée par Internet.

Alléguant que les difficultés rencontrées avaient pour origine un défaut d'installation de France Télécom, et faisant valoir qu'il n'avait aucune possibilité d'agir sur le réseau ni auprès des techniciens de France Télécom, le FAI a estimé que les déboires de son client relevaient d'un cas de force majeure et n'engageaient donc pas sa responsabilité contractuelle.

Un tel dysfonctionnement n'est pas rare, les abonnés à l'ADSL sont nombreux à s'en plaindre. Le transport des paquets d'informations électroniques à des débits de plus en plus rapides est parfois difficile à installer, d'autant que les fournisseurs d'accès ne sont pas maîtres de la "boucle locale" (câble qui relie l'abonné au central téléphonique) gérée par France Télécom. En cas de panne, les deux sociétés ont du mal à coordonner leurs interventions. Les clients qui résilient leur abonnement à France Télécom en optant pour un dégroupage total ne sont plus prioritaires et peuvent être privés de téléphone pendant plusieurs semaines.

INCIDENT PAS IMPRÉVISIBLE

Le jugement, rendu le 26 juin par le tribunal de grande instance de Paris (cinquième chambre, première section), a repoussé les arguments du fournisseur. En effet, la demande de Marc comportait à la fois un "formulaire de commande de dégroupage total" et un "mandat de dégroupage", confiant au FAI "la mission de solliciter auprès de France Télécom l'usage de sa boucle locale afin de lui fournir un nouveau service de télécommunication".

Le contrat, conclu à distance, relevait donc de l'article L.121-20-3 du code de la consommation qui rend le professionnel "responsable de plein droit de la bonne exécution des obligations du contrat, que celles-ci soient à exécuter par lui-même ou par d'autres prestataires de services".

Le tribunal a aussi relevé que l'incident technique survenu sur le réseau de France Télécom n'était pas imprévisible. Ce type de problème était suffisamment connu pour que le FAI ait tenté d'échapper à sa responsabilité en édictant, en 2004, des conditions générales de vente jugées partiellement abusives. La fréquence de tels incidents avait d'ailleurs conduit France Télécom à établir, dès le 12 décembre 2003, un document détaillant la répartition des responsabilités sur une ligne téléphonique.

D'autre part, le FAI a tenté de soutenir que l'"inertie" de Marc était responsable de la durée de l'interruption du service, car il aurait tardé à faire vérifier son installation. Mais notre lecteur a pu prouver qu'il avait signalé immédiatement la panne, d'abord par télécopie, puis par lettre recommandée et mise en demeure dix jours plus tard, sans oublier seize courriels adressés depuis son lieu de travail, entre le 24 octobre 2004 et le 6 janvier 2005.

Le FAI a donc été condamné à verser à Marc la somme de 4 511,10 euros : 89,97 euros pour le remboursement de trois mois d'abonnement sans service, 10 euros pour les appels à la ligne d'assistance téléphonique, 111,13 euros pour les communications sur un téléphone mobile d'emprunt, 1 300 euros pour préjudice moral (privation de téléphone pendant les fêtes de fin d'année et de l'utilisation d'Internet comme loisir) et 3 000 euros pour compenser le temps passé à résoudre ce litige. L'avocat lui a coûté 1 000 euros.

Michaëla Bobasch
Article paru dans l'édition du 23.09.07

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lundi 31 juillet 2006, mis à jour à 11:54
Droit d'auteur
La chasse aux pirates est ouverte
Sahra Saoudi, avec Reuters

Le Conseil constitutionnel a validé l'essentiel de la loi adoptée en juin dernier, qui devient donc applicable. La notion de riposte graduée est toutefois passée à la trappe: les pirates risquent désormais la prison... en théorie
Le texte sur le droit d'auteur adopté par l'Assemblée nationale le 30 juin 2006 a reçu l'aval du Conseil constitutionnel et peut donc être appliqué. Les Sages ont validé l'essentiel, censurant toutefois quatre articles. A donc été rejeté "la plus grande partie de l'argumentation des requérants" - PS, des députés Verts, du PC et de l'UDF - selon un communiqué.

La "riposte graduée" retoquée
Le Conseil a jugé "contraire au principe d'égalité devant la loi pénale" l'article 24 relatif à l'utilisation d'un logiciel d'échanges "pair à pair" (peer-to-peer, comme EMule ou Kazaa). Les juges ont estimé qu'on ne pouvait pas faire de différence entre le piratage opéré sur un mail ou sur un blog et celui effectué à l'aide d'un logiciel "pair à pair".

Du coup, le mécanisme de "riposte graduée", promu par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres comme un moyen de répression équitable, passe à la trappe. Le texte initial prévoyait jusqu'à 150 euros d'amende pour l'utilisateur d'un logiciel qui mettrait des œuvres à disposition d'un public non autorisé et trois ans de prison et 300 000 euros pour la diffusion d'un logiciel permettant de casser les mesures techniques de protection. Pour les Sages, tout acte de piratage réalisé à partir d'un blog, d'un simple courriel ou d'un logiciel peer-to-peer, redevient, comme avant le projet de loi, un délit de droit commun de contrefaçon, c'est-à-dire passible de 300 000 euros d'amende et de trois ans de prison... Dans un communiqué, le ministre de la Culture a assuré qu'il allait saisir le Garde des Sceaux afin que "les poursuites soient orientées vers les cas les plus graves". Comme avant l'adoption de la loi, le flou demeure : que risquent réellement les personnes qui téléchargent illégalement des fichiers, notamment sur les réseaux peer-to-peer ? Nul ne peut le dire aujourd'hui.

L'interopérabilité: une notion trop vague
L'article 21 exonérait de toute pénalité les téléchargements illicites de "logiciels destinés au travail collaboratif, à la recherche ou à l'échange de fichiers ou d'objets non soumis à la rémunération du droit d'auteur". Le Conseil a retoqué son dernier alinéa qui désignait les logiciels d'échanges ne tombant pas sous le coup de la loi "dans des conditions imprécises et discriminatoires", et donc non conformes aux exigences constitutionnelles de "définition des infractions".

"En raison de la notion imprécise de la notion d'interopérabilité", qui permet de lire une oeuvre téléchargée sur le support de son choix, les neuf Sages ont censuré les articles 22 et 23 "qui exonéraient de responsabilité pénale le contournement des mesures techniques de protection (MTP) ainsi que l'altération des éléments d'information relatifs à leur régime de protection lorsque de tels actes étaient réalisés à des fins d'interopérabilité".

Enfin, il a "émis une série de réserves d'interprétation afin d'éviter "une atteinte inconstitutionnelle aux droits de propriété intellectuelle des concepteurs des mesures techniques de protection" ou "des incompatibilités manifestes avec la directive communautaire que la loi déférée a pour objet de transposer" en droit français.

Dans un communiqué, le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a "constaté" "avec satisfaction que l'essentiel des dispositions" de cette loi, qui "concilie l'avenir de la création musicale et cinématographique française et celui du logiciel libre ainsi que l'accès des internautes à la culture", a été validé.

L'examen du projet de loi, défendu par le ministre de la Culture avait été chaotique à l'Assemblée. Le gouvernement avait même dû interrompre son examen à la mi-décembre. Contre son avis, des amendements avaient été adoptés ouvrant la voie à la "licence globale", un dispositif qui consiste à légaliser le téléchargement sur Internet pour usage privé en contrepartie d'une rémunération forfaitaire versée aux auteurs.

flicage ou "journalisme"?

Dans le Pas-de-Calais, un miniréseau d'échange a été démantelé.
Sur l'Internet, de jeunes hackers trop partageurs

Par Christophe ALIX
vendredi 16 juin 2006

sur le moteur de recherche Google, on peut lire qu'Utopi-Board est une «communauté informatique réputée pour sa bonne ambiance et de nombreuses choses». Depuis le début de la semaine, cette amicale en ligne, fréquentée par une dizaine de milliers d'internautes, a brutalement mis fin à ses «nombreuses» activités. La CIC (cellule d'information et de commandement) de la gendarmerie du Pas-de-Calais a procédé de très bon matin, lundi, à l'interpellation de vingt-cinq personnes, parmi lesquelles treize mineurs, qu'elle soupçonne d'avoir organisé, depuis juillet 2005, un réseau structuré de piratage de fichiers en ligne (musique, films, jeux vidéo et logiciels).

«Gavage obsessionnel». Agissant sous des pseudos tels que Djoul, Tonydu62 ou Benenutz, les «pirates», âgés de 14 à 40 ans et éparpillés dans toute la France, avaient mis en place le fameux Utopi Board : un site où l'on trouvait des liens pour télécharger près de 40 000 chansons, 3 500 films et 750 logiciels. Les gendarmes «ntech», comme on appelle ces nouveaux limiers spécialisés en nouvelles technologies, ont notamment mis la main sur des outils de piratage des réseaux protégés ou des «yescards», ces fausses cartes bancaires virtuelles qui disent toujours oui. «Tout échanger, tout copier, sans jamais rien payer n'est pas légal», résume Louis Wallon, procureur de la République de Béthune, en charge du dossier. Selon ce dernier, «on a affaire à des adeptes d'un véritable sport autant qu'un mode de vie : la notion d'usage privé pour satisfaire des besoins a disparu au profit d'un gavage obsessionnel». Pour avoir notamment agi en bande organisée et pour contrefaçon, ces internautes risquent cinq ans de prison et de 300 000 à 500 000 euros d'amendes, sans compter les dommages et intérêts réclamés par une pléthore de parties civiles qui ne manqueront pas de demander des «sanctions exemplaires».

Cotisation. A l'origine du coup de filet, les gendarmes avaient été attirés par le très grand nombre de fichiers transitant par l'ordinateur de Djoul, un mineur de 17 ans originaire d'un village du Béthunois déjà entendu dans une affaire du même genre. Au fil des mois, la CIC ­ qui avait placé l'ordinateur du jeune homme sous surveillance ­ est allée de surprise en surprise. Les internautes qui atterrissaient sur le site de la communauté étaient invités, moyennant une cotisation de quelques euros, à se télécharger des films comme Camping ou Da Vinci Code avant même leur sortie en salles. L'équivalent d'une «participation aux frais», selon le procureur, qui ne voit pas là de caractère «véritablement lucratif».

Les jeunes hackers animateurs du forum s'étaient réparti les tâches (adhésions, approvisionnement et vérification de la qualité des contenus, etc.). Enfin, autre délit, pour stocker leurs fichiers, ils s'étaient introduits dans les systèmes informatiques d'entreprises, d'universités ou d'administrations, en France et à l'étranger. A l'insu de celles-ci, évidemment. Ces derniers jours, les appels de parents catastrophés se succèdent au tribunal de Béthune. «Ils me disent : "On savait qu'ils passaient leurs nuits derrière l'ordinateur mais pas qu'ils y faisaient des choses illégales", explique un magistrat. Ils auraient peut-être dû y penser avant parce que, maintenant, cela risque de faire très très mal.»

Le P2P se réinvente en permanence
L'échange de fichiers numériques s'adapte à toutes les pratiques, tout en se perfectionnant.

Par Christophe ALIX
vendredi 16 juin 2006

si les gendarmes du Pas-de-Calais semblent fiers de leur prise ­ «c'est sans doute la plus grosse affaire de ce genre en France», a déclaré au quotidien régional la Voix du Nord l'adjudant David Cassel en charge de l'enquête ­, le système utilisé par le site Utopi Board n'a pourtant rien de révolutionnaire. «Ce genre de forums semi-ouverts, que l'on appelait autrefois Warez, est presque aussi vieux que l'Internet, explique Guillaume Champeau, le fondateur de Radiatum.com, un webzine spécialisé dans les loisirs numériques. Ce sont des sites avec une vraie culture de hackers, à l'ancienne, mais qui deviennent de plus en plus poreux au fur et à mesure que le cercle s'agrandit.» Très utilisés avant l'arrivée des sites de peer-to-peer (P2P) comme Napster ou Kazaa, les «boards» ont été largement supplantés par le P2P, qui a démocratisé l'échange de fichiers en le rendant à la fois plus simple et plus automatisé. Avec une autre culture, celle du partage de ses propres contenus.

Face à la répression croissante contre la pratique du peer-to-peer, les réseaux «darknet», anonymisés et cryptés, constituent désormais la troisième génération du P2P. «Ils sont plus lents et moins conviviaux mais totalement opaques, poursuit Guillaume Champeau, ceux qui y participent ne savent pas avec qui ils échangent.» Cette balkanisation du P2P se traduit également par le développement de miniréseaux privés, parfois constitués de quelques internautes seulement . On s'y retrouve entre amis ou communautés très réduites pour s'échanger des contenus souvent très pointus comme dans le cas des amateurs de mangas ou d'animations japonaises. «Et tant qu'on n'y est pas invité, on ne peut pas savoir ce qui s'y passe», explique un habitué. Alors que le gouvernement prévoit de faire définitivement entériner le projet de loi DADVSI sur le droit d'auteur d'ici au 30 juin, sans seconde lecture à l'Assemblée comme le réclamaient l'opposition mais aussi des députés de la majorité, les sites P2P, dans le collimateur de la loi, ne cessent de trouver de nouvelles applications. Ils servent maintenant par exemple à suivre directement sur l'Internet les matchs de la Coupe du monde, notamment dans les pays où les chaînes locales n'ont pas pu s'acquitter des droits pour retransmettre la compétition. Les images satellitaires sont d'abord captées par un utilisateur, qui les diffuse auprès d'un autre, qui diffuse à son tour le même signal auprès d'autres internautes dans une chaîne sans fin. Sans fin, c'est bien le mot.

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Enquête
   
L'espoir démocrate au bout du blog
   
LE MONDE | 12.06.06 | 14h43  •  Mis à jour le 12.06.06 | 14h43
LAS VEGAS ENVOYÉE SPÉCIALE

'homme qui est à l'origine de tout cela se balade dans les couloirs du congrès en bermuda. Il a un sourire satisfait. En 2004, Markos Moulitsas était un parfait inconnu. Aujourd'hui, on lui prête l'influence d'un "faiseur de roi" au Parti démocrate. Son blog, Daily Kos, a en moyenne 500 000 lecteurs, soit plus que tous les magazines d'opinion réunis. Il vient de publier un livre (Crashing the Gate) où il piétine l'establishment. Cela n'empêche pas la classe politico-médiatique de se presser à sa conférence.

L'événement s'est tenu, du jeudi 8 juin au samedi 10 juin, à Las Vegas, parce que les hôtels font des tarifs intéressants, souligne Gina Cooper, qui était prof dans le Tennessee il y a encore un an. Elle a été saisie par la passion du blog et s'est imposée comme organisatrice. Entre les machines à sous et les soubrettes en tenue légère, les blogueurs préparent le renversement des républicains.

La conférence propose des ateliers ("Derrière les lignes ennemies : comment répondre aux médias de droite"), des réceptions offertes par les présidentiables démocrates (Bill Richardson, Tom Vilsack, Wesley Clark) et l'office dominical du blogueur "Pastor Dan". Une véritable convention de parti politique. Markos Moulitsas a 34 ans, et, quand il a ouvert un blog pour exprimer sa rage anti-Bush, il lui a donné le surnom que lui avaient donné ses camarades à l'armée : Kos. Né à Chicago d'une famille de Grecs du Salvador, il estime que s'engager dans l'armée a été "la meilleure décision" de sa vie : "Je n'avais pas confiance en moi. J'en suis sorti persuadé que j'étais capable de conquérir le monde."

Teigneux, grand pourfendeur de républicains et de démocrates mous, Markos a été l'un des premiers à vivre de son blog, grâce à la publicité. En 2005, il a déclaré des revenus de 80 000 dollars. Daily Kos a donné naissance à un jargon et à une génération, les "kossacks". Leur démocratie est assez brutale : pour ou contre. Les auteurs - ils sont des dizaines - écrivent sur le sujet de leur choix. Les lecteurs notent de 0 à 4. Les meilleurs articles vont en première page.

Il y a parfois des "guerres", comme celle qui a opposé des féministes à Markos à propos d'une publicité de mauvais goût (elles sont parties). Et des coups de théâtre comme celui qui vient de démasquer, derrière le blogueur "Armando", un avocat d'affaires qui avait défendu l'entreprise honnie par la gauche : la chaîne d'hypermarchés Wal-Mart.

Les blogueurs démocrates ont l'impression que leur heure est arrivée. "Grâce à la technologie, tout le monde peut être un leader. Tout le monde a une voix. On ne peut plus nous marginaliser. 2006 : nous sommes arrivés !", a lancé Markos à la tribune. A cinq mois des élections législatives de novembre, à mi-mandat, l'appareil les courtise. Il les écoute. Howard Dean, le chef du parti, a créé une cellule Internet de huit personnes pour suivre les réactions des blogs. Les sénateurs Harry Reid et Barbara Boxer sont venus témoigner de la "reconnaissance de l'establishment". "Ceux qui ne prendraient pas la mesure de ce que vous faites commettraient une erreur", dit Bill Richardson, le gouverneur du Nouveau Mexique.

"C'est une communauté qui représente une démocratisation de l'espace public", ajoute le présidentiable centriste Mark Warner après avoir ébloui le congrès par une réception au 109e étage du casino Stratosphère. Les "vieux médias" leur reconnaissent un certain pouvoir, même si personne ne sait encore très bien lequel.

Dimanche 11 juin, Markos a accédé au saint des saints, Meet the Press, la grande émission politique du dimanche matin, sur NBC. Il avait enfilé une veste sombre et il a été mesuré : "Pouvons nous faire gagner l'élection ? Probablement pas. Mais nous pouvons faire du bruit, récolter de l'argent et jouer le même rôle que les médias conservateurs tels que Fox News ont eu pour les républicains."

Les "kossacks" ont levé 700 000 dollars pour l'élection 2004 (Moveon.org est capable de recueillir la même somme en une journée). Mais les blogueurs ne "veulent pas être seulement une machine à sous, dit le romancier Mark Sumner, alias "Devilstower". On est aussi là pour faire avancer des idées." Et Markos, lui, est là pour tirer le parti vers la gauche. Il estime que la troisième voie de Bill Clinton a fait son temps ou, pire, qu'elle est responsable de l'affaiblissement actuel des positions. "L'élite politique nous a trahis, dit-il. Les républicains parce qu'ils n'arrivent pas à gouverner. Les démocrates parce qu'ils n'arrivent pas à se faire élire. Maintenant c'est notre tour."

Le congrès est une manière de tourner la page du centrisme. Même l'un des stratèges de la troisième voie, Simon Rosenberg, le reconnaît : "Aussi puissante qu'elle ait pu être dans les années 1990, c'est maintenant une manière dépassée de voir le monde." Hillary Clinton est la grande absente. Classée en tête des sondages, elle a prétexté une question de calendrier mais Markos a déjà fait passer le message, par Washington Post interposé, que sa candidature était "tout sauf inévitable".

Dans les rangs, on ne lui trouve pas beaucoup de partisans. "Ma mère était une grande amie de Betty Friedan (auteur féministe), explique la New-Yorkaise Eve Gittelson. Cela me fait mal de penser que je ne soutiendrais pas une femme. Mais les médias vont la détruire, on va reparler de son mariage. Je ne veux plus repasser par là.""Elle fera une très bonne ministre" , tranche George Karayannis.

L'autre bête noire des "Kossaks" est le sénateur Joe Lieberman, l'ancien colistier d'Al Gore, un "faucon démocrate". Les amis de Markos ont juré sa perte et ils ont suscité une candidature "anti-guerre" contre lui dans le Connecticut.

La primaire s'annonce hautement symbolique. "Ce qui se joue, c'est la conquête du parti. Si Lieberman perd, c'est une tout autre partie qui s'engage", dit un blogueur de AmericaBlog. Mais pour l'instant, les blogueurs sont tout à leur plaisir de se découvrir. C'est un "coming out" généralisé. Ils se répondent par commentaires interposés depuis des mois, et ils ne s'étaient jamais vus. "Tout le monde croyait que j'étais un vieux banquier", s'amuse Kathleen Tyson-Quah, une jeune femme qui écrit depuis Londres sur les questions stratégiques sous le pseudonyme de "LondonYank".

Parmi le millier de blogueurs présents, rares sont les moins de 25 ans. Selon une enquête de lectorat, l'audience moyenne de Daily Kos a 45 ans. Les télévisions ont repéré la doyenne et elles font la queue pour l'interviewer sous une affiche dénudée de Sin City. A-t-elle joué ? Gagné ? Pas le moins du monde.

Ellie Pirelli, 78 ans, est là pour bloguer. Elle a commencé lorsqu'elle a déménagé de Californie pour aller s'installer au coeur de l'Utah républicain. "C'est comme un autre pays, dit-elle. Une totale théocratie." Les blogs l'ont "sauvée de la déprime".

A Las Vegas, quelqu'un lui a montré comment écrire. Elle a publié son premier article. Pseudonyme : "Momster". Elle compte écrire sur "la condition humaine et la politique". Son premier texte est déjà dans les préférés des lecteurs. "Je vais devenir une célébrité", annonce-t-elle.


Corine Lesnes
Article paru dans l'édition du 13.06.06
   

entre flic et journaliste

Le film "Da Vinci Code" est déjà en téléchargement illégal sur la Toile, en VF
LE MONDE | 25.05.06 | 13h58 • Mis à jour le 25.05.06 | 21h01

'ouverture du Festival de Cannes est l'occasion rituelle de lancements en grande pompe de superproductions hollywoodiennes. Cette année, on ne déroge pas à la règle, et l'adaptation du best-seller mondial de Dan Brown, Da Vinci Code, a permis à Audrey Tautou et Jean Reno de fouler les marches du Palais des festivals.

Mais au-delà de la tradition et des paillettes, d'autres affaires se jouent sur la Toile : Da Vinci Code est le film de tous les records (plus de 77 millions de dollars de recette le premier week-end aux Etats-Unis et 224 millions de dollars au box-office mondial, selon la société Exhibitor Relations), et sa sortie en France était attendue comme le Messie. Les "vidéo-pirates" et "vidéo-receleurs" ne l'ont pas ratée. En effet, et malgré un déploiement mondial des copies officielles concentré sur trois jours (Le Monde du 18 mai 2006), le film circulait déjà sous plusieurs formats et sur plusieurs types de réseaux de partage seulement cinq jours après sa projection à Cannes.

Cela n'aurait rien d'exceptionnel en regard des chiffres de la dernière étude 2005 du Centre national de la cinématographie (CNC), puisque 92 % des films seraient disponibles sur Internet avant leur sortie en DVD. Mais le plus souvent, c'est en version originale que l'on peut télécharger ces "blockbusters", et non en version française comme pour le dernier film de Ron Howard.

En France, Les Choristes de Gérard Jugnot ou plus récemment Les Bronzés 3 de Patrice Leconte ont ainsi circulé en qualité DVD moins d'un mois après leur sortie en salles. Ce cas de piratage est le plus grave et le plus préjudiciable, puisque c'est dans la chaîne de production des longs métrages, notamment lors de la postproduction, comme en témoignent parfois les micros présents à l'image, que les fuites ont lieu. Aux Etats-Unis, une étude conjointe de l'université de Pennsylvanie et d'AT & T réalisée en 2004 a démontré qu'une majorité de films piratés en qualité DVD provient directement des studios d'Hollywood ou même des jurés aux Oscars. En France, la société Thomson met la dernière touche actuellement à un système de tatouage des images destiné aux professionnels baptisé Nexguard, censé dissuader ou du moins enrayer ce type de diffusion.

PLUSIEURS FORMATS SUIVANT LA SOURCE

Mais d'autres formats, souvent de moins bonne qualité, circulent sur le Réseau. Dans sa dernière étude d'octobre 2005 intitulée L'Offre pirate de films sur Internet, le CNC distingue cinq types de fichiers suivant l'origine du piratage.

Dans les bas-fonds du Réseau, se trouvent les "télésynchro" ou "screeners", copies effectuées directement en salle de cinéma avec une caméra numérique. Le son de ces copies pirates, souvent de meilleure qualité que l'image, peut provenir d'une source différente : de la cabine de projection ou d'une matrice numérique du film. Vient ensuite le VHS promotionnel, qui disparaît peu à peu au profit du DVD promotionnel. Les copies réalisées à partir de ces deux supports sont souvent reconnaissables aux mentions de copyright ou au minutage ("time code") présent dans certaines images du fichier diffusé sur le Réseau. Et puis il y a le "haut du panier" : on y trouve les "DVDRip", copies provenant directement de DVD du commerce et les "Téléciné", fichiers réalisés à partir d'une matrice numérique ou d'une copie argentique. Dans ce dernier cas, il est indispensable de posséder ou d'avoir accès à un équipement professionnel et aux sources argentiques du film. Ces deux derniers types de copies sont évidemment les plus recherchés par les internautes car leur qualité est proche, voire équivalente aux DVD que l'on trouve dans le commerce.

Par ailleurs, les modes de diffusion de toutes ces copies s'adaptent progressivement à la lutte contre la fraude engagée par les majors et les puissantes associations comme la Motion Picture Association of America (MPAA), la Record Industry Association of America (RIAA) ou encore l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (ALPA) en France. Le président de la MPAA, Dan Glickman, devait rencontrer cette semaine à Cannes le ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, pour discuter piratage, et notamment l'alerter sur les faibles sanctions ou amendes infligées par la France à l'encontre des contrevenants.

LEURRES ET NOUVEAUX MOYENS DE DIFFUSION

Les réseaux peer to peer (P2P) classiques (eDonkey2000/eMule, Gnutella/Ares, Kazaa/FastTrack, BitTorrent/Azureus, etc.) sont maintenant systématiquement envahis par des fichiers-leurres, et l'on n'accède plus que rarement à une version regardable des films. Il est de plus en plus fréquent de se retrouver en fin de téléchargement devant un navet porno, un fichier de format inconnu ou, maigre consolation, la bande-annonce du spectacle convoité.

Comme première parade, ces logiciels de P2P se sont progressivement équipés de visionneuses, qui permettent de vérifier, après un laps de temps de chargement assez court, si ce que l'on télécharge correspond bien à ce que l'on cherche. Dans cette trousse à outils pour téléchargeurs indélicats, "Avipreview" est devenu une référence incontournable.

Récemment, une nouvelle race de logiciels de P2P comme WinMX ou Freenet sont apparus. Les premiers balaient plusieurs réseaux, permettant ainsi d'accéder à un plus grand nombre de sources, et sont décentralisés : plutôt que d'aller chercher le lien vers le fichier convoité sur des serveurs dédiés et connus, chaque utilisateur de ces logiciels embarque des fonctions de listage des sources partagées disponibles. Pour Freenet, la grande nouveauté est la cooptation. En effet, pour utiliser ce système d'échange, il faudra montrer patte blanche et être parrainé : c'est la création de réseaux de confiance.

La tendance de ces logiciels qui sont, au regard de la nouvelle loi Dadvsi, devenus illégaux, est donc à la décentralisation et la cooptation. Pourtant, le vrai danger pour les majors est ailleurs, dans les groupes de discussion ("newsgroups"). A l'origine conçus pour débattre librement tous azimuts, certaines hiérarchies de discussions ont été spécialement créées pour l'échange de fichiers. Les films en français ont leur espace, et sur le plus connu et le plus actif (alt.binaries.svcd.french), voilà déjà une semaine qu'est recensé le Da Vinci Code French.


Olivier Dumons (Le Monde.fr)

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The Spinto Band sort de l'ombre
  Après l'engouement des internautes, ces Américains sortent un premier disque compilant dix années de musique sexy et enjouée.

Par Bruno MASI
mercredi 01 mars 2006



The Spinto Band
CD, «Nice & Nicely Done» (Labels)

dans la flopée des groupes révélés sur le Net, les têtes d'affiche The Arcade Fire, Clap Your Hands Say Yeah ou Arctic Monkeys côtoient les seconds rôles qui, dans l'ombre, fourbissent leurs armes. Pas tout à fait en première ligne, mais assez exposés pour que, le moment venu, l'air du temps leur accorde une place au soleil.

Bouche-à-oreille. A ce petit jeu-là, The Spinto Band s'en tire avec les honneurs. Après Wolf Parade ou Final Fantasy, les six Américains arrivent à point nommé pour remporter une partie des suffrages printaniers. La maison de disques a senti le coup venir : sur la feuille de présentation qui accompagne le CD promotionnel, elle n'hésite pas, à l'aide d'une typographie un peu criarde, à saluer le groupe «déjà plébiscité par les blogueurs du monde entier». Histoire de prolonger le bouche-à-oreille et d'entériner, de manière opportune, l'idée courante qu'une partie du marché de la musique se déroule désormais de l'autre côté de l'écran.

Décennie. Mais si The Spinto Band jouit depuis quelques semaines d'une reconnaissance spontanée de la part de quelques milliers d'internautes, l'histoire du groupe remonte déjà à une décennie. En 1996 à Willington, dans le Delaware, une bande de copains s'ennuie ferme et s'entiche du répertoire musical de Roy Spinto, le grand-père de l'un d'entre eux et guitariste de bal le dimanche. Après une partie de jeu vidéo, entre les films de Tim Burton ou Terry Gilliam et les pochettes de leurs disques préférés (Pavement, Beatles, Residents) gribouillées le soir, Nick Krill (guitare, chant), Thomas et Sam Hughes (chant et clavier), Joe Hobson, Jon Eaton (guitares) et Jeff Hobson (batterie) exhument les partitions et les enregistrements du vieillard qu'ils mettent au goût du jour, tel un hommage à une figure injustement méconnue. Un projet vite abandonné, au profit de compositions personnelles, même si, selon Nick Krill, «Roy demeure le tuteur du groupe. Nous n'avons finalement pas terminé notre relecture, mais nous avons conservé son nom comme emblème. C'est notre totem».

Compilation. Après une poignée d'autoproductions, la clique décroche un contrat avec un studio du Tennessee et décide, en guise de premier album, de compiler les meilleurs titres, tous composés à la vitesse de l'éclair. Dix années de répétitions et de disques gravés à quelques centaines d'exemplaires font alors le sel de Nice & Nicely Done. «Ecrire un morceau en quelques heures à peine, reprend Thomas Hughes, l'enregistrer avec le matériel qu'on a sous la main, réaliser le livret en quelques jours, ont constitué pendant tout ce temps un défi permanent. Cette célérité est devenue notre mode de fonctionnement, amplifié par les études de chacun qui nous ont poussés à quitter Willington. Au final, cette précipitation nous convient.»

Une urgence présente sur tout l'album, à la fois symbole d'une époque où les groupes speedés ont le vent en poupe, et signe distinctif d'une équipe qui ne fait pas dans la dentelle : «Notre démarche n'a rien de réflexif, nous voulons nous faire plaisir et permettre au public de s'éclater. Les chansons à texte, c'est pas notre truc. Mais attention, ça ne veut pas dire qu'on ne pense à rien...» Un éloge du vide, plutôt bien senti, où les Beatles rencontreraient The Flaming Lips, avant de s'éclipser au profit d'une pop du moment, débonnaire et extravertie.

Guitares brandies et batterie martelée, comme sur le sémillant Oh Mandy (qui semble tout droit sorti du répertoire d'Alec Ounsworth, le chanteur de Clap Your Hands), basse débraillée et choeur sexy pour Crack the Whip, The Spinto Band est en passe de créer la surprise. A moins qu'un nouvel outsider, tiré du chapeau par quelque blog en surchauffe, ne vienne soudainement le coiffer au poteau.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=363450

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Des fissures dans la Web muraille de Chine
   
LEMONDE.FR | 17.02.06 | 16h08  •  Mis à jour le 17.02.06 | 19h17

ne technologie développée conjointement par plusieurs laboratoires de prestigieuses universités canadienne, américaine et anglaise pourrait arriver à détourner la censure numérique qui sévit dans plusieurs pays du monde, et notamment en Chine. Ce système est en phase d'achèvement au Canada, et pourrait rendre rapidement un peu d' " e-liberté " aux quelque cent dix millions d'internautes chinois.

L'apparition d'Internet en Chine fut immédiatement accompagnée de techniques de filtrage interdisant aux internautes l'accès à certains mots-clés spécifiques et donc à des pans entiers du Web mondial. Le durcissement de la position des autorités chinoises s'est accéléré récemment, puisque Liu Jianchao, le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, a justifié l'augmentation des restrictions dans les cybercafés à partir du 1er mars par cette déclaration : "Avec le développement d'Internet sont apparus des contenus nocifs et illégaux. Le gouvernement chinois met en place certaines mesures afin de limiter l'accès à ce contenu immoral et nocif, particulièrement pour les jeunes."

GOOGLE MADE IN CHINA

C'est dans ce contexte que Google, après Yahoo! et Microsoft il y a quelques mois, a lancé le 25 janvier dernier son moteur en Chine"google.cn". Mais le géant de la recherche sur Internet n'a pu le faire que sous certaines conditions imposées par la censure d'Etat (Le Monde du 17 février 2006). Ce filtrage, réalisé à au moins trois niveaux (noms de domaines entiers et adresses url retirés des listes de résultats ou mots-clés renvoyant vers des pages "politiquement correctes" hébergées en Chine) occulte tout ce qui ne convient pas au gouvernement chinois. Pour bien se rendre compte de ces différences, une page comparative des résultats de google.cn et de google.com a été développée par l'OpenNet Initiative (ONI), une entité née d'un partenariat entre le Berkman Center for Internet & Society  de l'Université Harvard, le Cambridge Security Programme  de l'Université de Cambridge et le Citizen Lab de l'Université de Toronto.

L'ONI, en étudiant les relations complexes entre Etats et réseaux, pointe du doigt les dérives et prises de contrôle d'Internet dans certains pays. Les mises en place de filtres et de systèmes de surveillance sont systématiquement analysées et révélées afin d'essayer de les combattre. Et le fer de lance dans ce combat a désormais un nom : Psiphon.

PSIPHON SQUATTE LES FLUX FINANCIERS

Mais comment fonctionne ce système ? L'internaute chinois n'a pas besoin d'installer quoi que ce soit. Simplement ce système de contournement en ligne permet à l'internaute d'interroger de façon transparente et cryptée par SSL (Secure Sockets Layers) et le port 443 (port sécurisé destiné au transit des données financières) les serveurs "amis" d'un pays censuré. Ces serveurs amis analyseront la demande, et renverront les réponses non censurées mais toujours de façon cryptée et sans traces sur l'ordinateur de l'internaute. Et comme le précise le professeur Ronald Deibert, directeur du Citizen Lab de Toronto, le pays qui souhaite interdire l'accès à ces informations ne pourra le faire que s'il se passe aussi des flux de transactions financières.

Le lancement de Psiphon est imminent, et profitera non seulement aux internautes chinois, mais également à tous ceux qui subissent une censure sur le Web comme par exemple les internautes de Corée du Nord, d'Iran ou encore d'Arabie saoudite. Détail amusant mais révélateur, si l'on interroge l'outil de comparaison de l'ONI sur le mot "psiphon", c'est, une fois n'est pas coutume, la version chinoise de Google qui renvoie le plus de réponses…

Olivier Dumons